1.         Île de Mozambique (Mozambique) (C 599)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1991

Critères  (iv)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/599/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1994-2009)
Montant total approuvé : 209 880 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/599/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : Fonds-en-dépôt japonais : 1.108.078 dollars EU ; UCCLA : 526.015 dollars EU et Portugal/IPAD : 397.122 dollars EU ; Fonds-en-dépôt flamand : 270.000 dollars EU ; Fonds-en-dépôt néerlandais : 729.729 dollars EU ; Programme des Villes du patrimoine mondial (Pays Bas) : 50.000 dollars EU; IPAD: 89,000 dollars EU; Africa 2009: 23,175 dollars EU; FDPA: 13,450 dollars EU. 

Missions de suivi antérieures

2005, 2006, 2007, 2008 : missions du Centre du patrimoine mondial ; février 2007 : mission de l’ICOMOS ; février 2009 : mission conjointe de suivi réactif du Centre du patrimoine mondial/ ICOMOS ; 2010 : mission de suivi réactif de l’ICOMOS.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Plan de gestion pas encore finalisé ;

b) Nombre croissant de bâtiments effondrés ou sérieusement détériorés ;

c) Menaces pour l’authenticité du fait de réparations inopportunes ;

d) Absence de contrôle du développement ;

e) Absence de réseau d’égouts et d’assainissement adéquat ;

f) Pénurie de ressources humaines et financières.

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/599/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2010

Lors de sa 33e session (Séville, 2009), le Comité du patrimoine mondial a exprimé sa satisfaction suite aux efforts accomplis par l'État partie dans le cadre de la première phase de restauration de la Forteresse de San Sebastian et afin de réparer les considérables dégâts occasionnés par le cyclone Jowke. Le Comité a, dans le même temps, exprimé son inquiétude quant aux conditions de conservation des structures historiques dans la ville et l'absence d'instruments de planification adaptés, deux facteurs qui avaient des conséquences sur l'authenticité du bien. Le Comité a également précisé, qu'en l'absence de progrès conséquents, il pourrait envisager l'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril lors de sa 34e session.

Le Centre du patrimoine mondial a reçu, le 19 février 2010, un rapport sur l'état de conservation du bien rédigé par l'État partie, qui décrit les progrès accomplis dans les réponses données aux recommandations faites lors de la 33e session du Comité du patrimoine mondial.

En avril 2010, une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM a été invitée par l'État partie à évaluer les progrès accomplis par le Plan d'action d'urgence ainsi que les étapes de la mise en place des recommandations faites par la précédente mission de suivi. En raison du nuage de cendres présent dans les cieux européens en avril 2010, les experts du Centre du patrimoine mondial et de l'ICCROM n'on pu se rendre au Mozambique, la mission a donc été menée uniquement par l'expert de l'ICOMOS.

a) Réhabilitation en cours de la Forteresse de San Sebastian

L'État partie précise que la première phase de réhabilitation de la Forteresse de San Sebastian a été achevée avec succès en 2009. Elle comprend l'arrachage de la végétation qui endommageait la Forteresse, la réparation des structures, le renforcement des murs et des autres structures, la réparation du toit et du système de collecte des eaux, et, la restauration d'une partie de la Forteresse afin de l'utiliser en tant que bureaux de l'administration et centre d'accueil des visiteurs. Avant d'entamer la phase suivante, un comité temporaire de gestion de la Forteresse a été créé, supervisé par le Musée de l'Île de Mozambique.

La mission a visité la Forteresse et confirme que la majorité des travaux a été menée à bien. Elle fait cependant état de certains problèmes observés avec de la végétation et des toits qui présentent des fuites. L'État partie a répondu qu'il était conscient des problèmes et qu'il mettait en place des solutions pour résoudre ces problèmes. La mission a également fait remarquer qu'il faut garantir à la population locale une possibilité d'utilisation de la Forteresse pour des activités communautaires et ne pas en réserver l'usage au tourisme.

b) Ressources humaines et financières pour la conservation et la gestion

En ce qui concerne les ressources humaines, l'État partie signale que deux techniciens, un architecte et un spécialiste du tourisme ont été recrutés en 2009 par le Cabinet pour la Restauration et Conservation de l'île (GACIM). Ces embauches ont été rendues possibles par un financement complémentaire accordé au GACIM par le Gouvernement du Mozambique. L'État partie précise également que 4 techniciens ont pris part à des stages de gestion du patrimoine qui se sont déroulés au Portugal, leur participation a été financée par l'Institut portugais pour l'Aide au développement (IPAD). Cet organisme a également financé la participation de deux architectes (un Portugais et un Danois) au travail accompli par le GACIM. Une courte mission s'est déroulée au Danemark afin d'y recueillir de la documentation collectée au cours des années 80 par l'École d'architecture d'Aarhus. Le personnel du GACIM est en outre très actif au sein du réseau de l'Organisation des villes du patrimoine mondial.

La mission a jugé positive l'embauche du personnel déjà recruté et fait remarquer que l'embauche de cinq autres techniciens est prévue d'ici peu. Elle estime cependant que, même avec ce recrutement supplémentaire, le GACIM manque du personnel nécessaire à une gestion adaptée du bien. 

La mission a également remarqué que le montant des ressources financières accordées à la conservation et aux activités afférentes semble avoir augmenté depuis la dernière mission. La mission estime que, même si une grande partie de ces sommes ne provient pas directement de l'État partie, il est important que celui-ci soit en mesure de maîtriser et de gérer l'utilisation de fonds de diverses provenances pour les travaux en cours. La mission met en garde contre une absence de coordination qui entrainerait une duplication des travaux et ne permettrait pas une prise en compte des véritables priorités du bien.

c) Dégradation du tissu historique et effondrement des bâtiments

En ce qui concerne la réhabilitation du tissu historique, l'État partie précise que 25 bâtiments publics et privés ont été restaurés. Lors de la rédaction du rapport, 20 chantiers étaient en cours et 12 autorisations de travaux étaient en cours d'examen. Les propriétaires de bâtiments très délabrés ont été informés par écrit de la nécessité d'envisager un plan de réhabilitation de leurs biens.

En ce qui concerne les bâtiments effondrés, la mission estime que la situation s'est améliorée considérablement depuis la dernière visite d'une mission, avec aucun nouvel effondrement de bâtiment depuis lors. La mission fait état d'importants efforts accomplis par l'État partie afin de nettoyer et de dégager les bâtiments effondrés, et, d'un effondrement à certains endroits du mur d'enceinte.

La mission signale par ailleurs que le GACIM et la Municipalité sont devenus plus stricts en matière de travaux de réparation et de constructions non conformes à l'environnement historique dans la "Ville de pierre". La mission signale que plusieurs projets ont été interrompus et/ou démolis. De telles actions ont servi d'exemple pour ceux qui mettent des projets en œuvre sur le territoire du bien.

La mission fait cependant remarquer que de graves problèmes persistent suite aux transformations de l'espace urbain dans la "Ville de macuti", tant en ce qui concerne son agencement urbain et celui des maisons individuelles que l'usage de matériaux modernes qui affecte l'authenticité du bien. Le GACIM et la Municipalité doivent pouvoir mettre en place les règlementations nécessaires au contrôle de la planification afin de faire cesser tout aménagement illégal susceptible d'avoir un effet négatif sur cette partie du bien. Par ailleurs, le problème des matériaux de construction est très important car des intérêts divergents s'opposent entre l'usage des matériaux traditionnels, un besoin de développement plus durable et l'amélioration de la qualité de vie des résidents. Ces problèmes doivent être résolus afin de garantir un meilleur état de conservation au bien dans son ensemble.

d) Amélioration des infrastructures, en particulier des systèmes d'adduction et d'évacuation des eaux

L'État partie déclare que, conformément à la recommandation du Comité du patrimoine mondial, il établit actuellement un Plan de développement durable pour la "Ville de macuti". Un inventaire des infrastructures sanitaires existantes a depuis lors été entrepris. 34 installations sanitaires (sur les 166 prévues) ont d'ores et déjà été construites dans la "Ville de macuti". La Banque mondiale et le Gouvernement australien financent actuellement un plan visant à moderniser et améliorer la fourniture en eau potable de l'île. Un programme de pavage de la route qui mène de la Forteresse de San Sebastian au port et d'autres routes, encore à définir, est en cours, il est coordonné par le Conseil municipal et financé par l'Autorité nationale en charge des routes.

La mission a également fait état de nombreuses initiatives visant à améliorer les systèmes d'adduction d'eau et d'égouts, dont celles ci-dessus mentionnées et d'autres actuellement menées par le Gouvernement portugais et la Municipalité. La mission estime que tous ces projets sont des exemples de l'effort accompli par l'État partie afin d'améliorer la situation. Elle fait cependant remarquer que le contrôle et la coordination de tous ces travaux doivent être améliorés afin que leurs bénéfices pour les résidents soient plus grands.

e) Mise en place d'un cadre légal plus strict

L'État partie signale que le cadre légal de la protection du patrimoine de l'Île de Mozambique est en cours de révision. Aucun détail n'est cependant donné sur les actions menées.

f) Délimitation d'une zone tampon afin d'y inclure un patrimoine maritime

L'État partie précise que des discussions sont en cours entre les autorités locales et nationales, ainsi qu'avec les communautés locales, sur la nécessité de création d'une zone tampon destinée à la protection du patrimoine culturel et naturel dans sa totalité, y compris des sites archéologiques sous-marins. Aucun détail supplémentaire n'est donné.

g) Finalisation du plan de gestion et autres mécanismes de contrôle de la planification

L'État partie rapporte que, grâce à l'aide financière et technique du Programme AFRICA 2009 du Fonds du patrimoine mondial Afrique, le plan de gestion est sur le point d'être finalisé. Trois réunions consultatives se sont déroulées en 2009 et la mission précise qu'une rencontre finale réunissant tous les intervenants se déroulera prochainement, elle permettra de finaliser véritablement le plan de gestion. Un projet de ce plan a été présenté à la mission qui a été informée de sa mise en place dans un avenir proche.

L'État partie signale également qu'une Commission interministérielle s'est régulièrement réunie afin d'évoquer les activités et projets liés à la conservation de l'Île de Mozambique. Par ailleurs, le GACIM a établi une liste directrice de projets susceptibles d'affecter l'état de conservation du bien.

La mission estime que le contrôle du développement et de l'aménagement s'est beaucoup amélioré au cours de l'année passée. Outre le travail entrepris sur le plan de gestion et sur la coordination des actions par la Commission interministérielle, la mission fait état de l'existence d'une Commission technique consultative, codirigée par le GACIM et la Municipalité, à laquelle toutes les principales institutions de l'île participent. Cette commission a permis que les décisions soient prises de façon plus ouverte et transparente. Le seul problème évoqué par la mission était que le matériel technique facilitant le contrôle de la planification n'était toujours pas arrivé.

La mission a également fait état de la récente mise en place par l'État partie d'une nouvelle Politique des monuments nationaux et d'une Politique culturelle nationale. Ces deux documents ont été approuvés par les Cabinets ministériels et témoignent d'un engagement au plus haut niveau pour la conservation du patrimoine culturel.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives prennent note de toutes les avancées faites par l'État partie au cours de l'année passée. Des efforts ont été accomplis afin de mettre en œuvre le Plan d'action d'urgence, y compris en faisant cesser l'effondrement du tissu historique urbain, en nettoyant la ville et en stoppant les aménagements illégaux. L'amélioration des systèmes d'égouts et d'adduction d'eau est en cours. En outre, il est à noter que deux structures complémentaires au GACIM ont été créées et financées par l'État partie et œuvrent à l'achèvement du plan de gestion. Une des contributions les plus précieuses au plan de gestion est l'étude architecturale menée dans la "Ville de pierre" et dans la "Ville de macuti" début 2010 par une équipe d'architectes du Mozambique, aidée d'étudiants en architecture originaires du pays. Financée par le Programme des villes du patrimoine mondial (Pays-Bas) et le Gouvernement flamand, l'étude a été menée en parallèle avec une étude sur l'architecture vernaculaire dans la "Ville macuti" et remise au Centre du patrimoine mondial en avril 2010. Les deux études devraient documenter le plan de gestion et être pleinement prises en compte pour sa finalisation.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives demeurent cependant préoccupés par les problèmes récurrents auxquels la "Ville de macuti" doit faire face en ce qui concerne l'aménagement illégal, la perte d'espace public et l'utilisation de matériaux inappropriés. Ces problèmes doivent être pleinement pris en compte et résolus afin de concilier les aménagements nécessaires avec l'authenticité du bien. C'est la raison pour laquelle l'État partie est encouragé à achever le Plan de développement durable de la "Ville de macuti" évoqué dans son rapport. On peut également espérer que ces problèmes relèveront du domaine de compétence du plan de gestion qui est sur le point d'être achevé. En ce qui concerne ce plan, il serait utile que le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives en reçoivent dès que possible un exemplaire du projet afin de s'assurer que celui-ci envisage bien tous ces problèmes.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives prennent également note d'avancées dans le domaine de la coordination des différents projets d'aménagement et de conservation, mais sont préoccupés car ces efforts doivent être renforcés afin de garantir leur efficacité maximum et l'absence de chevauchement des compétences.

Par ailleurs, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives remarquent, qu'en dépit du rapport de l'État partie faisant état d'actions visant à améliorer le cadre légal et la définition de zones tampons, peu d'informations sont données sur les progrès accomplis en ces domaines.

En résumé, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives ressentent que des progrès conséquents ont été accomplis par l'État partie au cours de l'année passée, mais que des efforts supplémentaires sont nécessaires afin des consolider les résultats obtenus et de résoudre les graves problèmes (en particulier dans la "Ville de macuti") toujours présents.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 34 COM 7B.50

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-10/34.COM/7B.Add.2,

2. Rappelant la décision 33 COM 7B.46, adoptée à sa 33e session (Séville, 2009),

3. Félicite l'Etat partie pour les mesures en cours prises afin d'améliorer l'Etat de conservation du bien et de mettre en œuvre le Plan d'action d'urgence, comprenant, entre autres, le recrutement de personnel supplémentaire, l'amélioration de la situation des bâtiments risquant de s'effondrer, la mise en place de projets d'amélioration d'équipement en eau et du réseau d'égouts sur le territoire du bien et le travail en cours sur le plan de gestion ;

4. Exprime son inquiétude quant au développement incontrôlé dans la "Ville de macuti" et encourage l'Etat partie à finaliser le travail entrepris sur le Plan de développement durable de la "Ville de macuti" ;

5. Demande à l'Etat partie de remettre, dès que possible, trois exemplaires du projet de plan de gestion au Centre du patrimoine mondial, pour examen par les Organisations consultatives ;

6. Encourage l'Etat partie à poursuivre ses efforts afin d'accroître le personnel du Cabinet pour la Restauration et Conservation de l'île (GACIM) et à garantir ainsi une capacité suffisante afin de gérer le bien ;

7. Demande également à l'Etat partie de poursuivre la mise en place du Plan d'action d'urgence, y compris des travaux visant à renforcer le cadre légal et à agrandir la zone tampon ;

8. Demande en outre à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2012, un rapport sur l'Etat de conservation du bien, faisant Etat des progrès accomplis dans la mise en œuvre du Plan d'action d'urgence et des points ci-dessus évoqués, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 36e session en 2012.