1.         Le District des Lacs anglais (Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord) (C 422rev)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2017

Critères  (ii)(v)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/422/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/422/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Facteurs identifiés lors de l'inscription du bien :

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/422/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2023

Le 16 décembre 2021, à la demande du Centre du patrimoine mondial de répondre aux préoccupations que suscitent les potentiels impacts négatifs des pratiques et projets envisagés et les recommandations du Comité lors de l’inscription, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation, pour lequel une mise à jour a été fournie le 1er mars 2023. Les deux rapports sont disponibles à https://whc.unesco.org/fr/list/422/ et signalent ce qui suit :

L’État partie signale les mises à jour suivantes concernant les enjeux de planification depuis l’inscription :

En octobre 2022 et mai 2023, l’État partie a fourni des informations sur la question de l’eutrophisation du lac Windermere causant une augmentation de l’efflorescence algale en surface et la baisse de la qualité de l’eau du lac. L’État partie a également reconnu le rôle du changement climatique et son impact sur la température de l’eau qui peut déclencher la formation d’efflorescences algales. Pour traiter l’apport de nutriments dans le lac Windermere et, ainsi, la fréquence et l’intensité d’efflorescences de cyanobactéries, qui sont susceptibles d’avoir un impact sur divers attributs qui sous-tendent la VUE du bien, l’État partie a lancé le « Love Windere Partnership », qui rend compte à la LNDPA. Il est fait état d’une feuille de route pour la protection environnementale du lac, qui prévoit de s’attaquer aux sources de pollution du lac, notamment les réseaux d’égouts publics et privés et les pratiques de gestion foncière.

En février 2023, l’État partie a signalé qu’une attraction touristique patrimoniale devait être aménagée dans la carrière historique en activité d’Elterwater, dans la vallée du Great Langdale. Une étude technique de l’ICOMOS de la documentation fournie a été transmise à l’État partie en mai 2023.

Une nouvelle procédure de notification et de consultation pour des propositions de projets a été élaborée par la LDNPA et Historic England, suivant laquelle la LDNPA prépare une note d’information pour toute proposition susceptible de nécessiter une notification conformément au paragraphe 172 des Orientations.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Bien que certains progrès aient été réalisés en réponse aux recommandations du Comité au moment de l’inscription du bien, des points essentiels doivent encore être traités. Un soutien adéquat aux pratiques agricoles traditionnelles, qui sont essentielles au maintien du paysage, doit encore être assuré, ces pratiques étant devenues plus vulnérables depuis l’inscription. D’autres questions importantes doivent encore être résolues, notamment la résilience aux inondations, le logement local, la réglementation de la circulation des véhicules tout terrain et l’interprétation locale.

Au moment de l’inscription, le Comité a reconnu la vulnérabilité des traditions agro-pastorales du District des Lacs et recommandé que l’État partie élabore des politiques de soutien aux exploitations et des programmes de financement pour soutenir et dédommager la communauté des agriculteurs pour leurs services patrimoniaux dans l’établissement et la préservation de ce paysage culturel exceptionnel. Six ans après l’inscription, seules certaines démarches semblent avoir été entreprises, le financement alloué étant largement insuffisant par comparaison avec l’échelle des soutiens reçus par les agriculteurs avant la sortie du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord de l’UE. Une stratégie claire, des mesures ou des sources de financement suffisantes à moyen et long termes doivent encore émerger pour traiter ce point crucial affectant l’attribut immatériel clé du bien qui sous-tend l’ensemble du paysage et sa VUE. Pendant ce temps, les vulnérabilités augmentent. Les politiques nationales actuelles, agricoles et de conservation de la nature, ne semblent pas adaptées pour relever les défis de l’agriculture traditionnelle, qui repose sur un système socioculturel et des pratiques spécifiques : des mécanismes ad hoc en plus de ce qui pourrait être disponible dans d’autres domaines doivent être recherchés avec la communauté des agriculteurs afin de protéger la VUE du bien.

Des plans et politiques ont été définis suivant la recommandation du Comité de se pencher sur la question des logements abordables et des services pour les habitants, afin de soutenir la communauté agricole. Cependant, la LDNPA ne dispose d’aucun outil pour empêcher la transformation des habitations permanentes en résidences secondaires. Par conséquent, aucune mesure ne semble être envisagée pour s’attaquer à ce phénomène de conversion d’habitation permanente en résidence secondaire. Le déséquilibre entre résidences secondaires et habitations permanentes ne peut donc que s’accroître au fur et à mesure de la construction de nouveaux lotissements. Des mesures visant à décourager cette pratique doivent être envisagées de toute urgence, à l’instar de celles prises en considération dans d’autres régions de l’État partie. Il est tout aussi urgent de créer un réseau de transport public fonctionnel qui puisse être au service des résidents et des visiteurs, afin de réduire la circulation de véhicules privés.

Il est accueilli favorablement que l’État partie ait commencé à agir selon la recommandation du Comité d’élaborer une stratégie et des programmes d’interprétation pour s’assurer que les résidents locaux tout comme les touristes peuvent se familiariser avec les attributs du bien qui lui confèrent sa VUE et avec les besoins de protection et de gestion qui lui sont associés. La stratégie sera fondamentale pour définir comment le bien est compris et présenté, le genre d’avenir qui doit être poursuivi à son intention et quels devraient être les usages préférentiels compatibles avec le soutien de sa VUE. Des programmes appropriés sont considérés comme indispensables pour corriger certaines évolutions et tendances d’utilisation, et définir les priorités et mécanismes de gestion plus conformes à la VUE du bien.

Depuis 2017, plusieurs communications de tiers ont soulevé la question des routes non goudronnées et de l’accès des touristes aux véhicules à moteur en dehors des routes. Les études techniques de l’ICOMOS ont noté l’augmentation spectaculaire de cette activité non traditionnelle, les effets négatifs apparentés sur certaines sections de route, et la faisabilité d’utiliser des mesures existantes et testées, comme les décrets réglementant la circulation, appliquées ailleurs dans des zones protégées de l’État partie. La capacité reconnue de ce paysage culturel à « stimuler l’imagination, la créativité et l’esprit » ne peut être maintenue que si la tranquillité et le calme restent une caractéristique du bien. Par conséquent, l’augmentation de la circulation de véhicules à des fins de loisirs le long de routes non goudronnées érode l’esprit du lieu et sape la dimension inspiratrice du paysage culturel, autre attribut clé du bien. Il est conseillé d’encourager vivement l’État partie à utiliser les instruments disponibles pour remédier à ce problème et empêcher l’accès de véhicules de loisirs aux vallées et aux lieux hautement sensibles et emblématiques. Par ailleurs, un suivi systématique de cette activité au sein du bien s’impose d’urgence afin de servir de base à une politique réglementaire globale axée sur la sauvegarde des attributs de la VUE, plutôt que l’approche disparate actuelle, qui ne semble pas reposer sur une compréhension claire de la gestion des visiteurs axée sur la VUE.S’agissant de la baisse signalée de la qualité l’eau du lac de Windermere, il est recommandé que le Comité encourage l’État partie à poursuivre ses efforts pour contrôler l’apport de nutriments dans le lac au travers d’une approche multipartite, associant des partenaires publics, privés et communautaires, et à assurer son financement à long terme.

Le projet proposé pour la carrière d’Elterwater a été évalué au niveau national comme n’ayant aucun impact sur la VUE. Toutefois, l’étude technique de l’ICOMOS (mai 2023) a trouvé que l’attraction prévue est d’une nature qui transformerait la carrière ou une partie de celle-ci en un parc à thèmes et banaliserait l’expérience d’un aspect important du patrimoine du District des Lacs, et l’un de ses attributs, en attirant du trafic dans la vallée du Great Langdale et un genre de public qui contribuera à la perturbation de son caractère tranquille et contemplatif. Comme expliqué dans le dossier de proposition d’inscription, le Great Langdale a préservé un caractère agro-pastoral distinct et presque intact, et l’aspect isolé de la vallée a inspiré artistes et écrivains, ainsi que des bienfaiteurs qui y ont acheté des terres pour préserver ce paysage. En conséquence, l’aménagement touristique proposé semble être étranger au caractère de la vallée et ne pas être compatible avec les attributs de la VUE. Le bien est déjà confronté aux conséquences négatives du tourisme de masse et, étant donné que des projets de ce type ne sont pas une première et vont continuer d’être présentés, il est conseillé que le Comité demande que de telles propositions d’attractions touristiques soient suspendues jusqu’à ce qu’une stratégie d’interprétation basée sur la VUE soit finalisée et devienne une référence également pour des initiatives de développement du tourisme.

En ce qui concerne la recommandation du Comité de renforcer les stratégies de préparation aux risques d’inondation en intégrant les connaissances locales, il est observé que certains projets pilotes GNI sont mis en œuvre au cas par cas sans bénéficier d’une stratégie globale qui prenne en compte les impacts des mesures de protection contre les inondations sur les attributs de la VUE. Étant donné que la Stratégie locale de gestion des risques d’inondation de Cumbria, qui devait être approuvée en 2022, ne mentionne pas le patrimoine mondial et qu’un changement d’échelle des projets GNI est prévu, le Comité est invité à recommander que l’État partie établisse une approche stratégique globale pour définir comment parvenir à la fois à une gestion naturelle des inondations et à la protection des attributs de la VUE.

L’information selon laquelle aucune ISG pour déchets dangereux n’est actuellement prévue sur le site est favorablement accueillie. Il est fortement conseillé de ne pas envisager une telle installation à l’avenir sur le site. L’information selon laquelle aucun projet de télécabine ni de téléphérique à Whinlatter n’est actuellement envisagé est également favorablement accueillie. Toutefois, il est noté que la politique 09 du plan local de la LDNPA envisage le réaménagement et l’agrandissement du Whinlatter Centre à des fins de loisirs, de divertissements et de nouveaux hébergements pour les visiteurs. Tout autre projet pour Whinhalter devra être envoyé au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives. Il est regrettable que le permis de construire ait été délivré pour la tyrolienne de Honister, contrairement à l’avis de l’ICOMOS, compte tenu des objections de nombreuses organisations à ce projet. Le Comité du patrimoine mondial pourrait souhaiter recommander à l’État partie de prendre toutes les mesures possibles pour résoudre ce problème et éviter la construction de la tyrolienne.

Décision adoptée: 45 COM 7B.63

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/23/45.COM/7B,
  2. Rappelant la décision 41 COM 8B.30, adoptée à sa 41e session (Cracovie, 2017),
  3. Accueille favorablement les efforts déployés par l’État partie pour donner suite aux recommandations adoptées lors de l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial mais note que les progrès dans la mise en œuvre de ces recommandations sont très lents ;
  4. Accueille aussi favorablement la confirmation par l’État partie qu’aucun projet de télécabine/téléphérique à Whinlatter ni d’installation de stockage géologique de déchets dangereux sur le site n’est actuellement envisagé, recommande qu’aucun projet de ce type ne soit envisagé à l’avenir et demande que des informations et de la documentation sur le réaménagement et l’agrandissement possibles du centre de loisirs de Whinlatter soient soumises en temps voulu au Centre du patrimoine mondial avant toute décision sur l’avenir de cette installation ;
  5. Accueille de plus favorablement les informations concernant l’approbation de la mise à jour du plan de gestion révisé conjoint du site du patrimoine mondial et du parc national ;
  6. Regrette que le permis de construire pour la tyrolienne de Honister ait été délivré, malgré les objections de plusieurs organisations de préservation et contrairement aux conseils contenus dans l’étude technique de l’ICOMOS, et encourage l’État partie à prendre toutes les mesures possibles pour résoudre ce problème et éviter la construction de cette infrastructure ;
  7. S’inquiète de l’absence de stratégie claire pour remédier à la vulnérabilité des traditions agro-pastorales du bien, et prie instamment l’État partie de concevoir et de mettre en œuvre, en consultation avec les communautés d’agriculteurs du District des Lacs, des politiques appropriées et des programmes de financement dotés de ressources adéquates pour les soutenir et les dédommager pour leurs services patrimoniaux, afin de maintenir à moyen et long termes les attributs clés de ce paysage qui sous-tendent son intégrité et son authenticité ;
  8. Note le déséquilibre croissant entre maisons d’habitation et maisons de vacances, malgré les efforts pour fournir des logements abordables aux résidents et demande de plus à l’État partie de mettre en place des mesures qui découragent la conversion d’habitations résidentielles en résidences secondaires ou de vacances, afin de garantir des logements abordables pour les habitants et de réduire en même temps les pressions du développement urbain sur le paysage ;
  9. Recommande à l’État partie de traiter le problème du trafic excessif de véhicules privés en améliorant le réseau de transport public au sein du bien et en décourageant l’accès au bien par des véhicules privés de non-résidents ;
  10. Note également les préoccupations soulevées dans les études techniques de l’ICOMOS concernant l’utilisation de véhicules motorisés tout terrain sur des voies vertes au sein du bien, prie instamment l’État partie d’exploiter les instruments déjà disponibles pour empêcher l’accès de véhicules aux routes non goudronnées dans les vallées hautement sensibles et emblématiques, et demande également à l’État partie de s’assurer de toute urgence qu’un suivi systématique est effectué sur toutes les routes non goudronnées accessibles aux véhicules afin d’évaluer le statut de cette activité et ses impacts sur les attributs matériels et immatériels du bien, comme base d’une politique réglementaire globale axée sur la sauvegarde des attributs de la valeur universelle exceptionnelle (VUE) ;
  11. Note de plus que la stratégie locale de gestion des risques d’inondation de Cumbria, approuvée en 2022, ne mentionne pas le patrimoine mondial et, étant donné qu’un changement d’échelle dans la gestion naturelle des déchets (GNI) est envisagée à l’intérieur du bien, recommande que l’État partie définisse rapidement une approche stratégique globale adaptée au milieu pour démontrer comment la gestion naturelle des inondations et la protection des attributs de la VUE pourraient être toutes deux atteintes ;
  12. Se félicite qu’une stratégie d’interprétation du bien soit en préparation et demande que cette stratégie soit élaborée autour de la VUE du bien, finalisée dès que possible, soumise au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives et utilisée comme référence pour déterminer quelles utilisations touristiques sont compatibles avec la VUE du bien ;
  13. Demande de plus à l’État partie de suspendre le processus d’approbation de l’attraction touristique d’Elterwater Quarry à Great Langdale, et toute autre proposition de projet de ce type, et de la réexaminer à la lumière de ses impacts négatifs potentiels sur les attributs de Langdale sous-tendant la VUE du bien, jusqu’à l’approbation d’uns stratégie d’interprétation basée sur la VUE ;
  14. Note de plus la baisse de la qualité de l’eau du lac de Windermere causée par des réseaux d’égouts publics et privés et les pratiques de gestion des terres, ainsi que par les impacts du changement climatique et encourage l’État partie à poursuivre ses efforts pour s’attaquer aux sources de pollution du lac grâce à une approche multipartite, associant des partenaires publics, privés et communautaires, et à assurer son financement à long terme ;
  15. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1erdécembre2024, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 47e session.