1.         Centres historiques de Berat et de Gjirokastra (Albanie) (C 569bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2005

Critères  (iii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/569/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2002-2018)
Montant total approuvé : 80 416 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/569/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé pour le bien : 1 367 014 dollars EU fournis par le Gouvernement albanais dans le cadre du projet 933 ALB 4000 « Sauvegarde et restauration d’une sélection de monuments à l’intérieur du site du patrimoine mondial du Centre Historique de Gjirokastër, Albanie »

Missions de suivi antérieures

Novembre 2012 : mission de suivi réactif de l’ICOMOS; avril 2016 : mission de conseil de l’ICOMOS ; décembre 2021 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/569/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2023

Une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM s’est rendue sur le bien en décembre 2021. Le 3 février 2022, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien, comprenant plusieurs annexes, qui est disponible à https://whc.unesco.org/fr/list/569/documents/. Les progrès réalisés en réponse à un certain nombre de problèmes de conservation soulevés par le Comité à ses précédentes sessions sont présentés comme suit :

Le 7 septembre 2022, l’État partie a soumis des plans techniques actualisés du contournement de Gjirokastra et un projet de restauration des trois passerelles historiques sur la rivière Zerzebili. Ces informations n’étaient malheureusement pas rédigées dans l’une des langues de travail du Comité. La documentation soumise comprend des approbations relatives à une modification du contournement routier de Gjirokastra datant du 1er juillet 2022.

Depuis la soumission de son dernier rapport sur l’état de conservation en février 2022, l’État partie n’a communiqué au Centre du patrimoine mondial aucune mise à jour avant la date limite du 1er mars 2023, qu’il s’agisse de changements significatifs de l’état de conservation du bien ou des mesures prises pour traiter les recommandations de la mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

L’État partie a continué de progresser dans l’amélioration de l’état de conservation et du système de protection et de gestion du bien, comme cela a été signalé par la mission de 2021. Cependant, il convient de noter avec regret qu’après la mi-février 2023, l’État partie a cessé de communiquer sur l’avancement de la mise en œuvre de l’assistance internationale et sur la poursuite de l’élaboration et de la finalisation du PGI qu’il est censé soutenir, et qui reste donc inachevé. Et ce, malgré le fait que les dispositions contractuelles avec le Centre du patrimoine mondial en matière d’assistance internationale aient expiré le 1er juin 2023. À ce stade, l’engagement dont l’État partie a fait preuve en 2021 et 2022, suite aux demandes répétées du Comité (décisions 39 COM 7B.75, 41 COM 7B.40, 43 COM 7B.79 et 44 COM 7B.151 adoptées respectivement en 2015, 2017, 2019 et 2021) en vue d’achever l’élaboration du PGI avec la participation active des parties prenantes aux niveaux national, régional et local semble compromis. Le Comité devrait donc prier instamment l’État partie de finaliser le PGI de toute urgence, en tenant compte des commentaires et recommandations formulés par les Organisations consultatives dans le cadre de l’assistance internationale.

Le déploiement du PDUTI financé par la Banque mondiale progresse, et la mission 2021 a conclu que le développement, la conception et la mise en œuvre du projet sont d’une qualité et d’un niveau élevés et apportent une série d’avantages aux citoyens et aux visiteurs de Berat et Gjirokastra. Ce projet a des conséquences bénéfiques importantes, mais aussi potentiellement préjudiciables, pour la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien. Le PDUTI est axé sur le développement du tourisme, et le Comité a demandé à l’État partie (décision 44 COM 7B.151) de diversifier ses plans de développement, afin de favoriser une assise économique large et solide pour l’avenir du bien (décision 44 COM 7B.151), ce qui doit être pris en compte dans le développement d’une vision à long terme de l’ensemble du bien et dans la finalisation du plan de gestion intégrée. Compte tenu du nombre élevé de projets en cours et prévus dans le cadre du PDUTI et d’autres projets de développement situés à l’intérieur du bien et/ou de son environnement, la mission recommande à l’État partie d’évaluer stratégiquement l’impact cumulé de tous ces projets sur la VUE du bien.

La documentation sur certains éléments du PDUTI soumise en annexe du rapport de l’État partie comprend des études et des évaluations préliminaires (telles que des évaluations d’impact environnemental et social), conformément aux normes de qualité élevées requises pour bénéficier d’un financement de la Banque mondiale. Cependant, ces évaluations d’impact ne se concentrent pas sur l’impact potentiel sur la VUE du bien. Par exemple, aucune évaluation d’impact sur la VUE du bien n’a été réalisée pour le projet de grande envergure de la place Çerçiz Topulli, avant son approbation. La mission a recommandé à l’État partie que les évaluations d’impact sur le patrimoine soient une condition juridique préalable pour les projets de développement et qu’elles soient directement liées aux dispositions des règlements de Berat et de Gjirokastra. Les projets de PDUTI soumis en annexe au rapport de l’État partie ont tous été approuvés avant d’être annexés à ce rapport, et leurs impacts potentiels, individuels et cumulés, sur la VUE du bien n’ont pas été complètement évalués de manière officielle. Le Comité pourrait donc souhaiter rappeler les dispositions des paragraphes 118bis et 172 des Orientations.

Il est regrettable que le projet de route de contournement de Gjirokastra ait repris avant que les conclusions de la mission de suivi réactif de décembre 2021 (demandée dans la décision 44 COM 7B.151) aient été mises à la disposition de l’État partie en juillet 2022. Il est à noter également, s’agissant de cette route de contournement, qu’aucune évaluation d’impact sur le patrimoine (EIP) n’a été réalisée avant son autorisation ou avant la modification du 1er juillet 2022. La mission de 2021 a noté que la route de contournement a un impact sur la VUE du bien, à la fois négatif et positif, actuel et potentiel, mais qui doit être correctement évalué. Les impacts négatifs doivent être évités ou, lorsque ce n’est plus possible, atténués. Le Comité pourrait par conséquent souhaiter demander qu’une EIP complète et indépendante soit réalisée de toute urgence, conformément au Guide et boîte à outils pour les évaluations d'impact dans un contexte de patrimoine mondial, et avant que la construction de la route de contournement n’atteigne un point où aucune mesure d’atténuation significative ne soit possible. L’État partie doit garantir que les mesures d’atténuation identifiées sont mises en œuvre et que toute modification nécessaire de la route ait lieu pendant la phase de construction ultérieure, le cas échéant, afin de minimiser ses impacts sur la VUE du bien.

Décision adoptée: 45 COM 7B.51

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/23/45.COM/7B.Add.2,
  2. Rappelant les décisions 39 COM 7B.75, 41 COM 7B.40, 43 COM 7B.79 et 44 COM 7B.151, adoptées à ses 39e (Bonn, 2015), 41e (Cracovie, 2017), 43e (Bakou, 2019) sessions et 44e session élargie (Fuzhou/en ligne, 2021) respectivement,
  3. Félicite l’État partie pour les progrès accomplis dans l’amélioration de l’état de conservation du bien, ainsi que pour avoir encouragé financièrement les propriétaires privés à effectuer des travaux de conservation et d’entretien ;
  4. Accueille favorablement l’engagement de l’État partie d’améliorer la réglementation urbaine de Berat et Gjirokastra, ainsi que de développer un outil intégré de conservation et de développement urbains, et réitère sa demande à l’État partie de diversifier ses plans de développement du bien afin de favoriser une assise économique large et solide pour son avenir ;
  5. Note avec regret l’échec de l’État partie à mettre pleinement en œuvre l’assistance internationale accordée pour l’élaboration du plan de gestion intégrée (PGI) du bien en collaboration avec les secteurs gouvernementaux et citoyens, et ce, malgré les décisions antérieures du Comité, prie instamment l’État partie de finaliser le PGI de toute urgence, en tenant compte des commentaires et recommandations déjà formulés par les Organisations consultatives dans le cadre du projet d’assistance internationale, et demande à l’État partie de soumettre un avant-projet final au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives ;
  6. Note en outre avec regret la reprise de la construction de la route de contournement de Gjirokastra avant que les conclusions de la mission de suivi réactif de décembre 2021 n’aient été disponibles et aient pu être prises en compte, et demande également par conséquent à l’État partie de réaliser d’urgence une évaluation d’impact sur le patrimoine (EIP) complète et indépendante de la route de contournement de Gjirokastra avant que sa construction n’atteigne un point où aucune mesure d’atténuation significative ne soit possible, de la soumettre au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives, et de veiller à la mise en œuvre des mesures d’atténuation identifiées et au développement de toute modification nécessaire de la route pendant la phase de construction ultérieure, le cas échéant, afin de minimiser des impacts sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien ;
  7. Note également que la route de contournement de Gjirokastra est l’un des nombreux projets de développement à l’intérieur ou dans l’environnement du bien et qu’aucun des impacts cumulés et individuels de tous ces projets de développement, y compris du Développement urbain et touristique intégré (PDUTI), sur la VUE n’ont été évalués de manière exhaustive ;
  8. Prend note des conclusions et recommandations de la mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM de 2021, et demande en outre à l’État partie de les mettre en œuvre intégralement, et en particulier les principales recommandations qui suivent :
    1. les EIP devraient être une exigence juridique préalable pour les projets de développement et être directement liées aux dispositions des règlements de Berat et de Gjirokastra,
    2. le PGI doit avoir un statut juridique approprié permettant sa mise en œuvre effective,
    3. une stratégie globale de développement à long terme du bien doit être élaborée, comprenant la gestion du tourisme et mettant l’accent sur le renforcement des synergies du bien du patrimoine mondial avec le patrimoine immatériel et naturel de son environnement plus large, et liée au PGI,
    4. une EIP des impacts cumulés du PDUTI et d’autres projets de développement sur la VUE de l’ensemble du bien et de son environnement doit être réalisée,
    5. la route de contournement de Gjirokastra devrait être pleinement prise en compte dans le plan de mobilité de Gjirokastra en cours d’élaboration, afin de garantir que ses impacts sur la VUE sont pris en considération,
    6. une étude du paysage de la vallée (Gjirokastra), comprenant son évolution historique et son utilisation au fil du temps ainsi que sa relation avec la morphologie de la ville, devrait être menée dans le cadre de l’EIP de la route de contournement ou à part ;
  9. Note également la soumission d’informations détaillées sur la restauration des trois passerelles de la rivière Zerzebili, demande par ailleurs à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial le détail de tous les projets d’aménagement susceptibles d’affecter la VUE du bien, pour examen par les Organisations consultatives avant toute approbation ou décision irréversible, conformément au paragraphe 172 des Orientations, et de commander, conformément au paragraphe 118 bis des Orientations, des EIP axées sur la VUE du bien, menées conformément au nouveau Guide et boîte à outils pour les évaluations d'impact dans un contexte de patrimoine mondial, et rappelle que ces documents, ou du moins leur résumé analytique, doivent être soumis au Centre du patrimoine mondial dans l’une des langues de travail du Comité ;
  10. Demande de plus à l’État partie de poursuivre ses efforts pour limiter la survenue d’activités de construction illégales sur le bien ;
  11. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1erfévrier 2024, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 46e session.