1.         Églises creusées dans le roc de Lalibela (Éthiopie) (C 18)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1978

Critères  (i)(ii)(iii)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/18/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1980-2022)
Montant total approuvé : 98 300 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/18/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : 800 000 dollars EU pour le « Plan d’action pour la conservation de Lalibela » - Phase 1 et Phase 2 (Fonds en dépôt norvégien) ; 59 032 dollars EU du Fonds d'urgence pour le patrimoine.

Missions de suivi antérieures

2004, 2005, 2008, 2009 : missions de suivi du Centre du patrimoine mondial ; 2006, 2007, 2008 : missions conjointes de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; mai 2018 : mission de conseil conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM ; mai 2022 : mission d’experts de l’UNESCO

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/18/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2023

Le 13 janvier 2023, l’État partie a présenté un rapport sur l’état de conservation, disponible à https://whc.unesco.org/fr/list/18/documents/. En mai 2022, un rapport sur la situation du site a été remis après la mission technique de l'UNESCO venue évaluer le bien au lendemain d’un conflit armé en 2021 qui a perturbé la gestion du bien. Malgré la crise nationale qui a touché l’administration culturelle, le rapport sur l’état de conservation et le rapport de mission présentent comme suit les progrès réalisés sur plusieurs questions de sauvegarde abordées par le Comité lors de ses sessions précédentes :

En outre, après le rapport de l'État partie sur le diagnostic général des travaux de conservation précédemment effectués sur les églises, évaluant la durabilité et la pertinence des différentes mesures, l'EIES et l'EIP fournissent une analyse critique des travaux antérieurs. L'EIES et l'EIP apportent des informations complémentaires pour mieux évaluer l'opinion de l'État partie selon laquelle l'élimination des principaux impacts environnementaux (p. ex. la pluie et le soleil) sur les structures est une mesure efficace pour sauvegarder les églises à long terme. Elles permettent de décider si l'installation d'auvents de protection au-dessus de toutes les églises proposée afin d’assurer la permanence des mesures de conservation est la meilleure option. Elles apportent davantage d'informations sur les défis et les opportunités liés aux options d’auvents et aux pratiques traditionnelles. De plus, ces nouveaux abris doivent atténuer les aspects négatifs des auvents existants tels qu'identifiés par les autorités religieuses et les visiteurs.

Sur la base d'une documentation 3D détaillée de toutes les églises, des cours et des espaces avoisinants, des considérations générales et des options de conception pour une couverture permanente de toutes les églises du bien font l’objet de discussions. Un avant-projet de conception est proposé pour les trois principaux groupes architecturaux, illustré par des modèles architecturaux numériques, consistant en une grande structure d'auvent en forme de vague couvrant les églises et leurs cours. Les hauteurs et profondeurs irrégulières de la forme du toit doivent être construites avec la main-d'œuvre locale et sans usinage, en utilisant des éléments légers en bambou, un matériau disponible dans le pays, avec des fondations en béton ancrées dans le sol.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le rapport sur l'état de conservation indique que l'État partie a pris un certain nombre de mesures préparatoires pour améliorer le système de gestion du bien aux niveaux national et local. Il est noté que les limites du bien ont été clarifiées au niveau national, mais que l'État partie n'a toujours pas soumis de demande officielle de modification mineure des limites comprenant une déclaration de vision sur la croissance et le développement urbains de la ville de Lalibela et sur les modalités de la relation avec le bien du patrimoine mondial, comme demandé par le Comité du patrimoine mondial dans sa dernière décision. Il est également noté que l'état des abris a été vérifié par des experts indépendants certifiés, comme demandé par le Comité du patrimoine mondial dans sa précédente décision, dans laquelle il confirmait l'intégrité des auvents existants. Bien que l'inspection visuelle et les appareils de mesure sur site soient jugés satisfaisants, une analyse informatique formelle a confirmé que les nouvelles normes formelles ne sont pas respectées dans des conditions de vent extrêmes, comme l'ont indiqué des études antérieures réalisées par des experts nationaux. Une stratégie d'entretien des abris existants est nécessaire pour maintenir leur fonctionnalité jusqu'à leur démantèlement ultérieur. Il est nécessaire de poursuivre la collecte systématique des données environnementales et de leurs effets sur les églises et les auvents au fil du temps afin de fournir une base pour déterminer les variables critiques qui affectent le site.

’Concernant les abris érigés au-dessus des églises creusées dans le roc pour les protéger des intempéries. les Organisations consultatives ont exprimé des réserves à l’égard de la couverture extensive du bien comme solution proposée aux problèmes de sauvegarde des structures des églises creusées dans le roc, dans leurs examens techniques de février, juin et juillet 2021. Elles ont souligné que le tissu physique des églises varie sur l’ensemble du bien et que les données sont insuffisantes pour prévoir les impacts et les nouvelles menaces potentielles d’une mise à l’abri permanente, notamment s’agissant des changements du microclimat à l’intérieur des églises et du rétrécissement des matériaux dû à la dessiccation, mais également en ce qui concerne les mesures de conservation et d’entretien qui doivent accompagner toute stratégie à long terme pour le bien. Les rapports finaux de l’EIES et de l’EIP menées sur la phase conceptuelle du projet de solution d’auvents soumis par l'État partie ont mis en évidence les mêmes lacunes.

Le 31 janvier 2023, l'État partie a soumis des rapports reprenant les résultats des enquêtes détaillées menées dans le cadre du programme bilatéral franco-éthiopien de soutien à Lalibela avec l’EIES et l’EIP. Les rapports présentent les données et évaluent les efforts de conservation entrepris depuis le début du XXe siècle pour les églises abritées et non abritées. Ils comparent les résultats des efforts de sauvegarde ponctuels dans des situations abritées, censés nécessiter des cycles de préservation moins fréquents, aux résultats des efforts de sauvegarde qui demandent des réparations saisonnières et un entretien réguliers dans des situations non abritées. L'État partie tire la conclusion que la solution viable la plus adaptée est de protéger toutes les églises, mais d'une manière qui atténue les impacts négatifs des abris actuels tels qu'ils sont perçus par la communauté locale et les visiteurs. Ainsi, une nouvelle approche de la protection est proposée dans laquelle toutes les églises et les cours adjacentes seraient couvertes de grands auvents afin que les églises creusées dans le roc ne soient pas exposées aux intempéries. Les auvents seraient constitués d'un treillis de bambou, un matériau disponible dans le pays, surmonté d'un textile coloré qui s'harmoniserait avec la couleur de la pierre des églises. Alors que ces considérations en sont encore au stade conceptuel, un concours architectural ouvert pour la construction d'un auvent de protection et de sauvegarde pour le bien est proposé afin de parvenir à une proposition techniquement aboutie. L'architecture vernaculaire en bambou étant connue en Éthiopie, il est supposé qu’une telle structure permettrait à la communauté locale de participer à la construction et à l'entretien et s’avère la solution préférée proposée par l'État partie.

L'EIES et l'analyse de l'EIP identifient les risques associés au projet de solution de mégastructure d’auvent comme très élevés. Les supports des auvents nécessiteraient des interventions non réversibles pour ancrer les fondations profondément dans le sol autour des églises afin de supporter les longues portées des structures de toit. Compte tenu de la durée de vie limitée du matériau, un programme de remplacement des éléments en bambou in situ serait nécessaire après quelques décennies. Les rapports précisent que davantage de données et d'informations sont nécessaires, notamment une évaluation des solutions de remplacement, tenant compte de la complexité de la gestion et de solutions adaptées à la situation géologique de chaque église, avant que des décisions puissent être prises concernant la couverture à long terme des églises.

Le rapport actuel fourni par l'État partie est une avancée dans la direction indiquée par le Comité pour établir une base scientifique solide sur laquelle une décision d’une importance considérable sur la couverture totale de l'ensemble du bien pourrait être évaluée.

Comme le soulignent les rapports de l’EIES et de l’EIP, les Organisations consultatives considèrent toujours qu’il n’a pas été encore recueilli suffisamment de données pour définir un état d'équilibre environnemental pour chacune des onze églises, adapté à leurs conditions spécifiques, ni pour définir précisément l'impact, positif ou négatif, que les abris pourraient avoir. La difficulté réside dans le temps considérable que prendrait l'obtention de données aussi convaincantes. Les Organisations consultatives maintiennent donc leurs réserves à l'égard de la couverture permanente de grande envergure en tant qu'approche viable de la sauvegarde à long terme à l'heure actuelle. Néanmoins, les Organisations consultatives reconnaissent que les abris actuels ne répondent plus aux exigences formelles de sécurité.

Dans ces circonstances, et conscientes des nombreuses incertitudes qui existent, ainsi que des complexités supplémentaires liées au changement climatique et aux transformations sociétales dans les décennies à venir, les Organisations consultatives considèrent que les nouvelles options d'abri devraient être envisagées comme solution temporaire basée sur les essais pilotes tels que proposés par l'EIES et l'EIP et, dans un premier temps, en dehors du périmètre des églises. Les expériences acquises en matière de performance et acceptabilité des différentes solutions techniques doivent être réexaminées et réévaluées sur la base des travaux de suivi et d'entretien continus, ainsi que des réactions des communautés locales. De nouvelles études géotechniques, hydrologiques et autres, recommandées par le Comité scientifique, devraient également être envisagées.

De plus, les Organisations consultatives considèrent que les abris doivent être mis en place sur la base d’un partenariat, dans le but d'impliquer les communautés locales dans la surveillance, l'entretien et la conservation dédiés des églises, dans le cadre des pratiques de gestion régulières du bien. Pour y parvenir, les Organisations consultatives réitèrent leur recommandation antérieure d'améliorer d'abord le système de gestion globale du bien, la conservation et l'entretien faisant partie intégrante d'une approche de la sauvegarde centrée sur les populations et mise en œuvre par la communauté locale du clergé et des laïcs. Cela nécessitera un système de suivi qui permette une compréhension globale de l'impact des auvents proposés sur le microclimat des églises. Des détails sur le démantèlement des auvents existants et l'installation des nouveaux auvents devront être communiqués.

L'approche innovante et durable proposée pour la conception de nouveaux abris utilisant le bambou lié comme structure est accueillie, sur le principe, avec satisfaction. Des recherches supplémentaires sur la faisabilité de l'utilisation du bambou comme élément d'ingénierie structurelle à une telle échelle sont nécessaires pour déterminer les facteurs critiques qui permettront à ce concept de devenir une réalité. Les informations actuelles ne suffisent pas encore pour fournir la base d'un examen technique par les Organisations consultatives à ce stade, comme également souligné dans l’EIES et l’EIP, mais les progrès considérables réalisés dans des conditions difficiles sont salués.

Après la fin du conflit armé, l'UNESCO a mené une mission d'information à Lalibela en janvier 2022, pour rencontrer les communautés locales et les autorités de gestion. En outre, l'UNESCO a dépêché une mission d'évaluation du 23 au 28 mai 2022 pour évaluer l'état de conservation du bien et formuler des actions urgentes en collaboration avec les communautés et les acteurs locaux. La mission a souligné l'importance de soutenir les communautés locales pour maintenir leurs traditions culturelles et leurs pratiques religieuses et coutumières, qui sont essentielles pour la VUE du site en tant que patrimoine vivant. En outre, la mission a souligné la nécessité d’infrastructures améliorées, notamment en matière d'approvisionnement en électricité et en eau. La pression urbaine croissante et la dégradation du paysage sont de plus en plus préoccupantes. Cette mission sera suivie d'activités de renforcement des capacités afin de sauvegarder et promouvoir le site.

Décision adoptée: 45 COM 7B.35

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/23/45.COM/7B.Add,
  2. Rappelant les décisions 43 COM 7B.105 et 44 COM 7B.118, adoptées respectivement à sa 43e session (Bakou, 2019) et à sa 44e session élargie (Fuzhou/en ligne, 2021),
  3. Prend acte des informations communiquées par l’État partie, incluant les études résultant de l'évaluation d'impact environnemental et social (EIES) et de l'évaluation d'impact sur le patrimoine (EIP), sur les progrès réalisés dans les préparatifs du projet bilatéral entre l’Éthiopie et la France « Sustainable Lalibela» (Lalibela durable) et dans la poursuite de l’élaboration d’options de conception adaptées pour les projets d’auvents destinés à couvrir toutes les églises creusées dans le roc ;
  4. Accueille avec satisfaction les résultats des enquêtes détaillées menées dans le cadre du programme bilatéral franco-éthiopien de soutien à Lalibela, afin de recueillir des données et d’évaluer les efforts de conservation entrepris depuis le début du XXe siècle tant pour les églises abritées que pour les églises non abritées et prend note des recommandations de l'EIES et de l'EIP concernant l'état actuel du projet d’auvents de protection ;
  5. Note la conclusion de l’État partie selon laquelle l’une des solutions viables pour protéger ces églises des intempéries et de la détérioration de la pierre consiste à les couvrir d’abris permanents, de manière à atténuer les effets négatifs des abris actuels, tels qu’ils sont perçus par la communauté locale et les visiteurs ;
  6. Considère que l’EIES et l’EIP ont souligné que les données recueillies à ce jour ne sont pas suffisantes pour définir de manière concluante un état d'équilibre environnemental pour chacune des 11 églises, ni pour déterminer précisément l'impact que les abris pourraient avoir, ni pour soutenir l'idée d'abris permanents, et demande qu'un programme de suivi et d'entretien solide soit élaboré, sur la base d'un partenariat dans le but d'impliquer les communautés locales, et mis en œuvre dès que possible, et considère donc également que l'option des abris devrait rester une solution évolutive qui pourrait être reconsidérée et réévaluée à l'avenir sur la base des commentaires et retours d’expérience des communautés locales et des résultats du suivi continu, en consultation avec le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives ;
  7. Considère en outre que tout nouvel abri devrait être mis en place sur la base d'un partenariat, l'entretien et la conservation des églises faisant partie intégrante d'une approche de la sauvegarde centrée sur les populations et mise en œuvre par la communauté locale du clergé et des laïcs.
  8. Prend note également de l'approche innovante et durable proposée pour la conception de nouveaux abris utilisant le bambou lié comme structure et demande à l'État partie d'entreprendre les recherches supplémentaires nécessaires sur la base des données obtenues à partir des essais pilotes à petite échelle, comme souligné dans l’EIES et l’EIP, sur la faisabilité de l'utilisation du bambou comme élément d'ingénierie structurelle à une telle échelle, tout en reconnaissant que la fourniture d'ancrages de stabilisation sera essentielle pour atténuer les risques résultant des conditions extrêmes de soulèvement de la structure par le vent ;
  9. Demande également à l’État partie, afin de permettre la validation finale des options proposées, de soumettre au Centre du patrimoine mondial, pour examen par les Organisations consultatives, avant que toute décision de mettre en œuvre la solution ne soit prise, les éléments suivants :
    1. les rapports des études supplémentaires recommandées par le Comité scientifique (études géotechniques, hydrologiques et autres études jugées nécessaires),
    2. les résultats des recherches supplémentaires menées sur la faisabilité de l’utilisation du bambou comme élément d’ingénierie structurelle à l’échelle requise,
    3. des plans détaillés pour les mesures de conservation requises pour chaque groupe architectural, y compris les mesures d’entretien et de suivi,
    4. l'avant-projet définitif des options d'auvents pour chaque groupe architectural, y compris, mais sans s'y limiter, le système d'ancrage, le système de drainage de l'eau, la méthode de démontage de l’abri existant et les exigences d'entretien régulier pour les nouvelles structures d’abris existantes et potentielles, en gardant à l'esprit que les auvents doivent être considérés comme une solution de conservation temporaire jusqu'à ce que davantage de données soient disponibles pour chaque groupe,
    5. un aperçu complet des différentes composantes du projet de collaboration Éthiopie--France, incluant un projet de calendrier de la mise en œuvre prévue ;
  10. Encourage l'État partie à poursuivre le dialogue avec les autorités françaises, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives sur le projet bilatéral envisagé, afin de soutenir l’élaboration d'un plan de conservation intégrée, avec une approche de la conservation et de la gestion centrée sur les populations, basé sur des partenariats durables à long terme avec toutes les parties prenantes concernées ;
  11. Prie également instamment l’État partie de poursuivre ses efforts en vue de rendre opérationnel le Comité consultatif local, conformément à la réglementation sur les secteurs réservés, et demande en outre la soumission d’une modification mineure des limites qui comprenne toutes les dispositions relatives à la gestion et à la planification du bien ;
  12. Réitère en outre sa demande auprès de l'État partie afin qu’il soumette au Centre du patrimoine mondial, pour examen par les Organisations consultatives, une déclaration de vision sur la croissance et le développement, conforme à la Politique de 2015 pour l'intégration d'une perspective de développement durable dans les processus de la Convention du patrimoine mondial, qui respecte la VUE du bien et étaye le Plan structurel révisé de Lalibela et le Plan de développement local ;
  13. Prend note avec satisfaction de la mission d’évaluation de l’UNESCO de mai 2022 sur le bien, organisée par le Centre du patrimoine mondial après la fin du conflit armé et encourage l’État partie à mettre en œuvre toutes les recommandations de cette mission ;
  14. Demande par ailleurs à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1erdécembre 2024, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 47e session.