1.         La Grande Barrière (Australie) (N 154)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1981

Critères  (vii)(viii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/154/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/154/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Mars 2012 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN; Mars 2022 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/154/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2023

L’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien le 1er février 2022, disponible à https://whc.unesco.org/fr/list/154/documents, qui transmet les informations suivantes : 

Entre le 21 et le 30 mars 2022, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont entrepris une mission conjointe de suivi réactif sur le bien afin d’évaluer si le plan Reef 2050 révisé répond à la menace que représente le changement climatique pour le bien et détermine une voie d’action accélérée dans d’autres domaines ayant une incidence sur la conservation du bien. La mission a examiné les informations fournies par l’État partie ainsi que les contributions des parties prenantes, y compris la société civile. Sur la base des informations disponibles à l’époque, la mission a conclu que le bien remplissait les conditions d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Ce rapport de mission est disponible à https://whc.unesco.org/fr/list/154/documents/. Le 15 mars 2022, le Centre du patrimoine mondial a adressé une lettre à l’État partie pour lui faire part des préoccupations d’une tierce partie concernant les travaux d’agrandissement des ports de Gladstone et de Townsville et pour lui demander de vérifier ces informations. L’État partie a répondu le 26 juillet 2022 que les impacts potentiels des ports sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien ont été soigneusement étudiés et que chaque projet est soumis à des conditions strictes d’approbation conçues pour éviter et atténuer les impacts.

L’État partie a communiqué les informations suivantes depuis la réalisation de la mission :

Le 13 septembre 2022, l’État partie a soumis un rapport comprenant les points saillants suivants :

Le 6 juin 2023, l’État partie a fourni des informations complémentaires, notamment les engagements suivants :

Les 5 et 19 avril 2023, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu des informations sur les avancées en matière de gestion du bien de la part de la société civile, notamment du WWF-Australie, de l’Australian Marine Conservation Society et d’Earth Justice.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

D’après les conclusions de la mission Centre du patrimoine mondial/UICN de suivi réactif, la VUE du bien est considérablement impactée par les facteurs climatiques, et la résilience du bien face aux impacts du changement climatique est fortement compromise, particulièrement en raison de la dégradation de la qualité de l’eau et des activités de pêche. La mission a conclu que les cadres de gestion du bien manquent d’objectifs climatiques clairs et de mesures de mise en œuvre urgentes pour protéger la VUE du bien, et que les mesures liées à la qualité de l’eau et aux activités de pêche ne sont pas pleinement mises en œuvre. La mission a formulé 10 recommandations prioritaires à mettre en œuvre de toute urgence, et 12 recommandations supplémentaires pour renforcer plus avant la résilience du bien. La mission a estimé que ces recommandations, si elles étaient mises en œuvre rapidement, pourraient grandement améliorer la conservation de la VUE du bien pour les générations futures.

Depuis que la mission de suivi réactif a eu lieu, l’État partie a fait des progrès significatifs pour faire face à la menace du changement climatique sur le bien et a pris une série d’engagements forts pour réduire les pressions sur sa VUE dues à la dégradation de la qualité de l’eau et aux activités de pêche, notamment en renouvelant de manière significative son engagement financier jusqu’en 2030.

Le Bilan sur la qualité des eaux de la Grande Barrière de 2020 montre des avancées pour atteindre les objectifs de 2025 en matière de qualité de l’eau. Toutefois, ces avancées demeurent modestes, et il faut encore parvenir à des réductions significatives des niveaux de sédiments et d’azote inorganique dissous pour atteindre les objectifs fixés pour 2025. Il convient de saluer l’annulation des projets de barrages d’Urannah et de Hells Gate, étant donnés leurs effets négatifs probables sur la qualité de l’eau au sein du bien. Les autres projets de barrages en cours et à venir doivent être clairement alignés avec l’amélioration de la qualité de l’eau de la Grande Barrière et doivent être évalués conformément au Guide et boîte à outils pour les évaluations d’impact dans un contexte de patrimoine mondial.

Les informations les plus récentes concernant l’engagement de l’État partie sur les mesures relatives à la qualité de l’eau sont accueillies favorablement et montrent un nouveau renforcement des engagements de mise en œuvre, bien qu’elles confirment également les difficultés importantes rencontrées pour atteindre les objectifs de qualité de l’eau proposés à l’origine. Ces engagements devront être pleinement mis en œuvre, et les nouveaux objectifs prévus pour 2025-2030 devront être suffisamment ambitieux pour inverser les tendances négatives en matière de qualité de l’eau et soutenir une voie de rétablissement cohérente.

Le défrichement agricole en 2019-2020 aurait diminué de près de 40% par rapport à l’année précédente, mais d’importantes activités de défrichement subsistent. La végétation endémique qui subsiste dans l’ensemble des bassins versants du bien doit être davantage protégée, y compris en exigeant des permis plus stricts pour les zones à haute valeur de conservation. L’État partie s’est engagé à étendre la mise en œuvre de la législation de 2018 sur le défrichement et à renforcer la protection des zones de conservation restantes et de grande valeur d’ici juillet 2024. Il est essentiel que l’évaluation des investissements réalisés par le passé en faveur de la qualité de l’eau au sein du bien et la démarche de priorisation en matière de qualité de l’eau débouchent sur des mesures rapides et radicales visant à mettre en œuvre les recommandations prioritaires de la mission dans ce domaine.

Les épisodes de blanchiment qui se sont succédé en 2016, 2017, 2019 et 2022, dont le dernier s’est produit pour la première fois au cours d’une année marquée par La Niña, sont extrêmement préoccupants. L’ampleur et la fréquence des épisodes de blanchiment ont contribué à ce que le statut de plusieurs espèces représentant des attributs clés de la VUE du bien soit évalué comme mauvais ou très mauvais, notamment s’agissant des coraux et herbiers marins, du dugong et des poissons osseux. Toutefois, la Grande Barrière aurait connu un certain rétablissement après le dernier épisode de blanchiment, et les populations d’un certain nombre d’espèces clés seraient en augmentation ou stables dans certains cas.

En septembre 2022, l’État partie a adopté sa première loi sur le changement climatique qui légifère sur une réduction de 43% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005, définie comme un niveau initial à atteindre, tout en laissant une marge de manœuvre pour réduire davantage ce niveau d’émissions. D’après les dernières informations transmises, l’État partie s’est engagé à fixer des objectifs de réduction des émissions plus ambitieux et cohérents avec les efforts déployés pour limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5°C. La nouvelle loi établit que l’Autorité chargée de la lutte contre le changement climatique doit fournir des conseils indépendants et des actualisations annuelles au gouvernement australien sur les modalités selon lesquelles les futurs objectifs contribueront à limiter l’augmentation de la température à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels. La législation impose au gouvernement de tenir compte de l’avis de cette Autorité avant de fixer les futures contributions déterminées au niveau national.

Un budget de 32,6 millions de dollars australiens (environ 22 millions de dollars américains) a été débloqué pour renforcer la science du climat, et l’Académie australienne des sciences a été chargée de déterminer les interventions prioritaires pour la protection de la Grande Barrière dans le cadre de scénarios climatiques plausibles, en collaboration avec le Groupe d’experts indépendants Reef 2050 et le Comité consultatif Reef 2050. Il est essentiel que le plan Reef 2050 soit renforcé pour limiter les impacts du changement climatique sur le bien à l’issue de ce processus, en prenant acte de la recommandation de la mission de s’engager à réduire les émissions de gaz à effet de serre en cohérence avec les efforts nécessaires pour limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels. Par ailleurs, il convient de mettre en place des mécanismes efficaces de crédit carbone au bénéfice du bien et de poursuivre le déploiement des mécanismes d’adaptation au changement climatique en poursuivant les travaux de recherche et en augmentant les ressources financières.

La surpêche, les prises accessoires et les dégâts causés aux habitats par les activités de pêche réduisent encore la résilience du bien, et la mission a recommandé d’achever la mise en œuvre de la QSFS, y compris des interdictions saisonnières adaptées aux espèces de poissons reproducteurs ainsi que le respect des quotas de pêche en dessous des seuils définis dans la Stratégie, et de supprimer progressivement la pêche destructrice au filet maillant. Depuis, l’État partie s’est engagé à achever la mise en œuvre de la QSFS d’ici au 31 décembre 2023, notamment en finalisant les différentes stratégies de pêche avec des quotas définis pour toutes les espèces clés, et à atteindre la cible pour le rendement économique maximal (REM ; 60% de la biomasse) d’ici au 31 décembre 2027. Les filets maillants à grandes mailles seraient déjà interdits dans 38% de la superficie du bien. L’État partie s’est en outre engagé à créer une zone totalement exempte de filets dans le tiers nord du bien, à renforcer la protection des espèces menacées d’ici au 31 décembre 2023, et à faire en sorte que l’ensemble du bien soit exempt de filets maillants d’ici au 30 juin 2027. Les requins-marteaux, une espèce menacée, devraient être interdits à la pêche commerciale avec effet immédiat. Il convient de demander à l’État partie de veiller à ce que l’engagement de suppression progressive de toute pêche destructive au filet maillant soit effectivement mis en œuvre et que l’objectif du REM soit atteint, conformément aux recommandations de la mission.

Dans l’ensemble, il convient de noter avec satisfaction les engagements pris par l’État partie pour conserver la VUE du bien, en particulier pour donner suite aux conclusions de la mission, ainsi que les premières mesures prises pour mettre en œuvre les recommandations de la mission. Cependant, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que le bien est toujours gravement menacé et que des mesures urgentes et soutenues pour mettre en œuvre les recommandations prioritaires de la mission sont essentielles afin d’améliorer la résilience à long terme du bien. Une réorientation radicale des programmes afin d’atteindre les objectifs de qualité de l’eau fixés pour 2025 en matière de sédiments fins et d’azote inorganique dissous, ainsi que la mise en œuvre effective de la QSFS et la suppression totale de la pêche au filet maillant au sein du bien constituent des priorités absolues. Il convient également de déployer les conditions nécessaires pour que les mécanismes de crédit carbone génèrent des retombées positives nettes pour le bien et que les mécanismes d’adaptation soient déployés à une échelle suffisante pour éviter toute perte de VUE.

Sur la base des avancées réalisées depuis la mission et de l’ensemble des nouveaux engagements, toutefois récents, qui ont été pris et des initiatives engagées, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent qu’il serait approprié de réévaluer la pertinence de l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril, pour considération, le cas échéant, lors de la 46e session du Comité du patrimoine mondial.

Enfin, il est admis qu’aucun État partie ne peut à lui seul faire face à la menace du changement climatique, et qu’une action internationale est nécessaire de la part de tous les États parties, comme l’indiquent les décisions correspondantes déjà adoptées par le Comité.

Décision adoptée: 45 COM 7B.13

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/23/45.COM/7B.Add,
  2. Rappelant les Décisions 41 COM 7 et 44 COM 7B.90 adoptées à sa 41esession (Cracovie, 2017) et à sa 44e session élargie (Fuzhou/en ligne, 2021), respectivement,
  3. Note avec très grande préoccupation que le bien a subi quatre épisodes de blanchiment massif des coraux depuis 2016 en raison du changement climatique, notamment un événement sans précédent en 2022 survenu pour la première fois au cours d’une période La Niña, traditionnellement plus fraîche, et apprécie les efforts déployés pour juguler la prolifération de l’acanthaster pourpre ;
  4. Note avec satisfaction que l’État partie a commencé à mettre en œuvre les recommandations de la mission de suivi réactif de 2022, et demande à l’État partie d’étendre ces efforts pour pleinement mettre en œuvre toutes les recommandations de la mission, y compris, en toute priorité :
    1. Recenser les zones de pâturage prioritaires afin de remédier au ravinement et mener les activités de restauration et d’assainissement correspondantes, et intensifier les activités de restauration de manière significative,
    2. Exiger que les projets d’aménagement de barrages, qu’ils soient proposés ou en cours, soient clairement alignés sur les objectifs d’amélioration de la qualité de l’eau de la Grande Barrière de Corail (GBC),
    3. Accroître sensiblement l’ampleur et le rythme d’adoption, de suivi et d’application des meilleures pratiques de gestion pour la culture de la canne à sucre et de la banane,
    4. Prioriser la protection de la végétation endémique subsistante dans l’ensemble des bassins versants de la GBC,
    5. Veiller à ce que les objectifs du Plan d’amélioration de la qualité de l’eau (WQIP) Reef 2050 soient suffisants et mis en œuvre pour inverser la tendance négative en matière de qualité de l’eau,
    6. Revoir et renforcer le plan Reef 2050 afin d’y inclure des engagements clairs du gouvernement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en cohérence avec les efforts nécessaires pour limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels, et ce, afin de limiter les impacts du changement climatique sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien (recommandation de la mission de mars 2022 pour une réalisation d’ici le 31 décembre 2022),
    7. Veiller à ce que les mécanismes de crédit carbone et de qualité de l’eau déployés dans les bassins versants de la GBC génèrent des retombées nettes globalement positives pour la VUE du bien,
    8. Maintenir le soutien à la recherche scientifique et augmenter les ressources financières pour favoriser le déploiement de mécanismes d’adaptation au climat,
    9. Accélérer la mise en œuvre de la Stratégie de pêche durable du Queensland,
    10. Supprimer progressivement la pêche destructive au filet maillant au sein du bien ;
  5. Accueille favorablement les initiatives considérablement accrues de l’État partie en matière de lutte contre le changement climatique depuis la mission de suivi réactif, notamment par l’adoption récente d’une législation introduisant des objectifs de réduction progressive des émissions de carbone, ainsi que l’engagement supplémentaire de l’État partie à fixer des objectifs de réduction des émissions successivement plus ambitieux, conformément aux efforts visant à limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, et demande également à l’État partie de réviser et de renforcer le plan Reef 2050 en conséquence et en conformité avec les recommandations de la mission ;
  6. Note avec grande préoccupation la lenteur des avancées pour atteindre les objectifs de qualité de l’eau, en particulier concernant les sédiments fins et l’azote inorganique dissous, et accueille également favorablement l’engagement de l’État partie à mettre en œuvre, avec effet immédiat, une réorientation majeure de ses programmes pour atteindre les objectifs de qualité de l’eau de 2025, finaliser la révision du WQIP et fixer de nouveaux objectifs de qualité de l’eau 2025-2030 d’ici juin 2025, et demande en outre à l’État partie de veiller à ce que ces engagements soient pleinement mis en œuvre et que les objectifs de qualité de l’eau anticipés pour 2025-2030 soient suffisamment ambitieux pour inverser la tendance négative en la matière ;
  7. Accueille en outre favorablement l’annulation des projets de barrages d’Urannah et de Hells Gate en raison de leur impact potentiel sur la VUE du bien, et demande par ailleurs à l’État partie d’exiger que la compatibilité avec l’amélioration de la qualité de l’eau du bien dans le cadre de la législation applicable conditionne l’approbation des projets de barrages envisagés et en cours, et de veiller à ce que tout projet envisagé soit évalué conformément au nouveau Guide et boîte à outils pour les évaluations d’impact dans un contexte de patrimoine mondial ;
  8. Accueille par ailleurs favorablement les engagements de l’État partie à, d’ici décembre 2023, achever la mise en œuvre de la Stratégie de pêche durable du Queensland, établir une zone de pêche sans filet dans le tiers nord du bien, introduire une nouvelle législation exigeant une validation indépendante des données de la pêche commerciale, et à faire en sorte que la pêche au filet maillant soit interdite au sein du bien d’ici juin 2027 et que le rendement économique maximal visé (60% de la biomasse) soit atteint d’ici décembre 2027, et demande de plus à l’État partie de mettre effectivement en œuvre l’élimination progressive de toute pêche au filet maillant au sein du bien et de veiller au respect de la validation indépendante et obligatoire des données concernant les navires de pêche actifs au sein du bien, introduite par la nouvelle législation ;
  9. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1erfévrier 2024, un rapport d’avancement sur la mise en œuvre des engagements pris, pour examen par le Comité du patrimoine mondial lors de sa 46e session en 2024, considérant que les besoins urgents de ce bien en matière de conservation nécessitent une large mobilisation pour préserver sa VUE, y compris une possible inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril.