1.         Archipel de Socotra (Yémen) (N 1263)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2008

Critères  (x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1263/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2017-2023)
Montant total approuvé : 131 560 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1263/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Décembre 2012 : mission de l’UICN ; juin 2014 : mission UICN/Centre régional arabe pour le patrimoine mondial (ARC-WH)

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1263/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2023

Le 28 janvier 2022, l'État partie a soumis un rapport sur l'état de conservation, disponible à http://whc.unesco.org/fr/list/1263/documents/, qui fait état des progrès suivants :

En raison de contraintes logistiques, la mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN reste à l’état de projet et sera effectuée dès que possible.

Fin janvier 2023, un déversement de pétrole provenant d’un pétrolier échoué dans le sanctuaire naturel de Delisha depuis novembre 2019 a été signalé, suscitant des inquiétudes quant à son impact potentiel sur l’environnement marin. L’État partie a soumis une demande d’assistance d’urgence par l’intermédiaire du Fonds du patrimoine mondial afin de soutenir la lutte contre cette menace, demande qui a été approuvée.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

L’impact que l'insécurité et la crise économique actuelles au Yémen continuent d'avoir sur la capacité de gestion reste préoccupant, ainsi que l’absence de budget gouvernemental pour la conservation de l’environnement à Socotra. Il convient de saluer l'engagement permanent des autorités à donner la priorité à la conservation et à faciliter les activités de recherche et de conservation en collaboration avec les partenaires internationaux, malgré ces difficultés considérables.

Compte tenu de la biodiversité unique et du haut niveau d'endémisme du bien, les actions en cours dans le cadre du projet FEM-PNUE pour surveiller et contrôler les EEE, en particulier la mise en place de mesures de quarantaine prévue dans les ports aériens et maritimes et le développement d'une stratégie participative de contrôle des EEE, sont positives. Il est recommandé de finaliser la stratégie de contrôle des EEE et de mettre en œuvre des mesures de contrôle adéquates, en collaboration avec les acteurs concernés. Reconnaissant que la capacité à faire appliquer les mesures de biosécurité reste limitée, la mise en œuvre effective de la stratégie demeure le défi majeur à relever à l'avenir.

Compte tenu des préoccupations soulevées ces dernières années par les pressions d’un développement non régulé, la mise en place d'une exigence d'EIE pour tous les projets de développement à Socotra est une étape positive importante pour garantir que ceux-ci n'ont pas d'impact négatif sur la VUE. Tout en notant également avec préoccupation les difficultés dont il est fait état pour suspendre les activités de développement dans une période de crise économique et sécuritaire et compte tenu des capacités limitées pour mettre en œuvre le CZP, il sera essentiel que la nouvelle réglementation des EIE soit réellement mise en œuvre. Les évaluations d'impact doivent être conformes au nouveau Guide et boîte à outils pour les évaluations d'impact dans un contexte de patrimoine mondial, afin de guider les meilleures pratiques en termes de planification et de prise de décision, de veiller à ce que les impacts potentiels des projets envisagés soient évalués avant de prendre des décisions difficilement réversibles et de s’assurer qu'aucun projet susceptible d'avoir un impact négatif sur la VUE ne soit approuvé. Il est recommandé de chercher auprès du Centre du patrimoine mondial et de l'UICN conseils et soutien pour la mise en œuvre des évaluations d'impact. On note que les développements seraient essentiellement limités aux zones de développement urbain, que le développement dans les zones tampons est réglementé par les normes environnementales et que celles-ci seront intégrés à la mise à jour du PZC. Cependant, même s’il est appréciable de disposer des cartes des développements, la nature exacte de ceux-ci et leur impact potentiel sur la VUE restent imprécis. L’achèvement prévu du PZC, ainsi que la mise en œuvre effective des réglementations environnementales et des évaluations d'impact, seront des étapes importantes pour améliorer la gestion du bien, qui nécessitera le renforcement des capacités et l'engagement des parties concernées.

Il est regrettable qu'aucune autre précision n'ait été fournie sur les impacts signalés dans certains parcs nationaux ou zones protégées. Tout en notant que des plans de gestion des zones protégées seront instaurés ou mis à jour pour couvrir toutes les zones sensibles de la biodiversité et soutenir l'utilisation des ressources naturelles locales, on ne voit pas bien comment ils s’articulent avec la mise à jour du PZC et la gestion globale du bien. Il faudrait demander que ces points soient précisés.

Notant les impacts potentiels d’une pollution pétrolière sur la VUE du bien, en particulier sur son écosystème marin, il est recommandé de demander à l’État partie de fournir des informations complémentaires concernant les impacts de cette pollution sur la VUE, notamment d’en évaluer les impacts sur les valeurs marines, d’évaluer les risques encourus par le navire pour éviter d’autres déversements et de faire état de toutes les mesures d’intervention prises. L’assistance d’urgence récemment approuvée par le Fonds du patrimoine mondial facilitera la réalisation de ces activités.

Bien que les actions de l'État partie pour faire face aux menaces qui pèsent sur le bien eu regard des conditions très difficiles méritent d’être saluées, les impacts des nombreuses menaces sur la VUE, comme les EEE, les développements dans la zone tampon, la pollution plastique, les capacités financières et en personnel limitées, restent entièrement à résoudre. Il est recommandé que la mission conjointe de suivi réactif ait lieu dès que possible pour évaluer l'état de conservation du bien et apporter une aide technique à l'État partie.

Décision adoptée: 45 COM 7B.12

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/23/45.COM/7B.Add,
  2. Rappelant les décisions 42 COM 7B.100, 43 COM 7B.1 et 44 COM 7B.88 adoptées à ses 42e (Manama, 2018) et 43e (Baku, 2019) sessions et à sa 44e session élargie (Fuzhou/en ligne, 2021) respectivement,
  3. Se félicite de l'engagement continu de l'État partie à renforcer les mesures de gestion en collaboration avec les partenaires internationaux, malgré les contraintes importantes en matière de capacités, dues à l'instabilité politique et à la crise économique actuelles au Yémen ;
  4. Note avec préoccupation que l'instabilité politique et la crise économique actuelles continuent d'avoir un impact sur la capacité de gestion efficace du bien, et appelle la communauté internationale à soutenir l'État partie dans ses efforts pour assurer la protection et la gestion efficaces du bien ;
  5. Rappelant le haut niveau d'endémisme du bien et les impacts potentiellement dévastateurs des espèces exotiques envahissantes (EEE) sur sa valeur universelle exceptionnelle (VUE), se félicite également des activités en cours dans le cadre du programme PNUE-FEM pour mettre en place des mesures de quarantaine portuaire et préparer une stratégie participative de contrôle des EEE, et demande à l'État partie, en collaboration avec les parties concernées, d’achever d'urgence cette stratégie de contrôle des EEE et de mettre en œuvre des mesures de biosécurité pour assurer une gestion efficace de la menace ;
  6. Prend note du fait que les développements seraient essentiellement limités aux zones de développement urbain, que les développements dans la zone tampon sont réglementés par des normes environnementales et que ces normes sont intégrées dans la révision et la mise à jour du plan de zonage de conservation (PZC), et demande également que le PZC soit achevé à titre prioritaire et soumis au Centre du patrimoine mondial ;
  7. Notant les impacts signalés dans certains parcs nationaux ou zones protégées, demande en outre à l'État partie de fournir des informations complémentaires sur ces impacts par rapport à la VUE, et de préciser comment l’instauration ou la mise à jour de plans de gestion des zones protégées pour couvrir toutes les zones sensibles de la biodiversité et soutenir l'utilisation des ressources naturelles locales s’articuleront avec la mise à jour du PZC et la gestion intégrée globale du bien ;
  8. Félicite l'État partie pour l'adoption d'une nouvelle exigence d'évaluation d'impact environnemental (EIE) pour tous les développements à Socotra, et prie instamment l'État partie et toutes les parties concernées par les projets de développement de s'assurer qu'elle est mise en œuvre conformément au nouveau Guide et boîte à outils pour les évaluations d'impact dans un contexte de patrimoine mondial, notamment en :
    1. veillant à ce que tout projet de développement soit soumis à une évaluation rigoureuse des impacts potentiels sur la VUE du bien avant de prendre une décision difficilement réversible, de suspendre tout développement en cours et de ne procéder à aucun nouveau développement qui pourrait avoir un impact négatif sur la VUE,
    2. évaluant, dans le contexte de la nouvelle réglementation, les impacts potentiels des développements d'infrastructures existants qui n'ont pas fait l'objet d'EIE,
    3. veillant à ce que les normes environnementales appropriées qui réglementent les activités dans le bien et sa zone tampon soient intégrées au PZC actualisé et que leur application soit assurée ;
  9. Note les mesures positives qui sont prises pour faire face aux menaces qui pèsent sur la VUE du bien, mais réitère sa plus grande préoccupation quant aux impacts potentiels de ces différentes menaces, comme le développement incontrôlé, l'utilisation non durable des ressources naturelles, le changement climatique, la pollution plastique, l’absence de financement durable et l'insuffisance des mesures de biosécurité pour éviter l'introduction d'EEE, et considère que l'effet cumulé de ces facteurs pourrait représenter un danger potentiel pour la VUE du bien ;
  10. Note avec préoccupation l’impact potentiel, sur la VUE du bien et en particulier son environnement marin, d’une pollution pétrolière datant de janvier 2023 et provenant d’un pétrolier échoué au sein du sanctuaire naturel de Delisha depuis novembre 2019, et demande par ailleurs à l’État partie de fournir des informations supplémentaires sur les impacts de cette pollution sur la VUE, notamment de réaliser une évaluation des impacts sur l’écosystème marin ainsi qu’une évaluation des risques encourus par le navire afin d’éviter d’autres déversements, et de rendre compte de toute mesure d’intervention entreprise grâce au soutien de l’assistance d’urgence fournie par l’intermédiaire du Fonds du patrimoine mondial ;
  11. Réitère sa demande que la mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN sur le bien soit effectuée dans les meilleurs délais, afin d’évaluer l’état actuel de conservation du bien, en particulier en rapport aux menaces ci-dessus mentionnées, et de déterminer si le bien remplit les conditions d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril
  12. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1erfévrier 2024, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 46e session, considérant que les besoins urgents de ce bien en matière de conservation nécessitent une large mobilisation pour préserver sa VUE, y compris une possible inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril.