1.         Complexe W-Arly-Pendjari (Bénin,Burkina Faso,Niger) (N 749bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1996

Critères  (ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/749/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1997-2012)
Montant total approuvé : 135 440 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/749/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé : 40 000 dollars EU du Fond d’intervention d’urgence (RRF) en 2022 ; 247 870 dollars EU du gouvernement de la Norvège en 2020-2023

Missions de suivi antérieures

Mission UNESCO/RAMSAR, 8-22 mai 2004 ; mission de suivi réactif du Centre du patrimoine mondial, 17-22 janvier 2022.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/749/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2023

Le 28 janvier 2022, les États parties du Bénin, du Burkina Faso et du Niger ont soumis un rapport conjoint sur l’état de conservation du bien, et le 30 mars 2023, ils ont apporté des informations supplémentaires disponibles à https://whc.unesco.org/fr/list/749/documents, et qui fournissent les informations suivantes :

Une mission de suivi réactif du Centre du patrimoine mondial a été effectuée dans le bien du 17 au 22 janvier 2022. Le rapport de cette mission est disponible à https://whc.unesco.org/fr/list/749/documents. Il faudrait noter que, alors que la mission de suivi réactif avait été prévue en tant que mission conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN conformément à la Décision 44 COM 7B.79 du Comité du patrimoine mondial, l'expert de l’UICN n’a pas pu y participer physiquement en raison de la pandémie de COVID-19. De plus, la mission n'a pas pu se rendre sur les composantes du bien situées au Burkina Faso et au Niger pour des raisons de sécurité.

En février 2022, deux attaques meurtrières avec des engins explosifs ont été perpétrées contre des équipes de gardes qui effectuaient une patrouille dans le parc national du W au Bénin, entraînant la mort de quatre gardes forestiers, deux chauffeurs, un instructeur et un soldat, ainsi que 12 autres personnes hospitalisées avec des blessures graves. Plus d’informations sur ces attaques sont disponibles: https://whc.unesco.org/fr/actualites/2404/ et https://whc.unesco.org/fr/actualites/2420/.

Le 23 juin 2023, le second conseil des Ministres des trois pays s’est tenu au Bénin, au siège de la FSOA.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le principal défi de conservation demeure la présence de groupes armés dans la zone du bien qui est une conséquence de la dégradation très grave de la situation sécuritaire dans la région du Sahel. La mission de suivi réactif du Centre du patrimoine mondial réalisée en 2022 constate que le nombre d’événements violents commis par les groupes armés a augmenté considérablement depuis 2017. La présence de ces groupes armés, et la menace qu’elle représente, ont obligé le personnel de gestion au Burkina Faso et au Niger à abandonner leurs positions dans le bien et à se replier dans les localités et bases à l’extérieur du bien. Il en résulte une absence de gestion sur le terrain dans ces parties du bien. La mission a donc conclu que est sujette à une mise en péril conformément aux paragraphes 180 b)iii) et 180 b)iv) des Orientations.

de réaliser des recensements aériens de manière régulière en utilisant une même méthodologie permettant la comparaison des résultats et par conséquent l’identification des tendances.

Pour faire face à la situation sécuritaire, les États parties ont déployé des moyens considérables aux niveaux politique, technique et sur le terrain pour essayer de déloger les groupes armés et rétablir l’ordre et la sécurité dans le bien et son aire d’influence. Parmi les différentes actions entreprises, sont à noter le renforcement de la capacité opérationnelle du personnel, l’acquisition de matériel, la collecte et l’analyse d’informations sécuritaires, le renforcement des patrouilles de surveillance et des opérations conjointes avec les forces de défense et de sécurité, le soutien aux communautés riveraines et l’élaboration de documents de cadrage stratégique et de planification opérationnelle tels que les Plans d’Intervention Prioritaire (PIP).

En outre, depuis la mission de 2022, les États parties ont annoncé des efforts supplémentaires avec comme objectif de restaurer la sécurité dans le bien et de reprendre des activités de gestion, notamment la lutte anti-braconnage. Il reste donc à s’assurer que ces mesures sont efficaces à court terme. En parallèle, la tenue du second conseil des Ministres des trois pays le 23 juin 2023 au Bénin en faveur des efforts communs de sécurisation et de préservation du Complexe transfrontalier est notée, et il est recommandé que le Comité encourage les États parties à poursuivre leurs efforts avec les partenaires techniques et financiers autour du bien et lance un appel à la communauté internationale pour soutenir ces efforts afin d’assurer un financement durable du bien, à travers notamment la consolidation de la Fondation des Savanes Ouest-Africaines (FSOA).

Il est à noter que la mission a fait face à un certain nombre de contraintes, notamment le fait que l’UICN n’a pas pu participer physiquement en raison de la pandémie de COVID-19 et qu’il n’a pas été possible de visiter les composantes burkinabé et nigérienne du bien en raison de la situation sécuritaire sur le terrain. Bien que la mission confirme que les éléments qui justifient la VUE restent présents dans la composante du Bénin, les informations et documentations disponibles dans les composantes burkinabé et nigérienne ne permettent pas d’évaluer à ce stade l’ampleur de l’impact de la présence des groupes armés et des activités illégales sur les éléments qui justifient la VUE dans ces composantes y compris sur les populations fauniques. A cet égard, il est recommandé que le Comité du patrimoine mondial demande aux États parties d’inviter une nouvelle mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN pour répondre aux lacunes identifiées par la mission de janvier 2022, péril.

En outre, il est recommandé au Comité de prier instamment les États parties à renforcer le dialogue et la communication avec toutes les parties prenantes et de mettre en œuvre les recommandations de la mission de suivi réactif de 2022. Ces actions pourraient être appuyées à travers une demande d’assistance internationale d’urgence au Fonds du patrimoine mondial et le projet « Initiative d’appui à la gestion durable du Complexe W-Arly-Pendjari » financé par le gouvernement de la Norvège, dont la première consultation technique nationale s’est tenue au Niger du 30 mai au 1er juin 2023, en préparation des consultations techniques nationales au Burkina Faso et au Bénin, ainsi que de la table ronde des partenaires techniques et financiers autour du bien.

Les avancées dans la mise en œuvre des dispositions de l’Accord tripartite signé en 2019 en vue d’une gestion harmonisée des aires protégées constituant le bien illustrent un renforcement de la coopération transfrontalière pour sa gestion efficace. Il est recommandé que le Comité encourage les trois États parties à poursuivre leurs efforts pour la mise en œuvre des dispositions de l’Accord, notamment la mise à disposition des moyens techniques et financiers suffisant pour le bon fonctionnement du Secrétariat Exécutif et des autres organes de gouvernance prévus.

L’adoption du PACC pour le bien constitue une avancée remarquable. Il est recommandé que le Comité félicite les États parties pour cette décision majeure et les encourage à intégrer les mesures d’adaptation prévues dans les différents documents de cadrage stratégique et de planification opérationnelle des aires protégées du bien. Divers projets d’infrastructure sont en cours ou planifiés dans la composante béninoise du bien. Des études d’impact environnemental et social (EIES) ont été réalisées ou sont en cours de réalisation pour ces projets, mais la grande majorité n’a pas abordé les impacts potentiels négatifs sur la VUE du bien. Il est donc recommandé que le Comité réitère que tout nouveau projet doit être soumis à une EIES, y compris une évaluation spécifique des impacts potentiels négatifs sur la VUE du bien conformément au nouveau « Guide et boite à outils pour les évaluations d'impact dans un contexte de patrimoine mondial » avant son approbation. En outre, le projet de translocation d'espèces dans le parc national de la Pendjari s'est poursuivi malgré les réserves de l'UICN. Il est important que pour les prochaines translocations, les normes internationales soient respectées strictement, conformément aux lignes directrices de l'UICN de 2013 sur les translocations de conservation afin de garantir leur succès.

D’importants efforts ont été déployés pour finaliser et soumettre la carte des limites de la zone tampon du bien à l’échelle 1/50 000e, en réponse aux décisions 41 COM 8B.3 et 44 COM 7B.79, et des initiatives sont en cours pour modifier les limites du bien afin de renforcer sa protection.

Au regard de ces conclusions, il est recommandé que le Comité demande aux États parties de soumettre un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des recommandations et des autres points susmentionnés, pour examen par le Comité à sa 46e session, afin de considérer, en l’absence de progrès significatifs s’agissant du respect des conditions susmentionnées, l’inscription éventuelle du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Pour soutenir les efforts des trois États parties, leur engagement dans un dialogue avec le Centre du patrimoine mondial et l'UICN sur l'état du bien, l'évolution de la situation en matière de sécurité et le soutien international nécessaire pour résoudre les défis importants auxquels est confrontée la protection de la VUE du bien seront essentiels.

Décision adoptée: 45 COM 7B.3

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/23/45.COM/7B.Add.2,
  2. Rappelant la décision 44 COM 7B.79, adoptée lors de sa 44esession élargie (Fuzhou/en ligne, 2021),
  3. Déplore les nouvelles attaques meurtrières commises par des groupes armés dans le bien, et adresse ses plus sincères condoléances aux familles des victimes, ainsi qu’à l’ensemble du personnel des administrations nationales en charge de la gestion du bien ;
  4. Reconnaissant que l’augmentation du nombre d’événements violents liés à la présence de groupes armés dans la zone du bien est une conséquence directe de la dégradation très grave de la situation sécuritaire dans la région du Sahel, exprime sa plus vive inquiétude sur le fait que l’augmentation du nombre d’attaques commises par des groupes armés dans la zone du bien a entrainé l’évacuation du personnel et l’absence de gestion sur le terrain dans les composantes burkinabé et nigérienne ;
  5. Exprime sa plus grande préoccupation concernant les conclusions de la mission de suivi réactif de janvier 2022 que le bien est confronté à des menaces graves qui pourraient avoir des effets nuisibles sur ses caractéristiques essentielles, et que la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien est sujette à une mise en péril conformément aux paragraphes 180 b)iii) et 180 b)iv) des Orientations ;
  6. Note également que la mission confirme que les éléments qui justifient la VUE du bien restent présents dans la composante béninoise, mais que les informations et la documentation disponibles dans les composantes burkinabé et nigérienne ne permettent pas d’évaluer à ce stade l’ampleur de l’impact de la présence des groupes armés et des activités illégales sur les éléments qui justifient la VUE dans ces composantes et demande aux États parties de réaliser des recensements aériens de manière régulière en utilisant une même méthodologie permettant la comparaison des résultats et par conséquent l’identification de tendances de populations fauniques ;
  7. Prie instamment les États parties, en collaboration avec les partenaires techniques et financiers, de mettre en œuvre les recommandations établies par la mission de suivi réactif de 2022 afin de renforcer la gestion et la protection des éléments constitutifs de la VUE du bien et de renforcer le dialogue et la communication avec toutes les parties prenantes dans la mise en œuvre des recommandations susmentionnées ;
  8. Accueille favorablement les efforts des États parties pour faire face à la situation sécuritaire à travers le renforcement des capacités opérationnelles du personnel, l’acquisition de matériel, la collecte et l’analyse d’informations sécuritaires, le renforcement de patrouilles de surveillance et des opérations conjointes avec les forces de défense et de sécurité et l’élaboration de documents de cadrage stratégique et de planification opérationnelle tels que les Plans d’Intervention Prioritaire (PIP) pour les différentes composantes du bien et prie instamment les États parties de poursuivre et renforcer ces efforts, notamment à travers la mise en œuvre des PIP et des recommandations du second conseil des ministres des trois pays du 23 juin 2023 au Bénin en faveur des efforts communs de sécurisation et de préservation du Complexe transfrontalier, avec l’appui des partenaires techniques et financiers impliqués;
  9. Remercie les partenaires techniques et financiers qui soutiennent la conservation du bien, notamment à travers des financements du gouvernement de l’Allemagne, du Fonds d’adaptation, de l’Union européenne et du gouvernement de la Norvège et lance un appel à la communauté internationale pour soutenir davantage les efforts des États parties, afin d’assurer un financement durable du bien, à travers notamment la consolidation de la Fondation des Savanes Ouest-Africaines (FSOA);
  10. Note en outre les avancées dans la mise en œuvre des dispositions de l’Accord tripartite relatif à la gestion harmonisée des aires protégées du Complexe transfrontalier W-Arly-Pendjari et encourage en outre les États parties à mettre à disposition des moyens techniques et financiers suffisants pour le bon fonctionnement du Secrétariat Exécutif et les autres organes de gouvernance prévus ;
  11. Félicite les États parties pour l’adoption d’un plan d’adaptation aux changements climatiques (PACC) pour le Complexe W-Arly-Pendjari et les encourage par ailleurs à intégrer les mesures d’adaptation prévues dans les différents documents de cadrage stratégique et de planification opérationnelle des aires protégées du bien et à mettre en place un système d’alerte précoce multirisques pour le bien ;
  12. Note l’engagement de l’État partie du Bénin à réaliser des Études d’impact environnemental et social (EIES) pour les différents projets d’infrastructures réalisés et planifiés dans la composante béninoise du bien, et réitère que tout nouveau projet doit être soumis à une EIES avant son approbation, y compris une évaluation spécifique des impacts négatifs potentiels sur la VUE du bien, suivant le Guide et boîte à outils pour les évaluations d’impact dans un contexte de patrimoine mondial ;
  13. Prend note de la carte des limites de la zone tampon du bien à l’échelle1/50 000e soumise en réponse aux décisions 41 COM 8B.3 et 44 COM 7B.79, salue les initiatives entreprises par les États parties du Bénin et du Niger pour modifier les limites de la zone tampon du bien afin de renforcer sa protection, et demande en outre aux États parties de soumettre une demande de modification mineure des limites pour refléter ces modifications d’ici le 1er février 2024 pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 46e session ;
  14. Encourage de plus les États parties à renforcer le dialogue et la communication avec toutes les parties prenantes dans la mise en œuvre des recommandations susmentionnées, qui pourrait être appuyée à travers une demande d’assistance internationale d’urgence au Fonds du patrimoine mondial et le projet « Initiative d’appui à la gestion durable du Complexe W-Arly-Pendjari » financé par le gouvernement de la Norvège, dont la première consultation technique nationale s’est tenue au Niger du 30 mai au 1erjuin 2023, en préparation des consultations techniques nationales au Burkina Faso et au Bénin, ainsi que de la table ronde des partenaires techniques et financiers autour du bien ;
  15. Demande en outre aux États parties d’inviter une nouvelle mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN afin de répondre aux lacunes identifiées par la mission de janvier 2022, pour évaluer les mesures engagées par les États parties pour restaurer la sécurité et renforcer la gestion du bien, et pour déterminer si la VUE est toujours sujette à une mise en péril ;
  16. Demande par ailleurs aux États parties de soumettre, d’ici le 1erfévrier 2024, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur les démarches entreprises pour la mise en œuvre des recommandations susmentionnées, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 46e session, considérant que les besoins urgents de ce bien en matière de conservation nécessitent une large mobilisation pour préserver sa valeur universelle exceptionnelle, y compris une possible inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril.