1.         Parcs nationaux du Lac Turkana (Kenya) (N 801bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1997

Critères  (viii)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril    2018-présent

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

2018 : Perte potentielle irréversible de la VUE du bien provoquée par les impacts de divers projets de développement sur la rivière Omo (projet d’irrigation de Kuraz, barrage de Gibe III) sur le débit de l’eau et de nutriments dans le lac Turkana ; 2021 : Braconnage et empiètement entraînant un déclin important et des extinctions locales des populations de la faune sauvage.

État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril

En cours de rédaction

Mesures correctives identifiées

Pas encore identifiées

Calendrier pour la mise en œuvre des mesures correctives

Pas encore identifié

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/801/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2000-2001)
Montant total approuvé : 35 300 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/801/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

250 000 dollars EU du gouvernement de la Norvège (2021-présent)

Missions de suivi antérieures

Mars 2012 et avril 2015 : missions conjointes de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN ; Mars 2020 : Mission de suivi réactif du Centre du patrimoine mondial

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/801/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2023

Le 5 avril 2022, l’État Partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien, disponible à https://whc.unesco.org/fr/list/801/documents/, qui communique les informations suivantes :

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Les efforts continus déployés par l'État partie pour gérer le bien malgré les défis liés à la pandémie de COVID-19 sont appréciés. Rappelant que la mise en œuvre du plan de gestion a été difficile dans le passé en raison de contraintes financières et de ressources humaines, une attribution constante de ressources à long terme est nécessaire. Par ailleurs, une mise à jour de la réponse de l’État Partie à la demande précédente du Comité de mettre au point un plan opérationnel et un système de suivi et d'évaluation est toujours en attente. Il importe également d'intensifier les efforts pour trouver une solution à long terme avec les communautés locales quant à l'utilisation des ressources sur le territoire du bien, par le biais d'interventions d'engagement communautaire basées sur la consultation et l'accord, intégrées dans les plans de travail, comme recommandé par la mission de suivi réactif de 2020.

La création du Comité interministériel sur le bassin de l’Omo et du lac Turkana est notée. Il est recommandé que la stratégie, annoncée comme ayant été élaborée pour relever les défis auxquels le bien est confronté, soit soumise au Centre du patrimoine mondial, pour examen par l'UICN, et que l'État partie communique également des détails supplémentaires concernant le calendrier et le processus proposés pour que le Comité interministériel examine les autres questions de conservation, notamment le déclin de la faune sauvage.

Il est regrettable de constater l’absence d’engagement fructueux entre les deux États parties et que l'État partie de l'Éthiopie n'ait pas fourni de mises à jour sur tous les projets d’aménagement et de développement prévus et en cours dans le bassin du Turkana, y compris l'EIE pour le projet de développement sucrier Kuraz et la série de barrages sur l’Omo notés par la mission 2020, y compris les barrages Gibe IV (Koysha, en construction) et Gibe V prévu. Le lac Turkana étant fortement dépendant de l’Omo pour son apport en eau, ces projets et le manque d'informations concernant les impacts potentiels, en aval, sur le bien sont très préoccupants. Il est rappelé que l'EES visant à évaluer les impacts cumulatifs des multiples projets d'aménagement et de développement dans le bassin de l'Omo-Turkana sur la VUE du bien est en attente depuis 2014, et que le retard pris peut désormais limiter les options futures pour atténuer les impacts négatifs sur la VUE, en particulier compte tenu des constructions continues de barrages, des projets d'irrigation et d'autres projets d’aménagement et de développement dans le bassin.

Le Comité devrait prier instamment les États parties du Kenya et de l'Éthiopie de mettre en place un plan et un calendrier réalistes pour réaliser l'EES et identifier de toute urgence les mesures d'atténuation et de suivi nécessaires. Le fait que l'incapacité à atténuer les impacts cumulatifs de ces projets d'aménagement et de développement, conjuguée aux pressions exercées par le braconnage, l'empiètement du bétail et la pêche illégale, pourrait conduire à une érosion et à une perte éventuelle de la VUE du bien constitue une préoccupation urgente. L'atelier demandé par le Comité dans la décision 44 COM 7A.47 pour discuter des impacts des projets d'aménagement et de développement dans le bassin du lac Turkana et pour élaborer le DSOCR pourrait également convenir de la finalisation de l'EES. La coordination avec la Stratégie de l'UNESCO sur le retrait des biens africains de la Liste du patrimoine mondial en péril est encouragée.

L'EIES pour la production pétrolière à South Lokichar concerne la construction et l'exploitation des installations nécessaires à l'extraction et au traitement du pétrole brut de trois champs pétrolifères à South Lokichar. Elle se concentre sur la zone d'influence identifiée telle que définie par divers paramètres dont la qualité et la quantité d'eau, et il est noté qu'elle ne s'étend pas au lac Turkana ni à aucune composante du bien. En revanche, aucune mise à jour n'est communiquée concernant l'EES pour le Programme de corridor de transport reliant le port de Lamu, le Soudan du Sud et l’Éthiopie (LAPSSET), qui comprend l'oléoduc Lamu-Lokichar, mais aussi d'autres projets majeurs d'aménagement et de développement à proximité du lac, comme une station balnéaire. Rappelant que le Comité a demandé, d’une part, à l'État partie de compléter et de soumettre l'EES dès que possible pour examen par les Organisations consultatives et, d’autre part, qu'aucune autre composante du LAPSSET ne soit mise en œuvre avant que l'examen n'ait eu lieu, il est préoccupant de constater que l'EES n'a toujours pas été communiquée.

Le soutien financier apporté par le gouvernement norvégien pour l'élaboration du DSOCR est apprécié. Des discussions sont également en cours entre l'État partie et le Centre du patrimoine mondial pour obtenir un soutien supplémentaire afin de contribuer à la mise en œuvre de certaines actions urgentes pour traiter les problèmes actuels de conservation et de gestion du bien grâce au budget fourni par la Norvège pour soutenir les sites naturels du patrimoine mondial inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Des informations limitées sont fournies sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre des recommandations de la mission de suivi réactif de 2020. Comme précédemment demandé par le Comité, des efforts substantiels sont nécessaires pour mettre en œuvre les recommandations de la mission qui comprennent l'élaboration d'un plan d'action pour la biodiversité spécifique au site, la recherche d'une résolution pacifique avec les communautés concernant l'utilisation des ressources, la réalisation d'une étude scientifique sur le pacage et l'empiètement du bétail, l'établissement d'un système de suivi à long terme pour les données hydrologiques et limnologiques, l'élaboration d'un plan directeur national global pour les projets d'aménagement et de développement, et la création d'une zone tampon autour du bien.

Décision adoptée: 45 COM 7A.10

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/23/45.COM/7A.Add,
  2. Rappelant les décisions 38 COM 7B.90, 39 COM 7B.4, 40 COM 7B.80, 42 COM 7B.92 et 44 COM 7A.47, adoptées respectivement à ses 38e (Saint Pétersbourg, 2012), 39e(Bonn, 2015), 40e (Istanbul/UNESCO, 2016), 42e (Manama, 2018), 43e (Bakou, 2019) sessions et à sa 44e session élargie (Fuzhou/en ligne, 2021),
  3. Apprécie les efforts continus déployés par l’État partie pour gérer le bien et lui attribuer des ressources malgré les défis liés à la pandémie de COVID-19, et réitère sa demande à l’État partie afin qu’il garantisse des ressources adéquates et durables pour protéger le bien et qu’il élabore un plan opérationnel ainsi qu’un système de suivi et d’évaluation pour mettre en œuvre le plan de gestion axé sur la préservation de la valeur universelle exceptionnelle (VUE), et comprenant un système de cogestion, convenu avec les communautés locales, pour l’utilisation des ressources ;
  4. Réitère une fois de plus son profond regret quant à l’absence persistante de réponse collective des États parties du Kenya et de l’Éthiopie aux décisions passées du Comité et prie instamment l’État partie de l’Éthiopie de fournir d’urgence une mise à jour de tous les projets d’aménagement et de développement prévus et en cours dans le bassin du Turkana, qui pourraient avoir un impact négatif sur le bien, et de soumettre l’évaluation d’impact environnemental (EIE) du projet de développement sucrier Kuraz, du barrage Gibe IV (Koysha) en construction et du barrage Gibe V prévu, pour examen par le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives ;
  5. Rappelant qu’une évaluation environnementale stratégique (EES) destinée à évaluer les impacts cumulatifs des projets d’aménagement et de développement dans le bassin de l’Omo-Turkana est essentielle pour planifier la protection de la VUE du bien, et est en attente depuis 2014, réitère également sa demande à l’État partie du Kenya afin qu’il convoque dès que possible un atelier, avec la participation de l’État partie de l’Éthiopie, du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN, afin de discuter des impacts cumulatifs des projets d’aménagement et de développement dans le bassin de l’Omo-Turkana sur le bien, y compris d’un plan et d’un calendrier réalistes pour l’EES, qu’il identifie les mesures d’atténuation nécessaires de toute urgence et qu’il finalise l’État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril (DSOCR), en prenant en considération la Stratégie de l’UNESCO sur le retrait des biens africains de la Liste du patrimoine mondial en péril et remercie la Norvège de son engagement à fournir un soutien financier pour l’élaboration du DSOCR du bien ;
  6. Note avec la plus vive préoccupation que l'incapacité à atténuer les impacts cumulatifs des projets d'aménagement et de développement dans le bassin de l'Omo-Turkana, conjuguée aux pressions exercées par le braconnage, l'empiètement du bétail et la pêche illégale, pourrait entraîner une érosion et une perte éventuelle de la VUE du bien ;
  7. Demande à l'État partie du Kenya de soumettre au Centre du patrimoine mondial, pour examen par l'UICN, des détails concernant l'avancement de la mise en œuvre du Comité interministériel sur le bassin du fleuve Omo et du lac Turkana, des différentes questions relatives à l'état de conservation du bien, en mettant l'accent sur les défis que pose la mise en œuvre de la stratégie élaborée ;
  8. Regrette qu'aucune mise à jour de la révision de l'EES pour le Programme de corridor de transport reliant le port de Lamu, le Soudan du Sud et l’Éthiopie (LAPSSET) ne soit communiquée, et réitère donc sa demande à l'État partie afin qu’il achève dès que possible l'EES révisée, en tenant compte des impacts individuels et cumulatifs que le programme et ses projets pourraient avoir sur la VUE du bien,et qu'il veille à ce qu’aucune autre composante du LAPSSET ne soit mise en œuvre avant que l'EES ne soit achevée et soumise au Centre du patrimoine mondial, pour examen par les Organisations consultatives ;
  9. Demande également à l’État Partie du Kenya de communiquer des informations actualisées sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de toutes les recommandations de la mission de suivi réactif de 2020, en particulier :
    1. d’élaborer un plan d'action pour la biodiversité spécifique au site afin de rétablir les populations de faune sauvage présentes sur le territoire du bien aux niveaux enregistrés lors de l’inscription du bien,
    2. d’entreprendre une étude scientifique complète afin d’évaluer les impacts actuels du pacage et d’élaborer une stratégie viable de réduction de la pression exercée par le pacage, sur la base des capacités de pacage, afin de traiter le problème de l’empiètement,
    3. d’établir un système de cogestion avec les communautés locales qui stipule des règlements clairs concernant l'utilisation des ressources sur le territoire du bien et qui prévoit éventuellement le paiement des services environnementaux aux communautés locales ;
    4. d’établir un système de suivi à long terme pour la collecte et l'analyse des données hydrologiques et limnologiques du lac Turkana afin d'évaluer les changements écologiques du système du lac et l'impact associé sur la VUE du bien,
    5. d’élaborer un plan directeur national global pour les projets d'aménagement et de développement dans la zone du lac Turkana et à proximité afin d'éviter tout impact négatif sur le système du lac et la VUE du bien,
    6. de créer une zone tampon du bien, couvrant éventuellement l’ensemble du lac et d’autres zones terrestres critiques avec des restrictions juridiques et/ou coutumières complémentaires quant à son utilisation et son développement ;
  10. Demande en outre à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1erfévrier 2024, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 46e session ;
  11. Décide de maintenir Parcs nationaux du Lac Turkana (Kenya) sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Décision adoptée: 45 COM 8C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné les rapports sur l’état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC/23/45.COM/7A, WHC/23/45.COM/7A.Add, WHC/23/45.COM/7A.Add.2, WHC/23/45.COM/7A.Add.3, WHC/23/45.COM/7A.Add.4),
  2. Ayant examiné les recommandations des Organisations consultatives, décide de maintenir les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :
3.   Rappelle que les biens suivants ont été inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril à sa 18e session extraordinaire (UNESCO, 2023) :