1.         Mosi-oa-Tunya / Chutes Victoria (Zambie,Zimbabwe) (N 509)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1989

Critères  (vii)(viii)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/509/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2001-2007)
Montant total approuvé : 93 485 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/509/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé : en 2015, le bien a reçu une dotation de 50 000 dollars EU dans le cadre du Programme sur le patrimoine mondial et le tourisme durable de l’UNESCO (Fonds-en-dépôt des Flandres)

Missions de suivi antérieures

Novembre 2006 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN 

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/509/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2021

Le 22 mars 2021, les États parties ont soumis un rapport sur l’état de conservation, disponible à http://whc.unesco.org/fr/list/509/documents/, qui communique les informations actualisées suivantes :

Le 25 septembre 2019, le Centre du patrimoine mondial a adressé un courrier à l'État partie de la Zambie à propos de la période de sécheresse inhabituellement précoce et longue qui, selon les rapports, affectait le débit d'eau des chutes. Le 22 novembre 2019, le Centre du patrimoine mondial a en outre demandé à l'État partie de formuler des commentaires sur le projet de complexe touristique Mosi-oa-Tunya Livingstone, en rappelant la décision 43 COM 7B.34 du Comité qui priait instamment l'État partie d'abandonner ce projet. Le 24 juin 2020, le Centre du patrimoine mondial a également demandé à l’État Partie de formuler des commentaires à propos de la vente d'un terrain pour la construction d'une grande roue sur le territoire du bien. Aucune réponse spécifique n'a été reçue des États parties concernant la proposition de grande roue à l’heure de la rédaction du présent document.

La mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN n’a pu être invitée en raison des restrictions liées à la COVID-19, mais le 16 mars 2021, les États parties ont invité la mission à se rendre sur le territoire du bien en octobre 2021.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le bien continue d'être confronté à une pression considérable exercée par le développement et l’aménagement, notamment en raison d'un certain nombre de propositions d'infrastructures touristiques, et leurs impacts cumulatifs potentiels suscitent de plus en plus d'inquiétudes. Dans sa décision 41 COM 7B.22, le Comité avait tout particulièrement prié instamment les États parties de ne pas autoriser la construction d'une grande roue sur le territoire du bien en raison du probable impact négatif significatif sur la VUE du bien. De plus, dans sa décision 43 COM 7B.34, le Comité a prié instamment les États parties d'abandonner le projet de complexe touristique dans la zone tampon, ainsi que toute autre proposition clairement incompatible avec la conservation de la VUE du bien. Si la décision des États parties de ne pas poursuivre le projet de téléphérique est appréciée, il est extrêmement préoccupant que la construction du complexe touristique dans la zone tampon ait commencé, bien que dans une version réduite sans le terrain de golf proposé, et que de multiples propositions d’aménagement et de développement supplémentaires existent sur le territoire et autour du bien, dont certaines ont déjà été approuvées.

En l'absence d'assurance que l'impact potentiel de chaque projet, individuellement et cumulativement, a été évalué de manière exhaustive au regard de la protection de la VUE du bien et qu'il n'y aura pas d'impact négatif sur la VUE, il est recommandé au Comité de demander d'urgence aux États parties de suspendre toute nouvelle activité jusqu'à ce que de nouvelles consultations avec le Centre du patrimoine mondial et l'UICN aient eu lieu et que les impacts potentiels aient été évalués au regard de la VUE. L'EES sera un outil essentiel pour adopter une vue stratégique sur l'ensemble du paysage, et des détails supplémentaires de cette EES devraient être communiqués au Centre du patrimoine mondial pour examen par l'UICN. Les États parties sont vivement encouragés à solliciter de façon anticipée la contribution et les conseils techniques de l'UICN.

Tant que de telles évaluations complètes n'auront pas eu lieu, en particulier à l'échelle cumulative, et rappelant la demande du Comité aux États parties d'abandonner tout projet incompatible avec la VUE du bien, la décision de poursuivre tout grand projet d'infrastructure sur le territoire du bien et de sa zone tampon serait extrêmement préoccupante et conduirait probablement le bien à remplir les conditions d'inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril, conformément au paragraphe 180 des Orientations

L’EIES pour le BGHES n’a pas encore été communiquée au Centre du patrimoine mondial, pour examen. Selon le matériel d’information en ligne sur le projet, disponible sur le site web du consultant (https://www.erm.com/contentassets/6bdbb76b347f4e9fb9b9c14054806210/presentations/esia-disclosure-webinar-presentation-2dec20.pdf), le réservoir du BGHES s'étendra au sein des limites du bien, et des impacts négatifs majeurs sont prévus, qui se traduiront par la perte d'habitats critiques pour la biodiversité et la perturbation des flux environnementaux. Il est également rappelé qu'en 1994, le Comité (décision 18 COM IX) a félicité les États parties d'avoir abandonné la proposition de construction du BGHES en raison de son impact probable sur la VUE du bien. Il est donc préoccupant que le projet soit à nouveau envisagé. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN considèrent que le projet ne doit pas être réalisé s'il empiète sur le bien ou s'il est susceptible d’avoir des impacts négatifs sur la VUE du bien, y compris sur ses conditions d'intégrité. Il est également recommandé que le Comité prie instamment les États parties de soumettre l'EIES au Centre du patrimoine mondial et de veiller à ce qu'aucune décision relative au projet ne soit prise avant que l'UICN n'ait examiné l'EIES. Si le projet devait être mis en œuvre sans suivre cette procédure régulière, cela signifierait aussi probablement que le bien remplirait les conditions d'inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril.   

Des actions positives sont notées dans d'autres domaines de la gestion du bien, notamment les patrouilles et la surveillance conjointes, et la poursuite des efforts pour contrôler les espèces végétales exotiques envahissantes. Le plan de financement et d'activités durables et la stratégie de tourisme durable devraient être finalisés en priorité, en prenant en considération les recommandations de l'UICN, et leur mise en œuvre devrait commencer dès que possible.

En 2017, le Comité a demandé aux États parties d'utiliser les résultats d'une analyse des données sur le débit fluvial, les précipitations et les activités en amont pour orienter la gestion du bien, et d'intégrer également le facteur du changement climatique. Compte tenu de la saison sèche anormalement précoce et longue en 2019, il est recommandé que le Comité demande aux États parties de fournir un résumé des principaux résultats de l'analyse et des mesures actuellement prises pour garantir la limitation du prélèvement d'eau dans le fleuve Zambèze face au changement climatique et pour assurer un débit permanent sur le territoire du bien.

Il est rappelé que dans le précédent rapport sur l'état de conservation, les États parties ont proposé de réduire les limites du bien sans justification claire. Les États parties ont soumis à nouveau la carte du bien et il a été convenu entre le Centre du patrimoine mondial, l'UICN et les États parties qu'il demeurait pertinent pour la prochaine mission de formuler des recommandations au Comité sur cette question, comme précédemment demandé (décision 43 COM 7B.34). 

Les États parties ont invité la mission à se rendre sur le territoire du bien, ce qui est apprécié. Prenant note du fait que les menaces pesant la VUE du bien n'ont cessé de croître depuis que la mission a été initialement demandée en 2019, et que certains projets d'aménagement et de développement d'infrastructure ont été réalisés à l’encontre des décisions du Comité, il conviendrait de demander à la mission d'évaluer l'impact de ces récents aménagements sur la VUE.

Décision adoptée: 44 COM 7B.177

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/21/44.COM/7B.Add,
  2. Rappelant les décisions 18 COM IX, 41 COM 7B.22 et 43 COM 7B.34, adoptées respectivement à ses 18e (Phuket, 1994), 41e (Cracovie 2017) et 43e (Bakou, 2019) sessions,
  3. Accueille avec satisfaction les progrès supplémentaires réalisés par les deux États parties dans le renforcement de la gestion conjointe du bien transfrontalier, notamment l’organisation de patrouilles conjointes, et les efforts soutenus pour contrôler les espèces végétales exotiques envahissantes ;
  4. Note son extrême préoccupation quant à la pression croissante exercée par le développement des infrastructures touristiques sur le territoire et autour du bien, y compris le début de la construction du complexe touristique Mosi-oa-Tunya Livingstone dans la zone tampon du bien, contrairement à sa demande d'abandon de la proposition, et prie instamment les États parties de suspendre toute nouvelle activité jusqu'à ce que de nouvelles consultations avec le Centre du patrimoine mondial et l'UICN aient eu lieu, que toutes les évaluations d'impact environnemental et social (EIES) pertinentes aient été soumises au Centre du patrimoine mondial et examinées par l'UICN, et que les impacts potentiels des projets d'aménagement et de développement d'infrastructure sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien aient été correctement évalués ;
  5. Note avec inquiétude les impacts négatifs probables du projet hydroélectrique de la gorge de Batoka (BGHES) sur la VUE, prie également instamment l'État partie de ne pas donner suite à la proposition si celle-ci empiète sur le bien ou a le potentiel d'avoir un impact sur la VUE, et réitère sa demande auprès des États parties afin qu’il soumette l'EIES achevée au Centre du patrimoine mondial pour examen par l'UICN avant de prendre toute décision sur le projet ;
  6. Demande aux États parties de communiquer au Centre du patrimoine mondial les détails de l'évaluation environnementale stratégique (EES) prévue, y compris son champ d'application, et encourage vivement les États parties à solliciter de façon anticipée la contribution et les conseils techniques de l'UICN pour entreprendre l'EES ;
  7. Demande également aux États parties de fournir un résumé des principaux résultats de l'analyse entreprise précédemment sur les données relatives au débit d'eau, aux précipitations et à l'activité en amont afin d'orienter la gestion, et des mesures prises par la suite pour s'assurer que le prélèvement d'eau dans le fleuve Zambèze continue d'être adapté face au changement climatique ;
  8. Prend note du fait que la mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN n'a pas pu avoir lieu en raison des restrictions liées à la COVID-19, mais que les États parties ont invité la mission, et demande en outre que la mission ait lieu dès que possible afin d'évaluer la menace potentielle pour la VUE du bien que constituent la pression croissante exercée par le développement touristique sur le territoire et autour du bien et les impacts potentiels du projet BGHES, d’examiner la réglementation destinée à contrôler cette pression et de formuler des recommandations au Comité sur la proposition de modification des limites ;
  9. Demande par ailleurs à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1erfévrier 2022, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 45e