1.         Réserve de faune du Dja (Cameroun) (N 407)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1987

Critères  (ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/407/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1987-1997)
Montant total approuvé : 84 700 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/407/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé: 60 000 dollars EU du Fonds-en-dépôt des Pays-Bas auprès de l'UNESCO ; 263 700 dollars EU de la Fondation Franz Weber (de 2012 à 2017), 600 000 dollars EU dans le cadre de l'Initiative pour le patrimoine mondial forestier de l'Afrique centrale (CAWHFI) (de 2017 à 2021) et 250 000 dollars EU du Gouvernement de la Norvège pour la période 2021-2023.


Missions de suivi antérieures

Mars 1998 : mission de suivi UNESCO ; juin 2006, décembre 2009, février-mars 2012 et novembre-décembre 2015 : missions de suivi réactif conjointes Centre du patrimoine mondial/UICN ; février 2019 et janvier 2020 : missions de conseil UNESCO organisées dans le cadre de CAWHFI pour évaluer les EIES de la plantation Hévéa SUDCAM et du barrage hydroélectrique de Mekin.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/407/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2021

Le 30 novembre 2020, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien, disponible à http://whc.unesco.org/fr/list/407/documents/, qui fournit les informations suivantes :

Dans le cadre de l’Initiative pour le patrimoine mondial forestier d’Afrique centrale (CAWHFI), le Centre du patrimoine mondial a organisé du 24 janvier au 1er février 2020 une mission de conseil pour l’évaluation des impacts des activités du barrage hydroélectrique de Mekin sur le bien et définir des mesures de correction ou d'atténuation adéquates.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Les efforts consentis par l’État partie et ses partenaires pour améliorer la gestion du bien sont accueillis favorablement. L’appui du programme CAWHFI financé par l’Union européenne et le financement du gouvernement de la Norvège sont très important à cet égard. Cependant, la faible densité des espèces caractéristiques de la valeur universelle exceptionnelle (VUE), y compris les espèces menacées et en danger, combinées à la persistance des indices de braconnage à l’intérieur du bien demeurent extrêmement préoccupantes. Il est recommandé d’intensifier la surveillance, l’application des lois, la sensibilisation des communautés et le développement d’alternatives communautaires au braconnage. Par ailleurs, sur les bases méthodologiques utilisées en 2018, il est recommandé que l'État partie prévoit un nouveau recensement faunistique en 2023 pour évaluer les tendances de ces populations clés.

La finalisation du Plan d’Aménagement (2020-2024) pour le bien et sa zone périphérique est notée. Cependant, le document ne répond pas à plusieurs requêtes du Comité notamment la clarification du zonage du bien et la création d’une zone tampon fonctionnelle. Tout en notant que les Unités Forestières d’Aménagement (UFA) qui jouxtent le bien demeurent des forêts permanentes, la couverture forestière autour du bien a diminué de 9% en 10 ans. Il est recommandé que le Comité réitère sa demande à l’État partie pour la création d’une zone tampon fonctionnelle autour du bien qui soit en ligne avec les recommandations du Conseil consultatif international sur les réserves de biosphère, tout comme le classement de la concession rendue par la SUDCAM dans le domaine forestier de l’État. Il est également recommandé que les efforts pour le maintien d’une connectivité écologique avec les autres aires protégées du paysage trinational Dja-Odzala-Minkébé (TRIDOM) soient poursuivis afin de garantir l’intégrité du bien à long terme, en particulier par la mise en œuvre de l’accord de principe pour la prise en compte des corridors de migration des grands mammifères dans l’élaboration du Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire (SRADDT) de la Région Sud et Est, des plans d’aménagement et PGES des opérateurs du secteur privé traversés par les corridors.

Tout en notant que la certification ISO 9001 en cours de la SUDCAM n’est pas une certification environnementale, il est préconisé que les recommandations de la mission de conseil de l’UNESCO de 2019, reprises dans la Décision 43 COM 7B.29, continuent à être mises en œuvre. En particulier, il est important d’assurer une certification indépendante de l’usine de transformation du latex afin de respecter les normes environnementales internationales.

Il est préoccupant que la mission de conseil de l’UNESCO de 2020 sur le barrage hydroélectrique de Mekin montre que l’EIES n’ait pas évalué les impacts du projet sur la VUE, et que la construction du barrage a généré de nombreuses atteintes environnementales. Il est recommandé que le Comité prie instamment l’État partie de mettre en œuvre toutes les recommandations de la mission.

Le 18 décembre 2019, le Centre du patrimoine mondial a envoyé une correspondance à l'État partie concernant la reprise des activités d'exploitation minière par la société minière GEOVIC à proximité du bien. Aucune réponse n'a été reçue. Le Comité du patrimoine mondial, dans ses décisions 36 COM 7B.1, 35 COM 7B.1, 34 COM 7B.1 et 33 COM 7B.1, avait exprimé son inquiétude par rapport au projet GEOVIC et demandé à l'État partie de suspendre les travaux miniers afin d'évaluer les éventuels impacts négatifs sur la VUE du bien. Il est regrettable qu’aucune information n’ait été fournie et il est recommandé que le Comité réitère sa demande à l’État partie de fournir l'ensemble des documents relatifs à ce projet (Étude d'impact environnemental et social, cartes et rapports d'évaluation des sites à hautes valeurs pour la conservation situés dans la zone du projet).

Enfin, par rapport aux développements de nouveaux projets structurants autour du bien, il est regrettable que l’EESS recommandée par le Comité, et rappelé dans la Décision 40 COM 7B.79, n’ait toujours pas été finalisée tout comme le SRADDT de la Région Sud et Est. Il est recommandé que l’Etat partie accélère le développement de ces documents stratégiques qui seront importants pour assurer que les impacts cumulatifs des projets envisagés n’affecteront pas la VUE du bien et ne mettront pas en péril la connectivité écologique du bien, et de les soumettre au Centre du patrimoine mondial pour évaluation par l’UICN, avant l'approbation de tout projet.

Décision adoptée: 44 COM 7B.173

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/21/44.COM/7B.Add,
  2. Rappelant les décisions 33 COM 7B.1, 34 COM 7B.1, 35 COM 7B.1, 36 COM 7B.1, 40 COM 7B.79 et 43 COM 7B.29 adoptées à ses 33e(Séville, 2009), 34e (Brasilia, 2010), 35e (UNESCO, 2011), 36e (Saint-Pétersbourg, 2012), 40e (Istanbul/UNESCO, 2016) et 43e (Bakou, 2019) sessions respectivement ;
  3. Accueille favorablement les efforts consentis par l’État partie et ses partenaires pour l’amélioration de l’efficacité de la gestion du bien ;
  4. Remercie les bailleurs de fonds qui continuent à appuyer la conservation du bien, notamment la Commission européenne à travers l’Initiative pour le patrimoine mondial forestier d’Afrique centrale (CAWHFI) et le gouvernement de la Norvège à travers sa contribution au Fonds du patrimoine mondial ;
  5. Réitère sa plus grande préoccupation quant aux faibles densités des espèces caractéristiques de la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien et à la persistance des indices de braconnage à l’intérieur du bien, et demande à l’État partie d’intensifier les efforts de surveillance, d’application des lois en termes de criminalité faunique, de sensibilisation des communautés et de vulgarisation d’alternatives communautaires au braconnage, et d’initier un nouveau recensement de la faune au plus tard en 2023 en considérant la même approche méthodologique qu’en 2018 pour évaluer les tendances de ces populations clés ;
  6. Accueille favorablement les efforts entrepris pour la mise en oeuvre des recommandations de la mission de conseil de l’UNESCO pour évaluer les impacts des activités de la société Sud-Cameroun Hévéa (SUDCAM) sur le bien, et prie instamment l’État partie de s’assurer que SUDCAM poursuive la mise en œuvre des normes de production durable et responsable du secteur du caoutchouc, notamment une certification indépendante de l’usine de transformation du latex afin de respecter les normes environnementales internationales ;
  7. Exprime sa plus grande préoccupation quant aux conclusions de la mission de conseil de l’UNESCO sur le barrage hydroélectrique de Mekin selon lesquelles les études d’impact environnemental et social (EIES) n’ont pas considéré la totalité des infrastructures liées au projet et n’ont pas été entreprises conformément à la Note consultative de l’UICN sur le patrimoine mondial : l’évaluation environnementale, et que la construction du barrage a généré de nombreuses atteintes environnementales ; et prie instamment l’État partie de mettre en œuvre toutes les recommandations de cette mission ;
  8. Prend note de la finalisation du Plan d’Aménagement (2020-2024) pour le bien et sa zone périphérique, et réitère sa demande de créer une zone tampon du bien, en concertation avec les populations riveraines et les différentes entités impliquées, et qui soit en ligne avec la recommandation du Conseil consultatif international sur les réserves de biosphère d’inclure les complexes ruraux et concessions forestières qui jouxtent l’essentiel du bien, ainsi que le classement de la concession rendue par la SUDCAM dans le domaine forestier de l’État tout en autorisant les régimes d’utilisation durable ;
  9. Prie aussi instamment l’État partie et ses partenaires à poursuivre les efforts pour le maintien d’une connectivité écologique avec les autres aires protégées du paysage trinational Dja-Odzala-Minkébé (TRIDOM) afin de garantir l’intégrité à long terme du bien, en particulier par la mise en œuvre de l’accord de principe pour la prise en compte des corridors de migration des grands mammifères dans les processus d’élaboration du Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire (SRADDT) de la Région Sud et Est, les plans d’aménagement et les plans de gestion environnementale et sociale (PGES) des opérateurs du secteur privé traversés par les corridors ;
  10. Note avec inquiétude qu’aucune information n’ait été fournie à propos de l’état du ‘projet minier de GEOVIC dans les environs du bien, réitère sa demande à l’État partie de ne pas autoriser ce projet avant une évaluation de ses impacts potentiels sur la VUE du bien, conformément à la Note consultative de l’UICN sur le patrimoine mondial : l’évaluation environnementale et demande à nouveau à l’État partie de transmettre l'ensemble des documents disponibles relatifs à ce projet au Centre du patrimoine mondial pour examen par l’UICN ;
  11. S'inquiète de la multiplication des projets de développement à proximité du bien, notamment le Programme d’Aménagement et de Développement Intégré de la boucle minière du Dja et de sa zone frontalière adjacente (PADI-DJA) et prie en outre instamment l’État partie de s’assurer qu’aucun permis d’exploration ou d’exploitation minières autour du bien ne soit accordé sans réaliser une Étude d’impact environnemental et social, de finaliser l’Évaluation Environnementale Stratégique et Sociale (EESS) confirmée dans la Décision 40 COM 7B.79 ainsi que le SRADDT de la Région Sud et Est, et de les soumettre au Centre du patrimoine mondial pour examen par l’UICN;
  12. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1 février 2022, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 45e session.