1.         Églises creusées dans le roc de Lalibela (Éthiopie) (C 18)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1978

Critères  (i)(ii)(iii)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/18/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1980-2000)
Montant total approuvé : 93 300 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/18/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : 800 000 dollars EU pour le « Plan d’action pour la conservation de Lalibela » - Phase 1 et Phase 2 (Fonds en dépôt norvégien).

Missions de suivi antérieures

2004, 2005, 2008, 2009 : missions de suivi du Centre du patrimoine mondial ; 2006, 2007, 2008 : mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; mai 2018 : mission de conseil Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/18/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2021

L'État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien le 4 décembre 2020, disponible à https://whc.unesco.org/fr/list/18/documents/. Des détails supplémentaires sur les églises ont été soumis le 11 décembre 2020. Les progrès réalisés concernant plusieurs problèmes de conservation abordés par le Comité lors de ses précédentes sessions sont indiqués comme suit :

Des informations sur la coopération bilatérale franco-éthiopienne sont régulièrement échangées avec le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives pour commentaires et examen.

L’ICOMOS a préparé deux études techniques complètes des thèmes mentionnés ci-dessus et des réunions se sont tenues avec des représentants de l’État partie, des autorités françaises, du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et d’autres intervenants le 2 décembre 2020, le 4 février 2021 et le 12 mai 2021.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

En 2008, quatre abris temporaires ont été érigés sur cinq des onze églises creusées dans la roche afin de les protéger des intempéries et de permettre les travaux de conservation et de réparation. Le Comité a accepté avec réticence leur construction, à la condition qu’il soit possible de les démanteler entièrement.

Les travaux de conservation envisagés lorsque les abris ont été érigés ne se sont pas matérialisés sous une forme acceptable et aucun suivi de l’état de la roche n’a été entrepris. Récemment, les normes d’ingénierie relatives à ces abris ont été révisées afin de refléter les conditions climatiques, ce qui a eu pour résultat que ces structures ne présentent plus l’intégrité structurelle suffisante pour satisfaire ces normes. La déclaration de valeur universelle exceptionnelle (VUE) reconnaît que ces structures ont un impact visuel sur l’intégrité du bien. En outre, les autorités religieuses et la communauté locale n’ont jamais approuvé ces structures en raison de leur intrusion visuelle dans des lieux saints mais aussi pour le bruit effrayant qui résulte de leur vibration, qui peuvent interrompre des cérémonies et provoquer la panique.

Les objectifs de l’actuel projet bilatéral initié par les Français sont les bienvenus du point de vue de la protection à long terme des églises et leur restauration et des éléments de formation et de renforcement des capacités et d’autres améliorations apportées au bien dans le cadre du projet durable de Lalibela. Un Comité directeur constitué de représentants d’autorités nationales et internationales a été établi pour encadrer ce projet.

Le projet traite aussi la faisabilité de l’amélioration/remplacement des abris. Sur la base d’études de structures minérales de la roche dans lesquelles les églises sont taillées et leur sensibilité à la pénétration de l’eau, l’étude de faisabilité recommande une protection externe complète de toutes les églises par des constructions d’abris permanents. Pour répondre aux nouvelles normes d’ingénierie, les abris devraient soit être arrimés au sol par de lourds contrepoids soit ancrés dans la roche. Trois options pour la conception des abris sont à l’étude. Le comité directeur a conclu que, l’option d’ancrage permettant des constructions d’abris plus légères, il devrait être demandé à l’UNESCO et aux Organisations consultatives de soutenir le principe de l’utilisation des ancrages. Cependant, les données fournies jusqu’à présent sur l’analyse de la roche sont insuffisantes pour permettre de comprendre pleinement les causes des fissures constatées dans les églises ou leur évolution dans le temps. L’analyse actuelle qui a été fournie relève d’avantage d’une analyse générale du type de roche et ne fournit pas de spécificités ou de comparaison avec d’autres églises. Il manque également une analyse détaillée des pratiques traditionnelles mises en œuvre il y a une cinquantaine d’années pour abriter les toits des églises pendant la saison des pluies, ou de tout impact négatif induits par les conditions plus sèches sous abris, ou de comparaisons détaillées des conditions d’altération des églises, qu’elles soient abritées ou non.

Les rapports des précédents projets de conservation 2016-2018 de deux églises non abritées suggéraient une stratégie de conservation basée sur une méthode d’intervention minimale utilisant des techniques durables de conservation de la pierre mises en œuvre par des artisans locaux afin de contrecarrer régulièrement les effets érosifs saisonniers de la pluie et du soleil.

Invité à évaluer si les ancrages des nouveaux abris sont acceptables ou non, l’ICOMOS considère que cette question implique que l’on privilégie les abris comme étant la solution préférée pour répondre aux problèmes de conservation. En l’état actuel des connaissances, les Organisations consultatives ne considèrent pas que les données soient suffisantes pour écarter d’autres options ou choisir l’option des abris. Davantage d’informations sont nécessaires sur l’efficacité d’autres méthodes de protections moins invasives pour empêcher les infiltrations d’eau et leur contribution à la protection contre les effets érosifs avant d’écarter ces stratégies de traitement. Toutes les options potentielles doivent être explorées pour servir de base à l’élaboration d’un plan de conservation. En outre, tandis que l’option de l’abris est susceptible d’apporter certains avantages au tissu physique, les impacts négatifs apportés par les abris sur l’architecture et le symbolisme de cet ensemble d’églises extraordinairement fragile et sacré doivent aussi être pris en compte. La mission consultative conjointe UNESCO/ICOMOS/ICCROM de 2018 à Laliba souligne l’importance de s’assurer que toutes les interventions soient respectueuses du patrimoine vivant de l’ensemble du bien et du caractère sacré des églises.

Les informations fournies par l’État partie sur l’opérationnalisation de l’engagement du comité consultatif local introduit avec la loi sur la réserve nationale (proclamation N°344/2015) ne suffisent pas pour conclure qu’une gestion locale efficace du bien a été mise en place. En outre, le rapport ne fournit pas d’information sur la manière dont l’amélioration des conditions de vie à proximité des églises est prise en compte dans des processus de planification urbaine, car aucune vision sur un développement durable des conditions urbaines de Lalibela n’a été présentée, comme le demandait le Comité du patrimoine mondial.

Décision adoptée: 44 COM 7B.118

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/21/44.COM/7B.Add,
  2. Rappelant la décision 43 COM 7B.105, adopté à sa 43e session (Bakou, 2019),
  3. Reconnaît les informations fournies sur les projets de restauration appliqués aux églises Bete Gabriel-Rafael et Beta Golgotha et Mikael, en particulier l’approche mise en œuvre de l’intervention minimale pour la conservation des toits de ces églises qui ne sont pas couvertes par des abris ;
  4. Accueille favorablement les objectifs généraux du projet durable de Lalibela qui est développé dans le cadre du projet bilatéral franco-éthiopien, en particulier l’accent mis sur le renforcement des capacités et la formation scientifique formelle en matière de conservation – restauration et de recherche archéologique ;
  5. Accueille également favorablement l’élaboration d’une méthode de démontage des abris existants, note que ces derniers ont efficacement protégé les églises contre de nouveaux dégâts mais qu’ils ne répondent pas aux normes d’ingénierie et requièrent un renforcement considérable à l’aide de contrepoids, et prie instamment l'État partie d’appliquer les modifications aux abris de protection existants afin de se conformer aux normes de construction nationales révisées, conservant le caractère temporaire de ces abris jusqu’à leur futur démantèlement ;
  6. Note également que les recherches en pathologie rocheuse entreprises dans le cadre de l’étude de faisabilité du projet bilatéral franco-éthiopien recommandent, sur la base de la composition de basalte scoriacé du roc dans lequel les églises sont taillées et sa sensibilité aux infiltrations d’eau, la protection externe complète de toutes les églises et leur environnement immédiat par la construction d’abris ; et que ces abris devraient être soit arrimés au sol par de lourds contrepoids soit ancrés dans la roche ;
  7. Note en outre que trois options d’ancrage pour la conception d’abris ont été explorées et que, sur la base des recommandations du comité scientifique et de la communauté locale préconisant l’option d’auvent qui permettrait de couvrir les trois groupes d’églises et d’assurer une conservation et une préservation de longue durée du site tout en restaurant les parties endommagées, le comité directeur a adopté l’option d’auvent et a demandé à l’UNESCO et aux Organisations consultatives de soutenir le principe de l’utilisation d’ancrage dans la roche pour les nouveaux abris ;
  8. Salue en outre les résultats de l’étude de faisabilité incluant la participation de la communauté locale aux différentes études, et la sélection d’une solution qui la place au cœur de l'action ;
  9. Demande à l’État partie, afin de pouvoir procéder à la validation définitive de la solution, de fournir :
    1. l’avant-projet final de l’option d’auvent et le détail des travaux de restauration planifiés,
    2. les résultats de l’étude d’impact environnemental et social, y compris les évaluations d’impact sur le patrimoine,
    3. les rapports des études supplémentaires recommandées par le comité scientifique (études géotechniques, hydrologiques et autres jugées nécessaires),

      qui devraient tous être soumis au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives, avant que toute décision de mise en œuvre de la solution ne soit prise ;
  10. Accueille favorablement le dialogue qui s’est instauré entre l’État partie, les autorités françaises et le Centre du patrimoine mondial sur le nouveau projet bilatéral et encourage l’État partie à poursuivre ce dialogue afin de soutenir l’élaboration d’un plan de conservation ;
  11. Demande également à l’État partie de présenter une approche centrée sur les habitants afin de préserver le bien, incluant la gestion participative de la restauration et de la conservation des structures des églises, et reconnaissant le rôle actif des églises en tant que patrimoine vivant pour les communautés locales ;
  12. Prend note des données concernant les mesures d’atténuation et les modifications appliquées aux abris temporaires existants soumises par l’État partie, notamment l’étude complète pour la conservation du secteur du groupe II qui prévoit de supprimer l’abri actuel de Bete Lebanos ;
  13. Prie aussi instamment l’État partie d’assurer l’opérationnalisation du comité consultatif local, conformément à la loi sur les zones réservées, de réviser le plan de gestion de 2014 et de le soumettre au Centre du patrimoine mondial conjointement avec les plans cadastraux, incluant toutes les dispositions de gestion et de planification du bien ;
  14. Demande par ailleurs à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, pour examen par les Organisations consultatives, une vision sur la croissance et le développement, conformément à la Politique sur l’intégration de la dimension du développement durable dans les processus de la Convention du patrimoine mondial, adoptée en 2015, qui reflète et respecte la valeur universelle exceptionnelle du bien et sert de principe directeur pour le plan structurel de Lalibela et un plan de développement local visant le bien et sa zone tampon, émis par les autorités régionales et nationales et qui devraient tous deux être soumis au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives ;
  15. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2022, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 45e