1.         Vieille ville de Lamu (Kenya) (C 1055)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2001

Critères  (ii)(iv)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1055/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2000-2021)
Montant total approuvé : 61 436 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1055/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé: pour une évaluation d’impact sur le patrimoine en 2014 : Fonds-en-dépôt néerlandais : 85 000 dollars EU ; pour un atelier sur le paysage urbain historique en 2011 : Fonds-en-dépôt flamand : 22 943 dollars EU

Missions de suivi antérieures

Mars 2004 : mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; février 2005 : mission de conseil du Centre du patrimoine mondial sur l’eau et l’assainissement ; mai 2010 et février 2015 : missions de suivi réactif conjointes Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM ; janvier 2018 : mission de conseil du Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM (à Nairobi) sur le projet LAPSSET ; décembre 2019 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / ICOMOS / ICCROM

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1055/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2021

Une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM a visité le bien du 29 novembre au 5 décembre 2019 (rapport de mission disponible à https://whc.unesco.org/fr/list/1055/documents/). Par la suite, l’État Partie a soumis un rapport sur l’état de conservation le 3 février 2020, également disponible à l’adresse susmentionnée, qui répond de façon détaillée et comme suit à la décision 43 COM 7B.107 :

L'État partie a également soumis trois rapports initiaux pour des projets de planification entrepris dans le cadre du projet de services urbains du Kenya (Kenya Urban Services Project - KUSP) financé par la Banque mondiale. Ces projets sont les suivants :

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le mauvais état de conservation du bien et l'absence de contrôle des bâtiments observés par la mission, qui constituent une menace pour son intégrité et son authenticité, restent très préoccupants.

La clarification des limites et l'extension de la zone tampon s’avèrent également extrêmement urgentes.  Comme demandé à plusieurs reprises, la zone tampon devrait au minimum inclure toute l'île de Lamu et une partie importante de l'île de Manda, ainsi que les ceintures de mangrove correspondantes. Cependant, alors que l'État partie signale que le tracé des limites et de la zone tampon élargie est toujours en cours, aucune indication n'est donnée quant à la date d'achèvement de ces travaux. Tout en reconnaissant les difficultés politiques liées à la mise en place d'une zone tampon, celle-ci reste une priorité absolue. Les rapports initiaux pour les projets entrepris dans le cadre du KUSP ont été examinés par l'ICOMOS, qui a estimé que les projets ne sauraient atteindre leurs objectifs avant que les limites du bien et de la zone tampon ne soient clarifiées. De plus, la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien doit être prise en compte de manière approfondie dans la conceptualisation des trois projets KUSP.

Les progrès signalés dans la révision du plan de gestion pour y intégrer des aspects du projet LAPSSET sont également notés. Ceci devrait être achevé en même temps que la révision de la zone tampon afin d’assurer un système de gestion fonctionnel. Il est tout aussi urgent de s'attaquer à la sécurité de l'eau et à l'assainissement. 

La mission a noté des progrès considérables dans la construction des trois postes d'amarrage du nouveau port du projet LAPSSET, de l'autoroute et du siège de l'Autorité en charge du projet LAPSSET.

Le monde politique et la société civile doivent être plus sensibilisés aux menaces potentielles du projet LAPSSET pour la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien. L'EES du projet LAPSSET doit prendre en considération les impacts individuels et cumulatifs potentiels du projet sur la VUE du bien, ainsi que sur le bien du patrimoine mondial du lac Turkana, comme demandé par le Comité en 2019 (décision 43 COM 7B.107). L'EES doit être achevée de toute urgence et soumise à examen, avant le lancement de toute autre composante du projet LAPSSET. En ce qui concerne le protocole d'accord (MoU) demandé entre l'Autorité en charge du projet LAPSSET et les NMK, l'État partie ne mentionne pas son achèvement, mais il faut souligner que la finalisation de ce MoU serait clairement le signe de la volonté du projet LAPSSET d'impliquer les NMK dans toutes les décisions relatives au projet, susceptibles de porter atteinte au patrimoine le long du corridor.

Le Comité pourrait souhaiter recommander à l'État partie d'envoyer une délégation gouvernementale de haut niveau, comprenant des représentants du ministère des Sports, de la Culture et du Patrimoine et des NMK, sur le territoire du bien pour évaluer l'ampleur et l'urgence des défis à relever afin de maintenir sa VUE, et demander que l'État partie mette en place une « équipe spéciale du patrimoine », composée d'agences gouvernementales concernées, tant au niveau national que local, avec le soutien et la participation de la société civile, afin d'élaborer des réponses appropriées. Pour améliorer l'engagement de la société civile et le partenariat avec celle-ci, la création d'un forum des parties prenantes et de la communauté de l'île de Lamu, qui peut également travailler en étroite collaboration avec le projet LAPSSET, est recommandée. 

L'État partie et l'Autorité de développement du corridor du LAPSSET doivent établir un programme de responsabilité sociale des entreprises afin de garantir un financement suffisant des activités liées à la conservation et au patrimoine. Le gouvernement du comté pourrait souhaiter participer afin de garantir que les travaux liés à la culture et au patrimoine sont financés de manière adéquate. 

La suspension du projet de centrale électrique au charbon est accueillie avec satisfaction, car la mission avait signalé que la centrale au charbon proposée aurait probablement des impacts négatifs sur la VUE du bien ainsi que sur l'environnement plus large autour de Lamu. L'État partie devrait envisager des alternatives à la centrale et s'assurer que tout nouveau développement et aménagement d'infrastructures de production d'énergie fasse l'objet d'EIE et d'EIP indépendantes. 

Bien qu'aucun impact négatif du projet de modernisation de l'aéroport de Manda n'ait été constaté par l'équipe de la mission, il est à noter qu'une EIP a été demandée avant la mise en œuvre des travaux. Il est à espérer qu'à l'avenir l'impact de tels projets sur la VUE du bien sera évalué par des EIP indépendantes avant que des décisions irréversibles ne soient prises et que les projets ne soient mis en œuvre. 

En guise de conclusion, étant donné la préoccupation permanente quant aux menaces avérées et potentielles pour la VUE du bien, il est noté que la mission de 2019 a recommandé que l'État partie envisage de demander au Comité du patrimoine mondial d'inclure Vieille ville de Lamu sur la Liste du patrimoine mondial en péril comme moyen d'obtenir un soutien international actif. Lors des discussions, l'État partie a demandé plus de temps pour mettre en œuvre les recommandations de la mission. Étant donné la gravité des problèmes, le Comité devrait envisager de demander à l'État partie d'inviter une mission de suivi réactif au cours du premier semestre 2023 pour examiner la mise en œuvre des recommandations et l'état de conservation du bien.

Décision adoptée: 44 COM 7B.6

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/21/44.COM/7B.Add,
  2. Rappelant les décisions 42 COM 7B.45 et 43 COM 7B.107, adoptées respectivement à ses 42e (Manama, 2018) et 43e (Bakou, 2019) sessions,
  3. Adresse ses remerciements à l'État partie pour l'organisation d'une mission de suivi réactif sur le territoire du bien en novembre/décembre 2019, compte tenu des problèmes de sécurité, et demande que l'État partie mette en œuvre les recommandations de la mission ;
  4. Souligne l'extrême urgence de clarifier les limites du bien et de mettre en place une zone tampon élargie pour inclure toute l'île de Lamu, certaines parties de l'île de Manda et les ceintures de mangroves concernées dans la zone, comme demandé à de nombreuses reprises dans le passé, et demande également qu'une carte actualisée délimitant clairement le bien et sa zone tampon élargie soit soumise au Centre du patrimoine mondial et aux Organisations consultatives pour commentaires, avant de la soumettre officiellement au Comité du patrimoine mondial en tant que modification mineure des limites, conformément au paragraphe 164 des Orientations ;
  5. Exprime sa préoccupation quant à l'état général de conservation des bâtiments sur le territoire du bien et demande en outre à l'État partie d'achever l'étude du parc immobilier et de renforcer l'application des contrôles de construction afin de mettre un terme à la détérioration et à l'utilisation de matériaux inappropriés ;
  6. Regrette qu'un plan de gestion révisé prenant en considération le projet de transport Port Lamu-Sud Soudan-Éthiopie (LAPSSET) n'ait pas encore été achevé et prie instamment l’État Partie de l’achever dès que possible et de le soumettre au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives ;
  7. Prend acte de l’intégration des Musées nationaux du Kenya (NMK) dans le Comité technique du plan directeur du LAPSSET, mais prie aussi instamment l'État partie de veiller à ce qu'un protocole d'accord entre les NMK et l'Autorité de développement du corridor du LAPSSET soit conclu afin de garantir que les NMK ont un rôle dans les décisions susceptibles de porter atteinte au patrimoine le long du corridor, et en particulier à la valeur universelle exceptionnelle (VUE) des biens du patrimoine mondial concernés, y compris Vieille ville de Lamu ;
  8. Prend note de la nécessité d’une plus grande sensibilisation aux menaces potentielles du projet LAPSSET sur la VUE du bien, tant au niveau politique que de la société civile, et demande en outre à l'État partie de :
    1. Envoyer une délégation gouvernementale de haut niveau, comprenant des représentants du ministère des Sports, de la Culture et du Patrimoine et des NMK, sur le territoire du bien pour évaluer l'ensemble des défis et l'urgence de trouver des solutions afin d’assurer la sauvegarde de la VUE du bien,
    2. Créer une « équipe spéciale du patrimoine » composée d'agences gouvernementales compétentes tant au niveau national que local, avec le soutien et la participation de la société civile, afin d'élaborer des réponses appropriées aux nombreuses questions d’aménagement et de développement susceptibles de porter atteinte à la VUE du bien,
    3. Créer un forum des parties prenantes et de la communauté pour l’île de Lamu, qui puisse également travailler en étroite collaboration avec le projet LAPSSET,
    4. Mettre en place un programme central de responsabilité sociale des entreprises en collaboration avec l'Autorité de développement du corridor du LAPSSET et le gouvernement du comté afin de s'assurer que des fonds suffisants sont disponibles pour la conservation du bien et les projets liés au patrimoine ;
  9. Demande par ailleurs à l’État Partie de :
    1. Achever, dès que possible, le travail de révision de l'évaluation environnementale stratégique (EES) du projet LAPSSET, en prenant en considération les impacts individuels et cumulatifs que le projet et tous ses sous-projets peuvent avoir sur la VUE du bien, ainsi que sur le bien du patrimoine mondial du lac Turkana, et en veillant à qu'aucune autre composante du projet LAPSSET ne soit mise en œuvre avant que l'EES ne soit achevée et soumise au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives ;
    2. Communiquer au Centre du patrimoine mondial, pour chaque sous-projet du projet LAPSSET (ville touristique, aéroport international, etc.), des informations exhaustives sur les projets et leurs plans, avec les évaluations d’impact environnemental et sur le patrimoine (EIE/EIP), pour examen par les Organisations consultatives avant que tout décision irréversible ne soit prise quant à leur mise en œuvre ;
  10. Note que le projet de centrale électrique au charbon de Lamu est suspendu, et demande de plus que des solutions alternatives soient proposées pour répondre aux besoins en électricité de la région et que tout projet d'aménagement et de développement dans ce domaine fasse l'objet d'EIE/EIP indépendantes approfondies pour s'assurer de l’absence d'impact négatif sur la VUE du bien ;
  11. Demande d’autre part à l'État partie d'inviter une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM à se rendre sur le territoire du bien au cours du premier semestre 2023 afin d’examiner les progrès réalisés dans la prise en compte des recommandations de la mission de 2019 et des décisions du Comité du patrimoine mondial, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 46e session ;
  12. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1erfévrier 2022, un rapport d’avancement, et d’ici le 1er décembre 2022, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 46e