1.         Fort et jardins de Shalimar à Lahore (Pakistan) (C 171)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1981

Critères  (i)(ii)(iii)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril    2000-2012

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/171/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1981-2000)
Montant total approuvé : 121 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/171/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : 975 000 dollars EU des fonds-en-dépôt norvégien et japonais, de la Fondation Getty et de l’Ambassade des États-Unis au Pakistan

Missions de suivi antérieures

Octobre 2000 : mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; avril 2001 et juin 2003 : missions de conseil d’experts UNESCO ; novembre 2005 : mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; février 2009 : mission de suivi réactif conjointe Bureau de l’UNESCO à Téhéran/ICOMOS ; avril/mai 2012 : mission conjointe de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; avril 2018 : mission conjointe de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/171/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2019

Le 30 janvier 2019, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation, disponible à http://whc.unesco.org/fr/list/171/documents, dans lequel les informations suivantes sont communiquées :

Le 11 juillet 2018, le Centre du patrimoine mondial a demandé à l’État partie de donner des précisions sur les informations provenant de tiers faisant état de l’effondrement d’un mur dans le fort de Lahore, en raison des très fortes pluies de mousson. En septembre 2018, l’État partie a soumis un rapport, qui a été examiné par l’ICOMOS, et des commentaires ont été transmis à l’État partie afin qu’il y donne suite.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

L’État partie a mis en œuvre le projet LOM sans avoir réalisé d’études techniques et de planification satisfaisantes, et sans avoir informé le Comité, malgré les dispositions des Orientations et les demandes réitérées du Comité d’interrompre et de réviser le projet. Le Comité a été informé de ce projet par l’intermédiaire de rapports provenant de tiers en octobre 2015, date à laquelle ce projet majeur d’infrastructure urbaine était déjà à l’étude depuis huit ans. Comme le Comité l’a précédemment noté avec préoccupation, l’EIP pour le projet, qui n’a été réalisée qu’en avril 2016, n’est pas conforme aux normes internationalement recommandées pour ces études, notamment le Guide de l'ICOMOS pour les évaluations d'impact sur le patrimoine appliquées aux biens culturels du patrimoine mondial (2011), et ne prend pas en considération la totalité des impacts du projet sur la VUE du bien.

Malgré les demandes du Comité, aucun examen sérieux n’a été accordé à de possibles alternatives au projet destinées à éviter les impacts négatifs sur le bien et sa VUE. La nécessité d’améliorer les infrastructures publiques et de réduire les impacts environnementaux de la circulation automobile est reconnue, mais comme le démontrent les précédentes analyses et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM, les évaluations soumises dans les rapports de l’État partie n’étaient pas exhaustives et ne sont pas parvenues à prendre en considération tous les impacts et à explorer les options les moins préjudiciables au bien.

La mission conjointe de suivi réactif menée par le Centre du patrimoine mondial/ICOMOS d’avril 2018 a conclu que la LOM aurait dû être conçue afin de prévenir les impacts négatifs sur le bien, en évitant de faire passer la ligne directement en face de l’entrée principale des jardins de Shalimar. La mission a confirmé les impacts négatifs sur les attributs relatifs aux réalisations artistiques et esthétiques, et a souligné que les jardins de Shalimar pâtissent d’impacts visuels et sonores évidents et très importants, et que ces impacts sont tels que le bien n’est plus l’oasis de paix décrite dans la Déclaration de VUE. La mission a également formulé des recommandations afin d’atténuer certains des impacts. On ne saurait toutefois dire avec certitude si les recommandations de la mission sont actuellement mises en œuvre, bien que l’État partie ait fait savoir que des études de faisabilité sont en cours.

L’État partie a cherché à donner suite à certaines des directives de la Cour suprême du Pakistan, p. ex. en exploitant à titre expérimental, pendant deux semaines, la nouvelle ligne de métro afin de tester les niveaux de vibration, en réduisant la vitesse des métros lorsqu’ils circulent près du bien, et en révisant les normes de conception des stations. Il importe que les résultats du suivi de la mise en œuvre de ces directives soient communiqués au Centre du patrimoine mondial, pour examen par les Organisations consultatives, et le Comité pourrait demander à l’État partie de communiquer ces informations dès qu’elles seront disponibles.

La construction le long du mur sud, décidée par un Comité spécial d’experts spécialement constitué à cette fin, et la création de zones tampons, suggéréee par le plan directeur et mise en œuvre par le département d’Archéologie, impliquent l’acquisition de terrains et de maisons afin de créer un grand espace libre de toute construction autour des jardins de Shalimar. La révision des limites, actuellement examinée par le gouvernement du Pendjab, impliquerait le déplacement d’un grand nombre d’habitants résidant actuellement dans les zones avoisinantes du bien, et des études sont en cours afin d’identifier des solutions adaptées. Toutes ces actions nécessitent des études techniques rigoureuses et des mesures sociales appropriées.

Le Comité souhaitera peut-être réitérer sa demande auprès de l’État partie afin qu’il soumette au Centre du patrimoine mondial, pour examen par les Organisations consultatives, des études détaillées des projets envisagés pour mettre en œuvre les mesures d’atténuation proposées, et afin que la mise en œuvre de ces mesures ne débute qu’après leur évaluation positive. En outre, en l’absence de progrès significatifs dans la mise en œuvre des mesures recommandées par la mission de 2018 pour faire face au danger qui pèse sur la VUE du bien, le Comité envisagera peut-être l’éventuelle inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril, conformément au paragraphe 179 des Orientations.

Par ailleurs, l’effondrement d’une partie d’un mur au fort de Lahore devrait être considéré comme un avertissement quant à ce qui pourrait se produire à l’avenir sur la partie actuelle du Mur d’images, qui est situé à quelques mètres du lieu de l’effondrement. Le Comité pourrait demander à l’État partie de faire rapport sur l’efficacité des systèmes d’étanchéité de la toiture ainsi que des systèmes anciens et modernes de drainage des eaux de ruissellement dans les cours ouvertes et dans les bâtiments historiques du fort, et tout particulièrement ceux qui correspondent aux parties du fort où se situe le Mur d’images.

Décision adoptée: 43 COM 7B.72

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/19/43.COM/7B,
  2. Rappelant la décision 42 COM 7B.14, adoptée à sa 42e session (Manama, 2018),
  3. Reconnaît les efforts déployés par l’État partie pour donner suite à certaines demandes du Comité en ce qui concerne la conservation du bien, et aux directives de la Cour suprême du Pakistan, en particulier s’agissant de la construction et de l’exploitation du projet de la LOM, telles que la plantation d’arbres qui pourraient obstruer la vue sur la LOM depuis le bien et les tests pour évaluer les niveaux de vibration, et demande que la méthode et les conclusions de toutes les activités de suivi, y compris une évaluation d’impact environnemental (EIE), une évaluation d’impact sur le patrimoine (EIP), y compris une évaluation d’impact visuel (EIV), et l’analyse vibratoire réalisée par l’État partie soient communiquées au Centre du patrimoine mondial, pour examen par les Organisations consultatives ;
  4. Note la création du Comité spécial d’experts et du Comité technique sous les ordres de la Cour suprême qui supervisent et contrôlent le projet de ligne Orange et recommande en outre que des comités de réglementation similaires soient créés par la Direction générale de l’archéologie pour les opérations et les futurs projets relatifs à la ligne Orange afin de rendre possibles des processus de prise de décision éclairée, conformément aux dispositions de la Convention du patrimoine mondial et ses Orientations ;
  5. Note également l’annonce de l’État partie selon laquelle un certain nombre de projets de conservation ont été mis en œuvre à l’intérieur et autour du fort de Lahore, composante du bien, notamment la conservation des peintures murales, et demande également, conformément au paragraphe 172 des Orientations, que l’État partie soumette tous les éléments détaillés des travaux réalisés et des plans des projets à venir, avant que toute décision difficilement réversible ne soit prise ;
  6. Prie instamment l’État partie, en concertation avec les Organisations consultatives, d’étudier les recommandations de la mission de suivi réactif de 2018 en ce qui concerne l’atténuation des impacts de la LOM sur la VUE du bien à la lumière des conclusions de l’évaluation d’impact visuel (EIV) et de l’analyse vibratoire entreprises par l’État partie pour contribuer à la réalisation d’une étude de faisabilité des options d’atténuation et demande en outre à l’État partie, conformément au paragraphe 172 des Orientations, de soumettre au Centre du patrimoine mondial des études détaillées relatives à tout futur projet, pour examen par les Organisations consultatives avant le début de ces travaux qui ne devraient être lancés qu’après réception d’ une évaluation positive ;
  7. Demande par ailleurs à l’État partie de procéder à des études techniques rigoureuses et approfondies lors de la révision des limites du bien et de la proposition de zones tampons, et d’envisager des mesures sociales adaptées, en particulier si une quelconque action visant à créer un grand espace libre de toute construction autour du bien implique le déplacement des habitants résidant dans les zones avoisinantes du bien suite à l’acquisition de terrains et de maisons ;
  8. Demande de plus à l’État partie de faire rapport sur l’efficacité des systèmes d’étanchéité de toiture ainsi que des systèmes anciens et modernes de drainage des eaux de ruissellement dans les cours ouvertes et dans les bâtiments historiques du fort, et tout particulièrement ceux qui correspondent aux parties du fort où se situe le Mur d’images ;
  9. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2020, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 44e session en 2020.