1.         Réserve de faune du Dja (Cameroun) (N 407)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1987

Critères  (ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/407/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1987-1997)
Montant total approuvé : 84 700 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/407/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé: 60 000 dollars EU du Fonds-en-dépôt des Pays-Bas auprès de l'UNESCO ; 263 700 dollars EU de la Fondation Franz Weber (de 2012 à 2017) et 600 000 dollars EU dans le cadre de l'Initiative pour le patrimoine mondial forestier de l'Afrique centrale (CAWHFI) (de 2017 à 2019)

Missions de suivi antérieures

Mars 1998 : mission de suivi UNESCO ; juin 2006, décembre 2009 février-mars 2012 et novembre-décembre 2015: missions de suivi réactif conjointes Centre du patrimoine mondial/UICN, février/mars 2019 : mission de conseil de deux experts en EIES indépendants

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/407/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2019

Le 7 janvier 2019, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien, disponible à http://whc.unesco.org/fr/list/407/documents/, qui fournit les informations suivantes :

À l’invitation de l’État partie, le Centre du patrimoine mondial a organisé du 18 février au 4 mars 2019 une mission de conseil de deux experts en EIES indépendants dans le cadre de l’Initiative pour le patrimoine mondial forestier d’Afrique centrale (CAWHFI) pour identifier les impacts des activités agro-industrielles de la SUDCAM sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien et définir des mesures correctives ou d’atténuation.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Les résultats du recensement de 2018 sont extrêmement préoccupants. Tout en notant les conséquences éventuelles des différentes techniques de recensement utilisées en 2015 et 2018, il est clair que les populations d’espèces fauniques clés comme l’éléphant, le gorille et le chimpanzé sont maintenant très faibles. On craint fortement qu’un déclin continu n’entraîne l’extinction locale des éléphants si la tendance n’est pas inversée.

Le recensement montre également que des signes d’activité humaine, principalement de braconnage, sont répandus dans l’ensemble du bien. Les efforts en cours pour renforcer l’application de la loi sont les bienvenus et doivent encore être appuyés. Il est en particulier nécessaire d’augmenter le nombre d’employés du parc et de veiller à ce que les arrestations de braconniers et de trafiquants d’espèces sauvages appréhendés débouchent sur des condamnations appropriées. Avec le déploiement de SMART et les résultats du recensement, il devrait également être possible d’améliorer l’efficacité des patrouilles et de concentrer les efforts sur les principales zones où la faune reste sauvage. En plus de lutter contre le braconnage des éléphants, il est nécessaire de s’attaquer au braconnage commercial de la viande de brousse et de sensibiliser les communautés locales. Pour assurer l’intégrité à long terme du bien, il est également crucial de maintenir la continuité avec les autres zones protégées du TRIDOM. Cela devrait être pris en compte lors de la planification de nouveaux projets d’aménagement autour du bien, en particulier les routes.

La mission de conseil de l’UNESCO sur la SUDCAM a conclu que l’EIES de la plantation de caoutchouc ne répond pas aux normes requises pour un projet mitoyen d’un bien du patrimoine mondial et n’a pas été entreprise conformément à la Note consultative de l’UICN sur le patrimoine mondial : l’évaluation environnementale. Toutefois, la mission a également été informée que le nouvel actionnaire majoritaire de la SUDCAM, Halcyon, a accepté de cesser immédiatement toutes les opérations de défrichement et d’abattage sur le site du projet et de restituer la zone qui a été ajoutée à la concession par le Gouvernement. Cet actionnaire a également adopté des normes d’entrepreneuriat responsable pour le secteur du caoutchouc avec une certification indépendante de la production et le passage d’un modèle extensif des plantations à la promotion des petites exploitations de caoutchouc. Le rapport de mission sera disponible au lien ci-dessus.

Bien que les efforts visant à limiter les impacts sociaux négatifs du barrage hydroélectrique de Mékin sur les communautés locales soient notés, aucune avancée ne semble avoir été effectuée pour traiter les impacts environnementaux. Le barrage a déjà un impact sur la qualité de l’eau du Dja et inonde déjà une partie du bien. Le déclassement de 1 000 ha de la forêt communale de Bengbis est susceptible de contribuer davantage à la déforestation de la périphérie du bien. Des évaluations d’impact environnemental (EIE) supplémentaires sont nécessaires pour comprendre comment on pourrait mieux atténuer les impacts de ce projet sur la VUE du bien.

Malgré les efforts entrepris par l’État partie, le bien reste dans une situation très fragile. L’État partie reconnaît dans son rapport que d’autres problèmes de conservation persistent et que d’autres projets d’aménagement autour du bien sont prévus dans un proche avenir sans fournir d’informations détaillées. La mission de conseil a été informée des projets de construction de quatre centrales hydroélectriques supplémentaires sur le Dja, ainsi que des projets d’asphaltage et de construction de nouvelles routes. L’État partie devrait être instamment prié de veiller à ce que le Centre du patrimoine mondial soit informé de tout développement susceptible d’avoir un impact sur la VUE du bien, conformément au paragraphe 172 des Orientations, et d’évaluer ces impacts sur la VUE avant de prendre une décision concernant toute mise en œuvre.

Décision adoptée: 43 COM 7B.29

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/19/43.COM/7B.Add,
  2. Rappelant les décisions 38 COM 7B.86, 40 COM 7B.79, 41 COM 7B.18 et 42 COM 7B.90 adoptées à ses 38(Doha, 2014), 40e (Istanbul/UNESCO, 2016), 41e (Cracovie, 2017) et 42e (Manama, 2018) sessions respectivement ;
  3. Exprime sa plus grande préoccupation quant au fait que les résultats du recensement de la faune sauvage de 2018 montrent un déclin inquiétant de la population des grands mammifères clés, dont l’éléphant, le gorille et le chimpanzé, et que le braconnage est répandu dans tout le bien et demande à l’État partie de transmettre les données de ce recensement au Centre du patrimoine mondial pour permettre une évaluation de l’état de conservation de ces populations clés ;
  4. Accueille favorablement les efforts entrepris par l’État partie pour améliorer l’application de la loi, notamment les sessions de renforcement des capacités des gardes, l’acquisition d’équipements de suivi et de surveillance, la mise en œuvre du Spatial Monitoring and Reporting Tool (SMART), et les avancées en faveur d’une révision de la législation et de la stratégie nationale anti-braconnage ;
  5. Prie instamment l’État partie de renforcer encore ses efforts de suivi et de surveillance dans les secteurs clés de la conservation où des espèces sauvages sont encore présentes, de veiller à ce que les arrestations de braconniers et de trafiquants d’espèces sauvages donnent lieu à des condamnations lorsque cela se justifie et de sensibiliser les communautés locales pour mettre fin à la consommation et au commerce de viande de brousse ;
  6. Note avec préoccupation les conclusions de la mission de conseil de l’UNESCO selon lesquelles les études d’impact environnemental et social (EIES) du projet de plantation d’hévéa de la société Sud-Cameroun Hévéa (SUDCAM), qui borde le bien, ne répondent pas aux normes requises du patrimoine mondial mais accueille également favorablement la décision du nouvel actionnaire majoritaire (Halcyon) de cesser immédiatement toute activité de défrichement et d’exploitation dans la plantation, et de mettre en œuvre les normes d’entreprise responsable du secteur du caoutchouc, notamment une certification indépendante de la production ;
  7. Prie aussi instamment l’État partie de mettre en œuvre toutes les recommandations de la mission de conseil, en particulier pour :
    1. Créer une zone tampon autour du bien dans laquelle seules les activités compatibles avec la conservation de sa Valeur universelle exceptionnelle (VUE) sont autorisées,
    2. Classer la partie de la concession rendue par la SUDCAM dans le domaine forestier de l’État tout en autorisant les régimes d’utilisation durable,
    3. S’abstenir d’agrandir à l’avenir l’usine de traitement de latex du site principal de la SUDCAM et envisager des sites mieux situés en termes d’infrastructures tout en tenant compte des aspects environnementaux et sociaux, notamment pour l’usine existante ;
  8. Prend note également des activités entreprises pour poursuivre la mise en œuvre du plan de gestion environnementale et sociale (PGES) et la relocalisation des communautés locales en raison des impacts du barrage de Mékin, et demande également à l’État partie de soumettre des informations complémentaires concernant l’emplacement des 11 ponts projetés et tout autre projet d’infrastructure, ainsi que sur l’intention de déclasser 1 000 ha de la forêt communautaire de Bengbis ;
  9. Notant les efforts déployés pour limiter les impacts sociaux négatifs du barrage hydroélectrique de Mékin sur les communautés locales, exprime sa préoccupation quant au fait qu’aucune avancée ne semble avoir été effectuée dans la prise en compte des impacts environnementaux et demande en outre que des études d’impact environnemental (EIE) supplémentaires soient réalisées pour identifier comment mieux atténuer les impacts de ce projet sur la VUE du bien ;
  10. Prie en outre instamment l’État partie de ne pas accepter de nouveau projet à proximité du bien qui pourrait aggraver les menaces existantes et compromettre les avancées effectuées dans la gestion du bien, et de veiller à ce que tout projet soit soumis à une EIES obligatoire avant son approbation, y compris une évaluation spécifique des impacts potentiels sur la VUE du bien, conformément à la Note consultative de l’UICN sur le patrimoine mondial : l’évaluation environnementale, et aux dispositions du paragraphe 172 des Orientations ;
  11. Note l’importance de maintenir une continuité avec les autres aires protégées du paysage trinational Dja-Odzala-Minkébé (TRIDOM) afin de garantir l’intégrité à long terme du bien, et demande en outre à l’État partie de prendre en compte ce paysage plus large lors de la planification de nouveaux projets d’aménagement autour du bien, notamment les infrastructures routières ;
  12. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er décembre 2020, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 45e session en 2021.