1.         Réserve de gibier de Selous (République-Unie de Tanzanie) (N 199bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1982

Critères  (ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril    2014-présent

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

Le braconnage et ses conséquences dramatiques sur les populations d’éléphants et ses effets sur l’écosystème, adjudication des droits d'exploitation pour le déboisement à grande échelle dans le cadre du barrage hydroélectrique proposé

État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril

En cours de rédaction

Mesures correctives identifiées

En cours d’identification

Calendrier pour la mise en œuvre des mesures correctives

En cours d’établissement

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/199/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1984-1999)
Montant total approuvé : 67 980 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/199/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Juin 2007, novembre 2008 et décembre 2013 : Missions conjointes de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN. Février 2017 : Mission de suivi réactif UICN

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/199/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2019

L’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien le 28 février 2019, disponible à http://whc.unesco.org/fr/list/199/documents/, informant de ce qui suit :

Le Centre du patrimoine mondial a envoyé une lettre à l’État partie égyptien le 31 octobre 2018 en réponse aux rapports indiquant que le RHPP sera construit en coopération avec deux sociétés égyptiennes. Aucune réponse n’a été reçue. Cependant, la Directrice du Centre du patrimoine mondial s’est entretenue le 19 décembre 2018 avec l’Ambassadeur d’Egypte auprès de l’UNESCO pour exprimer une vive préoccupation quant au soutien du projet par l’État partie égyptien, rappelant l’article 6.3 de la Convention. Une déclaration a été publiée en réponse aux requêtes fréquentes des médias (http://whc.unesco.org/fr/actualites/1920).

En novembre 2018, le Centre du patrimoine mondial a envoyé une lettre à l’État partie en réponse aux rapports indiquant que les travaux d’infrastructure relatifs au RHPP avaient commencé. Aucune réponse n’a été reçue ; cependant, la Directrice du Centre du patrimoine mondial s’est entretenue avec l’Ambassadeur de la République-Unie de Tanzanie auprès de l’UNESCO en janvier 2019 afin de réitérer la grave préoccupation de l’UNESCO à l’annonce du lancement du RHPP.

En mars 2019, l’État partie a soumis une EIE (datée de mai 2016) pour le projet d’exploration pétrolière et gazière de Kito-1 proposé dans le site Ramsar de la vallée de Kilombero, adjacent au bien. Les études sur le régime hydrologique de la plaine d’inondation de Kilombero et une évaluation spécifique des impacts potentiels en aval sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien sont en cours.

En juillet 2018, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont présenté leurs observations sur le premier projet d’EIE pour le RHPP. Suite à la réception de la version révisée en décembre 2018, l’UICN a commandé une étude technique indépendante de l’EIE (disponible à https://portals.iucn.org/library/node/48425), envoyée à l’État partie le 18 avril 2019. Les deux évaluations concluent que l’EIE est très loin de correspondre aux normes acceptables.

L’État partie a soumis l’EES pour le RHPP le 21 mai 2019.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le constat d’une réduction du braconnage est noté et il est à espérer que cette tendance sera confirmée par les résultats du recensement aérien de 2018, une fois qu’ils seront disponibles. Les efforts de l’État partie pour mettre en œuvre du PAU sont louables, cependant, de telles actions destinées à sécuriser les valeurs du bien ne cadrent pas avec les décisions d’entamer le RHPP de grande envergure et ses impacts catastrophiques conséquents, comme indiqué ci-dessous. Tout en reconnaissant les résultats de l’étude démographique, celle-ci devrait être suivie d’un modèle démographique  pour estimer le rétablissement de la population d’éléphants, en supposant un recul très significatif du braconnage. Il est extrêmement inquiétant que la présence des rhinocéros restants ait été signalée dans la zone devant être déboisée et inondée pour le RHPP.

Il est vivement préoccupant que le développement du RHPP se poursuive en dépit des demandes répétées du Comité de ne prendre aucune décision ni entamer de travaux avant de réaliser une EES complète effectuée dans le respect des normes internationales les plus élevées, soumettre l’EES à l’examen de l’UICN et envisager des alternatives. Le Comité a une position sans équivoque selon laquelle la construction de barrages équipés de grands réservoirs à l’intérieur des limites des biens du patrimoine mondial est incompatible avec le statut de patrimoine mondial (décision 40 COM 7). Par ailleurs, cela vient contredire les engagements antérieurs de l’État partie de n’entreprendre aucune activité de développement sans l’accord préalable du Comité (décision 36 COM 8B.43). Le RHPP impliquera la construction d’un barrage de 130 m de haut sur la rivière Rufiji, la création d’un réservoir de 914 km2 sur 100 km de long, une centrale électrique, des lignes de transmission, un camp d’ouvriers et des voies d’accès à l’intérieur du bien. Du fait de la soumission tardive de l’EES, son examen n’a pas été possible au moment de rédiger ce rapport. Toutefois, il est primordial de noter que l’État partie a affirmé que le projet se poursuit, ce qui fait perdre tout son sens à l’EES. Rappelant l’article 6.3 de la Convention, il est aussi très regrettable que l’État partie égyptien soutienne ce projet.

L’évaluation indépendante de l’EIE du RHPP conclut que ce dernier ne répond pas aux normes acceptables, qu’il ne présente pas une évaluation crédible des impacts potentiels sur la VUE du bien et que ses conclusions sont irrecevables sur la base des informations fournies. En plus de l’examen de l’EIE, plusieurs experts et études internationales se sont interrogés sur la viabilité économique du RHPP et ont suggéré d’autres alternatives rentables et durables permettant à la Tanzanie d’atteindre ses objectifs légitimes en matière d’énergie.

Il est particulièrement inquiétant que la zone où se trouvera le futur réservoir ait commencé à être éclaircie. Contrairement à la demande du Comité faite à l’État partie de ne procéder à aucune coupe de bois (42 COM 7A.56), des images satellites prises entre janvier et mars 2019 révèlent qu’au moins 2 500 ha de forêts ont déjà disparu. Lors de sa 42e session, le Comité avait noté que la déforestation planifiée à grande échelle représentait à l’évidence un péril potentiel pour le bien et avait décidé d’ajouter ce point à la justification du maintien du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril. La déforestation de près de 1 000 km2 à l’intérieur du bien risque d’entraîner des dommages irréversibles pour sa VUE et répondrait alors aux conditions de suppression du bien de la Liste du patrimoine mondial, conformément au paragraphe 192 des Orientations, surtout lorsqu’elles se combinent avec les autres facteurs de stress résultant du RHPP.

Dans ces conditions, il est gravement préoccupant que l’État partie ait reporté la mission de suivi réactif demandée sur le bien. Il est donc recommandé que le Comité prie de nouveau instamment l’État partie de suspendre immédiatement toutes les opérations d’abattage et d’inviter sans plus tarder la mission de suivi conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN réactif à vérifier l’étendue des dégâts et évaluer l’état de conservation du bien de façon à examiner si les conditions de suppression du bien de la Liste du patrimoine mondial sont réunies. Étant donné le risque de perte de la VUE du bien, il est recommandé que le Comité décide de lui appliquer le mécanisme de suivi renforcé.

Comme demandé par le Comité, l’EIE révisée du barrage de Kidunda devrait être mise à disposition afin d’examiner les impacts et les mesures d’atténuation au regard de la VUE. Il est noté que l’EIE de 2016 relative au projet d’exploration pétrolière et gazière de Kito-1 sera augmentée d’une étude sur le régime hydrologique de la plaine d’inondation de Kilombero et d’une évaluation spécifique des impacts potentiels en aval sur la VUE du bien, comme demandé par le Comité (42 COM 7A.56).

Décision adoptée: 43 COM 7A.16

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/19/43.COM/7A.Add.2,
  2. Rappelant les décisions 36 COM 7B.5, 36 COM 8B.43, 40 COM 7, 40 COM 7A.47, et 42 COM 7A.56 adoptées à ses 36e (Saint-Pétersbourg, 2012), 40e (Istanbul/UNESCO, 2016), 42e (Manama, 2018) sessions respectivement,
  3. Tout en notant le recul du braconnage constaté dans le bien, réitère sa plus vive préoccupation face à la décision de l’État partie de lancer le projet hydroélectrique du bassin de Rufiji (RHPP) à l’intérieur du bien et rappelle la position du Comité comme quoi la construction de barrages équipés de grands réservoirs à l’intérieur des limites des biens du patrimoine mondial est incompatible avec leur statut de patrimoine mondial, et l’engagement de l’État partie au titre de la modification des limites en 2012 de n’entreprendre aucune activité de développement à l’intérieur du bien sans l’accord préalable du Comité ;
  4. Prend note des conclusions de l’examen d’expert indépendant de l’évaluation d’impact environnemental (EIE) du RHPP, indiquant que l’EIE est très loin de correspondre aux normes acceptables et ne présente pas une évaluation fondée sur les meilleures pratiques des impacts potentiels sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien ;
  5. Se déclare extrêmement préoccupé au vu des rapports, confirmés par l’analyse des images satellites, selon lesquels le défrichement de 91 400 ha de végétation, y compris des forêts, a commencé dans la zone du futur barrage et exhorte fermement l’État partie à stopper immédiatement toutes les activités qui porteraient atteinte à la VUE du bien et qui seraient difficilement réversibles ;
  6. Considère que la déforestation et autres dommages cumulatifs à une si vaste étendue à l’intérieur du bien entraînerait probablement des dommages irréversibles pour sa VUE et qu’elle répond ainsi aux conditions de suppression du bien de la Liste du patrimoine mondial, conformément au paragraphe 192 des Orientations;
  7. Exprime également sa plus vive préoccupation du fait que l’État partie ait entamé les travaux sur le RHPP avant d’avoir réalisé une évaluation environnementale stratégique (EES) dans le respect des normes internationales les plus élevées, de l’avoir soumise pour examen à l’UICN, et sans avoir obtenu l’approbation de ce projet par le Comité conformément aux engagements préalables de l’État partie ;
  8. Exhorte aussi fermement l’État partie à inviter sans plus tarder la mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN demandée sur le bien afin d’examiner le statut du RHPP, vérifier l’étendue des dommages déjà occasionnés et évaluer l’état de conservation du bien ;
  9. Décide par conséquent, d’appliquer le mécanisme de suivi renforcé au bien ;
  10. Se référant au préambule de la Convention du patrimoine mondial, qui considère que « la dégradation ou la disparition d’un bien du patrimoine culturel ou naturel constitue un appauvrissement néfaste du patrimoine de tous les peuples du monde », et à l’article 6.3 de la Convention, prie instamment les États parties qui soutiennent les projets de développement liés à des biens du patrimoine mondial d’appliquer les meilleures pratiques environnementales et d’inclure une évaluation d’impact environnemental ;
  11. Note avec préoccupation la soumission du rapport actualisé sur l’hydrologie du barrage de Kidunda qui mentionne une inondation possible du bien et réitère aussi sa demande à l’État partie de soumettre dès que possible au Centre du patrimoine mondial l’EIE révisée pour le projet ;
  12. Note que l’EIE de 2016 relative au projet d’exploration pétrolière et gazière de Kito-1 proposé dans le site Ramsar de la Vallée de Kilombero adjacent au bien sera augmentée de l’étude demandée sur le régime hydrologique de la plaine d’inondation de Kilombero et d’une évaluation spécifique des impacts potentiels en aval sur la VUE du bien ;
  13. Demande à l’État partie de soumettre dès que possible les résultats du recensement aérien de la faune sauvage de 2018 et de concevoir un modèle démographique pour estimer le rétablissement de la population d’éléphants, en supposant un recul significatif du braconnage ;
  14. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2020, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 44e session en 2020 ;
  15. Décide également de maintenir Réserve de gibier de Selous (République-Unie de Tanzanie) sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Décision adoptée: 43 COM 8C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné les rapports sur l’état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC/19/43.COM/7A, WHC/19/43.COM/7A.Add, WHC/19/43.COM/7A.Add.2, WHC/19/43.COM/7A.Add.3 et WHC/19/43.COM/7A.Add.3.Corr),
  2. Décide de maintenir les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :