1.         Centre historique de Shakhrisyabz (Ouzbékistan) (C 885)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2000

Critères  (iii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril    2016-présent

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

Mesures correctives identifiées

En cours de d'identification

Calendrier pour la mise en œuvre des mesures correctives

Pas encore identifié

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/885/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1999-2018)
Montant total approuvé : 15 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/885/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Octobre 2002 : mission de suivi par un expert international ; mars 2006 : mission de suivi réactif du Bureau UNESCO de Tachkent/ICOMOS ; juin 2014 : mission de cadrage du Bureau UNESCO de Tachkent; mars 2016 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; décembre 2016 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS 

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/885/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2018

Le 1er décembre 2017, l’État partie a soumis les détails et la documentation des travaux menés à Shakhrisyabz, comme demandé par le Comité dans sa décision 41 COM 7A.57. Le 1er février 2018, l’État partie a également soumis un rapport sur l’état de conservation, disponible à http://whc.unesco.org/fr/list/885/documents/. En réponse aux demandes du Comité, les éléments suivants sont présentés dans le rapport et la documentation :

Le programme de démolition et d’aménagement paysager dans le cœur du centre historique a été approuvé par le Cabinet des ministres de la République d’Ouzbékistan le 20 février 2014 dans le cadre du « Programme d’État de mesures complexes pour le développement et la reconstruction de la ville de Shakhrisyabz ». L’objectif était de promouvoir le tourisme et le potentiel économique de la partie historique de la ville en insérant les principaux monuments du patrimoine culturel dans un cadre paysager. Suite à la mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS de décembre 2016, tous les travaux restant à exécuter ont été interrompus sur le site.

L’État partie signale que le schéma de planification urbaine de Shakhrisyabz sera réexaminé en coopération avec des organisations nationales et internationales afin de « garantir l’harmonisation des sites du patrimoine culturel » :

S'agissant du déplacement d’environ 2 000 résidents, l’État partie précise que des logements de remplacement, à l’extérieur de la ville, leur ont été fournis. Un projet est en cours d’élaboration pour reconstruire trois maisons traditionnelles dans le secteur où la plupart des maisons ont été détruites.

L’État partie confirme qu’à l’avenir, des éléments détaillés de tous les grands projets seront soumis à l’examen du Centre du patrimoine mondial avant que les décisions ne soient prises, conformément aux Orientations. Cette procédure a déjà été mise en œuvre pour des projets à Samarkand et à Boukhara.

En ce qui concerne les céramiques murales détériorées du palais Ak-Saray, il est précisé que des méthodes spéciales de conservation ont été développées par le musée de Shakhrisyabz afin de les refixer aux murs. La méthode choisie fera l’objet d’un essai sur un tiers de la surface couverte de céramiques, et si l’essai s’avère concluant, elle sera utilisée pour fixer les céramiques restantes. L’État partie n’a donné aucun détail quant à cette méthode.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

En réponse à la demande du Comité concernant les processus liés aux Rapports périodiques et au suivi réactif relatifs à ce bien (cf. Décision 41 COM 7A.57), le Centre du patrimoine mondial souhaiterait apporter les éclaircissements suivants :

Compte tenu des informations reçues depuis la dernière session, il convient de noter que l’État partie est prêt à collaborer avec le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives pour conserver le bien sur la Liste du patrimoine mondial. Toutefois, l’État partie n’a pas été en mesure de définir les termes d’une possible récupération des attributs ou d’une modification importante des limites sur la base d’attributs récupérables, en réponse à l’invitation du Comité à explorer ces options.

Les plans et éléments détaillés communiqués démontrent clairement le très grand impact sur le tissu du centre historique de la récente grande démolition et des travaux de restauration entrepris dans le cadre du Programme d’État de mesures complexes pour le développement et la reconstruction de la ville de Shakhrisyabz. Ils montrent également de quelle façon les principaux monuments culturels sont désormais séparés de leur contexte urbain et sont situés dans un paysage de parc moderne. Bien que les travaux du grand projet aient été interrompus, d’autres travaux sont prévus dans le cadre du Programme d’État, afin d’élargir les voies et de moderniser les maisons dans le centre historique en 2020. Ces projets pour 2020 envisagent d’accroître le nombre de bâtiments de services, de créer plus d’espaces verts, de développer le réseau routier, les places publiques et les parcs de stationnement et d’étendre les zones de préservation bien que celles-ci n’aient pas été définies.

La possibilité de mettre en œuvre des mesures d’atténuation est évoquée mais n’est pas définie, et les seuls changements suggérés sont cosmétiques et concernent les éclairages publics et la suppression des aires de jeux pour enfants (aucune de ces mesures n’a été recommandée par la mission de décembre 2016). Le retrait du haut mur érigé pour faire écran avec les maisons restantes constituerait toutefois une amélioration bienvenue.

La récente étude entreprise sur les bâtiments résidentiels (identique à ce qui a été fait à Boukhara et à Samarkand) donne une bonne vue d’ensemble de ce qui reste des mahallas. Elle souligne le fait que bien qu’un pourcentage assez élevé des bâtiments ait conservé leur disposition traditionnelle, les détails de l’architecture traditionnelle et le tissu ont subi une dégradation. Le nombre de maisons construites au XIXe siècle et au début du XXe siècle ne dépasse pas 3%, et dans la plupart de ces maisons seule une partie, la mehmkhonwa, est préservée, le reste du bâtiment ayant été reconstruit. Cette étude souligne le besoin de politiques et de stratégies destinées à sauver l’essentiel de cette architecture désormais rare alors que des efforts sont déployés pour améliorer les services aux alentours, mais elle ne suggère pas que les mahallas restantes constituent un reflet exceptionnel de la planification urbaine ou de la construction timouride.

L’analyse fournie confirme les conclusions de la mission de décembre 2016, selon lesquelles des dommages très importants et irréversibles ont été causés aux parties restantes de la planification urbaine timouride et aux maisons traditionnelles situées au cœur de la ville médiévale. Elle confirme également que cette perte, associée aux très grands travaux de restauration entrepris sur les principaux monuments culturels, a porté un tel préjudice aux attributs que le bien ne peut plus justifier sa VUE, et que ces dommages ne sont pas réversibles.

La mission de 2016 a été dans l’incapacité de recommander des mesures d’atténuation ou de suggérer une modification des limites qui soient susceptibles de sauver une partie du bien, voire sa totalité, et l’État partie n’a fait aucune suggestion à cet égard dans son rapport. Il est regrettable que la destruction intervenue pendant les travaux d’aménagement ait modifié la morphologie de la ville à un degré tel qu’il serait impossible de récupérer même le tracé des rues, car les niveaux des sols ont été considérablement modifiés. En outre, rétablir le lien entre les monuments et la ville semble également un objectif inatteignable. S'agissant des monuments individuels, tous ont fait l’objet de très importants travaux de restauration qui ont porté un grave préjudice à leur authenticité. Seuls les vestiges incomplets du palais Ak-Saray auraient pu se distinguer de l’ensemble, mais les travaux récemment entrepris sur ses structures et son environnement, ainsi que l’état de conservation des céramiques restantes, ne permettraient pas à ce monument de satisfaire aux conditions d’authenticité et d’intégrité.

En conclusion, il est recommandé au Comité d’exprimer ses profonds regrets quant à la situation mais considère qu’au vu de la perte des attributs qui exprimaient la VUE du bien telle que définie lors de l'inscription, et conformément au Paragraphe 192 des Orientations, il faille retirer le bien de la Liste du patrimoine mondial.

Néanmoins, il est recommandé d’encourager l’État partie à mettre en place des politiques sensibles de restauration et de conservation pour les bâtiments traditionnels restants afin de conserver les caractéristiques locales et d’améliorer les services offerts. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives se tiennent à la disposition de l’État partie pour lui  apporter une aide sous la forme d’un renforcement des capacités au niveau national, notamment en ce qui concerne la mise en œuvre de la Recommandation concernant le patrimoine historique urbain (UNESCO, 2011), de la procédure d’évaluation d’impact sur le patrimoine conforme au Guide de l'ICOMOS pour les évaluations d'impact sur le patrimoine appliquées aux biens culturels du patrimoine mondial, et d’autres outils de gestion et de conservation du patrimoine.

Décision adoptée: 42 COM 7A.4

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/18/42.COM/7A,
  2. Rappelant les décisions 39 COM 7B.74, 40 COM 7B.48 et 41 COM 7A.57 adoptées respectivement à ses 39e (Bonn, 2015), 40e (Istanbul/UNESCO, 2016) et 41(Cracovie, 2017) sessions, et en particulier le paragraphe 11 de sa décision 41 COM 7A.57 demandant au Comité du patrimoine mondial d’estimer si le bien « s’était détérioré jusqu’à avoir perdu les attributs de la VUE définie au moment de l’inscription et devrait, en conséquence, être retiré de la Liste du patrimoine mondial, conformément au paragraphe 192 des Orientations», et notant les préoccupations liées au projet de reconstruction « Programme d’État de mesures complexes pour le développement et la reconstruction de la ville de Shakhrisyabz » qui représentait une menace pour la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien, conformément au Paragraphe 179(b) des Orientations,
  3. Rappelant également que les missions de suivi réactif de mars 2016 et de décembre 2016 qui se sont rendues sur le territoire du bien ont confirmé que « le noyau de l’urbanisme timouride a été perdu et que les maisons traditionnelles ont été détruites dans le cœur de ville médiévale » (décision 41 COM 7A.57), et que les attributs de la VUE ont été endommagés,
  4. Rappelant en outre qu’au titre de la Convention, les États parties ont une obligation de protéger et de conserver le patrimoine mondial culturel et naturel situé sur leur territoire, notamment de s’assurer que des mesures efficaces et actives sont prises pour la protection et la conservation de ce patrimoine,
  5. Rappelant par ailleurs que, conformément à l’article 6.1 de la Convention, les biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial constituent « un patrimoine universel pour la protection duquel la communauté internationale tout entière a le devoir de coopérer », et rappelant de plus le devoir de la communauté internationale d’aider et de coopérer avec les États parties dans leurs efforts de conservation de ce patrimoine,
  6. Regrette qu’aucune information n’ait été communiquée sur le schéma de reconstruction et d’aménagement au Centre du patrimoine mondial en temps opportun, et avant que des décisions irréversibles n’aient été prises, malgré les dispositions du paragraphe 172 des Orientations;
  7. Note que l’État partie n’a pas défini de mesures d’atténuation afin de récupérer les attributs perdus, ni proposé de modification importante des limites sur la base des attributs récupérables, en réponse à la demande du Comité d’explorer ces options ;
  8. Note également que les travaux du « Programme d’État de mesures complexes pour le développement et la reconstruction de la ville de Shakhrisyabz » sont actuellement suspendus, et demande à l’État partie d’arrêter toute autre intervention dans le centre historique de Shakhrizyabz jusqu’à ce que le Comité du patrimoine mondial réexamine cette question à sa 43e session en 2019, à l’exception d’éventuelles recommandations urgentes formulées par la mission de suivi réactif de haut niveau Centre du patrimoine mondial/ICOMOS évoquée ci-après au paragraphe 18 ;
  9. Estime que le rapport de l’État partie de 2017 n’a pas remis en question les conclusions de la mission de suivi réactif de décembre 2016 ;
  10. Regrette également que les demandes du Comité du patrimoine mondial formulées à ses 39e, 40e et 41e sessions n’aient pas été correctement prises en compte afin de protéger les attributs de la VUE du bien ;
  11. Prend note du Décret gouvernemental de l’Etat partie et de son annexe qui inclut une feuille de route sur la protection du centre historique de Shakhrizyabz ;
  12. Gardant à l’esprit les conclusions de la mission de suivi réactif selon lesquelles « une récupération des attributs suffisants pour justifier la VUE identifiée au moment de l’inscription semble impossible à ce stade » (41 COM 7A.57), recommande que l’Etat partie envisage d’autres options pour la récupération potentielle des attributs et, si nécessaire, étudie, en concertation avec l’ICOMOS, si une modification majeure des limites de certains monuments et des zones urbaines restantes pourrait permettre de justifier la VUE ;
  13. Réitère sa demande auprès de l’Etat partie afin qu’il soumette au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er décembre 2018, des détails et la documentation supplémentaires pour permettre une évaluation de ce qui pourrait, le cas échéant, être récupéré, pour examen par l’ICOMOS, comprenant :
    1. Les plans détaillés du centre de la ville montrant la configuration et les constructions avant et après démolition,
    2. Les plans détaillés des zones des mahalla restantes et les descriptions de leurs caractéristiques,
    3. Les inventaires des maisons traditonnelles ayant subsisté,
    4. L’évaluation des modifications apportées aux maisons et aux rues depuis l’inscription, y compris des comparaisons avec les dessins de certaines maisons réalisés en 1983,
    5. Les plans actuels pour d’autres améliorations et travaux de modernisation sur des maisons et voies d’accès,
    6. La documentation sur les travaux réalisés sur les monuments et leurs environnements depuis l’inscription,
    7. Un rapport sur le Schéma directeur de la ville ;
  14. Demande également à l’Etat partie d’élaborer, en concertation avec l’ICOMOS, des indicateurs spécifiques et détaillés pour les attributs de la VUE pour l’ensemble du bien afin d’évaluer l’impact sur l’authenticité et l’intégrité en lien avec ces indicateurs, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 43e session en 2019 ;
  15. Recommande également à l’Etat partie d’élaborer une stratégie d’interprétation globale pour le bien afin de communiquer sur le développement historique du tissu urbain et de permettre aux résidents et visiteurs d’établir un lien entre les éléments sauvegardés du bien et sa structure et son apparence d’origine ;
  16. Prie instamment l’Etat partie de prendre en compte les recommandations du Comité du patrimoine mondial ainsi que celles de la mission de suivi réactif de décembre 2016, notamment en ce qui concerne la protection, la gestion et la détérioration des céramiques du palais Ak-Saray ;
  17. Demande en outre à l’Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2019, un rapport actualisé que l’état de conservation du bien et la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 43e session en 2019, afin de considérer le maintien du bien sur la Liste du patrimoine mondial ;
  18. Demande en outre à l’Etat partie d’inviter dès que possible une mission de suivi réactif de haut niveau Centre du patrimoine mondial/ICOMOS pour débattre avec les autorités ouzbèkes concernées et les parties prenantes d’une possible atténuation des impacts sur les attributs qui transmettent la VUE du bien et/ou d’une possible modification majeure des limites du bien ;
  19. Décide de maintenir le Centre historique de Shakhrisyabz (Ouzbékistan) sur la Liste du patrimoine mondial en péril ;
  20. Note enfin que le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives se tiennent à la disposition de l’État partie pour lui fournir une aide sous forme de renforcement des capacités au niveau national, notamment s’agissant de la mise en œuvre de la Recommandation concernant le paysage urbain historique (UNESCO, 2011), de la procédure d’évaluation d’impact sur le patrimoine conforme au Guide de l'ICOMOS, et d’autres aspects importants de la gestion et de la conservation du patrimoine, et encourage vivement l’État partie à se saisir de cette opportunité pour renforcer la gestion et la conservation des autres biens urbains du patrimoine mondial en Ouzbékistan.

Décision adoptée: 42 COM 8C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné les rapports sur l’état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC/18/42.COM/7A, WHC/18/42.COM/7A.Add et WHC/18/42.COM/7A.Add.2),
  2. Décide de maintenir les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :