1.         Les Ahwar du sud de l’Iraq : refuge de biodiversité et paysage relique des villes mésopotamiennes (Iraq) (C/N 1481)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2016

Critères  (iii)(v)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1481/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1481/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

2017: Fonds d’urgence pour le patrimoine – soutien aux biens du patrimoine mondial iraquiens : 100 000 dollars EU

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Facteurs identifiés lors de l'inscription en 2016:

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1481/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2018

Le 1er décembre 2017, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien, disponible à http://whc.unesco.org/fr/list/1481/documents, faisant part des informations suivantes :

L’État partie indique par ailleurs que le nombre de visites est en augmentation et que la chasse illégale aux oiseaux et la surpêche demeurent des problèmes importants.

L’État partie a soumis au Centre du patrimoine mondial une demande de lancement de projet de conception en vue de construire un ponton de pêche dans les marais, dans le gouvernorat de Missane, dans le but de fournir les services dont les populations locales ont besoin.

Le 9 mai 2018, l’État partie a fait part des informations complémentaires suivantes :

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et des Organisations consultatives

La création d’un comité interministériel pour la gestion du bien dirigé par le ministre des Ressources hydriques aide à clarifier les responsabilités de gestion au niveau national.

La réalisation de la SWLRI et la reconnaissance des marécages iraquiens parmi les utilisateurs d’eau légitimes sont favorablement accueillies. Si l’État partie indique que 5,8 MMC d’eau sont alloués chaque année aux marais sur la base d’une modélisation hydrologique du sud de l’Iraq, les volumes minimaux requis par chacun des éléments du bien ne sont pas donnés, ne permettant par conséquent pas d’évaluer si les flux d’eau minimaux nécessaires pour soutenir la biodiversité et les processus écologiques du bien sont satisfaits. Il est par conséquent recommandé que le Comité réitère sa demande à l’État partie de réaliser d’autres études concernant ces flux d’eau minimaux et de prendre des mesures en conséquence pour garantir leur satisfaction. Les efforts actuellement déployés pour réformer la gouvernance de l’eau en Iraq et pour instaurer une coopération régionale concernant l’eau sont des avancées importantes. Il est par conséquent recommandé que le Comité accueille favorablement la collaboration en cours entre l’Iraq, l’Iran et la Turquie et souligne la nécessité que cette coopération garantisse le soutien de la biodiversité et des processus écologiques du bien à travers la mise à disposition de volumes d’eau adéquats à chacune de ses composantes naturelles.

Tout en reconnaissant les conditions qui prévalent en Iraq et les enjeux associés à la gouvernance, le niveau insuffisant de protection légale accordée au bien demeure néanmoins préoccupant. Actuellement, seul un des éléments bénéficie d’un statut clair de zone protégée (parc national central des Marais). Par conséquent, le statut de protection de la majeure partie du bien n’est toujours pas conforme aux exigences des Orientations, ce qui représente un danger potentiel pour sa valeur universelle exceptionnelle (VUE) conformément au paragraphe 180 des Orientations. Cela est souligné par le fait que l’État partie reconnaisse que l’application de la loi, la chasse illégale des oiseaux et la surpêche demeurent des problèmes importants. L’État partie ne donne aucun détail sur l’étendue de la chasse illégale aux oiseaux mais d’autres sources d’informations confirment la gravité du problème. Il est recommandé que le Comité prie l’État partie de traiter la question de la protection légale et de son application, et se dote d’une capacité de gestion suffisante pour contrôler les activités illégales, de manière prioritaire.

La vulnérabilité du bien aux développements pétroliers et gaziers reste un sujet de préoccupation. Les plus grands champs pétrolifères de l’Iraq se trouvent dans la même région que le bien et l’intérêt pour leur développement est manifeste. Rappelant la position claire du Comité selon laquelle l’exploration et l’exploitation pétrolières et gazières sont incompatibles avec le statut de patrimoine mondial, il est recommandé que le Comité demande à l’État partie de prendre l’engagement permanent de ne procéder à aucune exploration ni exploitation d’hydrocarbures au sein du bien et de garantir qu’aucune activité d’exploration ni d’exploitation d’hydrocarbures dans le voisinage du bien n’affecte sa VUE.

Il est également recommandé que le Comité réitère sa demande à l’État partie de mener à bien le classement de tous les éléments constitutifs du bien en zones protégées, de toute urgence, et de garantir une protection légale effective pour réglementer les concessions pétrolières et gazières existantes et autres activités potentiellement préjudiciables dans les zones tampons du bien.

Etant donné l’absence de consolidation et d’entretien adéquats des zones de fouilles d’Uruk, Ur et Eridu lors de l’inscription, et la disparition régulière des ressources archéologiques due à l’érosion et à l’effondrement, le retour des équipes archéologiques internationales à Uruk et Ur est favorablement accueilli tout comme la décision de se concentrer sur la conservation. Le travail de création de cartes et études détaillées qui a débuté est absolument essentiel afin de créer une base de référence pour l’ensemble des activités futures, notamment de suivi.

La recherche envisagée sur les environnements d’Uruk et Eridu devrait aider à définir de manière plus appropriée leurs limites et zone tampons.

Le nombre croissant de visites sur le bien est également noté avec inquiétude. Des rapports de médias locaux suggèrent qu’un grand nombre de visiteurs accèdent à des zones sensibles aussi bien dans les éléments constitutifs naturels que culturels du bien. Bien que les sites archéologiques bénéficient désormais de certaines ressources humaines sur place et que des travaux de consolidation des vestiges mis au jour soient entrepris, la conservation des trois sites archéologiques n’est toujours pas suffisante pour la venue de visiteurs, comme cela était le cas lors de l’inscription. Il est noté qu’un plan directeur pour les visiteurs a été ébauché pour Uruk et que des itinéraires de visites sont envisagés pour Uruk et Ur.

Il reste encore nécessaire d’élaborer des plans de conservation à part entière pour les attributs archéologiques du bien qui évaluent les risques, problèmes, besoins et priorités, et justifient les approches à suivre en matière de conservation, associés à des plans d’action opérationnels. Un plan de tourisme général doit être élaboré pour l’ensemble du bien afin de réglementer les visites, garantir la sécurité des visiteurs ainsi que des pratiques, infrastructures et installations de tourisme adéquates et durables.

Les projets entrepris à destination des Ma’adan sont notés mais peu de détails sont communiqués. Il est recommandé que le Comité réitère sa demande à l’État partie d’apporter un soutien au maintien de la connaissance écologique traditionnelle détenue par les hommes et les femmes des communautés Ma’adan « Arabes des marais », et aux approches de gestion basées sur les droits, reconnaissant l’usage coutumier du bien. Cette connaissance devrait également être appliquée pour les nouvelles constructions envisagées aux fins d’offrir des services élémentaires dans les marais, et des méthodes de construction traditionnelles devraient être préférées ; les projets de constructions envisagées doivent être soumis au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives avant leur démarrage.

Considérant les inquiétudes qui planent sur la biodiversité et les processus écologiques du bien en liaison avec les flux d’eau, l’absence continue de protection légale, et les problèmes notés par l’État partie concernant l’application de la loi, la chasse illégale aux oiseaux et la surpêche sur les sites naturels, les vulnérabilités persistantes des sites culturels, et la pression accrue des visiteurs, il est recommandé que le Comité demande à l’État partie d’inviter une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN/ICOMOS sur le bien, afin d’évaluer son état de conservation actuel et si les conditions pour son inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril sont réunies.

Décision adoptée: 42 COM 7B.66

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/18/42.COM/7B.Add,
  2. Rappelant la décision 40 COM 8B.16, adoptée à sa 40e session (Istanbul/UNESCO, 2016),
  3. Accueille favorablement la création d’un comité interministériel pour la gestion du bien, la réalisation de la Stratégie pour les ressources en eau et en sols en Iraq (SWLRI) et la reconnaissance des marécages iraquiens parmi les utilisateurs d’eau légitimes et, notant les besoins concurrents en eau de divers utilisateurs en Iraq, accueille également favorablement les efforts en cours pour réformer la gouvernance de l’eau ;
  4. Prie instamment l’État partie de prendre des mesures appropriées pour fournir au bien de l’eau en quantité suffisante dans le cadre de sa capacité nationale ;
  5. Accueille par ailleurs favorablement les efforts actuellement déployés en faveur de la création d’accords de partage de l’eau à long terme entre les États parties de l’Iraq, de l’Iran et de la Turquie et encourage vivement l’ensemble des trois États parties à poursuivre ces efforts, afin de garantir la fourniture de volumes d’eau suffisants pour le bien à même de soutenir sa biodiversité, et considère que la non satisfaction des exigences minimales en eau pourrait représenter un danger potentiel pour la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien, conformément au paragraphe 180 des Orientations ;
  6. Tout en reconnaissant les conditions qui prévalent en Iraq, note avec une inquiétude majeure l’absence prolongée de protection légale adéquate pour la majorité des éléments naturels du bien, ainsi que la déclaration de l’État partie selon laquelle l’application de la loi demeure un problème, et considère également que cette situation pourrait représenter un danger potentiel pour la VUE du bien, conformément au paragraphe 180 des Orientations ;
  7. Note également avec inquiétude les problèmes importants rapportés par l’État partie, concernant la chasse illégale aux oiseaux et la surpêche, et considère par ailleurs qu’en l’absence prolongée de protection légale pour la grande partie du bien et sans capacité de gestion suffisante, il est peu probable que ces problèmes soient efficacement contrôlés ;
  8. Réitère sa demande à l’État partie de :
    1. mener d’autres études concernant les flux d’eau minimaux nécessaires pour maintenir la biodiversité et les processus écologiques du bien, et apporter la preuve que ces volumes d’eaux sont fournis,
    2. mener à bien le classement de tous les éléments du bien en zones protégées, de toute urgence, et garantir une protection légale effective pour réglementer les concessions pétrolières et gazières et autres activités potentiellement préjudiciables dans les zones tampons du bien,
    3. apporter un soutien au maintien des connaissances écologiques traditionnelles détenues par les hommes et les femmes des communautés Ma’adan « Arabes des marais », ainsi qu’aux approches de gestion basées sur les droits, reconnaissant l’usage coutumier du bien ;
  9. Note par ailleurs avec une grande inquiétude la vulnérabilité persistante du bien aux projets pétroliers et gaziers et, rappelant également sa position claire selon laquelle l’exploration et l’exploitation pétrolières et gazières sont incompatibles avec le statut de patrimoine mondial, prie vivement l’État partie de prendre l’engagement permanent de ne procéder à aucune exploration ni exploitation d’hydrocarbures au sein du bien et de garantir qu’aucune activité d’exploration ni d’exploitation d’hydrocarbures dans le voisinage du bien n’affecte de manière négative sa VUE ;
  10. Accueille par ailleurs favorablement le retour des équipes archéologiques internationales à Uruk, Ur et Eridu, ainsi que la décision de se concentrer sur la conservation ; note les progrès accomplis à l’égard du travail sur les cartes et études détaillées ; néanmoins, compte tenu du mauvais état de conservation lors de l’inscription et des disparitions continues des strates archéologiques, prie aussi instamment l’État partie d’accélérer le travail sur les relevés et cartes afin d’établir des données de référence pour l’ensemble des activités futures, notamment de suivi ;
  11. Demande à l’État partie de mettre en place une approche structurée pour un travail de conservation général à travers l’élaboration de plans de conservation pour chacun des trois sites archéologiques, associés à des plans d’action opérationnels;
  12. Prend note avec inquiétude de l’intérêt touristique croissant pour le bien compte tenu de l’absence de consolidation et d’entretien adéquats des zones mises au jour d’Uruk, Ur et Eridu lors de l’inscription, de la disparition régulière de vestiges archéologiques en raison de l’érosion et de l’effondrement, et de l’écosystème sensible des marais, demande également à l’État partie d’élaborer et mettre en œuvre un plan de tourisme général pour l’ensemble du bien, afin de réglementer les visites, garantir la sécurité des visiteurs ainsi que des pratiques, infrastructures et installations de tourisme adéquates et durables ;
  13. Rappelle à l’État partie son obligation de soumettre tout projet de construction envisagée au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives avant son démarrage ;
  14. Demande par ailleurs à l’État partie d’inviter une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN/ICOMOS sur le bien, afin d’évaluer son état de conservation actuel et l’impact potentiel des flux d’eau, de l’exploration et de l’exploitation pétrolières et gazières, de la chasse illégale aux oiseaux, de la surpêche, des besoins de conservation archéologique, du nombre accru de visites et du manque de protection légale adéquate, sur la VUE bien ;
  15. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2019, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Centre du patrimoine mondial à sa 43e session en 2019.