1.         Complexe paysager de Trang An (Viet Nam) (C/N 1438bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2014

Critères  (v)(vii)(viii)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1438/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1438/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1438/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2018

Le 6 décembre 2017, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation, disponible à http://whc.unesco.org/fr/list/1438/documents, qui inclut deux plans d’action, l’un sur la gestion des visiteurs, l’autre sur la gestion du patrimoine archéologique. Le rapport actualise les éléments de la précédente décision du Comité comme suit :

En mars 2018, des médias nationaux ont évoqué la construction illégale par la société touristique Trang An d’une voie d’accès piétonnier en béton d’une longueur de 1 km sur la montagne de Cai Ha, sur le territoire du bien, malgré les avertissements répétés du Département  du tourisme de Ninh Binh. Le 22 mars 2018, le Centre du patrimoine mondial a demandé à l’État partie d’apporter des éclaircissements sur ce sujet. Le 11 mai 2018, l’État partie a fourni une information détaillée concernant la construction et les mesures prises afin de la démanteler. Le démantèlement de la structure a commencé le 30 mars 2018 et est susceptible de durer pendant trois mois.  

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et des Organisations consultatives

L’engagement de l'État partie à mettre au point et améliorer la gestion du bien est reconnu. Le transfert de l’autorité de gestion au Département provincial du tourisme confirme qu’un des objectifs principaux de la gestion du bien est le tourisme. S’il est certes légitime qu’un bien d’une taille relativement restreinte attire un nombre aussi conséquent de visiteurs – et qui s’accroit au-delà des prévisions – cette situation appelle des réponses de gestion précises, rapides et déterminées. S’agissant de l’installation d’une reproduction d’un plateau de tournage d’un film, il convient de signaler qu’on ne saurait considérer cette initiative comme une stratégie appropriée de promotion d’un bien du patrimoine mondial, et qu’on rate ainsi l’occasion de sensibiliser les visiteurs à l’importance culturelle et naturelle du bien en ayant, par ailleurs, un effet néfaste sur son authenticité. Il est conseillé aux autorités en charge de la gestion du bien de concentrer plutôt leurs efforts sur la sensibilisation à la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien.

L’augmentation rapide du nombre déjà élevé de touristes modifiera vraisemblablement le cadre rural et social du bien créant d’importants impacts directs et indirects en matière de circulation, d’infrastructures de stationnement, de troubles, de gestion des eaux usées et des déchets, etc. L’État partie évoque, par exemple, la nécessité de créer de nouveaux parcs de stationnement dans la zone tampon sans donner plus d’éléments. Des capacités de gestion adaptées sont cruellement nécessaires pour faire face au nombre de visiteurs en croissance très rapide et aux estimations revues à la hausse, des chiffres qui pourraient rendre obsolètes les efforts, même soutenus, de gestion du bien. Il convient de rappeler que l’évaluation de l'ICOMOS avait précisé que : « le système de gestion du bien ne semble pas assez solide pour relever les défis auxquels il est confronté en matière de développement touristique ».

Les mesures suggérées pour répondre à la surfréquentation du bien et adapter sa capacité d’accueil ne semblent pas aller au-delà d’une tentative de prise en considération du nombre croissant de visiteurs, sans pour autant essayer d’en mieux comprendre les impacts et de réfléchir à la mise en vigueur de limites acceptables à la capacité d’accueil. L’augmentation conséquente du nombre de bateaux, passant à 3 865 d’ici 2020, soit au-delà du cap des 3 000 bateaux défini par le plan de gestion atteste cette volonté. Le rapport ne fait aucune référence aux critères, aux approches méthodologiques, à fortiori aux mesures d’impacts, et il ne va pas au-delà d’observations visuelles et de commentaires formulés par les visiteurs. Les approches actuellement envisagées par l’État partie pour traiter les impacts environnementaux et sociaux devraient être soutenues par la mise à disposition de données scientifiques concrètes afin de garantir que la croissance de l’activité touristique est correctement contrôlée compte tenu des principales préoccupations  exprimées quant à la conservation de la VUE du bien.

Bien que les valeurs naturelles du bien, propres au patrimoine mondial et spécifiquement reconnues, fassent référence à la beauté du paysage et à l’extraordinaire géologie karstique, la biodiversité de l’ensemble constitue également un élément essentiel de cette esthétique particulière. Un plan d’interprétation devrait être conçu afin de fournir aux visiteurs des informations allant au-delà de la simple beauté des paysages du bien. Une conservation systématique de la biodiversité terrestre et aquatique devrait également faire partie intégrante de la planification de la gestion, y compris au moyen d’un suivi. Des mandats et des capacités adaptés permettront à la structure de gestion, qui semble actuellement se concentrer uniquement sur le développement touristique, de mener à bien cette tâche. Une exploitation touristique incontrôlée de ce bien de petite taille pourrait avoir des répercussions négatives sur les raisons pour lesquelles les touristes sont attirés par ce lieu.

La construction illégale, décrite ci-dessus, d’un escalier en béton sur le territoire du bien met en évidence les préoccupations des Organisations consultatives qui avaient noté dans leurs rapports d’évaluation en 2014 que : « la plus grande menace pour le bien soumis à inscription provient du tourisme insuffisamment planifié et géré, des infrastructures associées et du développement des services » (UICN) et qu’une des principales menaces pour le bien était : « l’absence de réglementation adéquate en matière de développement des installations touristiques » (ICOMOS). Ces travaux de construction soulignent la nécessité de mettre en place un mécanisme adapté de consultation au sein du Conseil de gestion et parmi toutes les parties prenantes, en charge de traiter les différentes questions à prendre en considération pour parvenir à une préservation et une promotion véritables du bien. Un protocole plus clair et précis concernant tous les nouveaux grands projets d’aménagement et de développement, une réglementation et un contrôle plus stricts des aménagements touristiques, une meilleure compréhension des valeurs du patrimoine par les parties prenantes et une gestion améliorée du tourisme sont également nécessaires.

Même si rien n’indique que le projet d’université à Bai Dinh se concrétise dans un avenir proche, l’État partie devrait tenir le Comité informé des possibles évolutions dans l’avancée du projet. Bien que l’État partie n’estime pas actuellement nécessaire de réaliser une EES à ce sujet, la précédente recommandation du Comité en faveur d’une EES avait pour objectif d’encourager une planification globale de la zone tampon, bien au-delà de ce projet particulier. Cette recommandation est donc considérée comme toujours valable. Il conviendrait d’ailleurs de rappeler que l’évaluation de l'UICN avait noté que « la protection du bien soumis à inscription devait primer lors de l’examen de toute activité ou projet autorisable ». En outre, il semble qu’aucun mécanisme clair ne soit opérationnel pour répondre à la nécessité de réaliser des études d’impact sur le territoire du bien et de sa zone tampon avant la construction de nouveaux bâtiments ou équipements.

Le rapport de l'État partie met en évidence plusieurs aménagements et constructions d’infrastructures, telles que le centre d’accueil des visiteurs au quai de Tam Coc, des installations touristiques privées, le parc de stationnement et le petit temple. On ne saurait dire si des mesures sont en vigueur pour garantir que ces aménagements sont réalisés au terme d’études individuelles établissant la perte potentielle pour le patrimoine et l’impact du projet sur le VUE du bien. En conséquence, une procédure lisible doit être élaborée afin que des évaluations d’impact environnemental et sur le patrimoine (EIE et EIP) soient réalisées avant tout projet d’aménagement et de développement sur le territoire du bien et de sa zone tampon. Les informations communiquées sur la réintroduction prévue du Langur de Delacour sont très limitées. Si l’État partie souhaitait s’engager plus avant, un accord avec la Commission de sauvegarde des espèces (SSC) de l’UICN serait le bienvenu.

Compte tenu des préoccupations ci-dessus exprimées à propos du tourisme et de la gestion des visiteurs, et du développement touristique non planifié, il est recommandé au Comité de demander à l’État partie d’inviter une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/UICN à se rendre sur le territoire du bien afin d’évaluer son état actuel de conservation et de donner des conseils techniques complémentaires sur ces questions.

Décision adoptée: 42 COM 7B.62

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/18/42.COM/7B,
  2. Rappelant les décisions 38 COM 8B.14 et 40 COM 7B.67, adoptées respectivement à ses 38e (Doha, 2014) et 40e (Istanbul/UNESCO, 2016) sessions,
  3. Accueille avec satisfaction les progrès réalisés par l’État partie dans le suivi des préoccupations précédemment exprimées par le Comité quant à la planification de la gestion, y compris la révision du plan de gestion et l’élaboration et la soumission de plans d’action pour la gestion des visiteurs et la gestion du patrimoine archéologique ;
  4. Note que le nombre actuel de visiteurs a déjà dépassé les deux millions de visiteurs par an, chiffre précédemment estimé, et que l’on estime désormais que ce chiffre atteindra 3,5 millions de visiteurs par an d’ici 2020, et prie l’État partie de poursuivre les études nécessaires permettant une meilleure compréhension des impacts sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) de cette augmentation forte et rapide du nombre de visiteurs, et de définir et faire respecter une limite stricte au nombre de visiteurs autorisés afin d’avoir la certitude que ce nombre n’excède pas la capacité d’accueil du bien, en vue de conserver sa VUE ainsi que sa biodiversité, un élément essentiel de sa valeur esthétique ;
  5. Accueille aussi avec satisfaction le fait que le démantèlement d’une voie d’accès piétonnier en béton sur la montagne Cai Ha a été terminé ;
  6. Demande à l’État partie de :
    1. renforcer plus avant les règlementations en matière d’installations touristiques,
    2. veiller à l’établissement d’un mécanisme de consultation adapté au sein du Conseil de gestion du bien et parmi toutes les parties prenantes, destiné à :
      1. garantir qu’une approche équilibrée est envisagée en prenant en compte les aspects relatifs au  tourisme, à la gestion du patrimoine et à la conservation de la nature considérés comme un tout,
      2. appliquer un protocole clair et précis pour tout nouveau grand projet d’aménagement et de développement sur le territoire du bien, et veiller à ce que le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives soient préalablement consultés, conformément au paragraphe 172 des Orientations,
    3. veiller à ce que les mesures actuelles restent opérationnelles afin de limiter la surfréquentation, y compris un quota quotidien maximum de visiteurs, pour les jours de pointe et les jours normaux,
    4. réaliser une évaluation plus poussée des équipements et services nécessaires pour accueillir correctement les visiteurs actuels et à venir, en prenant en considération les chiffres actuels fort importants et les estimations futures révisées, y compris celles concernant les jours de fête qui prévoient une pointe à 50 000 visiteurs,
    5. dans le plan de gestion du bien, développer des sections consacrées au patrimoine archéologique, en particulier s’agissant de la formation et du renforcement des capacités du personnel afin que des ressources humaines nationales soient toujours disponibles pour garantir une gestion à long terme et réussie du patrimoine archéologique du bien ;
  7. Demande également à l’État partie de continuer de mettre à disposition les ressources humaines et financières adéquates pour assurer un suivi environnemental systématique, une activité à considérer comme faisant partie intégrante de la planification et des opérations de gestion du bien ;
  8. Note que la réplique temporaire d’un plateau de tournage sera démontée, et demande en outre à l’État partie de veiller à ce que toute initiative de promotion et de commercialisation du patrimoine sur le territoire du bien soit en cohérence avec l’interprétation de sa VUE ;
  9. Demande par ailleurs à l’État partie d’inviter une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/UICN à se rendre sur le territoire du bien afin de prodiguer des conseils quant à la mise en œuvre et la révision du plan de gestion du bien ;
  10. Notant que l’État partie n’a pas l’intention de construitre une nouvelle université dans la zone de Bai Dinh, réitère néanmoins sa demande auprès de l’État partie afin qu’il soumette, conformément au paragraphe 172 des Orientations, des informations détaillées sur tous les projets d’aménagement et de développement envisagés sur le territoire du bien, de sa zone tampon et de son cadre paysager pour examen par le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives avant que toute décision sur laquelle il serait difficile de revenir ne soit prise, notamment la nouvelle infrastructure de stationnement ;
  11. Prie aussi instamment l’État partie de réaliser une évaluation environnementale stratégique (EES) et une évaluation d’impact sur le patrimoine (EIP) pour tout projet majeur d’aménagement et de développement situés sur le territoire du bien et de sa zone tampon, évaluations à envisager comme une méthode opportune et adaptée pour évaluer les impacts individuels et cumulatifs des projets actuels et prévus dans le périmètre de ce bien fragile et de petite taille, en prenant en considération les impacts potentiels sur la VUE du bien conformément aux orientations de l’UICN et l’ICOMOS sur les évaluations d’impacts pour les projets envisagés, avant d’autoriser la mise en œuvre de tels projets ;
  12. Encourage l’État partie à continuer de travailler en collaboration avec les Organisations consultatives afin de soutenir les efforts qu’il déploie, notamment s’agissant de l’intégration de la conservation de la biodiversité dans la gestion et la prise de décision ;
  13. Demande de plus à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er décembre 2019, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 44e session en 2020.