1.         Parcs nationaux du Lac Turkana (Kenya) (N 801bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1997

Critères  (viii)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/801/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2000-2001)
Montant total approuvé : 35 300 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/801/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Mars 201 et avril 2015 : missions conjointes de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN 

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/801/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2018

Le 26 janvier 2017, l’État partie a soumis un rapport d’avancement et un rapport d’étape le 1er décembre 2017, suivi par un rapport plus complet le 4 janvier 2018 (dont un résumé est disponible à http://whc.unesco.org/fr/list/801/documents/). L’État partie signale les points suivants :

L’État partie d’Éthiopie a soumis en mai 2017 deux lettres au Centre du patrimoine mondial, lesquelles signalaient que les lâchers d’eau de régulation du bassin de retenue Gibe III ont assuré un niveau d’eau relativement constant en octobre et novembre 2016, niveau qui a baissé en décembre 2016 en raison de la fluctuation saisonnière. Il était également indiqué que les impacts du barrage Gibe III sur le bien seraient évalués avec l’EES, laquelle proposera également des mesures d’atténuation.

Des détails supplémentaires sur le projet Kuraz ont été fournis dans le rapport de l’État partie d’Éthiopie sur la Basse vallée de l’Omo (Éthiopie) disponible à http://whc.unesco.org/fr/list/17/documents/, signalant que la taille du projet a été réduite à quatre sucreries, dont deux sont opérationnelles avec une superficie cultivée prévue de 100 000 ha. Un rapport sur la définition de la portée de l’EIE de novembre 2017 a été annexé au rapport.

Le 18 janvier 2018, le Centre du patrimoine mondial a demandé des détails à l’État partie sur la mise en œuvre des recommandations des missions de 2012 et 2015, une actualisation du statut des multiples projets dans le bassin, et une réponse complète quant à la garantie d’un débit hydrique satisfaisant de l’Omo. Aucune réponse n’a été reçue.

Les détails du projet de corridor de transport reliant le port de Lamu, le Soudan du Sud et l’Éthiopie (LAPSSET) ont été communiqués lors de la mission de suivi réactif de janvier 2018 dans la vieille ville de Lamu.

L’État partie du Kenya a soumis le 28 février 2018 un projet de plan de gestion 2018-2028 révisé pour le bien, lequel propose de renforcer le suivi écologique, l’implication des communautés et les programmes touristiques.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Si la collaboration entre les États parties du Kenya et de l’Éthiopie, y compris les avancées effectuées pour établir le JTEP, est notée, il est hautement préoccupant que la mise en œuvre de l’EES n’ait pas commencé alors que le Comité a demandé que celle-ci soit terminée d’ici le 1er février 2018 (décision 39 COM 7B.4). À la demande de l’État partie du Kenya, le Centre du patrimoine mondial a contacté le PNUE s’agissant d’un financement éventuel de l’EES, mais a recommandé que les États parties trouvent des ressources supplémentaires pour faire avancer l’EES de toute urgence. On notera que le coût de l’EES est mineur comparé à celui des projets de développement.

Il devrait être rappelé que les États parties étaient d’accord avec le Comité sur le fait que l’EES serait le mécanisme d’évaluation des impacts, d’identification des mesures d’atténuation et de définition d’un calendrier de mise en œuvre. L’EES est toujours en cours alors que le barrage Gibe III entre en activité et que le projet d’irrigation Kuraz continue. Ainsi, il est peu probable que des mesures d’atténuation appropriées puissent toujours être prises pour garantir un débit suffisant respectant les variations saisonnières dans le lac Turkana, débit nécessaire à la conservation de sa biodiversité et aux processus de son écosystème. Il semble par conséquent vraisemblable que la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien se dégrade rapidement.

L’impact du barrage sur le niveau d’eau du lac est déjà évident. Bien que l’Éthiopie signale la stabilité du niveau d’eau à l’exception des changements saisonniers, les données fournies montrent une baisse générale rapide du niveau d’eau depuis janvier 2015, quand le chargement de la retenue Gibe III a commencé, et que les fluctuations saisonnières caractéristiques ont été fortement perturbées. Comme indiqué dans les conclusions de la mission de suivi réactif de 2012, la perturbation du régime de crue naturel aura vraisemblablement un impact sur la population de poissons du lac Turkana, ce qui pourrait alors affecter l’équilibre de l’écosystème, les moyens de subsistance des pêcheurs locaux et les zones inondables dont dépendent les espèces herbivores.

Le rapport sur la définition de la portée de l’EIE pour le projet Kuraz ne donne pas d’évaluation des impacts éventuels en aval sur le bien, comme la réduction du débit et la pollution due aux engrais et aux pesticides. Bien que la taille du projet a été réduite, celui-ci va probablement faire augmenter la consommation d’eau puisée dans l’Omo. Par ailleurs, comme pour toute EES, l’EIE devrait être antérieure au début des activités, et non postérieure. Il est recommandé que le Comité prie instamment et fortement l’État partie d’Éthiopie de stopper toute activité relative au projet Kuraz jusqu’à ce que l’EIE soit finalisée et examinée par le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives.

Étant donné la perte potentielle irréversible de la VUE du bien causée par les impacts de ces aménagements sur le débit hydrique, le Comité a considéré l’inscription du bien sur la liste du patrimoine mondial en péril à trois reprises depuis 2012. À la lumière des changements qui affectent le débit hydrique et l’écosystème, l’absence d’EES, d’EIE appropriées et de mesures d’atténuation, la VUE du bien est toujours sujette à un péril potentiel grave, conformément au paragraphe 180 des Orientations. Il est par conséquent recommandé que le Comité inscrive le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril afin d’alerter la communauté internationale sur la situation, ce qui pourrait contribuer à garantir le financement nécessaire de l’EES.

Il est préoccupant que le projet LAPSSET propose des aménagements importants dans le voisinage du lac, y compris un oléoduc et une ville touristique. L’EES du projet LAPSSET devrait être révisée pour comprendre une partie spécifique sur les impacts des biens du patrimoine mondial potentiellement impactés, et devrait indiquer comment les mesures d’atténuation seront mises en œuvre et suivies. Des directives touristiques fortes sont en outre nécessaires avant que toute proposition spécifique de ville touristique soit considérée, et ce, afin de protéger la VUE des biens concernés.

Les avancées effectuées concernant le projet de plan de gestion pour le bien sont appréciées, et les activités prévues pour renforcer le suivi écologique du bien peuvent répondre aux recommandations de la mission de 2012, comme l’établissement d’un programme de suivi de la faune sauvage, l’étude de faisabilité de la réintroduction du zèbre de Grévy et l’implication des communautés locales. L’État partie devrait finaliser et mettre en œuvre le plan de gestion sans délai. Malgré les nombreuses demandes du Comité, il est regrettable qu’aucune information complète n’ait été apportée au sujet de la mise en œuvre des recommandations restantes des missions de 2012 et 2015.

L’EIE du projet de parc éolien de Turkana donne une évaluation satisfaisante des impacts potentiels sur les facteurs biotiques et abiotiques concernant le lac, et il apparaît que les impacts potentiels sur le bien peuvent être atténués, pour autant que toutes les mesures d’atténuation proposées dans l’EIE soient mises en œuvre.

Considérant la situation critique continue, il est recommandé que le Comité demande à l’État partie du Kenya d’inviter une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN sur le bien pour évaluer son état de conservation actuel et examiner les impacts des projets d’aménagement en Éthiopie et au Kenya sur le bien et les avancées effectuées dans la mise en œuvre des recommandations des missions passées, et de mettre sur pied, en concertation avec l’État partie, un ensemble de mesures correctives et un État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril (DSOCR), pour examen par le Comité à sa 43e session en 2019. La mission et la définition des mesures correctives et du DSOCR devraient également s’appuyer activement sur l’engagement de l’État partie d’Éthiopie s’agissant des éléments qui dépendent d’actions transfrontalières pour protéger l’intégrité du bien.

Décision adoptée: 42 COM 7B.92

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/18/42.COM/7B,
  2. Rappelant les décisions 39 COM 7B.4 et 40 COM 7B.80 adoptées à ses 39e (Bonn, 2015) et 40e (Istanbul/UNESCO, 2016) sessions respectivement,
  3. Note la collaboration entre les États parties du Kenya et de l’Éthiopie en vue d’établir le groupe conjoint (Éthiopie-Kenya) d’experts techniques pour superviser l’évaluation environnementale stratégique (EES) des impacts cumulatifs des projets d’aménagement dans le bassin du lac Turkana ;
  4. Regrette profondément que l’EES, qui aurait dû être terminée d’ici le 1erfévrier 2018, n’ait toujours pas été commandée ;
  5. Note avec la plus grande préoccupation que les données hydrologiques préliminaires du barrage Gibe III montrent que l’organisation des fluctuations saisonnières du lac Turkana a déjà été lourdement perturbée, et prie instamment les États parties du Kenya et de l’Éthiopie de mener sans plus de délai l’EES, attendue depuis longtemps, des impacts cumulatifs des multiples aménagements dans le bassin du lac Turkana sur la valeur universelle exceptionnelle (OUV) des biens affectés, et d’identifier les mesures d’atténuation nécessaires de toute urgence ;
  6. Note également avec la plus grande préoccupation que le projet de développement sucrier Kuraz est opérationnel, et prie aussi instamment l’État partie d’Éthiopie de stopper toute activité relative au projet jusqu’à ce qu’une évaluation d’impact environnemental (EIE), y compris une évaluation complète des impacts éventuels en aval sur la VUE du bien, ait été menée et examinée par le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives ;
  7. À la lumière des impacts qui affectent le débit hydrique et l’écosystème du lac, et de la poursuite des travaux du barrage Gibe III et du projet Kuraz en Éthiopie, sans respecter la demande du Comité visant à mener les évaluations d’impact nécessaires avant tous travaux, y compris une EES et la mise en œuvre de mesures d’atténuation, considère que la VUE du bien est de plus en plus sujette à un péril éventuel, en conformité avec le paragraphe 180 des Orientations ;
  8. Note avec préoccupation que le projet de corridor de transport reliant le port de Lamu, le Soudan du Sud et l’Éthiopie (LAPSSET) pourrait comporter des impacts sur la VUE du bien, et demande à l’État partie du Kenya de mener une étude d’impact environnemental et social sur les projets spécifiques au LAPSSET précisant comment les mesures d’atténuation sont mises en œuvre et suivies ;
  9. Apprécie les avancées effectuées concernant le projet de plan de gestion 2018-2028 pour le bien, qui comprend un programme de suivi de la faune sauvage, une étude de faisabilité pour la réintroduction du zèbre de Grévy et l’implication des communautés locales pour traiter le pacage au sein du bien, et demande également à l’État partie du Kenya de finaliser et mettre en œuvre le plan de gestion sans délai ;
  10. Décide d’inscrire Parcs nationaux du Lac Turkana (Kenya) sur la Liste du patrimoine mondial en péril ;
  11. Regrette également qu’aucune information complète n’ait été apportée au sujet de la mise en œuvre des recommandations restantes des missions de 2012 et 2015, et réitère sa demande aux États parties du Kenya et de l’Éthiopie d’apporter une réponse consolidée ainsi que des informations sur le statut actuel de la retenue Gibe III, et sur toute mesure d’atténuation mise en œuvre ;
  12. Demande en outre à l’État partie du Kenya d’inviter une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN sur le bien pour évaluer son état de conservation et examiner les impacts des projets d’aménagement en Éthiopie et au Kenya sur le bien et les avancées effectuées dans la mise en œuvre des recommandations des missions passées, et de mettre sur pied, en concertation avec les États parties du Kenya et de l’Ethiopie, un ensemble de mesures correctives et un État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril (DSOCR), pour examen par le Comité à sa 43esession en 2019 ;
  13. Demande par ailleurs à l’État partie du Kenya de garantir le fait que toutes les mesures d’atténuation proposées dans l’EIE pour le parc éolien Turkana soient mises en œuvre, et de fournir un rapport sur les avancées effectuées pour en atténuer les impacts sur le bien ;
  14. Demande finalement à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2019, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 43e session en 2019.

Décision adoptée: 42 COM 8C.1

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné les rapports sur l’état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial (WHC/18/42.COM/7B, WHC/18/42.COM/7B.Add et WHC/18/42.COM/7B.Add.2) et les propositions d'inscription sur la Liste du patrimoine mondial (WHC/18/42.COM/8B et WHC/18/42.COM/8B.Add),
  2. Décide d’inscrire le bien suivant sur la Liste du patrimoine mondial en péril :