1.         Liverpool – Port marchand (Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord) (C 1150)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2004

Critères  (ii)(iii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1150/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1150/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Octobre 2006: mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / ICOMOS

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Projets de développements urbains:

a) Absence de gestion globale des nouveaux projets d’aménagement;

b) Absence d'analyse et de description des caractéristiques du paysage urbain associées à la valeur universelle exceptionnelle du bien et des perspectives remarquables associées au bien et à sa zone tampon;

c) Absence de règles établissant clairement la hauteur maximum des nouvelles constructions, que ce soit aux alentours des zones du patrimoine mondial ou le long des quais;

d) Absence de prise de conscience par les promoteurs, les professionnels du bâtiment et le grand public du bien du patrimoine mondial, de sa valeur universelle exceptionnelle et des exigences de la Convention du patrimoine mondial.

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1150/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2011

Le 25 février 2011, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation, suivi par l’envoi d’informations complémentaires le 5 avril 2011, en réponse à la demande du Centre du patrimoine mondial de fournir de détails concernant l’aménagement proposé de « Liverpool Waters ». Des informations préliminaires sur cette proposition d’aménagement des bassins de Liverpool avaient déjà été données en 2010, conformément aux dispositions du paragraphe 172 des Orientations.

L’aménagement proposé couvre une superficie de 60 ha à l’intérieur du bien et de sa zone tampon, au nord de Pier Head. Il s’étend sur quelque 2 km le long des quais et porte sur cinq docks en eaux libres : Bramley Moore Dock, Nelson Dock, Salisbury Dock, Collingwood Dock, (tous protégés et classés catégorie II), Princes Dock, Princes Half-Tide Dock et East Waterloo Dock, tandis que d’autres anciennes zones de docks appartenant au West Waterloo Dock et Trafalgar Dock ont été précédemment comblées.

Le site des docks est un espace gagné sur la mer – une caractéristique du développement des docks de Liverpool – et borné par la Mersey à l’ouest et par le mur des docks [Dock Wall] les entrepôts de tabac à l’est. Les docks se caractérisent par leur construction monumentale et les matériaux utilisés, le granit et le grès, de même que le mur de la rivière et de la majeure partie du mur des docks, construits avec des blocs de granit cyclopéens. Quelques uns des accès d’origine ont été dotés de loges d’entrée, construites en brique et en granit, et d’entrées monumentales. Les docks abritaient à l’origine des entrepôts de transit, linéaires et à un étage, le long des quais, avec des installations auxiliaires comme des loges d’entrée, des grues et une voie ferrée en hauteur. D’un point de vue historique, le site avait la réputation d’être une zone de faible hauteur, utilitaire et industrielle.

Une demande de permis de construire concernant le plan directeur a été soumise dans ses grandes lignes en octobre 2010. Elle comporte des propositions pour 9.152 unités résidentielles, 305.499 m2 d’espace commercial, 69.735 m2 réservés à des centres hôteliers et de conférence et à des installations pour le commerce de détail, les loisirs et la communauté, et un terminal pour bateaux de croisière. Le projet propose un aménagement d’une forte densité et prévoit l’implantation de deux ensembles de bâtiments de grande hauteur, avec des tours s’élevant jusqu’à environ 195 mètres, et d’une série d’immeubles de taille moyenne, d’une hauteur approchant 45 mètres, le long des quais. Plusieurs bâtiments possèdent des parkings souterrains. Ce projet devrait se dérouler sur une période d’au moins 30 ans.

Étant donné que l’étude d’impact environnemental soumise par le promoteur a omis d’étudier d’une manière appropriée l’impact des propositions sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien et compte tenu de l’envergure du projet, le rapport de l’État partie contenait une étude d’impact indépendante et distincte, commandée par English Heritage, le conseiller du gouvernement sur l’environnement historique. Ce rapport détaillé était basé sur la déclaration de valeur universelle exceptionnelle déjà approuvée et examinait l’impact sur ses attributs. Cette étude a abouti à la conclusion générale que les propositions conduiraient à générer une série d’impacts négatifs sur la VUE (nombre d’entre eux étant d’une ampleur considérable) et que, d’une manière générale, ces impacts seraient extrêmement préjudiciables à la valeur universelle exceptionnelle.

Pour donner des détails, l’évaluation a considéré que la relation vitale du bien avec la rivière serait gravement compromise par la présence d’immeubles de hauteur moyenne sur le quai ; un deuxième ensemble de bâtiments de grande hauteur porterait atteinte à la lisibilité de Central Docks et du centre de la ville avec ses commerces ; l’effet cumulatif de cet aménagement sera un écrasement des caractéristiques traditionnelles définissant la zone en les opposant à éléments spécifiquement modernes (en d’autres termes, l’accentuation des lignes basses, horizontales et transversales sera remplacée par celle des lignes hautes, verticales et longitudinales) ; l’archéologie souterraine sera compromise par le creusement d’un parking en sous-sol traversant les murs historiques des docks, se prolongeant jusqu’au fond des bassins et pénétrant dans les parties comblées des quais historiques ; et le non-respect des notions fondamentales de forme et de fonction par le projet portera atteinte à l’authenticité. Il est également indiqué que cet aménagement n’est pas conforme aux politiques locales et nationales, notamment au plan de développement urbain du Conseil municipal de Liverpool.

Le plan de gestion du bien, dont des parties ont été approuvées en tant que critères de planification supplémentaires suivant les recommandations de la mission de 2006, n’a pas non plus été respecté. L’un des objectifs du plan établit que le Conseil municipal de Liverpool « s’assurer[a] que le nouvel aménagement respecte la signification du site et est approprié à la texture urbaine historique et au contexte du paysage urbain et de son architecture”. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives observent que le plan directeur a progressé jusqu’à présent, bien qu’il ne soit pas conforme au plan de gestion du bien ni avec le plan de développement urbain. Au moment de l’inscription, la protection du bien avait été acceptée sur la base d’une planification adéquate et de mécanismes de contrôle du développement. La mission de 2006 a souligné le caractère impressionnant du système de planification mis en place et déclaré qu’il était admis que “l’inscription exigerait l’établissement d’un régime plus strict de contrôle de la planification, basé sur une analyse et une description minutieuses des caractéristiques du paysage urbain et du sens du lieu. Ces éléments devraient alors être pris comme point de départ pour dégager un consensus en amont sur l’étendue et la portée de l’aménagement à l’intérieur et autour du bien du patrimoine mondial et sur les voies et les moyens d’y parvenir. Les avantages consisteraient en une plus grande cohérence dans la prise de décision et une plus grande clarté pour le public dans son ensemble, y compris les promoteurs et les groupes locaux de conservation du patrimoine, et le Comité du patrimoine mondial. La mission précisait également que « pour l’instant, aucun contrôle réglementaire supplémentaire ne découle de l’inscription du site sur la Liste du patrimoine mondial, bien que, conformément aux critères de planification, l’importance internationale d’un site du patrimoine mondial doit être prise en compte en tant que principal élément matériel par les autorités de planification locales, lorsqu’elles se prononcent sur les demandes de permis de construire et les demandes d’autorisation concernant des bâtiments classés ».

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives soulignent le fait que l’aménagement proposé a été présenté dans l’étude d’impact indépendante comme représentant une menace majeure pour le bien, qui aura des conséquences irréversibles. En cas de construction, l’ensemble de la zone engloutirait complètement les docks historiques et le seul élément qui resterait visible serait l’eau entre les bâtiments. Les entrepôts de tabac situés en arrière seraient éclipsés et l’on s’apercevrait qu’il n’y aurait aucun moyen de « lire » les docks historiques depuis la rivière ni de comprendre leur association avec les entrepôts, le mur des docks et le quartier marchand avec ses Trois Grâces (Royal Liver Building, Cunard Building, Port of Liverpool Building). L’intégrité et l’authenticité du bien seraient gravement compromises et la valeur universelle exceptionnelle serait menacée.

Décision adoptée: 35 COM 7B.118

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-11/35.COM/7B.Add,

2. Exprime sa vive inquiétude quant à l'aménagement proposé des bassins de Liverpool, en termes d'impact potentiel de la densité de ses constructions de grande et moyenne hauteur sur la forme et la conception des docks historiques et, par conséquent, sur la valeur universelle exceptionnelle du bien;

3. Note que l'étude d'impact indépendante commandée par English Heritage présente clairement l'impact négatif portant gravement atteinte à la valeur universelle exceptionnelle du bien;

4. Note également que l'aménagement proposé n'est pas conforme au plan de gestion du bien ni au plan de développement urbain de Liverpool;

5. Prie instamment l'Etat partie d'assurer que ces propositions ne sont pas approuvées, faute de quoi cela pourrait conduire à envisager la perte de la valeur universelle exceptionnelle du bien;

6. Demande à l'Etat partie d'inviter, dès que possible, une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS pour évaluer les procédures de planification et les stratégies générales de développement du bien;

7. Demande également à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2012, un rapport mis à jour sur l'état de conservation du bien et sur la mise en œuvre de ce qui précède, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 36e session en 2012.