1.         Vat Phou et les anciens établissements associés du paysage culturel de Champassak (République démocratique populaire lao) (C 481)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2001

Critères  (iii)(iv)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/481/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1999-1999)
Montant total approuvé : 13 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/481/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : Projet financé par le Japon : 379 040 dollars EU (1996-97) ; Projets financés intégralement par l’Italie par l’intermédiaire de la Fondation Lerici : 482 194 dollars EU (1996-2004 ; 3 phases) : Phase I (1996-1997) = 161 124 dollars EU , Phase II (1998-1999) = 164 000 dollars EU, Phase III (2003-2005) = 157 070 dollars EU

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Construction d’une nouvelle infrastructure avec proposition de nouvelle route

b) Absence de mécanisme de gestion coordonnée

c) Parc de stationnement et centre d’accueil des visiteurs

d) Insuffisance du personnel spécialisé

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/481/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2011

À la suite de la mission d’enquête de l’UNESCO en décembre 2010, l’Etat partie a été informé de l’examen de l’état de conservation du bien.

En 2002, l’attention du Comité du patrimoine mondial a été attirée sur la possibilité que soit construite une nouvelle route traversant Vat Phou et les anciens établissements associés du paysage culturel de Champassak. Cette préoccupation a été notée par le Comité du patrimoine mondial à sa 27e session (Paris, 2003) dans une décision où il demande à l’Etat partie de « soumettre un levé topographique détaillé de la nouvelle route nord-sud afin de limiter le plus possible tout impact négatif que cette route pourrait avoir sur les Zones 1, 2, 3 ou 4, en précisant les mesures de protection prises ou envisagées » (décision 27 COM 7B.51). 

En avril 2010, après une longue période d’inactivité concernant la construction de la route, l’UNESCO a reçu des informations selon lesquelles les travaux de construction de la route 14A avaient commencé et son tracé devait traverser les Zones 1 et 3 du bien. L’Etat partie a été dûment avisé par le Centre du patrimoine mondial que les dommages potentiels résultant des travaux de construction étaient contraires à la législation en vigueur et aux dispositions relatives à la gestion et pouvaient mettre en péril la valeur universelle exceptionnelle du bien, ce qui est un motif d’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Afin d’évaluer sur place l’urgence de la situation, une mission d’enquête de l’UNESCO a été entreprise du 14 au 17 décembre 2010 à la demande du ministère de l’Information et de la Culture de la RDP Lao. Selon le compte rendu de la mission, les plans de construction de la route fournis par l’Etat partie montrent que, sur une longueur totale d’une soixantaine de kilomètres, un tronçon de la route 14A de 18 km traversera la Zone 1 du bien (Zone de protection du patrimoine culturel et du paysage culturel de Champassak), du kilomètre 25 à Phaphin au kilomètre 43 dans le village de Ban Dontalat. La route comporte deux voies ainsi que les bretelles de sortie/accès, les ponts et les structures de drainage associés. Du kilomètre 25 au kilomètre 29, les travaux consistent en l’élargissement d’une route actuelle. Du kilomètre 29 au kilomètre 34, ils consistent à construire un nouveau tracé de route, avec trois ponts enjambant des rizières et des zones adjacentes désignées Zone 3 (Zone d’étude archéologique), notamment l’ancienne ville. Du kilomètre 34 au kilomètre 35, la route contourne le village de Ban Tang Kob. Du kilomètre 35 au kilomètre 41, la route actuelle sera modernisée et du kilomètre 42 au kilomètre 43, une déviation sera construite autour du village de Ban Dontalat. Le projet comprend également des propositions de modernisation de la route qui traverse la ville de Champassak proprement dite, en passant dans la ville ancienne (désignée Zone 3), avec construction de trottoirs et du réseau de drainage associé.

Les travaux de construction de la route ont démarré début 2010. Ils ont avancé rapidement en 2010, si bien que divers tronçons à l’intérieur du bien du patrimoine mondial avaient atteint en janvier 2011 des degrés divers d’avancement. A l’exception d’une Etude environnementale initiale réalisée en 2002et de fouilles effectuées dans sept tranchées archéologiques en octobre et novembre 2010, période pendant laquelle les travaux de construction ont été arrêtés temporairement, aucune autre étude approfondie d’impact sur le patrimoine n’a été effectuée par l’Etat partie.

À la demande de l’Etat partie, une évaluation d’impact rapide a été entreprise en janvier-février 2011 par une mission d’expert diligentée par le bureau de l’UNESCO à Bangkok. Sur la base des résultats de l’évaluation, il a été conclu que la construction et l’exploitation envisagée de la route, dans sa conception actuelle, auront un impact irréversible sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. La route aura un impact sur le paysage culturel, les vestiges archéologiques enfouis et les terrassements permanents. Le tracé de la route traverse le paysage culturel et génère des impacts visuels et culturels négatifs. D’importants vestiges archéologiques situés à proximité immédiate de certaines parties du tracé de la route ont déjà été touchés. Les mesures d’atténuation proposées par l’Etat partie, telles que planter des arbres le long de la route, ont été jugées inadéquates ou inappropriées. La mission d’expert a formulé deux séries de recommandations : premièrement, des mesures d’atténuation à mettre en œuvre immédiatement, et deuxièmement la soumission de propositions de conception et de tracé modifiés pour la nouvelle route ainsi que des plans d’atténuation de ses impacts. Les mesures immédiates d’atténuation sont les suivantes : 

1. Suspension de tous les travaux de construction du kilomètre 29 au kilomètre 34 pour avoir le temps de préparer une nouvelle étude sur les options de tracé, afin de trouver une conception et une localisation qui n’auront pas d’impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. Les options doivent tenir compte du fait qu’une distance minimum de 100 mètres doit être respectée entre le mur de la Vieille ville et le nouveau tracé ;

2. Annulation de la déviation du village de Ban Tang Kob et utilisation de la route actuelle qui traverse le village, réservée à l’accès local.

Outre la route 14A, les autres problèmes qui ont trait à la conservation du bien sont notamment la construction près du musée du site d’un nouveau bâtiment administratif pour les gestionnaires du site, l’augmentation des activités de construction au cours des dix dernières années qui a commencé à modifier le caractère du bien et devrait s’accélérer avec la nouvelle route, et enfin le non-fonctionnement du Comité national de coordination interministérielle, considéré comme un organisme de coordination clé dans le plan de gestion. L’Etat partie a fait des progrès dans le domaine de la restauration du complexe du temple de Vat Phou, grâce à une aide technique bilatérale de la France, de l’Inde et de l’Italie. Les capacités de l’administration responsable du site ont été renforcées avec sa transformation en département. Un nouveau plan d’action pour 2011-2016 est en cours de préparation avec le soutien du bureau de l’UNESCO à Bangkok ; à condition qu’il soit correctement mis en œuvre, il devrait aider à résoudre ces problèmes de conservation et de gestion à plus long terme.

Le 25 Avril 2011, le Centre du patrimoine mondial a reçu des informations au sujet d'un projet d'approvisionnement en eau, d'inclure des compteurs d'eau de 25 mètres de hauteur, qui seront financés par la Banque asiatique du développement (BAD). Il est entendu que ceux-ci sont en dehors de la limite du bien, mais pourraient avoir un impact visuel sur le bien et qu'aucune évaluation d'impact sur le patrimoine culturel n'a été réalisée.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent avec une vive inquiétude qu’en dépit de la demande d’informations sur la route envisagée formulée en 2003 par le Comité et des demandes répétées du Centre du patrimoine mondial, les travaux ont commencé sans que des levés topographiques détaillés et des plans d’atténuation aient été soumis et sans qu’une étude complète d’impact sur le patrimoine culturel ait été effectuée pour tenir compte de l’impact des propositions sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. Les travaux sont donc en contravention avec le paragraphe 172 des Orientations.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent que sept tranchées archéologiques ont été fouillées par le ministère de l’Information et de la Culture en octobre et novembre 2010, période pendant laquelle la construction de la route a été momentanée arrêtée. Mais cette étude s’est limitée aux vestiges archéologiques subsuperficiels dans les sept zones sélectionnées et ne constitue pas une étude d’impact complète de l’ensemble du bien et de sa valeur universelle exceptionnelle.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent les recommandations de mesures d’atténuation immédiate proposées par la mission d’évaluation rapide de l’impact sur le patrimoine, diligentée par l’UNESCO en janvier-février 2011, et considèrent que les travaux de construction des routes envisagées doivent cesser immédiatement, en attendant qu’une étude approfondie de la totalité du projet soit entreprise en tenant compte de son impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent qu’en l’absence d’engagement ferme et de volonté de revenir sur une partie des travaux entrepris jusqu’à présent, le bien est menacé par des dangers graves et précis, comme il est indiqué au paragraphe 177 des Orientations

Décision adoptée: 35 COM 7B.72

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-11/35.COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 27 COM 7B. 51, adoptée à sa 27e session (UNESCO, 2003),

3. Regrette que l'Etat partie n'ait pas fourni au Centre du patrimoine mondial le relevé topographique détaillé relatif à la construction de la nouvelle route nord-sud et les mesures d'atténuation prévues, comme l'avait demandé le Comité du patrimoine mondial et comme l'a demandé à deux reprises le Centre du patrimoine mondial en 2010 ;

4. Note avec une vive inquiétude que la construction de la nouvelle route a débuté et a progressé rapidement et de façon substantielle en 2010, notamment dans les Zones 1 et 3 du bien ;

5. Note également les recommandations de la mission d'évaluation rapide effectuée par l'UNESCO en janvier-février 2011, en particulier la nécessité d'étudier des options pour modifier le tracé et réduire les proportions de la route à l'intérieur du bien et de son cadre ;

6. Demande à l'Etat partie de suspendre immédiatement tous les travaux de construction depuis le kilomètre 25 jusqu'au kilomètre 34 afin de prendre le temps pour une évaluation détaillée de l'impact du projet de construction de la route sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, conformément au Guide de l'ICOMOS sur les évaluations de l'impact sur le patrimoine pour les biens culturels du patrimoine mondial, et pour l'étude d'options alternatives de tracé ;

7. Demande également à l'Etat partie d'entreprendre une étude d'évaluation de l'impact sur le patrimoine culturel des réservoirs d'eau proposés et de la soumettre au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives avant tout engagement ; 

8. Demande en outre à l'Etat partie d'inviter de toute urgence en 2011 une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM, afin d'étudier les autres options possibles pour la construction de la route concernée, en tenant compte de son impact sur la valeur universelle exceptionnelle et d'entreprendre une évaluation détaillée de l'état de conservation du bien et de son système de gestion ;

9. Demande par ailleurs à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2012, un rapport sur l'état de conservation du bien et en particulier sur la mise en œuvre des mesures d'atténuation susmentionnées, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 36e session en 2012.