1.         Réserves de la cordillère de Talamanca-La Amistad / Parc national La Amistad (Costa Rica,Panama) (N 205bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1983

Critères  (vii)(viii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/205/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1982-1997)
Montant total approuvé : 276 350 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/205/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé: 30 000 dollars EU du Fonds de Réponse Rapide

Missions de suivi antérieures

Février 2008 : mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN ; décembre 2011 : mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN ; janvier 2013 : mission suivi réactif de l’UICN ; janvier 2016 : mission suivi réactif de l’UICN

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/205/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2016

Le 3 février 2016, un rapport conjoint sur l’état de conservation du bien a été soumis par les États parties du Costa Rica et du Panama. En janvier 2016, une mission de suivi réactif a été accueillie sur le bien. Les deux rapports sont disponibles à l’adresse https://whc.unesco.org/fr/list/205/documents.

Les informations suivantes sont communiquées dans le rapport conjoint soumis par les deux États parties :

Le 12 avril 2016, l’État partie du Panama a soumis des informations complémentaires, incluant le plan d’amélioration de l’étude d’impact sur l’environnement (EIE) pour Changuinola II à partir de 2014 et le rapport sur l’évaluation de base de la biodiversité et de la qualité de l’eau dans la région, susceptibles d’être affectées par sa construction.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Les informations communiquées par les États parties, selon lesquelles plusieurs facteurs affectant le bien (agriculture, construction de routes, exploitation minière) n’ont pas progressé et la collaboration transfrontalière s’est améliorée, sont favorablement accueillies. Cependant, la gestion des différentes aires protégées qui composent le bien ne s’est pas améliorée, à l’instar du manque de personnel et du manque de fonds de ses autorités de gestion. Les signalements de cultures illégales en hausse dans la partie costaricaine du bien sont très préoccupants : bien que n’affectant que de petites superficies au sein du bien, cela a des conséquences directes pour la sécurité des habitants et des gardes.

Le fait que le projet hydroélectrique se poursuive dans le voisinage immédiat du bien au Panama, sans qu’une EES globale pour le bien n’ait été réalisée, soulève de vives inquiétudes. Par sa décision 39 COM 7B.28, le Comité considérait que « tout développement de nouveau projet d’hydroélectricité avant la finalisation de l’EES conduirait à l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril ». Les préparatifs actuels pour la construction d’un nouveau barrage hydroélectrique sur la rivière Changuinola (Changuinola II/CHAN140), près des limites du bien, représentent clairement ce développement de nouveau projet d’hydroélectricité.

La mission de suivi réactif a noté que le ministère de l’Environnement avait demandé l’élaboration d’une EES pour la partie panaméenne du bien et a jugé que cette dernière, en plus d’avoir une bonne conception initiale, ciblait la Valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien et était coordonnée par une équipe de spécialistes internationalement reconnus. Toutefois, la décision de construire le barrage Changuinola II/CHAN140 a déjà été prise et des mesures préparatoires mises en place, notamment des dispositions de réinstallation pour les populations locales qui seraient affectées. La mission a également noté que la construction de CHAN140 est programmée pour débuter mi-2016. Par conséquent, la réalisation et l’approbation de l’EES avant que ne débute la construction de CHAN140 sont très improbables. Il est donc recommandé que le Comité du patrimoine mondial demande à l’État partie du Panama d’arrêter le projet Changuinola II/CHAN140 et tout autre projet hydroélectrique en cours afin que les résultats de l’EES puissent être pris en compte dans ces projets.

La mission, tout comme les États parties, confirment également que les barrages hydroélectriques déjà en service ont engendré des dommages irréversibles localisés sur la biodiversité dulcicole et ont conclu que la construction d’un barrage sur la rivière Changuinola et l’inondation d’une nouvelle zone auraient des impacts cumulés sur la biodiversité dulcicole.

En adéquation avec les observations de la mission, il est considéré qu’en raison de la poursuite du développement du projet hydroélectrique, un nouveau barrage ayant été approuvé alors qu’aucune EES générale n’a été réalisée, les impacts cumulés actuels et potentiels des aménagements en cours de centrales hydroélectriques représentent un péril à la fois avéré et potentiel, respectivement, pour la VUE du bien conformément au paragraphe 180 des Orientations. Il est par conséquent recommandé que le Comité du patrimoine mondial inscrive le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril et demande à l’État partie du Panama de mettre en œuvre les mesures correctives recommandées par la mission.

Décision adoptée: 40 COM 7B.72

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/16/40.COM/7B.Add,
  2. Rappelant la décision 39 COM 7B.28, adoptée à sa 39e session (Bonn, 2015),
  3. Félicite les États parties du Costa Rica et du Panama pour les progrès accomplis dans le renforcement de la coopération transfrontalière et de la stabilisation des menaces qui pèsent sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien résultant de l’empiètement agricole et du pâturage de bétail, ainsi que de la construction de routes et de projets d’exploitation minière potentiels ;
  4. Note avec inquiétude les cultures illégales dans la partie costaricaine du bien et ses implications pour la sécurité et demande à l’État partie du Costa Rica de poursuivre ses efforts pour résoudre ce problème ;
  5. Regrette vivement que, en dépit des décisions antérieures du Comité, un nouveau projet hydroélectrique sur la rivière Changuinola (Changuinola II ou CHAN 140) ait été approuvé et des mesures préparatoires déjà prises, sans que l’évaluation environnementale stratégique (EES) requise concernant tout le bien, n’ait été finalisée ;
  6. Réitère sa position selon laquelle tout développement de nouveau projet hydroélectrique avant finalisation et examen appropriés de l’EES concernant tout le bien, conduirait à son inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril ;
  7. Notant le commencement du processus d’EES pour le bien par l’État partie du Panama et l’engagement de l’État partie du Costa Rica quant à son extension potentielle à l’ensemble du bien transfrontalier, conformément aux normes procédurales nationales et bonnes pratiques internationales, y compris la Note consultative de l’UICN sur le patrimoine mondial : l’évaluation environnementale,  et demande également aux deux États parties de soumettre la version conjointe finale de l’EES au Centre du patrimoine mondial pour examen par l’UICN ;
  8. Prenant en considération l’engagement exprimé par l’État partie du Panama afin de mettre en œuvre les recommendations formulées par la mission de suivi réactif de 2016, notamment d’utiliser les résultats de l’EES comme des lignes directrices pour la planification et l’exécution de tout nouveau grand projet d’aménagement d’infrastructures dans le bien et ses environs y compris le projet hydroélectrique CHAN140 récemment approuvé, note qu’un certain nombre d’étapes supplémentaires seront requises ultérieurement, comme cela a été défini dans l’ESS, notamment la préparation d’ici à 2018 d’une évaluation globale des impacts cumulatifs ;
  9. Demande en outre aux deux États parties d’établir des mécanismes appropriés afin de respecter leurs engagements, ainsi que d’éviter et d’atténuer tout impact sur la VUE du bien, et enfin de soumettre au Centre du patrimoine mondial des informations supplémentaires sur des actions concrètes qui seront proposées à cet égard ;
  10. Prend note également de l’engagement exprimé par l’État partie du Panama pour renégocier le contrat de concession avec l’hydroélectrique Hidroecológica del Teribe S.A. (Bonyic) dans le but de respecter les résultats de l’EES, y compris la mise en œuvre des accords conclus avec les communautés autochtones dans le cadre de l’élaboration de l’EES ;
  11. Demande par ailleurs à l’Etat partie du Panama, en concertation avec l’Etat partie du Costa Rica, d’élaborer un programme de suivi biologique à long terme afin de mettre en oeuvre les mesures d’atténuation qui minimisent les impacts négatifs causés par les deux projets hydrolélectriques sur la biodiversité des milieux dulcicoles des rivières Changuinola et Bonyic ;
  12. Demande de plus aux États parties de mettre en œuvre toutes les autres recommandations formulées par la mission de suivi réactif de 2016 ;
  13. Demande enfin aux États parties de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2017, un rapport actualisé conjoint sur l’état de conservation du bien et la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 41e session en 2017, afin de considérer, en cas d’absence d’avancées significatives quant à la mise en œuvre de ces recommandations, l’éventuelle inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.