1.         Venise et sa lagune (Italie) (C 394)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1987

Critères  (i)(ii)(iii)(iv)(v)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/394/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/394/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Programme pour la sauvegarde de Venise : plus de 1500 projets totalisant plus de 50 millions d’euros.

Missions de suivi antérieures

Octobre 2015 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/RAMSAR

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/394/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2016

L'État partie a soumis, les 30 janvier et 1er décembre 2015, un rapport d’avancement sur l’état de conservation du bien et un rapport sur l’état de conservation concernant la mise en œuvre de la décision du Comité, tous deux disponibles à https://whc.unesco.org/fr/list/394/documents/. Le rapport sur l’état de conservation reflète les contributions des 21 autorités impliquées dans la gestion du bien, au travers de son Comité directeur, indiquant que :

Comme demandé par le Comité du patrimoine mondial, à sa 38e session (Doha, 2014), une mission conjointe de suivi réactif UNESCO/ICOMOS/RAMSAR a été invitée par l’État partie et a eu lieu du 13 au 18 octobre 2015. Le rapport de la mission sera disponible à l’adresse suivante : https://whc.unesco.org/fr/list/394/documents/.

Alors que la mission a noté d’importants progrès accomplis dans l’élaboration d’un plan de gestion intégrée et la création d’un Comité directeur, elle a conclu que des propositions d’aménagements à grande échelle pour des projets d’infrastructures, de navigation et de construction dans la lagune et son cadre immédiat pourraient entraîner des changements irréversibles dans la relation générale entre la  ville et sa lagune, en particulier en combinaison avec les aménagements et transformations qui ont déjà eu lieu dans les établissements urbains de la ville historique depuis l’inscription du bien.

La mission a exprimé sa préoccupation au sujet du trafic important et de l’exploitation inappropriée des ressources de la lagune, qui pourraient contribuer à une grave dégradation de cet espace, si les autorités ne prennent pas de mesures immédiates.

La mission a observé que la relation entre la capacité d’accueil de la ville, le nombre de ses habitants et celui des touristes est déséquilibrée, causant d’importants dommages au tissu bâti et au contexte culturel, surtout en raison de la transformation de résidences pour l’hébergement de touristes. Un manque d’entretien de bâtiments est également constaté.

La mission a eu des discussions avec des autorités locales et nationales sur des mesures appropriées à court, moyen et long terme, dont la mise en œuvre pourrait être recommandée pour traiter les menaces potentielles et, également, protéger tous les attributs traduisant la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien.

S’appuyant sur l’évaluation de l’état de conservation général du bien et sur l’analyse de la situation concernant la planification de tous les grands projets d’aménagements à l’intérieur du bien et dans son environnement, la mission a élaboré ses recommandations, qui sont présentées dans le rapport. La mission a considéré  que l’état de conservation du bien subit l’impact de facteurs qui affectent, ou ont le potentiel d’affecter, sa VUE, conformément au paragraphe 179 des Orientations, et rendent son authenticité et son intégrité extrêmement vulnérables.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Dans le plan de gestion 2012‑2018, l’État partie reconnaît que « la vieille ville est maintenant menacée aussi bien par des facteurs matériels qui risquent de compromettre les objectifs de la conservation physique – abandon ou, inversement, usure excessive, mouvement ondulatoire de l’eau, fortes marées – que par des facteurs immatériels générés par la façon dont la ville est utilisée ». Il est noté que la mission a trouvé que cette déclaration était d’une pertinence alarmante.

Il est conclu qu’une combinaison de constructions et de transformations qui ont déjà eu lieu dans les établissements de la ville historique, ainsi que de grands projets d’aménagements proposés sur le pourtour de la lagune, parmi lesquels une extension de l’aéroport, le dragage de nouvelles voies de navigation en eau profonde, de nouveaux terminaux portuaires (pétrole et gaz, conteneurs, passagers de croisière), et la conversion en cours de bâtiments à des fins touristiques ont la capacité de causer des dommages irréversibles à la VUE du bien. Ces dommages incluraient une grave détérioration des systèmes écologique et culturel de la lagune, et de la cohérence architecturale et urbanistique de la ville historique, aboutissant à une perte importante d’authenticité et d’intégrité.

Bien que des progrès aient été réalisés en matière d’approche intégrée de la gestion de la lagune en tant qu’écosystème, dont dépendent les activités et établissements humains, l’absence de coordination est plus grande entre des aspects culturels et naturels du bien dans son ensemble. Des plans d’interventions importantes pour la lagune, y compris des projets associés pour différents ports, sont susceptibles d’entraîner des effets négatifs sur l’écosystème et les valeurs culturelles du bien. Les vannes artificielles (MOSE) sont susceptibles de nécessiter des adaptations suite aux opérations initiales, en fonction de nouvelles informations et d’une compréhension croissante des modifications de l’environnement induites par le changement climatique et l’élévation du niveau de la mer.

Compte tenu de ces conséquences majeures négatives pour la lagune et ses systèmes écologique et culturel, il est nécessaire d’examiner de toute urgence des solutions à long terme, sur la base de modélisations intégrées, et au travers d’évaluations des conséquences probables des différents projets sur l’écosystème de la lagune et de la VUE du bien dans son ensemble.

Le bien exige une amélioration immédiate des outils de planification disponibles au travers de la création d’une stratégie intégrée pour tous les aménagements en cours ou prévus à l’intérieur du bien, d’un modèle morphologique tridimensionnel et d’une stratégie de tourisme durable, ces points devant tous se refléter dans un plan de gestion actualisé. Cette approche révisée de la planification doit également se fonder sur une vision partagée par des autorités et des parties prenantes, qui permette de donner la priorité au soutien de la VUE du bien, à son paysage et à son cadre maritime.

Il est recommandé que l’État partie mette en place tous les cadres stratégiques, de planification et de gestion nécessaires, de mettre en vigueur, en tant que mesures à court terme, des limites de vitesse et une réglementation pour le nombre et le type de bateaux pénétrant dans la lagune, en vue d’interdire à l’avenir aux plus grands navires et aux pétroliers l’entrée dans la lagune, comme déjà recommandé par le Comité. De plus, les autorisations doivent être suspendues pour tous les nouveaux projets, avant l’évaluation à mi‑parcours du plan de gestion et avant la soumission d’informations détaillées sur des aménagements proposés, ainsi que des EIP et de l’évaluation environnementale stratégique (EES), au Centre du patrimoine mondial, conformément au paragraphe 172 des Orientations.

II est par conséquent recommandé que l’État partie mette en œuvre toutes les mesures urgentes mises en évidence dans le rapport de la mission et soumette au Comité du patrimoine mondial un rapport détaillé sur l’état de conservation d’ici le 1er février 2017, de façon que, si aucune avancée importante n’est effectuée par l’État partie d’ici là, le Comité envisage d’inscrire le bien sur la Liste du  patrimoine mondial en péril à sa 41e session en 2017.

Décision adoptée: 40 COM 7B.52

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/16/40.COM/7B.Add,
  2. Rappelant la décision 38 COM 7B.27, adoptée à sa 38e session (Doha, 2014),
  3. Exprime son extrême préoccupation face à la combinaison d’aménagements précédents, de transformations en cours et de projets proposés à l’intérieur du bien, qui menacent de causer une grave détérioration des systèmes écologique et culturel de la lagune et des changements irréversibles dans la relation d’ensemble entre la ville et sa lagune, ainsi que la perte de cohérence architecturale et urbanistique de la ville historique, tous ces facteurs pouvant entraîner une perte d’authenticité et d’intégrité importante et irréversible ;
  4. Considère que le bien exige une amélioration immédiate des outils de planification disponibles au travers de la création de :
    1. une stratégie intégrée pour tous les aménagements en cours et prévus à l’intérieur du bien,
    2. un modèle morphologique tridimensionnel et
    3. une stratégie de tourisme durable,
      qui doivent tous se refléter dans un plan de gestion actualisé pour le bien ; cette approche révisée de la planification doit également être fondée sur une vision partagée par des autorités et des parties prenantes, qui permette de donner la priorité au soutien de la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien, à son paysage et à son cadre maritime ;
  5. Réitères sa demande à l’État partie de mettre en vigueur des limites de vitesse et de réglementer le nombre et le type de bateaux autorisés dans la lagune et sur les canaux ;
  6. Réitère également sa demande à l’État partie d’adopter de toute urgence un document légal instaurant pour les plus gros navires et pétroliers une interdiction d’accès à la lagune et demande à l’État partie de mettre en place tous les cadres stratégiques, de planification et de gestion nécessaires à cette fin ;
  7. Demande également à l’État partie de suspendre tous les nouveaux projets à l’intérieur du bien, avant l’évaluation à mi-parcours du plan de gestion, et la soumission d’informations détaillées sur des aménagements proposés, et celle des évaluations d’impact sur le patrimoine (EIP) et de l’évaluation environnementale stratégique (EES), au Centre du patrimoine mondial, conformément au paragraphe 172 des Orientations, pour examen par les organisations consultatives ;
  8. Appuie les recommandations de la mission de 2015 et demande en outre à l’État partie de mettre pleinement en œuvre ces recommandations ;
  9. Demande par ailleurs à l’État partie de réviser la zone tampon proposée pour le bien conformément l’étude technique de l’ICOMOS et de soumettre cette révision au Centre du patrimoine mondial en tant que modification mineure des limites, d’ici le 1er décembre 2016 pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 41e session en 2017 ;
  10. Demande enfin à l’État partie de mettre en œuvre toutes les mesures urgentes soulignées dans le rapport de la mission et de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2017, un rapport détaillé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 41e session en 2017, afin de considérer, si aucune avancée substantielle n’a été effectuée par l’État partie d’ici là, l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.