1.         Zones historiques d'Istanbul (Turquie) (C 356bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1985

Critères  (i)(ii)(iii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/356/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1986-2004)
Montant total approuvé : 452 208 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/356/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé: 211 900 dollars EU (conservation de Sainte-Sophie) ; 36 686,30 dollars EU (Convention France-UNESCO) ; 155 000 dollars EU (dans le cadre de la Campagne internationale de sauvegarde d'Istanbul et Göreme)

Missions de suivi antérieures

Janvier 2000, mai 2001, 2002, décembre 2003, 2004 : missions du Centre du patrimoine mondial ; avril 2006, mai 2008, avril 2009, novembre 2012 : missions de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/356/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2015

Le 30 janvier 2015, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation, lequel est disponible à https://whc.unesco.org/fr/list/356/documents/. Ce rapport répond comme suit aux problèmes de conservation soulevés par le Comité. Une réunion a été organisée le 6 mai 2015 entre l’État partie, le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS, à l’occasion de laquelle les points suivants ont été clarifiés :

Les détails suivants sont fournis s’agissant des aménagements spécifiques :

L’État partie signale également les éléments suivants :

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Il est noté que l’État partie a presque finalisé les améliorations apportées au pont de métro traversant la Corne d’Or et que la teinte choisie répond à la recommandation de la mission de 2012.

Il est également noté que la conception du tunnel de l’Eurasie a débuté en 2005, que le contrat a été signé en 2008, que les détails concernant le design du pont ont été finalisés en 2012 (bien qu’aucune information n’ait été fournie à ce sujet lors de la mission de 2012), que le financement était en place en décembre 2012, et que les travaux, qui ont commencé par le côté asiatique en juin 2014, sont actuellement achevés à 50 % environ. L’EIP demandée et l’évaluation des options (dénommée Évaluation du prolongement du tunnel au-delà des murailles terrestres) ont été réalisées après la finalisation des plans et alors que les travaux de construction étaient en cours. L’État partie n’était donc pas en mesure d’évaluer des options pour étendre le tunnel au-delà des murailles terrestres ou pour supprimer l’intersection prévue à Yenikapi, conformément à la demande du Comité, puisque la longueur du tunnel et l’emplacement final des portails avait déjà fait l’objet d’un accord et que « le projet ne faisait état d’aucune flexibilité en termes de temps ou de coûts ». En outre, les questions techniques, environnementales, sociales, culturelles et économiques n’avaient pas fait l’objet d’une évaluation suffisante.

Les plans actuels voient le portail ouest du tunnel émerger vers l’extrémité est de la Péninsule historique, et le boulevard Kennedy Cadesi, actuellement à deux voies, devrait être converti en une bretelle d’autoroute urbaine comprenant entre six et huit voies ainsi qu’un échangeur complexe. L’EIP reconnaît qu’un tel aménagement créera une « barrière spatiale » coupant l’accès à la mer.

Suite à l’EIP, quelques changements ont été effectués, comme le déplacement du bâtiment administratif et de la moitié des équipements de péage du côté asiatique, le changement de configuration à Yenikapi afin d’épargner des vestiges archéologiques enfouis, la réunion de la Tour de Marbre avec les murailles terrestres, et la construction de ponts piétons additionnels. Même s’ils permettront de l’atténuer quelque peu, ces changements ne pourront supprimer l’impact important de l’autoroute à six/huit voies, qui dirigera le trafic routier vers la Péninsule historique et coupera le lien de cette dernière avec la mer de Marmara, qui est l’un des attributs de la Valeur universelle exceptionnelle (VUE).

L’EIP du projet de récupération de terres sur la mer à Yenikapi a également été entreprise après qu’une grande partie des travaux de construction a été achevée, entre février et septembre 2013. Le but de ce projet de récupération de terres sur la mer a été reformulé pour donner priorité à la création de futurs équipements de traitements des eaux, ainsi que pour augmenter la quantité d’espaces verts nécessaires dans le quartier de Fatih et ses environs. Une EIP a été commandée, en conformité avec les recommandations du Centre du patrimoine mondial, mais n’a été conclue qu’après la fin des travaux de remblayage. Cette étude reconnait comme un attribut important de la VUE du bien la silhouette de la Péninsule historique, mais présente en conclusion que, puisque la silhouette qui fait face à la mer de Marmara est d’une valeur bien moins importante que celles faisant face au Bosphore ou à la Corne d’Or, elle ne sera compromise que si le projet de réclamation est visible depuis des points de vue près de la côte. L’impact du projet sur la relation entre la Péninsule historique et la mer ne fait pas l’objet d’une étude spécifique.

Afin de répondre aux inquiétudes exprimées par le Comité quant au fait que le manque de travaux de conservation et de réhabilitation des habitations en bois traditionnelles approchait un seuil critique, une nouvelle Direction pour la restauration et la réparation doit être mise en place au sein du Département des biens culturels. Un protocole est également sur le point d’être signé par les autorités compétentes pour octroyer des prêts à long terme et à faible taux d’intérêt aux propriétaires privés qui possèdent des édifices vernaculaires à des fins d’entretien et de réparation. Une stratégie d’ensemble sur le long terme, visant à l’inversion du processus de détérioration des édifices vernaculaires de style ottoman doit toujours être mise en place.

Les aménagements à Süleymaniye sont en cours bien que la mission ait demandé une revue.

Il est recommandé que le Comité exprime des inquiétudes quant au fait que, pour le tunnel de l’Eurasie et le projet de récupération de terres sur la mer à Yenikapi, les informations nécessaires n’ont été fournies qu’après la finalisation des plans et le début des travaux. En conséquence, pour le tunnel de l’Eurasie, les demandes du Comité de trouver un emplacement alternatif au portail du tunnel ouest n’ont pas pu être prises en compte en détail, et seules des modifications mineures ont été suggérées. Bien que ces dernières puissent être accueillies favorablement, elles ne répondent pas aux problèmes fondamentaux concernant l’impact de la voie d’approche vers le tunnel à six/huit voies, située dans la zone tampon des murailles terrestres, ni à ceux concernant la relation globale entre la Péninsule historique et la mer.

Il est recommandé que le Comité demande à l’État partie d’inviter une mission de suivi réactif pour considérer ces deux projets, et particulièrement pour évaluer leur impacts effectif et potentiel sur la valeur universelle exceptionnelle du bien ainsi que les mesures qui pourraient être mises en place pour mitiger tout impact négatif. La mission pourrait également discuter avec l’État partie de la révision du plan de gestion, et comment celui-ci pourrait inclure des procédures pour s’assurer que des études d’impact et des consultations en bonne et due forme soient effectuées de façon appropriée pour des projets importants, et ce avant que des décisions irréversibles de soient prises, en conformité avec le paragraphe 172 des Orientations.

Décision adoptée: 39 COM 7B.83

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC-15/39.COM/7B.Add,
  2. Rappelant la décision 37 COM 7B.85, adoptée à sa 37e session (Phnom Penh, 2013),
  3. Accueille favorablement les efforts fournis par l’État partie pour revoir le plan de gestion pour le bien et note que cette révision doit être finalisée pour mi-2015 ;
  4. Note également la soumission par l’État partie de l’évaluation d’impact sur le patrimoine (EIP) du tunnel de l’Eurasie ainsi que de l’évaluation requise des options, mais regrette qu’elles n’aient été entreprises qu’à un stade avancé plutôt qu’au stade de conception, et qu’en conséquence, un nombre restreint d’options ont pu être envisagées ;
  5. Réitère son avis que le nouvel accès au tunnel par une autoroute à six/huit voies aurait un impact négatif très important sur les murailles maritimes, la Tour de Marbre, et sur l’ensemble des liens entre la Péninsule historique et la mer, qui est l’un des attributs de la Valeur universelle exceptionnelle (VUE) ;
  6. Exprime sa préoccupation quant au fait que l’EIP pour le projet de récupération de terres sur la mer à Yenikapi a également été menée alors que les travaux étaient déjà en cours, et note en outre que ce projet s’ajoutera aux impacts négatifs des aménagements antérieurs effectués sur la côte de la péninsule qui donne sur la mer de Marmara ;
  7. Note par ailleurs le besoin urgent d’un plan intégré pour la côte de la péninsule et les espaces ouverts qui environnent les murailles terrestres théodosiennes, conformément aux recommandations de la mission de 2012 ;
  8. Accueille également favorablement le projet de l’État partie de créer une nouvelle Direction pour la restauration et la réparation, au sein du Département des biens culturels, ainsi que la proposition d’un protocole pour octroyer des prêts aux propriétaires privés d’édifices vernaculaires à des fins d’entretien et de réparation; et réitère la nécessité de mettre en place une stratégie d’ensemble pour la conservation sur le long terme des édifices vernaculaires ;
  9. Exprime également sa préoccupation quant au fait que plusieurs projets importants ont été élaborés sans que des évaluations d’impact appropriées aient été entreprises avant leur approbation ou le début des travaux, et sans qu’une notification formelle soit adressée au Centre du patrimoine mondial conformément au paragraphe 172 des Orientations, et considère que des progrès doivent être faits quant à la révision du plan de gestion, afin que ces problèmes procéduraux puissent être traités au sein d’une structure de gouvernance révisée ;
  10. Demande à l’État partie d’inviter sur le bien, dès que possible, une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS, afin d’étudier les impacts du projet de l’autoroute à six/huit voies sur la VUE du bien et les mesures d’atténuation possibles ; d’étudier l’impact du projet de récupération de terres sur la mer à Yenikapi sur la silhouette de la Péninsule historique ; et globalement d’évaluer la gestion du bien ;
  11. Demande également à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2016, un rapport d’avancement sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés et, d’ici le 1er décembre 2016, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 41e session en 2017, les deux rapports incluant un rapport analytique d’une page.