1.         Parcs nationaux du Lac Turkana (Kenya) (N 801bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1997

Critères  (viii)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/801/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2000-2001)
Montant total approuvé : 35 300 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/801/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Mars 2012 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN 

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/801/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2015

Le 1er février 2015, l’État partie du Kenya a soumis un rapport conjoint sur les discussions bilatérales entre le Kenya et l’Éthiopie (un résumé du rapport peut être consulté à l’adresse suivante : https://whc.unesco.org/fr/list/801/documents/) mais n’a pas soumis de rapport suite aux recommandations faites par le Comité du patrimoine mondial à sa 38e session (Doha, 2014). Le rapport soumis rend compte des éléments suivants :

Du 3 au 7 avril 2015, une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN s’est rendue sur le site des projets du barrage Gibe III et du système d’irrigation Kuraz Sugar en Éthiopie. En outre, une équipe de l’UICN a rencontré les autorités kenyanes les 15 et 16 mai 2015. Les principales conclusions de la mission sont présentées ci-dessous. Cependant, à l’heure de la rédaction du présent rapport, le rapport final de la mission n’était pas encore disponible.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Aucune actualisation détaillée de la mise en œuvre par l’État partie kenyan des recommandations de la mission de 2012 n’est disponible. Cependant, lors de la réunion entre l’équipe de la mission et l’État partie du Kenya les 15 et 16 mai 2015, un certain nombre d’actions exceptionnelles ont été identifiées. Rappelant les conclusions de la mission de 2012 selon lesquelles la VUE du bien, telle que reconnue au titre du critère (x), avait été affectée de façon significative par le considérable déclin des espèces, notamment la girafe réticulée et le zèbre de Grévy, il est noté avec une vive préoccupation qu’aucune donnée de référence sur les espèces de faune sauvage n’est à ce jour disponible, alors que la pression exercée par le pâturage excessif, la surpêche et le braconnage sur les populations de faune sauvage se poursuit. Le Comité est invité à demander à l’État partie du Kenya de mettre en œuvre de toute urgence les recommandations de la mission de 2012 et de rendre compte des progrès accomplis.

Le Comité est invité à accueillir avec satisfaction les discussions bilatérales renforcées entre les États parties du Kenya et d’Éthiopie qui ont abouti à la réunion de janvier 2015 et à la signature du projet conjoint avec le PNUE sur le développement durable. L’intention des États parties de créer un groupe conjoint d’experts en charge de la gestion des ressources naturelles de tout le bassin devrait également être accueillie avec satisfaction.

Toutefois, malgré le dialogue renforcé, il est pris note avec préoccupation de l’absence de progrès, constatée par la mission, dans la réalisation de l’EES qui a été initialement demandée par le Comité dans sa décision 36 COM 7B.3. En outre, malgré la demande insistante du Comité de ne pas entamer le remplissage du barrage avant qu’une EES n’ait été finalisée et examinée par l’UICN, la mise en eau du réservoir Gibe III a débuté en janvier 2015.

Il est pris note avec une vive préoccupation que, selon les prévisions, le barrage atténue de façon permanente l’ampleur des variations naturelles des flux. Cette modification est susceptible d’avoir des impacts sur les stocks de poissons et les espèces de faune sauvage qui dépendent des plaines d’inondation de la rivière Omo et des zones humides le long des rives du lac, représentant ainsi un grave danger potentiel pour la VUE du bien. La baisse de 2 mètres du niveau des eaux du lac pendant le remplissage du barrage est susceptible d’avoir un impact sur l’hydrologie et l’écologie du lac et de menacer encore plus la VUE du bien.

Il conviendrait également de souligner que le développement continu de plantations de canne à sucre et d’autres végétaux dans la vallée de l’Omo peut avoir des impacts significatifs à long terme sur la VUE du bien qui, à ce jour, n’ont pas été correctement évalués. En ce qui concerne Kuraz Sugar, l’impact potentiel total du système d’irrigation prévu (111 650 hectares une fois achevé) doit être évalué de façon détaillée. En conséquence, le Comité est invité à demander à l’État partie d’Éthiopie de différer toute extension supplémentaire du projet jusqu’à la réalisation d’une évaluation d’impact environnemental (EIE) détaillée qui envisage notamment une évaluation spécifique des impacts du développement de l’agriculture irriguée dans la basse vallée de l’Omo sur la VUE du bien. Cette évaluation doit être réalisée au moyen des meilleures données hydrologiques disponibles pour la basse vallée de l’Omo, en tenant compte de ses affluents situés en aval du système d’irrigation de Kuraz Sugar, et de données pluviométriques précises.

En outre, les impacts cumulatifs du développement au Kenya, comme par exemple l’exploration pétrolière et le barrage en activité de Turkwel, et d’autres projets d’aménagement en Éthiopie, tels que les projets déjà présentés de barrages Gibe IV et V, doivent également être envisagés. Afin d’évaluer pleinement ces menaces potentielles pour la VUE du bien, l’achèvement, à titre prioritaire, de l’EES, demandée à l’origine par le Comité dans sa décision 36 COM 7B.3, revêt une importance capitale. Cette EES devrait intégrer une évaluation des impacts cumulatifs de tous les aménagements, en cours ou prévus, dans le bassin de Turkana sur la VUE du bien, conformément à la Note consultative de l’UICN sur le patrimoine mondial consacrée à l’évaluation environnementale.

Le projet de décision présenté ci-dessous pourra être révisé lorsque le rapport final de mission sera disponible.

Décision adoptée: 39 COM 7B.4

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC-15/39.COM/7B.Add,
  2. Rappelant la décision 38 COM 7B.90, adoptée à sa 38e session (Doha, 2014),
  3. Regrette que le rapport soumis par l’État partie du Kenya n’apporte pas d’éléments de réponse aux demandes formulées par le Comité dans le paragraphe 10 de sa décision 38 COM 7B.90 ;
  4. Rappelle les impacts significatifs du braconnage, de la pêche et du pâturage de bétail sur le bien, relatés par la mission de 2012, et demande à l’État partie du Kenya de mettre en œuvre de toute urgence les recommandations exceptionnelles de la mission de 2012 ;
  5. Accueille avec satisfaction les discussions bilatérales renforcées et constructives entre les États parties du Kenya et d’Éthiopie qui ont abouti à l’organisation d’une mission conjointe en janvier 2015 destinée à débattre de l’impact du barrage Gibe III et du système d’irrigation Kuraz Sugar sur le bien du patrimoine mondial du Lac Turkana, et prend note avec satisfaction de l’intention des États parties du Kenya et d’Éthiopie de créer une groupe conjoint d’experts en charge de suivre, sous la direction de l’actuelle Commission ministérielle conjointe Éthiopie-Kenya, la gestion des ressources naturelles de tout le bassin ;
  6. Note également la mise en eau du barrage hydroélectrique Gibe III en janvier 2015, malgré la demande faite par le Comité à l’État partie d’Éthiopie de ne pas entamer le remplissage avant l’achèvement de l’évaluation environnementale stratégique (EES) ;
  7. Prend note avec préoccupation de l’absence de progrès accomplis dans la réalisation par les États parties d’une EES, comme demandée initialement par le Comité dans sa décision 36 COM 7B.3, et prie instamment et vivement les États parties du Kenya et d’Éthiopie de garantir l’achèvement, à titre prioritaire, de l’EES, avec notamment une évaluation des impacts cumulatifs sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien et demande également aux États parties de soumettre au Centre du patrimoine mondial, pour examen par l’UICN, un rapport démontrant l’état d’avancement de la préparation de l’EES d’ici le 1er février 2016 ; et l’EES achevée d’ici le 1er février 2018;
  8. Prend également note du fait que le barrage Gibe III pourrait atténuer l’ampleur des variations de flux de la rivière Omo et qu’une baisse supplémentaire du niveau des eaux du lac sera observée pendant la durée de remplissage du barrage ;
  9. Note que le système d’irrigation Kuraz Sugar, dans sa configuration présente (6 000 hectares), a actuellement un impact limité sur la VUE du bien, mais que l’impact potentiel total du projet final tel que proposé et des aménagements complémentaires nécessite une évaluation détaillée, et prie aussi instamment l’État partie d’Éthiopie de réaliser une évaluation d’impact environnemental (EIE), au moyen des meilleures données hydrologiques disponibles pour la basse vallée de l’Omo en tenant compte de ses affluents situés en aval du système d’irrigation Kuraz Sugar, et de données pluviométriques précises, et de s’assurer que les découvertes liées à un potentiel impact sur la VUE sont prises en compte et soumettre cette EIE, comme une partie de l’EES, au plus tard en 2018 au Centre du patrimoine mondial, pour examen par l’UICN ;
  10. Prend note du rapport de la mission conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN de suivi réactif de 2015, et des échanges de lettres entre l’Etat partie d’Ethiopie et le Centre du patrimoine mondial concernant les recommandations du rapport mentionné ci-dessus et demande en outre aux deux Etats parties d’inclure leurs réponses aux recommandations de la mission dans leur rapport pour la prochaine session du Comité du patrimoine mondial ;
  11. Demande par ailleurs aux États parties du Kenya et d’Éthiopie de continuer à déployer tous les efforts pour s’assurer de la protection de la VUE du bien et pour que tout problème majeur soit porté à la connaissance de la Commission ministérielle conjointe déjà existante, dans le respect des procédures établies par la Convention du patrimoine mondial ;
  12. Demande enfin aux États parties du Kenya et d’Éthiopie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2016, un rapport conjoint actualisé, incluant un résumé analytique d’une page, sur l’état de conservation du bien et sur la mise en oeuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 40e session en 2016.