1.         Venise et sa lagune (Italie) (C 394)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1987

Critères  (i)(ii)(iii)(iv)(v)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/394/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/394/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Programme pour la sauvegarde de Venise : plus de 1500 projets totalisant plus de 50 millions d’euros.

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Inquiétude face à l'annonce d'une exposition universelle à Venise (problème résolu)

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/394/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2014

Suite à l’appel lancé par l’UNESCO en 1966, des organisations de droit privé ont été créées dans un certain nombre de pays afin de collecter et de mettre à disposition des fonds destinés à la restauration et à la sauvegarde de Venise. Le Bureau de l’UNESCO de Venise administre le « Programme conjoint UNESCO/Comités privés pour la sauvegarde de Venise » qui coopère avec l’Association des comités privés et les Surintendances des monuments et musées du Ministère du patrimoine culturel à Venise dans deux domaines principaux : la restauration de monuments et d’œuvres d’art et le financement de formations de spécialistes de la conservation du patrimoine culturel. Les Comités privés ont financé – dans le cadre du Programme conjoint UNESCO/Comités privés – plus de 1 500 projets, pour un montant de plus de 50 millions d’euros.

Suite à des informations émanant de la société civile, le Centre du patrimoine mondial a demandé en 2012 à l’État partie d’apporter des éclaircissements au sujet d’un certain nombre de grands projets d’infrastructures, de navigation et de construction sur le territoire du bien et de son cadre, y compris dans la région de la Vénétie, et au sujet des progrès accomplis dans l’adoption d’un décret prévu afin d’interdire la navigation de grands navires de croisière et cargos. L’ICOMOS a examiné certains projets (p. ex. le projet Dogaletto-Giare et le Palais Lumière) et a adressé des commentaires nombreux et détaillés aux autorités italiennes.

Au vu des éléments précités, le Centre du patrimoine mondial a demandé à l’État partie en août 2013 de communiquer des informations complémentaires qui constitueront une base à la soumission d’un rapport sur l’état de conservation au Comité du patrimoine mondial.

Le 29 janvier 2014, l’État partie a soumis un rapport détaillé sur l’état de conservation, assorti d’annexes qui décrivent un certain nombre de nouvelles infrastructures maritimes de grande envergure destinées à permettre à des navires de très grande capacité, transportant principalement des hydrocarbures, du vrac et des containers, de faire escale dans le port de Venise. Le rapport peut être consulté à l’adresse suivante : https://whc.unesco.org/fr/list/394/documents/. L’État partie a également soumis le plan de gestion du bien et un projet de création de zone tampon.

L’État partie rapporte également que le système de vannes mobiles dénommé MoSE (Module expérimental électromécanique), destiné à contrôler les hauts niveaux d’eau en isolant temporairement le lagon de la mer, est en cours de construction et sera opérationnel d’ici 2016. Les projets actuellement en cours de développement incluent une plateforme offshore à 8 miles du port de Malamocco, un nouveau terminal appelé « Autoroutes de la mer » à Fusina, un nouveau terminal pour les containers sur le site des anciennes installations industrielles de Porto Marghera, un nouvel équipement multifonctionnel entre Venise et sa gare maritime et un port touristique à San Nicolò. Le rapport confirme que le projet de Palais Lumière a été retiré.

L’État partie souligne que le passage de bateaux de moyen à fort tonnage provoque l’érosion progressive du fond de la lagune, des bancs de vase et des marais salants et que selon le plan d’aménagement du territoire (PAT) de la Municipalité de Venise, l’objectif final est l’interdiction des bateaux incompatibles avec la cité historique et la lagune. Le rapport fait état de l’examen en cours par diverses organisations et entités institutionnelles de nombreuses propositions et projets alternatifs au passage de navires de croisière dans le bassin de Saint Marc et le canal de la Giudecca et de la mise en place de mesures transitoires destinées à atténuer les conséquences de la navigation de grands navires de croisière. L’État partie précise que conformément au décret de 2013 sur l’ « Identification de voies d’accès à la gare maritime du port de Venise en tant qu’alternatives aux accès interdits pour les bateaux de plus de 40 000 Gt », les autorités maritimes ont choisi le canal Contorta Sant’Angelo comme voie maritime alternative, sous réserve des conclusions d’une évaluation d’impact environnemental (EIE). L’État partie a également précisé qu’un Comité de pilotage se réunit régulièrement pour suivre la mise en œuvre du plan de gestion et pour évaluer les mesures correctives et d’atténuation destinées à maintenir la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

L’État partie a fait certains efforts pour élaborer et mettre en place toute une série de mécanismes visant à sauvegarder Venise et son paysage de lagune qui s’étendent sur un territoire de 50 000 kilomètres carrés. La réserve naturelle Valle d’Averto (sur le flanc nord-ouest de la lagune) a également été désignée site Ramsar dans le cadre de la Convention de 1971 sur les zones humides d’importance internationale dite « Convention de Ramsar ».

Les grands projets d’infrastructures, de navigation et de construction dans la lagune et son cadre proche pourraient impliquer des transformations irréversibles qui sembleraient être susceptibles de mettre sérieusement en danger la VUE du bien.

L’État partie ayant soumis la plupart des informations concernant les aménagements de nouvelles constructions et infrastructures en italien, le Centre du patrimoine mondial a demandé à l’État partie, conformément au paragraphe 172 des Orientations, de soumettre les informations concernant de tels projets dans l’une des langues de travail, notamment les évaluations d’impact sur le patrimone (EIP) pour examen par les Organisations consultatives avant que toute décision ne soit prise.

Au vu du grand nombre de projets, prévus ou en cours, sur la lagune ou dans ses environs (y compris la plateforme offshore, les nouveaux terminaux, le port touristique et les grands équipements de loisirs), les impacts cumulatifs sur la VUE du bien doivent être évalués de façon globale. Les résultats doivent être soumis en anglais ou en français au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives.

Les impacts environnementaux négatifs liés à la navigation des bateaux à moteur, des navires de croisière et des pétroliers suscitent également des inquiétudes. L’objectif, défini par le plan d’aménagement du territoire (PAT), visant à exclure tout bateau incompatible avec la cité historique et la lagune n’a pas été atteint. Le Conseil municipal a encouragé la réalisation d’une série d’études approfondies. Suite à des informations diffusés par les médias concernant la décision de la Cour régionale de Vénétie de suspendre l’application de la loi qui réduit le nombre de navires de croisière qui accède à la lagune depuis l’Adriatique, le Centre du patrimoine mondial a demandé à l’État partie, conformément au paragraphe 174 des Orientations, de lui communiquer des informations précises et détaillées sur les instruments et réglementations juridiques qui s’appliquent à ce bien du patrimoine mondial.

Le Comité pourrait prier instamment l’État partie de mettre en œuvre toute mesure pertinente visant à interdire aux plus grands bateaux de pénétrer dans la lagune. Des solutions alternatives permettant aux touristes d’apprécier et de comprendre la valeur et la fragilité de Venise devraient être développées en collaboration avec les opérateurs touristiques et les compagnies de croisières.

Il conviendrait également de souligner la pression exceptionnellement forte exercée sur la ville de Venise par le tourisme et les très nombreuses activités connexes, qui pourraient potentiellement menacer la VUE du bien si aucun mécanisme destiné à prévenir toute transformation irréversible n’est mis en place. Une stratégie de tourisme durable qui prévoit des mesures d’adaptation aux besoins de développement, doit être mise en place de façon prioritaire dans le cadre du plan de gestion. Dans son analyse technique, l’ICOMOS a fait des recommandations sur la révision du plan de gestion et sur la zone tampon potentielle qui doivent être mises en œuvre en conséquence.

Actuellement, la lagune de Venise est placée sous la responsabilité partagée des autorités nationales, régionales et locales au sein desquelles la Direction des eaux de Venise (Magistrato alle Acque di Venezia – MAV) joue un rôle primordial. Il est recommandé que le Comité demande à l’État partie de mettre en place une structure de coordination forte entre toutes les parties prenantes afin de garantir les équilibres hydrogéologiques de la lagune de Venise et de tout le bassin hydrologique ainsi que la protection de tous les attributs qui transmettent la VUE du bien.

Au vu de la situation présente, une mission de suivi réactif est nécessaire afin d’évaluer les conditions actuelles du bien, d’apporter son concours à l’évaluation des projets, d’identifier des options conformes à la VUE du bien et de déterminer si le bien fait face à des menaces qui pourraient avoir des effets néfastes sur ses caractéristiques propres et s’il satisfait aux critères d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril, conformément au paragraphe 179 des Orientations. Il est recommandé que le Comité suggère à l’État partie d’inviter un expert de la Convention de Ramsar à participer à cette mission.

Décision adoptée: 38 COM 7B.27

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC-14/38.COM/7B.Add,
  2. Rappelant la décision 13 COM IX.22, adoptée à sa 13e session (UNESCO, 1989),
  3. Prend note des efforts entrepris par l’État partie afin de mettre en place une série de mécanismes visant à sauvegarder Venise et son paysage de lagune, et du plan de gestion adopté suite à une procédure de consultation de toutes les parties prenantes, et encourage l’État partie à entreprendre sa révision sur la base des conclusions de l’évaluation technique réalisée par l’ICOMOS ;
  4. Exprime son inquiétude quant à l’étendue et l’échelle des grands projets d’infrastructures, de navigation et de construction dans la lagune, susceptibles de compromettre la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien en transformant de façon irréversible le paysage terrestre et marin du bien ;
  5. Demande à l’État partie d’entreprendre les évaluations d’impact sur le patrimoine (EIP) de ces projets afin d’évaluer les impacts, tant individuels que cumulatifs globaux, des éventuelles modifications de la lagune et de son proche paysage terrestre et marin, afin de prévenir toute transformation irréversible et toute menace potentielle pour la VUE du bien et d’améliorer la protection du bien en maintenant sa VUE ;
  6. Exprime également son inquiétude quant aux impacts environnementaux négatifs générés par les bateaux à moteurs de taille moyenne et les bateaux de fort tonnage qui ont provoqué l’érosion progressive du fond de la lagune, des bancs de vase et des marais salants et qui pourraient représenter une menace potentielle pour la VUE du bien, et demande également à l’État partie de mettre en vigueur des limites de vitesse et de réglementer le nombre et le type de bateaux autorisés ;
  7. Prie instamment l’État partie d’interdire l’accès à la lagune aux plus gros navires et cargos et demande en outre à l’État partie d’adopter de toute urgence un document légal qui met en place une telle interdiction ;
  8. Reconnaît la pression extrêmement forte exercée sur la ville de Venise par le tourisme et les nombreuses activités connexes, prie instamment l’État partie de donner la priorité à l’élaboration d’une stratégie de tourisme durable, et encourage également l’État partie à développer, en collaboration avec les opérateurs touristiques et les compagnies de croisières, des solutions alternatives permettant aux touristes en croisière d’apprécier et de comprendre la valeur de Venise ainsi que sa fragilité ;
  9. Encourage en outre les agences et institutions financières à garantir que des évaluations d’impact sur le patrimoine et/ou d’impact environnemental sont réalisées afin de déterminer d’éventuels impacts négatifs sur la VUE du bien avant même de prévoir les investissements nécessaires à des aménagements de grande envergure sur le territoire du bien et dans son cadre ;
  10. Encourage par ailleurs l’État partie à poursuivre l’évaluation de l’hydrologie et de l’activité géomécanique de la lagune de Venise et de tout son bassin hydrographique, et invite l’État partie à mettre en place une coordination renforcée entre toutes les parties prenantes concernées afin de garantir les équilibres hydrogéologiques de la lagune de Venise et de tout le bassin hydrographique ainsi que la protection de tous les attributs qui transmettent la VUE du bien ;
  11. Prend également note de la proposition de création d’une zone tampon et invite également l’État partie à entreprendre sa révision conformément à l’analyse technique de l’ICOMOS et à soumettre au Centre du patrimoine mondial la proposition de modification mineure de limites d’ici le 1er février 2015 ;
  12. Demande par ailleurs à l’État partie d’inviter une mission conjointe de suivi réactif UNESCO/ICOMOS sur le territoire du bien au cours de l’année 2015 afin d’évaluer les conditions actuelles du bien ainsi que les impacts potentiels des projets d’aménagement, d’identifier des options alternatives aux projets d’aménagement qui soient conformes à la VUE du bien, et de déterminer si le bien fait face à des menaces susceptibles d’avoir des conséquences néfastes sur ses caractéristiques propres et s’il satisfait aux critères d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril, conformément au paragraphe 179 des Orientations, et recommande à l’État partie d’inviter également un représentant du Secrétariat de la Convention de Ramsar à prendre part à cette mission de suivi réactif ;
  13. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2015, un rapport d’avancement sur l’état de conservation du bien, et d’ici le 1er décembre 2015, un rapport sur l’état de conservation sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, les deux rapports devant inclure un résumé exécutif d’une page, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 40e session en 2016.