1.         Crac des Chevaliers et Qal’at Salah El-Din (République arabe syrienne) (C 1229)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2006

Critères  (ii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1229/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1998-2003)
Montant total approuvé : 35 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1229/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/1229/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2013

Depuis mars 2011, le soulèvement en Syrie a entraîné des milliers de morts, le déplacement de populations et provoqué des troubles et destructions, dont celle du patrimoine archéologique et historique exceptionnel du pays. Depuis le début du conflit armé en Syrie, UNESCO a lancé des appels pour la sauvegarde du patrimoine culturel du pays et alerté la communauté internationale, INTERPOL et l’Organisation mondiale des douanes sur le risque d’exportation illicite d’objets culturels. Ce problème a également été souligné devant le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies par l’Envoyé spécial conjoint ONU/Ligue arabe pour la Syrie le 24 septembre 2012.

La Syrie compte six biens sur la Liste du patrimoine mondial : l’ancienne ville de Damas, l’Ancienne ville de Bosra, le Site of Palmyre, l’Ancienne ville d’Alep, le Crac des Chevaliers et Qal’at Salah El-Din et les Villages antiques du Nord de la Syrie. Alep, en particulier, a subi des dommages considérables. Les informations sur les destructions sont partielles et proviennent de diverses sources, pas toujours vérifiables, comme les réseaux sociaux, les media, etc. À la lumière de la situation actuelle et des menaces pesant sur ces biens, le Centre du patrimoine mondial a demandé à l’État partie de fournir, outre les deux rapports sur l’état de conservation demandés par le Comité du patrimoine mondial à sa 36e session sur Damas et les villages antiques du Nord de la Syrie, un rapport sur l’état de conservation des biens du patrimoine mondial, qui a été reçu le 28 mars 2013. Le rapport regroupe des informations disponibles provenant des antennes de la Direction générale des antiquités et des musées (DGAM). Toutefois, il note que l’accès par voie terrestre est très limité en Syrie pour des experts en antiquités, de sorte que l’étendue des dégâts ne peut pas être évaluée en ce moment. Des photos jointes au rapport proviennent des réseaux sociaux et des media. Il convient de noter que ce rapport représente une déclaration officielle des autorités syriennes, mais ne reflète pas nécessairement la situation réelle dans son ensemble. Le texte du rapport est reproduit ci-après.

Ancienne ville de Damas (C 20)

Le rapport de l’État partie indique ce qui suit : « La ville patrimoniale a été visée plusieurs fois dans des explosions, mais aucun dégât sur les monuments ne s’est produit à l’intérieur de cette ville. Un bâtiment illégal (de trois étages) avait été construit dans les districts historiques au sud de la vieille ville (district de Midan) ».

Ancienne ville de Bosra (C 22)

Le rapport de l’État partie indique ce qui suit : « Durant la crise de 2012, l’ancienne vielle ville a été le témoin de plusieurs dégâts. Les résidents ont trouvé le moment propice pour mener des projets illégaux (constructions dans une zone protégée), il est difficile d’évaluer aujourd’hui l’ampleur de leurs actions illicites ». Le rapport contient aussi des images de dommages sur des bâtiments historiques, la mosquée al Mabrak, entre autres.

Site de Palmyre (C 23)

Le rapport de l’État partie indique ce qui suit : « Plusieurs sculptures en pierre ont apparemment été volées dans des tombes non fouillées, en particulier dans le sud-est et le sud-ouest du site et des fouilles illégales ont été réalisées à l’aide d’équipements lourds. Les fouilles clandestines ont augmenté, ces violations ont lieu en ce moment même dans l’ensemble du site (accompagnées de sabotage et de fissuration des fondations d’édifices et de blocs anciens). Certaines parties des monuments, comme le camp de Dioclétien, sont dégradés en raison du prélèvement de grandes quantités de pierres de fondation. Les entrées des cimetières fouillés ont été enterrées par l’autorité des antiquités avant la fin de l’année 2010 (approximativement au début des événements) afin de les protéger contre les vols. Mais les tombes inexplorées de la vallée des tombeaux et dans la zone des tombeaux du sud-ouest et du sud-est (tombes à couloir ou tombes souterraines) ont été ouvertes et pillées. Dans certaines parties, les pierres des fondations ont été complètement enlevées à l’aide d’engins lourds pour être utilisées comme barrages routiers ». Des photos jointes montrent des dégâts sur la façade ouest du temple de Bel, à l’ancienne oasis, révèlent l’ouverture de nouvelles pistes traversant l’oasis et partant également du nord-ouest de la zone des cimetières et se dirigeant vers la pente sud du château du Mont arabe.

Ancienne ville d’Alep (C 21)

Le rapport de l’État partie indique ce qui suit : « L’ancienne ville a été le témoin de certaines destructions parmi les plus brutales du conflit. La citadelle d’Alep a été prise sous le feu des lignes de tir. La crise qui a commencé en 2011 a été la cause de graves dégâts sur la porte extérieure de la citadelle du XIIIe siècle (l’un des exemples remarquables de l’architecture militaire du Moyen-Orient), son ancienne porte en bois de 700 ans qui a endommagé l’endroit où les explosifs étaient placés est désormais un trou dans le sol. De nombreux sites historiques d’Alep ont subi des dégâts, parmi lesquels le marché du XVIIe siècle, ou souq, de l’ancienne ville, qui a été ravagé par le feu en septembre 2012. Ce qui est arrivé à l’ancien souq d’Alep s’est aussi produit sur la mosquée la plus ancienne et la plus grande de la ville (mosquée des Omeyyades du XIIe siècle). Cette mosquée a subi des dommages très étendus, de même que le marché médiéval couvert ou souq à proximité, qui a été ravagé par le feu. Malgré l’incendie, la structure de la mosquée semble être intacte, bien que la porte conduisant à l’ancien marché ait été brûlée[1]. De nombreux monuments et maisons ayant été occupées par des combattants (comme le Bimaristan Al Argwany, l’hôtel Dar Zamarya, le musée des sciences, etc.), la plupart des habitants ont dû prendre la fuite. Des destructions supplémentaires sont possibles à tout moment. Les effets immédiats, à court-terme et à long-terme de la crise sur le patrimoine culturel d’Alep ne sauraient être surestimés. À plusieurs égards, ils ne sont pas encore pleinement connus, car les problèmes en cours, comme le pillage du site, continuent de frapper cette zone. La situation de l’ancienne ville d’Alep semble la plus inquiétante, en raison de l’ampleur des dégâts et du morcellement de la propriété privée ».

Crac des Chevaliers and Qal’at Salah El-Din (C 1229)

Le rapport de l’État partie indique ce qui suit : « Le Crac des Chevaliers a été exposé à des affrontements et des tirs d’armes à feu. Des hommes armés utilisent l’ancienne forteresse du Crac des Chevaliers à l’ouest de la ville d’Homs, véritable poudrière, elle avait apparemment été occupée avant 2012 par des hommes armés venus du village proche d’Al Husn. Nous pensons que l’ancienne mosquée (la chapelle) située au centre de la citadelle, qui conserve des traces de peintures d’origine, a été endommagée. Jusqu’à présent, on ne connaît pas les dégâts qui ont été causés au site. Nous n’avons pas d’informations sur de quelconques dégâts à Qal’at Salah El Din bien que le conflit se soit déroulé en 2012 dans le district « Al-Hafeh » de Lattakia. »

Villages antiques du Nord de la Syrie (C 1348)

Le rapport de l’État partie indique ce qui suit : « Dès le début de la crise, son impact a été complexe sur les Villages antiques, les 4 parcs (1-2-5-6) (Jabal Zawiye et le sanctuaire de Saint Siméon) sont confrontés à de graves problèmes de conservation, dont des fouilles illégales, des aménagements inappropriés comme : des constructions illicites, l’érosion du sol. L’absence de sécurité a permis des travaux de construction illégaux à l’intérieur des parcs (Bara, Siméon et Rweha). Dans la zone rurale d’Alep, des hommes armés ont occupé des emplacements stratégiques, dont le sommet de la colline du sanctuaire de Saint Siméon, et ils se sont également dispersés dans certains parcs (parcs de Bara et Rweha). Des dégâts causés par des armes à feu ont été observés dans plusieurs zones, en particulier à al-Bara (Deir Sunbel, Qal’at Abu Sifian, tombes pyramidales, monastère des moines). Les parties connues pour avoir subi des dégâts sont : Deir Sunbel, Al-Bara, où 3 tombes ont été endommagées à l’intérieur d’une tombe pyramidale et où les pierres de 4 couronnes décorées ont été volées. Des fouilles clandestines ont eu lieu dans plusieurs villages (Bara, Kafer Aqab), l’autorité responsable des antiquités n’a pas trouvé de témoignages archéologiques dans les zones d’excavation mentionnées. À Sergilla, Shinshrah, Rabia, Majlia, Deir Loza et Jaradeh, des réfugiés ont réinvesti des bâtiments et abris dans les rochers et creusé des latrines au milieu des villages antiques. Le vol et le vandalisme sont apparus à Sergilla, la nouvelle installation sanitaire des visiteurs s’est brisée, avec de nombreux panneaux tombés à l’intérieur du site archéologique, et le sarcophage en pierre situé à l’entrée du site s’est également brisé. »

 

Actions mises en oeuvre par les Organisations consultatives et l’UNESCO

Début janvier 2013, l’ICOMOS, en étroite coopération avec l’ICCROM et la Direction générale des antiquités et des musées de la Syrie (DGAM), et en coordination avec l’UNESCO, a organisé un cours de formation électronique par vidéo-conférence au musée national de Damas. Le cours était destiné à aider les professionnels syriens du patrimoine culturel à gérer les effets à plusieurs niveaux du conflit armé sur leurs sites et collections de musées et à leur apporter une réponse. Ce cours donnait des informations essentielles en matière de documentation en cas d’urgence pour les sites et collections, gestion des risques en cas de catastrophe et interventions d’urgence, évacuation et stockage ou collecte temporaire, évaluation des dégâts et premiers secours pour les sites, procédures de sûreté et de sécurité pendant la phase d’intervention, constitution d’un réseau et renforcement des capacités pour la période de restauration. Environ 75 personnes, à savoir des directeurs de la DGAM, des directeurs, conservateurs, architectes et membres du personnel, de même que des membres syriens de l’ICOMOS, des professeurs d’université et des étudiants de la faculté d’architecture de l’université de Damas ont bénéficié de ce cours. D’autres séminaires sur des sujets complémentaires pourraient être prévus pour fournir une assistance durant la phase de restauration, en fonction de la disponibilité d’un soutien international supplémentaire. La brochure du cours de formation électronique est disponible sur internet via le lien suivant :

http://www.icomos.org/images/DOCUMENTS/Secretariat/Syria%20E-Learning%20Course%20Booklet-%20Final%20Version_09_January%202013.pdf

En outre, parmi les actions de l’UNESCO pour répondre à la crise syrienne actuelle, le bureau de l’UNESCO à Amman, et la Section des traités pour la protection du patrimoine de l’UNESCO ont organisé une formation régionale de quatre jours, avec le soutien du Bureau fédéral suisse pour la Culture et les Bureaux de l’UNESCO en Irak, à Beyrouth et à Venise, intitulée « Patrimoine culturel syrien : traiter le problème du trafic illicite », qui s’est déroulée à Amman (Jordanie) du 10 au 13 février 2013. La réunion visait à évaluer la situation du patrimoine culturel, son trafic illicite et le risque de pillage des objets culturels syriens et à promouvoir la coopération dans la région en tant que priorité, ainsi que dans le reste du monde. Cette initiative a réuni des représentants de la police, des douanes et des départements chargés du patrimoine venus de Syrie et de pays voisins avec des organisations internationales impliquées dans la gestion et la protection du patrimoine culturel, avec des experts internationaux en archéologie syrienne et des organismes chargés de l’application de la loi issus de pays comme la Suisse, l’Italie, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis. L’objectif de la formation était de contribuer à la sauvegarde du patrimoine culturel syrien en offrant une tribune pour débattre de la situation actuelle et élaborer un plan d’action afin de traiter la question du trafic illicite, en coordination avec toutes les parties prenantes concernées et en tirant parti de l’expérience acquise par l’UNESCO dans d’autres conflits et situations d’après-conflit. 

Le rapport présenté par les autorités syriennes à cette occasion est disponible en anglais à l’adresse suivante : http://dgam.gov.sy/index.php?d=309&id=717.

Le rapport de la réunion de février à Amman est disponible à l’adresse suivante : http://www.unesco.org/new/fileadmin/MULTIMEDIA/FIELD/Amman/pdf/20130322_Report_Syria_workshop_FINAL.pdf



[1] Depuis ce rapport, le minaret de la Grande mosquée a été totalement détruit le 23 avril 2013.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent qu’en raison de la situation de conflit armé en Syrie, les conditions ne sont plus réunies pour assurer la conservation et la protection de la valeur universelle exceptionnelle des six biens du patrimoine mondial situés dans la République arabe syrienne et que ces biens sont menacés par un danger prouvé, précis et imminent, conformément au paragraphe 179 des Orientations.

Ils recommandent au Comité du patrimoine mondial de lancer un appel à toutes les parties associées à la situation en Syrie de s’abstenir de toute action qui causerait d’autres dommages au patrimoine culturel de ce pays et de remplir leurs obligations conformément au droit international en prenant toutes les mesures possibles pour protéger un tel patrimoine. Ils recommandent également au Comité du patrimoine mondial d’attirer l’attention de l’État partie sur la nécessité de sauvegarder également tous les biens figurant sur la Liste indicative de la Syrie.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives sont à la disposition de l’État partie pour identifier les mesures correctives nécessaires et l’état de conservation souhaité pour les biens, suite à une évaluation qui pourrait être entreprise une fois que la situation le permettra. 

Décision adoptée: 37 COM 7B.57

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné le document WHC-13/37.COM/7B.Add,

2.  Déplore la situation de conflit régnant dans le pays et la perte de vies humaines ;

3.  Prend note du rapport fourni par l’État partie concernant l’état de conservation des six biens syriens du patrimoine mondial et exprime sa plus vive préoccupation en ce qui concerne les dégâts survenus et les menaces pesant sur ces biens ;

4.  Considère que les conditions optimales n’existent plus pour assurer la conservation et la protection de la valeur universelle exceptionnelle des biens et que ces biens sont menacés par un danger potentiel et avéré, conformément aux paragraphes 177 à 179 des Orientations ;

5.  Décide d’inscrire l’Ancienne ville de Damas, l’Ancienne ville de Bosra, le Site de Palmyre, l’Ancienne ville d’Alep, le Crac des Chevaliers et Qal’at Salah El-Din, et les Villages antiques du Nord de la Syrie (Syrie) sur la Liste du patrimoine mondial en péril ;

6.  Lance un appel aux États voisins de la Syrie et à la communauté internationale pour coopérer à la lutte contre le trafic illicite des biens culturels provenant de la Syrie ;

7.  Prie instamment toutes les parties associées à la situation de la Syrie de s’abstenir de toute action qui causerait d’autres dommages au patrimoine culturel de ce pays et de remplir leurs obligations conformément au droit international en prenant toutes les mesures possibles pour protéger un tel patrimoine, en particulier de sauvegarder les biens du patrimoine mondial et ceux figurant sur la Liste indicative ;

8.  Demande à l’État partie d’inviter le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives à entreprendre une mission en Syrie, dès que les conditions de sécurité le permettront, afin d’évaluer l’état de conservation des biens et d’élaborer, en consultation avec l’État partie, un plan d’action pour leur restauration ;

9.  Demande également à l’État partie, en consultation avec le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives, de préparer, dès que la situation le permettra, les mesures correctives ainsi qu’un état de conservation souhaité pour le retrait des biens de la Liste du patrimoine mondial en péril, une fois qu’un retour à la stabilité sera effectif dans le pays ;

10.  Demande en outre à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2014, un rapport détaillé sur l’état de conservation des biens du patrimoine mondial de la Syrie pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 38e session en 2014 ;

11.  Suggère à l’Etat partie d’envisager la ratification du Second Protocole (1999) de la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé ;

12.  Demande à la Directrice générale de l’UNESCO d’envisager la création d’un Fonds spécial destiné à la conservation des biens du patrimoine mondial en Syrie.

Décision adoptée: 37 COM 8C.1

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné les rapports sur l’état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial (WHC-13/37.COM/7B, WHC-13/37.COM/7B.Add et WHC-13/37.COM/7B.Add.Corr) et les propositions d'inscription sur la Liste du patrimoine mondial (WHC-13/37.COM/8B et WHC-13/37.COM/8B.Add),

2.  Décide d’inscrire les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :