1.         Palais royaux d'Abomey (Bénin) (C 323bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1985

Critères  (iii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril    1985-2007

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/323/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1985-1997)
Montant total approuvé : 113 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/323/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé : 450 000 dollars EU par le gouvernement du Japon et par Riksantikvaren (Direction du patrimoine culturel norvégien).

Missions de suivi antérieures

Mai-juin 2004 et février 2007 : mission conjointe Centre du patrimoine mondial / ICOMOS ; février 2006 : mission conjointe de suivi Centre du patrimoine mondial / CRATerre-ENSAG / Getty Conservation Institute ; décembre 2012 : mission conjointe  de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / ICOMOS / ICCROM

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/323/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2013

Du 3 au 7 décembre 2012, une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM a visité le bien, comme demandé par le Comité du patrimoine mondial à sa 36e session (Saint-Pétersbourg, 2012). Le 30 janvier 2013, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien. Le rapport offre une vue d’ensemble de l’état de conservation des bâtiments présents sur le territoire du bien et des progrès accomplis dans la révision de l’actuel plan de gestion et dans l’élaboration d’un plan de gestion des risques de catastrophes et d’une stratégie de réhabilitation.

a)  Élaboration d’un plan global de gestion des risques de catastrophes

L’État partie rapporte que les travaux de préparation d’un plan de gestion des risques de catastrophes sont en cours mais ne sont pas encore achevés. Il précise qu’une session de formation se déroulera en février 2013 et qu’à l’occasion de cette formation le plan sera développé et que certains aspects seront vérifiés. La version finale du plan devrait être achevée en avril 2013. Entre-temps, dans le cadre d’un accord de coopération décentralisée entre les villes d’Albi en France et d’Abomey au Bénin, l’État partie a cependant installé des bouches d’incendie. La mise en œuvre de cette action de coopération est dans sa phase finale. Un système de vidéosurveillance a également été installé sur tout le territoire du bien.

La mission a constaté que le risque d’incendies est renforcé par le manque d’entretien du bien, en particulier en raison de la présence de grandes herbes que l’on a laissé pousser près de bâtiments inutilisés. Bien que l’installation de bouches d’incendie représente un pas dans la bonne direction, l’entretien régulier du bien et la suppression, dans la mesure du possible, des matériaux inflammables qui accroissent le risque d’incendie, sont également nécessaires.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives prennent note de l’intention de l’État partie d’achever le plan de gestion des risques de catastrophes mais sont préoccupés par le manque de temps nécessaire accordé, dans le cadre de l’activité de formation, à l’achèvement de l’élaboration de ce plan. Deux incendies s’étant déjà propagés sur le territoire du bien depuis 2009, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives estiment que l’achèvement et, tout particulièrement, la mise en œuvre de ce plan devraient être considérés comme une priorité par l’État partie.

b)  Élaboration d’une politique de reconstruction des bâtiments endommagés par les incendies

L’État partie rapporte que la politique de reconstruction des bâtiments individuels est envisagée dans le cadre du plan général de gestion du bien et sera élaborée lors de la procédure de planification de la gestion. Il rapporte également que le principe de non reconstruction des bâtiments sans destination précise a été adopté afin d’éviter les erreurs faites dans le passé à l’occasion de précédentes reconstructions. Il rapporte enfin que certains bâtiments déjà réhabilités se sont vu assigner des fonctions spécifiques telles que studio de danse pour le ballet royal et village artisanal.

La mission a noté que de nombreux espaces réhabilités demeurent vides, ce qui fait courir un risque à court, moyen et long termes pour l’entretien et la bonne conservation des bâtiments ; elle a donc estimé que l’utilisation actuelle de ces espaces pour des fonctions précises constitue un développement positif. La mission a souligné que la politique demandée par le Comité du patrimoine mondial n’a pas encore été élaborée mais que le Ministère de la culture, de l’alphabétisation, de l’artisanat et du tourisme a assuré que cette politique sera bien élaborée. La mission estime que l’achèvement d’une politique de reconstruction totale est essentiel à la conservation à long terme du bien.

c)  Mise à jour du plan de gestion

L’État partie rapporte que la mise à jour du plan de gestion aura lieu en février 2013 et s’inscrira dans le cadre du plan élaboré pour le bien par le Ministère de la culture, de l’alphabétisation, de l’artisanat et du tourisme. On s’attend à ce que le plan final intègre le plan de gestion des risques de catastrophes et la politique de reconstruction évoqués dans les points a) et b) ci-dessus. Le rapport précise également que le Conseil de gestion du bien se réunit régulièrement afin de prendre des décisions et d’évaluer les problèmes liés à la gestion y compris le programme d’actions et le budget.

Il a été porté à la connaissance de la mission que la mise à jour du plan de gestion était actuellement en cours. La mission a noté que le bien a connu deux cycles de gestion depuis son inscription (1999-2005 et 2007-2012). Elle a constaté qu’en dépit des améliorations dans la gestion du bien, aucune évaluation officielle du dernier cycle n’avait été menée. C’est dans ce but que l’équipe de la mission a travaillé en collaboration avec le personnel du bien afin d’évaluer la mise en œuvre du plan. Aux termes de cette évaluation non officielle, il apparaît que si les objectifs relatifs à une amélioration progressive de l’état de conservation du bien ont été partiellement atteints, d’autres objectifs liés à une meilleure gestion, à un renforcement des capacités et à une meilleure connaissance du bien n’avaient connu que peu d’amélioration.

La mission a constaté qu’un certain nombre de problèmes de gestion que rencontre le bien devaient être améliorés, tels que la nécessité d’un personnel plus et mieux formé à tous les aspects de la gestion, de la conservation, de la restauration et de l’entretien, et le besoin d’un cadre administratif lisible permettant au gestionnaire du site et au personnel de mener à bien les mesures de conservation et d’entretien nécessaires. La mission a également souligné l’importance de l’achèvement du plan de gestion et a recommandé que soit envisagée, dans le cadre de cette procédure de finalisation, une nouvelle vision globale du bien qui considère le bien non pas comme un simple musée mais comme un élément de la vie socioculturelle de la communauté locale. Enfin, la mission a estimé que le plan de gestion devrait prévoir des dispositions en matière d’évaluation régulière de l’efficacité des actions de gestion entreprises, et ce, afin de permettre, le cas échéant, des modifications.

Un autre point relevé par la mission est la perte de mémoire institutionnelle suite au récent remplacement du gestionnaire de site. Le manque d’informations disponibles a restreint la capacité de la mission à comprendre quels travaux de conservation avaient été entrepris depuis 2007 et à évaluer leur opportunité et leur efficacité. Il est essentiel qu’un travail de documentation de toutes les actions de conservation et d’entretien soit entrepris afin que les informations ne soient pas perdues lors d’un changement de personnel. La mission a également découvert que le Conseil de gestion n’était pas pleinement opérationnel en raison de cette perte de mémoire institutionnelle. La mission a par ailleurs constaté des problèmes en matière de ressources disponibles afin de répondre aux besoins de la conservation du bien. Bien que des financements aient été accordés à des actions individuelles, des ressources financières et un personnel en nombre suffisant doivent être garantis afin que les travaux réguliers de conservation et d’entretien soient menés.

d)  État général de conservation du bien

L’État partie note qu’un certain nombre de murs doivent encore être reconstruits sur les limites du bien ce qui permettrait de sécuriser le site. Il fait également état d’un certain nombre d’activités menées en matière de conservation préventive et de restauration de divers bâtiments et tombeaux du bien ainsi que d’actions de promotion.

En ce qui concerne l’état actuel de conservation, la mission a estimé que la stabilisation des composantes du bien s’était améliorée depuis 2007, avec environ 85% des murs existants ayant fait l’objet d’une intervention. Elle a cependant observé une dégradation progressive, due à un manque d’entretien, des zones déjà restaurées et non utilisées par le musée. Elle a également exprimé sa préoccupation quant à l’absence d’inventaire et de documentation sur les travaux de restauration. Cette carence rend difficile l’évaluation du degré d’attention accordé aux travaux de restauration de l’authenticité et de l’intégrité du bien. La mission a souligné qu’il est essentiel que tous les travaux de restauration soient entrepris après avoir consulté une documentation précise et suffisante, ainsi on pourra garantir que ceux-ci ne compromettent pas les conditions d’authenticité et d’intégrité du bien, et qu’un inventaire de toutes les composantes du bien soit réalisé afin de constituer un ensemble de données de base nécessaire au suivi et à l’évaluation.

En ce qui concerne les conséquences des incendies de 2009 et de 2012, la mission a observé que les dommages de l’incendie de 2009 avaient été en grande partie réparés et que les bâtiments avaient été restaurés. Les dommages causés par l’incendie de 2012, en particulier sur le palais Houégbadja, sont encore visibles. La mission n’a cependant pas estimé que l’incendie de 2012 avait eu un grave impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien.

e)  Autres problèmes de conservation

La mission a remarqué qu’en dépit de la création par l’État partie d’une zone tampon et de l’établissement de réglementations destinées à l’administrer, à plusieurs occasions ces réglementations n’ont pas été mises en vigueur et des empiètements ont pu être constatés sur le territoire de la zone tampon. La mission a recommandé que l’État partie prennent les mesures nécessaires afin de faire appliquer les réglementations destinées à contrôler l’empiétement sur la zone tampon. La mission a par ailleurs constaté qu’une meilleure interprétation et une meilleure présentation du bien sont nécessaires ainsi qu’un renforcement des relations avec la communauté locale.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives prennent note des progrès accomplis par l’État partie suite aux incendies de 2009 et de 2012. Ils prennent cependant note que, à la date de la rédaction du rapport sur l’état de conservation, ni le plan de gestion des risques de catastrophes, ni la politique de reconstruction ne sont finalisés comme demandé par le Comité du patrimoine mondial à sa 36e session. Ils prennent notent par ailleurs que la mise à jour du plan de gestion n’est pas achevée. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives prient instamment l’État partie d’achever dans les plus brefs délais l’élaboration de ces documents.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives jugent que l’intégration du plan de gestion des risques de catastrophes et de la politique de reconstruction au sein d’un plan de gestion de grande envergure est une démarche positive. Ils prennent également note que la version mise à jour du plan de gestion devra envisager le bien sous un nouveau jour et établir des dispositions visant à la création d’un cadre administratif et de structures en charge des ressources humaines plus lisibles. En outre, des ressources financières devront être garanties afin de pouvoir mettre en œuvre en temps voulu les divers plans et politiques. Ils mettent l’accent sur la nécessité d’entreprendre un inventaire approprié de toutes les composantes du bien et de créer un fonds documentaire sur les restaurations entreprises. Ce fonds devra être mis à la disposition de la future structure en charge de la gestion. 

Décision adoptée: 37 COM 7B.36

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné le document WHC-13/37.COM/7B.Add,

2.  Rappelant la décision 36 COM 7B.40 , adoptée à sa 36e session (Saint-Pétersbourg, 2012),

3.  Prend note des informations remises par l’État partie sur les progrès accomplis dans la mise à jour du plan de gestion et dans l’élaboration du plan de gestion des risques de catastrophes et de la politique de reconstruction ;

4.  Réitère sa demande auprès de l’État partie afin qu’il accorde la priorité à l’élaboration d’un plan de gestion des risques de catastrophes et d’une politique de reconstruction et à l’achèvement de la mise à jour du plan de gestion, y compris par le développement d’une nouvelle vision globale pour le bien qui aille au-delà de sa fonction de simple musée et qui intègre des cadres administratif, humain et financier plus lisibles ;

5.  Prie instamment l’État partie d’accroitre ses efforts afin de garantir une conservation et un entretien appropriés du bien, en particulier en matière de réduction des risques d’incendie et d’autres dangers ;

6.  Prie aussi instamment l’État partie d’entreprendre un inventaire méthodique de tous les bâtiments situés sur le territoire du bien et de garantir qu’un travail de documentation approprié soit mené avant et après les travaux de restauration à venir ;

7.  Demande à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2014 , un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour délibération par le Comité du patrimoine mondial à sa 38e session en 2014.