1.         Parc national de Lorentz (Indonésie) (N 955)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1999

Critères  (viii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/955/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1996-2001)
Montant total approuvé : 41 400 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/955/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

2004 : mission de l'UICN ; 2008 : mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN ; 2011 : mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/955/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2013

L’État partie n’a pas soumis de rapport sur l’état de conservation du bien comme demandé par la décision 35 COM 7B.15 adoptée à la 35e session du Comité du patrimoine mondial (UNESCO, 2011).

En l’absence de rapport de l’État partie et devant la rareté des informations provenant d’autres sources sur l’état de conservation du bien, on ne peut établir clairement si des activités ont été entreprises pour mettre en œuvre la décision du Comité du patrimoine mondial et les recommandations des missions de suivi réactif de 2008 et 2011.

a) Développement de l’infrastructure

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que le Comité à sa 35e session (UNESCO, 2011) s’est déclaré vivement préoccupé par le fait qu’il n’ait pas été mis fin à la construction d’une route à l’intérieur du bien malgré ses demandes répétées. Ils rappellent également que les aménagements routiers à l’intérieur du bien reposent sur un plan provincial visant à offrir un programme de transport intégré pour le développement de nouvelles circonscriptions locales en Papouasie. Ils rappellent aussi que suite à une réunion interdépartementale le 1er avril 2011, la Direction des Autoroutes du ministère des Travaux Publics a demandé à son bureau régional en Papouasie de cesser les aménagements routiers dans la région du lac Habema jusqu’à ce que le ministère des Forêts délivre un permis.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN prennent note avec inquiétude de récents rapports de presse datés du 16 avril 2013 indiquant que le projet d’autoroute Trans-Papouasie doit être relancé. Ils notent que dans ce projet, la proposition de route Jayapura – Wamena – Mulia va fort probablement avoir un impact négatif sur le bien, notamment si le tracé passant par les écosystèmes alpin et subalpin équatoriaux fragiles et uniques au monde, qui ont déjà été endommagées par la construction de la route lac Habema – Nduga – Kenyem, est adopté. Ils notent que cette dernière route reste une préoccupation grave et immédiate. Ils considèrent que bien que ces impacts aient été relativement localisés, les tourbières uniques et fragiles endommagées ne seront pas réhabilitées avant des centaines d’années, et si la route est construite comme proposé, de larges parcelles du bien seront segmentées et ouvertes à d’autres processus menaçants, notamment établissement humain, exploitation forestière illégale et braconnage, introduction d’espèces exotiques et accès touristique incontrôlé. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent qu’à moins de traiter spécifiquement les retombées au sens large du projet de stratégie d’aménagements routiers, la fragmentation de la nature sauvage largement intacte du bien qui en résultera est susceptible de se traduire en la perte irréversible de la valeur universelle exceptionnelle (VUE) de parties importantes du bien.

Ils rappellent que le Comité, à sa 35e session, a prié l’État partie de commander une étude environnementale stratégique (EES) du programme de transport intégré pour la province de Papouasie dans la mesure où cela concerne le bien, afin d’identifier les options de transport portant le moins préjudice à l’environnement, inclus des autres alternatives à la construction de routes. Le 16 avril 2013, le Centre du patrimoine mondial a adressé une lettre à l’État partie demandant plus d’informations sur la reprise du projet d’autoroute Trans-Papouasie et sur les mesures prises par l’État partie pour garantir la protection de la VUE du bien. À l’heure de rédaction de ce rapport, aucune réponse n’avait été reçue de l’État partie.

b) Dépérissement des forêts

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que l’État partie, dans son rapport 2011 au Comité, reconnaissait que la construction de la route facilitait la propagation de Phytophthora fungus qui causele dépérissement dans les forêts tempérées de Nothofagus dans le voisinage de la route du lac Habema. Ils rappellent également qu’à l’époque, l’État partie avait déclaré qu’une étude et des mesures pour traiter le dépérissement des forêts allaient être réalisées en 2011-2012. En l’absence de rapport de l’État partie, rien ne dit clairement si l’étude attendue a eu lieu ni si, le cas échéant, des mesures ont été mises en œuvre pour traiter ce problème.

c)  Problèmes de gestion

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que l’atelier international de 2010 sur une gestion efficace du Parc national de Lorentz en tant que site du patrimoine mondial a identifié un certain nombre de problèmes de gestion, notamment une mise en œuvre défaillante de la politique de gestion, une décentralisation des autorités locales, des frontières floues entre les régences, une communication limitée entre parties prenantes, une absence de réglementation sur le patrimoine mondial, une capacité de gestion limitée et manque de détails du plan de gestion en matière de zonage, de droits communautaires traditionnels des communautés et d’utilisation du savoir local/traditionnel. Ils notent qu’en dépit de l’adoption du plan stratégique 2007-2012, l’action sur le terrain a été retardée le temps qu’un plan de gestion et plan de zonage soient préparés. Ces plans devaient être achevés en 2011 mais leur statut actuel est inconnu. Ils rappellent également que le Comité, à sa 35e session, a considéré que le processus de planification de la gestion devait être fondé sur la protection de la VUE du bien. Ils rappellent que la mission de suivi réactif de 2011 sur le bien a constaté que l’efficacité de l’intervention de gestion a sérieusement été entravée par des objectifs contradictoires pour le bien entre les agences gouvernementales, les différents niveaux de gouvernement et les propriétaires coutumiers, ce qui génère des tensions entre administrations nationale, provinciales, de régences et locales au point de constituer une menace croissante pour une gestion saine du site. Cela ôte par ailleurs quasiment tout pouvoir au bureau du parc national de Lorentz pour s’opposer aux pressions du développement et aux propriétaires coutumiers qui concluent des accords avec les autorités de province et de régence et leurs entrepreneurs sous contrat qui réalisent des travaux dans le parc contraires à la législation nationale.

S’il est vrai que l’UICN a reçu des rapports indiquant que la planification et la capacité de gestion s’améliorent, il n’en reste une inquiétude qu’elles sont actuellement inadéquates pour relever les défis d’une zone aussi étendue et complexe. Les stratégies clés proposées dans le plan stratégique de 2007-2012 en matière de planification participative, protection, conservation de la biodiversité, conservation du patrimoine culturel et utilisation durable, semblent ne pas avoir été mises en œuvre. Les principales raisons en ont précédemment été identifiées, notamment une formation inadéquate du personnel et un manque de ressources pour les programmes de gestion de terrain, associés à des questions de compétences qui se chevauchent ou entrent en conflit à tous les niveaux d’administration. À long terme, cette situation pourrait faire peser une menace croissante sur l’intégrité du bien.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial est en partie justifiée par le fait qu’il s’agit de la seule zone protégée au monde possédant un transect continu et intact de pics enneigés à un environnement marin tropical. Ils considèrent donc que si la route Jayapura – Wamena – Mulia est construite à travers le bien, et si la construction de la route lac Habema – Nduga – Kenyem se poursuit, elles représenteraient un danger potentiel manifeste pour sa valeur universelle exceptionnelle conformément au paragraphe 180 des Orientations et serait une raison évidente d’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent que le Comité regrette que l’État partie n’ait pas fourni de rapport sur l’état de conservation du bien, son absence rendent extrêmement difficile l’évaluation des progrès accomplis par l’État partie dans la mise en œuvre des demandes formulées par le Comité du patrimoine mondial dans la décision 35 COM 7B.15. Ils recommandent que le Comité demande à l’État partie de transmettre un rapport complet sur l’état actuel de conservation du bien, incluant un rapport détaillé sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la décision 35 COM 7B.15 et les recommandations des missions de 2008 et 2011, notamment : l’étude environnementale stratégique (EES) du programme de transport intégré pour la province de Papouasie dans le contexte du bien ; l’étude et le traitement du dépérissement des forêts, et élaboration d’orientations en matière de gestion pour contenir la propagation du dépérissement ; l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie visant à impliquer les propriétaires coutumiers dans le processus décisionnel de gestion du parc ; tous les examens budgétaires susceptibles d’avoir été entrepris pour s’assurer que les ressources servent à traiter les principales menaces qui pèsent sur la VUE du bien ; l’état actuel et, si possible, des exemplaires du projet de plan de gestion et plan de zonage ; et les progrès accomplis dans le renforcement des capacités du personnel du parc à gérer de complexes problèmes écologiques, techniques et sociologiques. Ils recommandent également que le Comité envisage la nécessité d’une autre mission de suivi réactif sur le bien sur la base d’un examen du rapport de l’État partie à sa 38e session en 2014.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent en outre que le Comité prie l’État partie de mettre pleinement en œuvre les recommandations de l’atelier international 2010 sur une gestion efficace du parc national de Lorentz en tant que site du patrimoine mondial. Prenant note des conflits de compétence préoccupants entre administrations nationale, provinciales et locales et propriétaires coutumiers, ils recommandent que le Comité prie l’État partie de convoquer une réunion nationale de haut niveau, en coopération avec l’UICN et l’UNESCO, pour revoir de manière complète les dispositions de gestion et de gouvernance entre ces niveaux d’administration et les propriétaires coutumiers, afin de faciliter et rationaliser la gestion coordonnée et coopérative du bien.

Décision adoptée: 37 COM 7B.13

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné le document WHC-13/37.COM/7B.Add,

2.  Rappelant la décision 3 5 COM 7B.1 5 , adoptée à sa 35e session (UNESCO, 2011),

3.  Prend note que l’État partie n’a pas soumis de rapport sur l’état de conservation du bien au 1er février 2013 et note les informations fournies par l’Etat partie dans son rapport du 22 mai 2013 ;

4.  Note avec une vive inquiétude l’intention de l’Etat partie de poursuivre la construction de la route lac Habema – Nduga – Kenyem sans qu’une étude environnementale stratégique (EES) du plan de transport intégré pour la Papouasie dans le contexte du bien n’ait été entreprise et considère que la continuation de la construction de la route lac Habema – Nduga – Kenyem et le projet de route Jayapura – Wamena – Mulia, si construites à travers le bien, représenteraient un danger potentiel manifeste pour sa valeur universelle exceptionnelle (VUE) conformément au paragraphe 180 des Orientations , et seraient une raison évidente d’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril ;

5.  Prie instamment l’Etat partie d’assurer la protection et la conservation de la VUE du bien de manière rigoureuse et d’éviter la fragmentation de l’aire naturelle largement intacte qui constitue le bien ;

6.  Demande à l’État partie de faire part d’informations détaillées sur la reprise du projet d’autoroute Trans-Papouasie et les mesures prises pour garantir la protection de la VUE du bien ;

7.  Réitère sa demande à l’État partie de mettre totalement en œuvre les recommandations des missions de 2008 et 2011 et de réaliser en priorité ce qui suit :

a)  cesser toute construction de route à l’intérieur du bien et réhabiliter les routes récemment construites et en atténuer les impacts,

b)  étudier plus avant et traiter le dépérissement des forêts et élaborer des orientations de gestion pour toutes les parties prenantes concernées entreprenant des activités sur le territoire du bien pour contenir la propagation du dépérissement,

c)  passer en revue l’établissement du budget pour le bien afin de s’assurer que les ressources servent à traiter les principales menaces qui pèsent sur sa VUE,

d)  renforcer les capacités du personnel du parc à gérer des problèmes écologiques, techniques et sociologiques complexes ;

8.  Demande également à l’Etat partie de fournir une version électronique et trois copies imprimées du Plan de gestion et du Plan de zonage pour examen par le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ;

9.  Demande en outre à l’Etat partie d’inviter une mission UICN de suivi réactif sur le bien afin d’en évaluer l’état de conservation, en particulier en relation avec les impacts dus à la construction de la route, d’assister l’Etat partie à développer une stratégie de conservation permettant de garantir la conservation et la protection stricte de la VUE du bien pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 38e session en 2014 ; 

10.  En appelle à la communauté internationale pour aider l’État partie à résoudre les sérieux obstacles qui empêchent une gestion efficace du parc notamment un financement, un suivi et un matériel de surveillance, des capacités et une expertise technique du personnel limités ;

11.  Demande par ailleurs à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2015 un rapport sur l’état de conservation du bien, faisant état des progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations des missions de 2008 et 2011, ainsi que des résultats de l’étude environnementale stratégique (EES) du programme de transport intégré pour la province de Papouasie, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 39e session en 2015.

Décision adoptée: 37 COM 8E

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné les documents WHC-13/37.COM/8E et WHC-13/37.COM/8E.Add,

2.  Félicite les Etats Parties pour l’excellent travail accompli dans l’élaboration de déclarations rétrospectives de valeur universelle exceptionnelle pour les biens du patrimoine mondial dans leurs territoires ;

3.  Adopte les déclarations rétrospectives de valeur universelle exceptionnelle,  telles que présentées dans l’Annexe I du Document WHC-13/37.COM/8E, pour les biens du patrimoine mondial suivants :

4.  Décide que les déclarations rétrospectives de valeur universelle exceptionnelle des biens du patrimoine mondial en péril seront passées en revue par les Organisations consultatives en priorité ;

5.  Décide également que, compte tenu du grand nombre de déclarations rétrospectives de valeur universelle exceptionnelle à examiner, l’ordre dans lequel elles seront passées en revue par les Organisations consultatives suivra le deuxième cycle de soumission de Rapports périodiques, tel que :

6.  Demande au Centre du patrimoine mondial d'harmoniser l'ensemble des sous-titres dans les Déclarations adoptées de valeur universelle exceptionnelle lorsque cela s’avère approprié et lorsque les ressources et le temps du personnel permettent d’effectuer ce travail ;

7.  Demande également aux États parties, aux Organisations consultatives et au Centre du patrimoine mondial de s’assurer de l’utilisation d’un langage neutre à l’égard du genre dans les Déclarations proposées pour l’adoption par Comité du patrimoine mondial ;

8.  Demande en outre au Centre du patrimoine mondial de s’assurer que les Déclarations adoptées sont conformes aux décisions ultérieures du Comité du patrimoine mondial concernant les modifications de noms des biens du patrimoine mondial et les refléter dans la totalité du texte des Déclarations concernées, en consultation avec les États parties et les Organisations consultatives ;

9.  Demande par ailleurs aux États parties de fournir un soutien au Centre du patrimoine mondial pour la traduction des Déclarations adoptées de valeur universelle exceptionnelle vers l’anglais ou le français selon les cas, et demande finalement au Centre de les publier sur son site Internet.