1.         Abou Mena (Égypte) (C 90)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1979

Critères  (iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril    2001-présent

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril

Adopté, voir page https://whc.unesco.org/fr/decisions/1279

Mesures correctives identifiées

Adoptées, voir page https://whc.unesco.org/fr/decisions/1279

Calendrier pour la mise en œuvre des mesures correctives

Adopté, voir page https://whc.unesco.org/fr/decisions/1279

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/90/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2001-2001)
Montant total approuvé : 7 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/90/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

2002 : mission d’experts ; 2005, 2009 et 2012 : missions de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS 

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/90/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2013

L’État partie a soumis le 20 février 2013 un rapport sur l’état de conservation du bien qui fournit des détails sur l’abaissement du niveau de la nappe phréatique et sur la construction d’une clôture de protection autour du bien. Du 18 au 23 novembre 2012, une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS a visité le bien, conformément à la demande du Comité du patrimoine mondial à sa 36e session (Saint-Pétersbourg, 2012). La mission a étudié l’avancement de la mise en oeuvre des mesures correctives. Elle a également identifié de nouvelles menaces dues à un processus d’assèchement, des reconstructions inappropriées et de nouvelles constructions. Le rapport de mission est consultable en ligne à l’adresse Internet suivante : https://whc.unesco.org/fr/sessions/37COM/ documents.

a) Abaissement du niveau de la nappe phréatique

L’État partie donne des détails techniques sur le projet d’assèchement initialement défini en trois étapes. La mission a indiqué que la première phase du projet a été effectuée dans la zone centrale, tandis que les deuxième et troisième phases ont été abandonnées dans le plus large fossé d’irrigation agricole car la méthode de pompage électrique est maintenant jugée inabordable et non durable à long terme. Un nouveau projet est en cours pour modifier la méthode d’irrigation dans les zones agricoles entourant le bien, en la remplaçant par une méthode de goutte à goutte, ce qui réduit le problème de fond et élimine les causes fondamentales de la hauteur de la nappe phréatique.

Le problème de l’eau dans la zone centrale du bien est maintenant sous contrôle tant que les pompes fonctionnent. Toutefois, l’abaissement de la nappe phréatique a entraîné une redéposition de sels solubles souterrains à la surface de l’archéologie exposée avec des résultats dévastateurs, notamment une détérioration rapide des blocs de pierre et la création de vides sous la surface qui accélèrent l’écroulement des structures archéologiques. La mission a considéré que ce problème de sels constitue la menace la plus pressante pour le bien et qu’il faut immédiatement mener une étude de l’état de conservation pour évaluer l’étendue des dégâts et le degré de détérioration des éléments concernés. Une fois que les données de l’étude seront collectées, il faudra les étudier pour établir un programme hiérarchisé de traitement des vestiges exposés, et l’appliquer d’urgence. L’inondation affecte encore près de 25 % du bien et environ 30 % de la totalité de la zone cernée par le fossé  de drainage agricole. La mission a considéré qu’il serait très imprudent de risquer d’aggraver la destruction des vestiges archéologiques exposés en drainant d’autres zones avant d’avoir défini des méthodes permettant de limiter les effets négatifs du drainage, et de s’être procuré des fonds pour réaliser la mise en œuvre. La mission a confirmé que les éléments archéologiques exposés dans les zones encore inondées sont menacés. Elle a estimé que la méthode la plus efficace par rapport à son coût serait de réenfouir les structures exposées selon une méthode agréée et spécifique de réenfouissement qui pourrait orienter de futures fouilles et également aider l’interprétation actuelle.

b) Travaux de reconstruction à la Grande basilique

Entre la fin de 2010 et le début de 2011, un projet de démantèlement et de reconstruction de certains murs a été entrepris à la Grande basilique. Cela a consisté à démanteler complètement les murs et à les remonter, à retirer tout le mortier historique et autres matériaux de construction d’origine, à retirer les blocs qui n’étaient pas considérés comme utilisables, à reconstruire les murs avec du mortier moderne et de nouveaux blocs pour remplacer ceux qui avaient été supprimés, et à recouper la face originale des blocs d’origine conservés pour qu’ils s’harmonisent avec les nouveaux matériaux. Il semble que l’objectif ait été de reconstruire les murs pour leur permettre de supporter un nouveau toit et donc offrir une zone couverte aux visiteurs. La mission a considéré que la méthodologie utilisée pour ces travaux était totalement inappropriée. Les travaux en cours ont entraîné une perte totale de toute l’authenticité du contexte historique pour les murs concernés. Les travaux ont été entrepris au nom de l’anastylose, bien que l’anastylose ne signifie jamais, sauf cas exceptionnels, de démolir et de reconstruire des structures originales en place. La mission a considéré que les seuls travaux d’anastylose envisageables à Abou Mena consisteraient à remettre debout certaines des colonnes de marbre. Elle a recommandé de ne plus procéder à d’autres reconstructions mais de se limiter à conserver les matériaux existants.

c) Prolifération de constructions dans le périmètre du bien

La mission a constaté que tout près de la basilique principale, au bout de la route construite pour accéder aux pompes d’assèchement et aux bâtiments de service, une zone plate a été aménagée. Outre l’église en bois édifiée au-dessus de l’autel de la basilique principale, il y a maintenant un grand bâtiment pour l’accueil des pèlerins et plusieurs autres structures plus ou moins permanentes. La mission a recommandé la suppression le plus tôt possible de ces structures permanentes, tentes et abris pour conteneurs, à l’exception de l’église et du bâtiment d’accueil qui devront être traités ultérieurement. Elle a demandé un moratoire sur toute construction dans le bien et dans son cadre délimité par le fossé agricole de drainage. On trouve également plusieurs autres constructions récentes sur le territoire du bien.

d) Limites du bien

La mission a confirmé que la limite actuelle du bien a peu de rapports avec l’étendue de l’ensemble ancien. Afin de définir une limite qui permettre de retrouver les attributs de la valeur universelle exceptionnelle, il faut mener d’urgence une étude archéologique approfondie pour déterminer l’ampleur des vestiges archéologiques. Cela permettrait alors de définir une limite adaptée qui devrait être soumise, avec sa zone tampon, au Comité du patrimoine mondial en tant que modification mineure des limites.

e) Sécurité

L’État partie a indiqué que les travaux de clôture du bien avaient commencé le 21 octobre 2009, qu’ils étaient actuellement arrêtés et qu’ils allaient reprendre. La mission a noté que le bien ne dispose pas de personnel sur place en permanence et qu’il ne fait pas l’objet de patrouilles. Le fossé d’assèchement agricole circulaire qui entoure le bien possède des points de passage et l’accès libre des véhicules est possible à tout moment. Il y a des traces d’accès de véhicules dans toutes les zones cernées par le fossé et il semblerait qu’une zone adjacente à la voie de drainage la plus au nord soit utilisée comme décharge de matériaux de construction.

f)  Installations pour les visiteurs

La mission a noté que les installations pour les visiteurs se limitent aux services de restauration proposés aux pèlerins par le monastère moderne. La majorité des visiteurs sont effectivement des pèlerins qui le plus souvent ne visitent que la basilique principale et les structures archéologiques proches. Plus de deux cent mille personnes visitent le site les jours de fêtes chrétiennes, et des messes ont lieu à la basilique pour ces pèlerins. Les installations pour les pèlerins consistent en un bâtiment d’accueil modeste en bois situé au bout de la route de service qui mène au local technique des pompes, et d’une petite église en bois construite au-dessus de l’ancien autel de la basilique principale. Ces installations ne sont pas autorisées et ne peuvent être considérées comme autrement que temporaires. L’État partie a indiqué que plusieurs projets de centre d’accueil des visiteurs à l’extérieur de la zone archéologique avaient été envisagés et qu’ils devraient être mis en œuvre dès qu’un financement pourrait être assuré. La mission a considéré qu’il faudrait disposer d’une stratégie pour documenter l’établissement de structures appropriées à des endroits adaptés, ainsi que la fourniture d’information à l’intérieur du bien ou à ses abords. Elle a également suggéré que l’on permette à la communauté locale de traverser le site avec les moyens de transport nécessaires pendant les mois d’été pour profiter à loisir du bien, et donc s’intéresser directement à sa préservation.

g) Études archéologiques et de conservation

La mission a noté l’absence d’avancement dans le lancement d’une étude sur l’ampleur des vestiges archéologiques dans le périmètre du bien depuis les missions de 2005 et de 2009. On ne constate pas de progrès non plus dans la préparation d’une étude de l’état de conservation des structures archéologiques exposées dans le bien. À part les travaux de reconstruction (maintenant arrêtés) à la basilique principale, il n’y a eu aucun avancement en matière de conception et/ou d’expérimentation de nouvelles méthodes de conservation pour en étudier la faisabilité comme traitements possibles sur place. Il n’existe aucun système officialisé d’enregistrement des traitements de conservation dans le bien. Il est urgent de disposer d’une stratégie de conservation qui centraliserait les études nécessaires, les rapports sur l’état de conservation, la recherche de méthodes adaptées, le renforcement nécessaire des capacités et les ressources appropriées.

h) Plan de gestion

La mission a noté l’absence d’avancement dans la préparation d’un plan de gestion du bien depuis les missions de 2005 et 2009. Elle a également noté la réelle nécessité de gérer le bien pour ses vestiges archéologiques – attributs de sa valeur universelle exceptionnelle – ainsi que pour son importance en tant que destination de pèlerinage. Il est urgent de disposer d’un système et d’un plan de gestion associant ces deux aspects, qui établiraient des dispositions de gestion des visiteurs ainsi qu’une coordination entre les dispositions pour les pèlerins et pour les autres visiteurs, et prévoiraient des installations appropriées pour tous, une meilleure interprétation et une sécurité accrue, ainsi que des mécanismes pour effectuer les études nécessaires en matière de conservation et de planification. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent que la première phase du projet d’assèchement qui prévoit un pompage permanent de l’eau a été réalisée dans les zones centrales et qu’il est maintenant jugé possible de modifier les dispositions concernant l’irrigation dans les zones agricoles environnantes. Ils notent également que l’abaissement du niveau de la nappe phréatique dans la zone centrale du bien a entraîné un dépôt de sels souterrains solubles sur les vestiges archéologiques exposés, ce qui augmente encore très sérieusement la dégradation de la maçonnerie en pierre. Pour limiter ces dommages, ils rappellent la recommandation de la mission d’effectuer immédiatement une étude de l’état de conservation pour établir l’ampleur des dégâts et le niveau de dégradation afin d’orienter l’établissement d’un programme hiérarchisé de traitement pour les vestiges exposés, qui pourrait être effectué d’urgence. Dans la même ligne d’action, ils notent la nécessité de reporter l’assèchement immédiat des zones restantes et de réenfouir les vestiges actuels jusqu’à la mise au point de méthodes appropriées de stabilisation.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives prennent note de l’avis de la mission qui a estimé que le démantèlement et la reconstruction effectués à la Grande basilique ont été totalement inappropriés en termes de méthodologie et d’impact sur l’authenticité et le contexte historique, et que ’autres reconstructions ne devraient pas être envisagées.

En plus d’être visitées en tant que site archéologique, certaines parties du bien attirent un grand nombre de pèlerins. Il est donc nécessaire de disposer d’une stratégie de gestion des visiteurs, dans le cadre d’un plan de gestion, permettant une approche coordonnée de toutes les visites et la mise à disposition d’information et d’interprétation. Les aménagements actuels incontrôlés autour de la basilique ont été considérés par la mission comme inacceptables et certains bâtiments doivent être supprimés.

Bien que la situation politique de ces deux dernières années ait freiné l’avancement de la sécurisation du bien et la mise au point d’études de conservation, de plans de conservation et d’un plan de gestion, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives réaffirment, comme l’a estimé la mission, qu’il est essentiel de disposer d’étude de base et de plans de conservation afin de pouvoir entreprendre tous travaux en connaissance de cause ; il en est de même pour le plan de gestion, qui doit fournir le cadre agréé d’une action fondée sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, et pour une limite approuvée et 

Décision adoptée: 37 COM 7A.23

Le Comité du patrimoine mondial,

1.   Ayant examiné le document WHC-13/37.COM/7A.Add,

2.   Rappelant la décision 36 COM 7A.20 , adoptée à sa 36e session (Saint-Pétersbourg, 2012),

3.   Note avec une vive inquiétude l’effet dévastateur de l’action d’assèchement sur les vestiges archéologiques, et prie instamment l’État partie d’entreprendre dès que possible des études de l’état de conservation, et d’établir un programme hiérarchisé de traitement qui pourrait être mis en œuvre d’urgence ;

4.   Note également la nécessité de reporter l’assèchement immédiat des zones archéologiques restantes jusqu’à la mise au point de méthodes appropriées de stabilisation, et, d’ici là, d’envisager d’enterrer les vestiges actuels selon une stratégie détaillée de réenfouissement ;

5.   Se déclare préoccupé du démantèlement et de la reconstruction inappropriés effectués à la Grande basilique et de leur impact sur l’authenticité, et prie aussi instamment l’État partie de ne pas entreprendre d’autres reconstructions ;

6.   Demande à l’Etat partie de démolir dès que possible les structures inappropriées à proximité de certaines parties des monuments (à l’exception des bâtiments temporaires de l’église en bois et du gîte pour les pèlerins qui seront traités ultérieurement), et d’instituer un moratoire sur toute la construction à l’intérieur du bien ;

7.   Recommande que l’État partie mette au point une stratégie de gestion des visiteurs, dans le cadre d’un plan de gestion, pour permettre une approche coordonnée de toutes les visites et la mise à disposition d’information et d’interprétation pour ceux qui visitent le site archéologique comme pour les pèlerins ;

8.   Note les progrès qui ont été réalisés par l’État partie au cours des dernières années, notamment en ce qui concerne l’assèchement du site, et demande également que des travaux soient effectués sur les enquêtes de base et les plans de conservation ou sur le plan de gestion, qui font tous partie des mesures correctives identifiées ;

9.   Encourage l’État partie à poursuivre le travail afin qu’un plan d’action agréé fondé sur les attributs de la valeur universelle exceptionnelle du bien puisse être mis en place ;

10.  Demande en outre à l’État partie, à partir des études réalisées, de soumettre un projet de limite logique du bien ainsi qu’une zone tampon adaptée, en tant que modification mineure des limites ; 

11.  Demande par ailleurs à l’État partie de soumettre, d’ici le 1er février 2014 , un rapport détaillé sur la mise en œuvre de ce qui précède, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 38e session en 2014 et si  l’état de conservation souhaité est obtenu, le Comité pourrait souhaiter retirer le bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, en conformité avec le paragraphe 191b des Orientations  ;

12.  Décide de maintenir Abou Mena (Égypte) sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Décision adoptée: 37 COM 8C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné les rapports sur l’état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC-13/37.COM/7A, WHC-13/37.COM/7A.Add et WHC-13/37.COM/7A.Add.2),

2.  Décide de maintenir les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :