1.         La Cathédrale, l'Alcázar et l'Archivo de Indias de Séville (Espagne) (C 383bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1987

Critères  (i)(ii)(iii)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/383/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/383/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Novembre 2011 : Mission consultative de l’ICOMOS.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Constructions de grande hauteur à proximité du bien 

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/383/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2012

À la demande de l'État partie, une mission consultative de l'ICOMOS a visité le bien du 7 au 9 novembre 2011 afin d'examiner le potentiel impact négatif de la Torre Pelli-Cajasol sur le bien.

La mission a notamment examiné s’il y a eu des progrès, et dans quelle mesure, concernant l'arrêt de la construction de la Torre Pelli-Cajasol et quelles options s'offrent afin de modifier le projet, ainsi que l'a demandé le Comité lors de sa 35e session. La mission a également examiné les mécanismes actuels de protection de la zone tampon et du cadre général du bien dans lesquels la tour est située.

La mission a rencontré des représentants des autorités nationales, régionales et locales en charge de la conservation du bien (Ministère de la culture, Région d'Andalousie, ville de Séville), les promoteurs de la tour, le bureau de l'ICOMOS pour l'Espagne et d'autres associations non gouvernementales.

Le 2 février 2012, l'État partie a remis au Centre du patrimoine mondial un rapport sur l'état de conservation du bien constitué de trois lettres, en espagnol, l'une du Maire de Séville et deux de différents services de planification urbaine de la ville de Séville, en réponse aux recommandations de la mission (20 janvier 2012: Alcalde de Sevilla et Servicio de Licencias Urbanísticas, et 1 février 2012: Gerencia de Urbanismo). À l'heure de la rédaction du présent rapport, seule la lettre du service de gestion de l'urbanisme a été remise dans sa traduction anglaise le 21 mars 2012. Le 27 mars 2012, une documentation sur le "plan spécial de protection du secteur 7" (en espagnol) a été remise par l'État partie.

a) Torre Pelli-Cajasol

Le projet de tour prévoit la construction d'un bâtiment de 178 mètres de haut soit 40 étages. Situé dans un paysage plat, le projet de tour se trouve à l'extérieur de la zone tampon du bien à environ 1.600 mètres de la Giralda, le bâtiment le plus élevé du bien, haut de 103 mètres.

Depuis sa 33e session, le Comité exprime sa préoccupation quant au potentiel impact négatif de la tour et demande une évaluation d'impact détaillée. Lors de sa 34e session, le Comité a pris acte de la conclusion de l'évaluation selon laquelle la tour aura un impact potentiel négatif sur la zone de transition de la ville historique. Lors de sa 35e session, le Comité a de nouveau exprimé sa préoccupation quant au potentiel impact négatif de la Torre Pelli-Cajasol sur la valeur universelle exceptionnelle du bien en demandant à l'État partie d’arrêter les travaux de construction et de réexaminer le projet actuel de bâtiment de grande hauteur afin d'éviter tout impact négatif sur la valeur universelle exceptionnelle du bien.

b) Recommandations de la mission

La mission a observé que depuis la dernière session du Comité, aucun effort n'a apparemment été entrepris pour arrêter le projet de tour. Les travaux se sont poursuivis sur le site de la tour au rythme de construction d'un étage par semaine et, lors de la visite de la mission, la tour atteignait déjà 10 étages. La mission a également pris note de demandes continues d'arrêter les travaux, de la part de nombreuses associations et parties prenantes concernées.

La mission a confirmé que la tour aurait un impact visuel extrêmement négatif sur le cadre du bien et, en conséquence, sur son contexte et sa relation au fleuve et aux autres bâtiments qui soutiennent les attributs qui lui confèrent sa valeur universelle exceptionnelle.

Comme il est affirmé dans la déclaration de valeur universelle exceptionnelle, la Cathédrale, l'Alcazar et l'Archivo de Indias à Séville forment un ensemble monumental remarquable qui établit un dialogue complexe avec ses alentours, dialogue qui contribue à son identité. Le caractère proéminent et la verticalité de la tour de la Giralda sont et ont toujours été une caractéristique et une puissante référence pour la ville.

La tour qui culminera à 178 mètres (40 étages) est jugée comme étant située dans un périmètre sensible entre la rive droite du Guadalquivir, avec l'ensemble de la Cartuja (el conjunto de la Cartuja) et le quartier historique de Triana, et la rive gauche du fleuve avec le centre historique de Séville, ces deux dernières zones composant la zone tampon du bien. Le développement vertical très marqué du bâtiment ainsi que l'étroit lien physique établi avec les zones et les monuments historiques rendent cet impact encore plus fort.

La mission a identifié un certain nombre d'axes visuels dans lesquels la Torre Pelli-Cajasol modifierait considérablement le caractère proéminent et l'importance de la Giralda. Elle a estimé que la partie déjà construite de la tour modifiait les perceptions de la Giralda en inversant le lien entre le bâtiment et son arrière plan.

La mission a recommandé que les autorités locales trouvent les modalités pour faire cesser la construction de la Torre Pelli-Cajasol et révisent le projet par la modification de son aspect, préjudiciable aux zones historiques avoisinantes et au bien en raison de l'impact que la tour pourrait avoir.

La mission a estimé que tout nouveau projet architectural doit éviter les effets négatifs que des contrastes excessifs ou très marqués sur le paysage urbain risquent d'avoir, et plutôt privilégier une architecture qui saisit l'esprit du lieu, respecte la valeur universelle exceptionnelle du bien et contribue à l'enrichissement de la ville en renforçant la valeur de continuité urbaine.

L'attention de la mission a également été attirée par d'autres projets de construction de bâtiments de grande hauteur (auxquels la municipalité n'a pas encore accordé de permis de construire) qui auraient un impact considérable sur la ligne d'horizon de la ville. La mission a souligné que, conformément au paragraphe 172 des Orientations, tout projet à venir susceptible d'avoir un impact négatif sur le bien et son cadre doit être soumis au Centre du patrimoine mondial.

Dans sa réponse au rapport de la mission, l'État partie a transmis des opinions des autorités municipales (la Municipalité de Séville) qui expriment leur souhait de garantir que le bien ne soit pas exclu de la Liste du patrimoine mondial et qu’elles annuleraient immédiatement le permis de construire afin d’arrêter les travaux de construction de la tour. Le service de gestion de l'urbanisme (Gerencia de Urbanismo) déclare en outre que, sur la base de l'évaluation initiale du rapport de mission, il avait recommandé à Cajasol, le promoteur du projet, de faire cesser tous les travaux de construction de la tour sans pour autant interrompre les travaux des bâtiments avoisinants moins élevés qui sont aménagés selon les normes du permis de construire légalement accordé.

Aucune confirmation n'a été reçue concernant la suspension des travaux ou l'annulation du permis de construire. Par ailleurs, bien que lors de la visite de la mission, les représentants du Maire aient déclaré que celui-ci était prêt à négocier, réexaminer et entrevoir des modifications et trouver des solutions au problème du projet de la Torre Pelli-Cajasol, des rapports conséquents publiés dans la presse semblent indiquer que le Maire de Séville, suite à une rencontre avec la direction de Cajasol, n'a pas pris les mesures nécessaires pour arrêter les travaux et que la tour a désormais, à l'heure de la rédaction du présent rapport, atteint la hauteur de 25 étages.

c) Protection et gestion

La mission a remarqué que l'actuel plan général d'aménagement urbain de Séville (Plan General de Ordenamiento Urbano - PGOU) adopté en 2006 diffère considérablement de celui qui existait lors de l'inscription du bien, or ce changement n'a pas été soumis au Centre du patrimoine mondial. Le plan actuel accorde une très grande liberté aux interventions futures en termes de volume et d'échelle dans des secteurs proches des trois parties du bien, modifiant ainsi le cadre des relations urbaines avec l'ensemble monumental. La mission a également remarqué que le PGOU autorise l'aménagement de 68.000 mètres carrés dans le secteur où se trouve la Torre Pelli-Cajasol. Cependant, le plan local spécial, dit Plan PERI, destiné à mettre en œuvre les objectifs du PGOU a autorisé l'aménagement d'une zone plus grande, 180.000 mètres carrés, pour des bâtiments 'fins et de grande hauteur', sans limitation de hauteur préférant insister sur la qualité architecturale.

d) Zone tampon et cadre général du bien

La zone tampon du bien fait partie de l'ensemble historique (Conjunto Histórico) étendu, selon les termes du Décret royal du 2 novembre 2009. Cette zone recouvre de nombreux secteurs pour lesquels le Décret royal requiert l'adoption de plans spéciaux de protection.

La mission a estimé qu'afin d'accorder une protection efficace à la zone tampon, il est important que ces plans spéciaux de protection soient achevés et adoptés pour tous les "secteurs". À l'heure actuelle, le plan pour le secteur "intérieur" et deux plans pour d'autres secteurs en sont à la phase de consultation publique et sont toujours en attente d'adoption.

En ce qui concerne le cadre général du bien, la mission a noté qu'une protection de ce cadre n'existe toujours pas. Elle a estimé qu'il est important de protéger le cadre au delà de la zone tampon, là où les zones d'aménagement sont toujours en lien avec le bien par les paysages dans et autour de la ville. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations Consultatives notent que lors de la visite de la mission, l'État partie n'avait pas arrêté les travaux de construction de la Torre Pelli-Cajasol comme demandé par le Comité à sa 35e session. Ils notent également que la mission consultative de l'ICOMOS et d'autres sources affirment que les travaux continuent. Ils soulignent que la mission a confirmé que la tour a un impact visuel très négatif sur le cadre du bien et conséquemment sur son contexte et son lien au fleuve et aux autres bâtiments qui soutiennent les attributs qui confèrent la valeur universelle exceptionnelle. Ils estiment que, suite aux recommandations de la mission, les travaux de la tour doivent être arrêtés (à l'exclusion des structures avoisinantes plus basses) le temps que des options pour abaisser sa hauteur et atténuer son impact négatif sur le bien soient débattues.

Prenant en compte la poursuite des travaux et l'absence de tout dialogue sur des mesures visant à abaisser la hauteur de la tour, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations Consultatives estiment que la valeur universelle exceptionnelle du bien est potentiellement mise en danger. Ils recommandent que le Comité exprime sa très vive préoccupation quant aux travaux de construction en cours, prie instamment l'État partie d’arrêter immédiatement les travaux de la tour et d'engager un dialogue visant à définir des options d'atténuation de l'impact négatif du bâtiment sur la valeur universelle exceptionnelle du bien.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations Consultatives recommandent donc que le Comité du patrimoine mondial inscrive le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril afin de permettre à l'État partie de mettre en œuvre les mesures correctives suivantes: arrêter les travaux de la tour Torre Pelli-Cajasol, identifier des options pour une modification de la hauteur et de l'aspect architectural de la tour, et ce, afin d'atténuer son impact négatif sur le bien, et, mettre en œuvre des mesures visant à modifier la hauteur et l'aspect de la tour afin de garantir qu'elle n'a plus d'impact négatif sur le bien.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives recommandent également que le Comité soutienne les recommandations de la mission quant à l'achèvement et l'adoption pour tous les secteurs de la zone tampon des plans spéciaux de protection afin qu'une indispensable protection soit mise en œuvre. Ils recommandent également que le Comité souligne que la protection du cadre du bien, au delà de sa zone tampon, s'avère toujours nécessaire afin de protéger les zones, les lignes d'horizon et les perspectives visuelles qui sont liées au bien et à son contexte face à l'actuelle pression urbaine.

Décision adoptée: 36 COM 7B.88

Le Comité du patrimoine mondial,

1.   Ayant examiné le document WHC-12/36.COM/7B.Add,

2.   Rappelant la décision 33 COM 7B.123, 34 COM 7B.100 et 35 COM 7B.110, adoptées respectivement à ses 33e (Séville, 2009), 34e (Brasilia, 2010) et 35e (UNESCO, 2011) sessions,

3.   Regrette que les travaux de la Torre Pelli-Cajasol n’aient pas été suspendus, comme demandé par le Comité à sa dernière session, et, qu’aucun processus de discussion ou de consultation n’ait été mis en place pour envisager comment le projet pourrait être amélioré et tout impact potentiel davantage atténué ;

4.   Prend note avec préoccupation des conclusions de la mission consultative de l’ICOMOS selon lesquelles la tour a un impact visuel très négatif sur le cadre du bien et en conséquence sur son contexte et sa relation au fleuve et aux autres bâtiments qui soutiennent ses attributs qui confèrent une valeur universelle exceptionnelle ;

5.   Prie instamment l’État partie d’entreprendre en collaboration avec l’ICOMOS des études de façon à éviter que la situation ne se reproduise à l’avenir ;

6.   Prie également instamment l’État partie d’achever et de faire adopter les plans spéciaux de protection pour tous les secteurs de la zone tampon et de mettre en place une protection adaptée pour le cadre général du bien afin de traiter les pressions actuelles liées à l’aménagement ; cette zone tampon devra être révisée afin d’assurer la protection adéquate du bien ;

7.   Demande à l’État partie de remettre au Centre du patrimoine mondial, pour examen par les Organisations Consultatives, les détails de tous les principaux projets de construction dans la zone tampon et dans celle du cadre du bien susceptibles d’avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien ainsi que des évaluations d’impact patrimoniale appropriées, conformément au paragraphe 172 des Orientations avant que tout engagement irréversible ne soit pris ;

8.   Prend note de l’offre de l’État partie d’organiser, avant la fin de 2012, une réunion internationale d’experts à Séville pour étudier la question de l’architecture contemporaine et des paysages urbains historiques ;

9.   Demande par ailleurs à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2013, un rapport sur l’état de conservation du bien et sur l’avancement et les résultats des actions décidées ci-dessus, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 37e session en 2013.