1.         Ensemble de Prambanan (Indonésie) (C 642)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1991

Critères  (i)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/642/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1998-2006)
Montant total approuvé : 80 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/642/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Mission Centre du patrimoine mondial / ICOMOS, 17-25 février 2006 et mission du Centre du patrimoine mondial, 7-10 juin 2006.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/642/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2006

A 05 h 53 le 27 mai 2006, un séisme de magnitude 5,9 sur l’échelle de Richter (BMG) a frappé Jogjakarta et certaines régions du centre de Java. L’épicentre se situait approximativement à 3,8 kilomètres au sud de Jogjakarta. Le séisme a touché huit districts de Jogjakarta et les provinces voisines de Java centrale, causant d’énormes dégâts aux habitations et aux infrastructures. Les districts les plus touchés sont Bantul, à Jogjakarta, et Klaten dans Java centrale. On annonce environ 6 234 morts et 30 000 blessés. On estime à 650 000 le nombre de personnes déplacées, quelque 135 000 habitations ayant été endommagées ou détruites.

L’ensemble des temples de Prambanan, inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 1991 et situé à quelques kilomètres au nord-est de Jogjakarta, a été fortement touché par le séisme. La principale enceinte de Prambanan contient trois temples décorés de reliefs illustrant le récit épique du Ramayana, dédiés aux trois grandes divinités hindoues (Shiva, Vishnou et Brahma) ainsi que trois bâtiments mineurs dédiés aux animaux qui servent les divinités (“Vahana” ou Véhicules). De nombreux autres bâtiments et temples entourent la terrasse principale. Le Président de la République d’Indonésie, Son Excellence M. Susilo Bambang Yudhoyono, a visité le site avec le ministre de la Culture et du Tourisme, M. Jero Wacik, le mardi 30 mai 2006. A cette occasion, le Président a fait appel à l’assistance de l’UNESCO pour la réhabilitation du site du patrimoine mondial. Pour le moment, la principale enceinte de l’ensemble des temples a été fermée au public.

En fait, aussitôt après le séisme et en consultation avec les autorités indonésiennes, le Centre du patrimoine mondial a envoyé sur le site un expert en structures des bâtiments historiques, le professeur Giorgio Croci, pour évaluer les dommages subis par les temples ainsi que les risques qui subsistent pour les structures et pour les visiteurs. La mission a eu lieu du 7 au 10 juin 2006, et a bénéficié de toute l’assistance du ministère indonésien de la Culture, ainsi que du Bureau de l’UNESCO à Jakarta.

Le rapport de la mission indique que l’ensemble des bâtiments ont souffert, à différents degrés, d’un élargissement des joints verticaux avec pour conséquence des déformations vers l’extérieur, des fissures de certaines pierres, l’effondrement de certains ratna (petits stupas) et d’une partie des balustrades, l’inclinaison du pinacle, etc. Certains temples ont été particulièrement affectés, entre autres le temple Sojiwan, qui était en cours de restauration au moment du séisme ; le temple Plaosan, où de grandes parties du toit se sont effondrées ; les portes du complexe, qui sont tombées ; et le temple appelé Sewu, situé en dehors de l’enceinte principale, dont les déformations vers l’extérieur sont particulièrement prononcées et où de larges fissures se sont ouvertes aux quatre angles. Les bâtiments, à l’exception éventuellement du temple Sewu, ne semblent pas en danger imminent de s’effondrer. Toutefois, certains risques pour la sécurité des personnes ont été relevés en de nombreux points, en raison principalement de fragments de pierre en position instable.

La mission a également examiné la dynamique des déformations qui se sont produites pendant le séisme, en tenant compte des très importantes interventions structurelles effectuées sur les temples au cours de la deuxième moitié du siècle dernier. Ces interventions ont en fait totalement modifié le comportement structurel et les caractéristiques originelles de construction de ces monuments. En effet, à partir des années 1950, bon nombre de ces temples ont été démantelés et reconstruits autour d’une cage de béton armé. Les pierres ont été assemblées en appliquant une technique de maçonnerie à sec avec joints renforcés par injections de ciment ou de résines. La structure en béton armé et la maçonnerie à sec (partiellement renforcée par des injections) se comportent de manière très différente dans le cas d’une poussée horizontale (caractéristique d’un séisme), la première ayant une bonne résistance mais une forte déformabilité élastique (réversible), alors que la seconde a une résistance limitée (limitée par le frottement entre les blocs) et une grande rigidité. Il semble, en fait, que les modules élastiques différents de ces deux types de construction soient l’une des principales causes des dégâts subis par les temples. En effet, la déformation de la maçonnerie de pierre, et dans certains cas son effondrement, ont été accrus par les déformations beaucoup plus importantes de la grille en béton armé. Cette dernière, du fait de ses caractéristiques structurelles intrinsèques, n’a commencé à “travailler” sous la contrainte que lorsque les pierres ont été déformées par l’action du séisme, mais elle a ensuite contribué à l’instabilité des monuments anciens en frappant comme au marteau sur la maçonnerie, ce qui a provoqué des déformations plus larges et dans certains cas l’effondrement des pierres. Pour finir, l’évaluation a montré que dans le cas d’un séisme, la présence de béton armé à l’intérieur des temples a pu être, non seulement inutile, mais néfaste.

Cette hypothèse, si elle est confirmée par les analyses sismiques détaillées qui doivent avoir lieu, déterminera les mesures curatives à long terme possibles. Une intervention de conservation crédible, en effet, devra être fondée sur une étude détaillée du comportement sismique des deux structures (béton armé et maçonnerie), effectuée peut-être au moyen de modèles mathématiques, combinés avec une enquête très précise sur la situation de chacun des bâtiments de cet ensemble. Cela demandera nécessairement du temps, ainsi que des ressources et une expertise substantielles.

Pour le court terme, cependant, la mission a identifié certaines mesures simples mais essentielles pour réduire les risques subsistants et assurer la sécurité du personnel du ministère de la Culture comme des visiteurs. Ces mesures comprennent l’élimination des risques locaux liés à l’instabilité de blocs et de fragments, etc., qui pourraient tomber, créant un danger évident pour les ouvriers et les visiteurs ; et la réduction du risque d’effondrement de certaines structures, essentiellement le temple Sewu, y compris par la pose de ceintures précontraintes en fibres spéciales qui doivent être fixées autour des bâtiments en péril.

A partir de l’évaluation effectuée par le professeur Croci, les autorités indonésiennes ont établi et soumis, le 22 juin 2006, une demande d’assistance d’urgence, pour un montant de 75 000 dollars EU, afin de réaliser les deux mesures urgentes décrites ci-dessus. A l’heure de la rédaction du présent rapport (30 juin 2006), la demande a été approuvée par la Présidente du Comité et les fonds correspondants ont été décentralisés vers le Bureau de l’UNESCO à Jakarta pour mise en œuvre.

A long terme, l’incompatibilité des structures en béton armé avec la maçonnerie originelle des temples de Prambanan devra être étudiée avec soin, en tenant compte également du fait qu’elles font aujourd’hui partie de “l’histoire” du monument et de la science de la conservation en général. Supprimer ces structures de l’ensemble des temples représenterait en fait une opération extrêmement radicale, complexe et coûteuse, qui pourrait ne pas être justifiée en raison d’autres besoins prioritaires. En même temps, l’action négative du ciment contenu dans le béton, source de sels transportés par l’eau et qui cristallisent à la surface des pierres après évaporation, nécessitera certainement une solution. L’usage important de résines époxy et de produits hydrofuges à base de résines silicones, pratiqué jusqu’à aujourd’hui, devra aussi être reconsidéré. En résumé, le séisme a causé des dommages significatifs à ce bien du patrimoine mondial et suscité un certain nombre de problèmes de conservation qui devront être traités dans les prochaines années, une fois atténués les risques immédiats. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 30 COM 7B.60

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-06/30.COM/7B.Add,

2. Présente ses profondes condoléances à l'Etat partie d'Indonésie pour la perte tragique de vies humaines provoquée par le récent séisme qui a frappé l'île de Java;

3. Félicite les autorités indonésiennes pour la réaction rapide et l'engagement dont elles font preuve pour la sauvegarde du patrimoine culturel de la zone affectée, y compris le site du patrimoine mondial de Prambanan ;

4. Encourage l'Etat partie à mettre en œuvre le plus rapidement possible les mesures urgentes identifiées par la mission d'expert de juin 2006 afin de réduire les risques pour les bâtiments et les personnes sur le site ;

5. Encourage aussi l'Etat partie à effectuer, si nécessaire avec une assistance internationale, les études, analyses et recherches ultérieures identifiées par la mission d'expert de juin 2006 comme essentielles pour définir une approche à long terme appropriée pour la conservation des temples ;

6. Encourage également la communauté des donateurs à soutenir le développement de ces études ainsi que la mise en œuvre des interventions de conservation nécessaires qui seront définies à partir de ces études ;

7. Demande à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, pour le 1 février 2007, un rapport sur les progrès accomplis pour réduire les risques qui menacent actuellement le bien ainsi que sur l'élaboration d'une stratégie de conservation à long terme, rapport qui sera examiné par le Comité lors de sa 31e session en 2007.