1.         Réserve naturelle intégrale du mont Nimba (Côte d'Ivoire,Guinée) (N 155bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1981

Critères  (ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril    1992-présent

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/155/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1981-2002)
Montant total approuvé : 435 222 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/155/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Mission de l’UNESCO en 1988 ; mission UNESCO/UICN en 1993 ; mission de l’UICN en 1994 ; mission de l’UNESCO en 2000.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) exploitation minière ;

b) afflux de réfugiés ;

c) empiètement agricole ;

d) déforestation ;

e) braconnage ;

f) faible capacité de gestion ;

g) manque de ressources ;

h) manque de coopération transfrontalière.

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/155/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2006

Des rapports sur l’état de conservation du bien ont été reçus des deux États parties le 21 mars 2006.

Du côté de la Côte d’Ivoire, le bien reste entièrement sous le contrôle des forces rebelles. Aucune activité de conservation n’est en place et la totalité des infrastructures et des équipements du parc ont été volés, détruits ou pillés. Malgré cela, l’État partie indique qu’il n’y a pas eu de répercussions négatives sur les ressources naturelles.

L’État partie de la Guinée fait état de dégradations permanentes du côté guinéen, principalement dans les secteurs de Boussou et Déré de la Réserve de biosphère qui font office de zones tampons pour le bien du patrimoine mondial. L’empiètement et la déforestation à des fins agricoles et pastorales y sont permanents, de même que les conflits entre la population locale et les autorités du parc. Cette situation est le résultat du manque de surveillance et de patrouilles, lui-même dû au manque de ressources. Des bergers ont pénétré avec des centaines de bêtes dans l’enceinte du bien pendant la saison sèche, causant d’importants dégâts. Des feux de brousse allumés par des chasseurs clandestins et des bergers ont atteint le bien et sont difficiles à contrôler sans le matériel ou le personnel nécessaire.

Les activités de chasse illégale par des ouvriers des mines ou des villageois pour la consommation locale se poursuivent. Un projet récent soutenu par le Comité néerlandais de l’UICN et Flora and Fauna International (FFI) a constaté que cette pratique atteignait des proportions très importantes et non viables. Le projet a toutefois aidé des groupes de chasseurs à se convertir à des activités de surveillance et d’élevage de gibier pour satisfaire leurs besoins en protéines animales. Il a aussi aidé des vendeurs de viande de gibier à se convertir à la vente de cultures, d’artisanat local et d’autres produits ; il a également facilité la création d’association non commerciale.

Une route de 14 km entre Gbakoré et Pierré Richaud, à l’intérieur de l’enclave de la concession minière, a été construite en novembre 2005 par la Société des Mines de Fer de Guinée (SMFG) sans consulter les autorités du parc, bien qu’il semble qu’une étude d’impact sur l’environnement ait été effectuée. Selon certaines informations, la Société des Minerais de Fer de Guinée (SMFG) aurait depuis 2005 relancé ses activités dans l’enclave minière qui a été exclue du bien du patrimoine mondial en 1993. Des activités d’exploration, qui devraient durer au moins trois ans, y sont actuellement menées. La société a également intensifié les mesures de sécurité et entrepris une rénovation complète de la cité minière. Les gardes du parc ont de ce fait été retirés de la cité, ce qui rend leur travail de surveillance et de patrouille plus difficile.

L’État partie de la Guinée fait état d’un besoin critique de ressources supplémentaires et d’activités de formation pour son personnel, précisant que jusqu’à présent il n’a pas reçu suffisamment de fonds de la communauté internationale et du Fonds du patrimoine mondial. Il demande qu’une mission de suivi soit envoyée avant la 30e session du Comité pour évaluer l’état de conservation actuel du bien avant le démarrage du projet FEM-PNUD-UNESCO-FFI ; déterminer dans quelle mesure les recommandations de la mission de 1993 ont été mises en œuvre ; et rencontrer les États parties de la Guinée et de la Côte d’Ivoire.

Le rapport de l’État partie de la Guinée ne donne aucune nouvelle information sur le projet soutenu par le FEM, le PNUD, l’UNESCO et FFI intitulé « Conservation de la biodiversité des monts Nimba par une gestion intégrée et participative ». En ce qui concerne le financement, le Centre du patrimoine mondial a appris de l’administrateur national du projet que le programme de Conservation de la biodiversité des monts Nimba est financé par le FEM à hauteur de 3 650 000 dollars EU, par le PNUD/Guinée à hauteur de 1 650 000 dollars EU et par FFI à hauteur de 200 000 dollars EU. Il a été demandé à la compagnie minière SMFG de verser une contribution de 4 500 000 dollars EU au projet. Malheureusement, les activités sur le terrain n’ont pas encore démarré.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que si les rapports des deux États parties permettent de comprendre certains problèmes de gestion du bien, ils donnent peu d’informations sur l’état réel de conservation des valeurs du bien et sur les impacts des diverses menaces sur ces valeurs, par ex. celles des activités minières. C’est pourquoi le Centre du patrimoine mondial et l’UICN jugent nécessaires d’effectuer une mission de suivi en Guinée, conformément à la demande de l’État partie de la Guinée, et en Côte d’Ivoire si les conditions de sécurité le permettent.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu en octobre 2005 le résumé d’un rapport réalisé par Fauna and Flora International (FFI) à la demande de la SMFG et de BHP Billiton, intitulé « Contributions à une stratégie environnementale pour la SMFG ». Ce rapport propose comme but environnemental à la société « de garantir un effet positif net sur l’environnement et la diversité biologique de la partie guinéenne des monts Nimba et des zones adjacentes, ainsi que sur les communautés humaines directement concernées par la partie guinéenne de la chaîne de montagnes et l’activité minière ». Il définit à cet effet 11 objectifs à atteindre à l’intérieur de la concession et 8 objectifs à atteindre à l’extérieur, assortis d’indicateurs de succès. Il conclut qu’une mine dans les monts Nimba, à condition qu’elle soit gérée avec une grande rigueur et qu’elle prenne en compte les considérations environnementales et sociales tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la zone de concession, peut être une force tout à fait positive pour le bien du patrimoine mondial.

Le 03 avril 2006, le Centre du patrimoine mondial a reçu une délégation composée du Président de la SMFG et de l’Administrateur national du projet FEM-PNUD-UNESCO-FFI pour discuter de la situation actuelle du projet de conservation des monts Nimba, ainsi que la proposition de réouverture des concessions minières à l’intérieur de la Réserve naturelle intégrale du Mont Nimba et autour.

Sur la question de la réouverture des mines de fer, le Centre du patrimoine mondial a fait part à la délégation de ses inquiétudes à propos de l’impact potentiel des activités minières sur les valeurs du bien. Le Président de la SMFG a exprimé la volonté de sa compagnie de coopérer avec le Centre afin de limiter le plus possible les impacts de l’activité minière sur le bien. Le Centre du patrimoine mondial a en outre reçu l’assurance que cette activité ne serait menée qu’à l’extérieur du bien du patrimoine mondial. A cet égard, le Président a informé le Centre qu’une étude de faisabilité était en cours de préparation, elle concerne la réalisation d’un inventaire complet de la faune et de la flore dans l’enclave minière avant de commencer toute activité. De même, il a informé le Centre de la réalisation d’une étude d’impact sur l’environnement. La SMFG a invité le Centre à participer à cette activité. 

Le Président de la SMFG a aussi informé le Centre d’une autre étude de faisabilité entreprise par sa compagnie sur l’impact de la construction d’une voie ferrée « transguinéenne » pour transporter le minerai de fer du mont Nimba à la côte guinéenne. Il a assuré au Centre que cette voie ferrée commençait à l’extérieur du bien du patrimoine mondial. La question de l’enclave minière délimitée en 1993 par une mission interdisciplinaire dirigée par l’UNESCO a également été soulevée. Il a été convenu qu’une nouvelle visite sur le bien s’imposait pour réeffectuer un zonage correct en utilisant des techniques modernes comme le GPS afin d’obtenir des résultats précis. Le Centre du patrimoine mondial note qu’il n’existe pas de carte convenable du bien et que, compte tenu de l’augmentation actuelle de la demande de minerai de fer, une démarcation claire des limites est importante pour garantir la protection de l’intégrité du bien. Il convient de noter que le statut juridique de la zone protégée manque de clarté : la zone a été classée réserve naturelle intégrale à l’époque coloniale, mais ce statut n’a jamais été explicitement confirmé après l’indépendance. Le statut de la Réserve a toutefois été implicitement reconnu avec son classement en 1980 comme Réserve de la biosphère et l’inscription de la zone centrale en tant que site du patrimoine mondial en 1981. En ce qui concerne le projet FEM-PNUD-UNESCO-FFI de conservation de la diversité biologique des monts Nimba, le coordonnateur national du projet a demandé au Centre du patrimoine mondial de lancer la mise en œuvre des éléments du projet qui doivent être exécutés par l’UNESCO. Les fonds du FEM pour ces éléments sont déjà disponibles et l’État partie a l’intention de demander des fonds supplémentaires au Fonds du patrimoine mondial.  

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Néant

Décision adoptée: 30 COM 7A.3

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-06/30.COM/7A,

2. Rappelant la décision 29 COM 7A.3, adoptée à sa 29e session (Durban, 2005),

3. Note avec inquiétude que la partie du bien située en Côte d'Ivoire reste entièrement sous le contrôle des forces rebelles et que l'empiètement, la déforestation, la chasse, l'exploitation minière ainsi que le manque de capacités de gestion et de ressources continuent de menacer le bien en Guinée;

4. Prie instamment l'État partie de la Guinée de revoir le statut de protection actuel de la Réserve et d'adopter des instruments juridiques et législatifs pour assurer la protection du bien, en étroite coopération avec le Centre du patrimoine mondial et l'UICN;

5. Demande à l'État partie de la Guinée et au PNUD de mettre en œuvre sur le terrain le plus rapidement possible le projet du mont Nimba financé par le FEM et de coopérer avec le Centre du patrimoine mondial pour démarrer les activités de l'UNESCO prévues dans le cadre de ce projet;

6. Remercie l'État partie de la Guinée d'avoir invité une mission de suivi conjointe UNESCO/UICN,et demande à l'État partie de la Côte d'Ivoire, si les conditions de sécurité le permettent, d'étendre cette invitation à la partie ivoirienne du bien. Cette mission aura pour objectif d'évaluer la valeur universelle exceptionnelle et l'état de conservation du bien, en particulier de déterminer dans quelle mesure les recommandations de la mission de suivi de 1993 en Guinée ont été respectées, de faire le point sur les activités minières dans l'enclave minière et de mettre en place des mesures correctives, des repères et un calendrier pour leur mise en œuvre, en vue d'un éventuel retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril;

7. Demande en outre aux États parties de la Côte d'Ivoire et de la Guinée de fournir au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1 février 2007, un rapport actualisé sur l'état de conservation du bien, en particulier sur les activités d'exploitation minière et leurs impacts potentiels sur l'intégrité du bien, la mise en œuvre du projet du mont Nimba et les progrès accomplis en matière de révision du statut de protection de la réserve, pour examen par le Comité à sa 31e session en 2007;

8. Décide de maintenir la Réserve naturelle intégrale du mont Nimba (Côte d'Ivoire / Guinée) sur la Liste du patrimoine mondial en péril.