1.         Thèbes antique et sa nécropole (Égypte) (C 87)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1979

Critères  (i)(iii)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/87/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2001-2001)
Montant total approuvé : 7 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/87/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : 694.000 dollars EU provenant du fonds-en-dépôt japonais 2002-2004 (restauration de peintures murales).

Missions de suivi antérieures

Mission de suivi réactif de l'ICOMOS en 2001 et mission d'un expert en hydrologie en 2002. Missions du Centre du patrimoine mondial en juillet 2006 et mai 2007.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Montée de la nappe phréatique (Louxor, Karnak) ;

b) Risques d'inondations (vallées des Rois et des Reines) ;

c) Absence d’un périmètre de protection défini pour le bien et d’une zone tampon ;

d) Absence de plan de gestion global ;

e) Vastes projets d'infrastructure en cours ou prévus ;

f) Urbanisation incontrôlée ;

g) Envahissement de la rive occidentale par les habitations et l’agriculture ;

h) Grands projets d’aménagement et d'infrastructure à Karnak et Louxor ;

i) Démolitions dans le village de Gurnah sur la rive occidentale du Nil.

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/87/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2007

Suite à des informations alarmantes qui émanent de sources diverses et à un échange de correspondance, les autorités égyptiennes ont invité une mission du Centre du patrimoine mondial sur le site dans les jours ayant précédé la 30e session du Comité du patrimoine mondial (Vilnius, juillet 2006). Comme le rapport ne figurait pas dans les documents de la session, en voici la synthèse.

Ce rapport commence par résumer toutes les menaces perçues, identifiées dans les récentes communications provenant de sources diverses et signalées au Comité dans le document WHC-06/30.COM/7B. Il contient également des recommandations sur la mise en œuvre du « Plan directeur de Louxor 2030 » établi par le Gouverneur suite à une étude du PNUD en 2002-2003, qui porte sur l’aménagement de la région où se trouve le bien et comprend 32 projets d’aménagement à court terme, dont beaucoup ont déjà démarré. Les objectifs du plan directeur sont centrés sur le développement du tourisme, la satisfaction des besoins sociaux et économiques de la population et la protection des antiquités.

Le rapport de la mission passe aussi en revue de manière systématique tous les problèmes soulevés, à savoir : la création d'une esplanade en plein air avec une chaussée allant du premier pylône du temple de Karnak jusqu’au Nil ; la destruction de tous les bâtiments et structures de la zone (dont le Centre d’études franco-égyptien et ses annexes, le stade, les boutiques de souvenirs et les habitations, un jardin public, des aires de stockage de vieilles pierres, le complexe résidentiel au bord du Nil surnommé le « Village français ») ; l'abaissement de la route en corniche et son déplacement plus près du Nil ; la construction d'un parc de stationnement à l'emplacement du stade actuel ; la construction de magasins le long de l’esplanade, côté Sud, ainsi qu'un centre d’accueil des visiteurs.

Le rapport de la mission note que l'objectif global d'une vaste esplanade devant le temple de Karnak était de « corriger le développement hasardeux d’installations secondaires qui sont apparues au fil du temps et de les moderniser dans le cadre d’un plan harmonisé ». La mission a insisté sur la nécessité pour l'État partie d'organiser un concours de design international pour l'entrée du temple de Karnak, afin d’encourager des solutions d’aménagement de haute qualité qui soutiennent et favorisent une nouvelle vision de la gestion du patrimoine, et de respecter les vestiges archéologiques existants et les témoignages qui subsistent. 

La mission a également décrit les projets annoncés à Louxor, comme l'excavation de l'allée des Sphinx dans sa totalité, « conçue pour mettre en évidence la connexion physique passée des temples de Louxor et de Karnak par l’exposition de l'allée de cérémonie de 3 km de long qui les reliait dans l'Antiquité ». Le rapport indique que même si « les travaux exécutés dans ces zones ont déjà montré l’état de conservation satisfaisant de l'allée », elle est en partie « recouverte par la ville contemporaine et exigera la démolition d'au moins 300 habitations ».

En ce qui concerne le projet de démolition de la plupart des maisons construites au-dessus des anciennes tombes à Gurnah (Qurna) et du déplacement des villageois vers un nouvel emplacement, le rapport indique que le nouveau village proposé offrira « toutes les installations de base pour le service d'eau, le tout-à-l’égout, les soins primaires et l'éducation, ainsi qu'un marché dont Gurnah ne dispose pas actuellement ». La mission a constaté que l'État partie avait souligné « l'incompatibilité et le caractère insupportable de la situation en termes de conditions de vie des communautés par rapport à la gestion du site du patrimoine mondial » et que « les habitants ne partiraient de leur plein gré qu’avec une indemnité suffisante ». 

L’ICOMOS a examiné le rapport de la mission et fait les remarques suivantes :

a) L’information communiquée démontre que si le plan directeur met surtout l’accent sur la dépollution, l'amélioration de l'image et des conditions pour les touristes, la rénovation, l’assainissement, etc., il ne parle pas de protéger la valeur universelle exceptionnelle du site. Partant, il accorde peu d'attention au meilleur moyen de maintenir l'ensemble complexe de couches historiques qui fondent l'inscription de Thèbes sur la Liste, et au fait que de nombreuses parties importantes du site sont en effet tenues à l’écart sans raison.

b) La démolition de certaines structures près de Karnak, des établissements urbains plus tardifs entre les deux temples et de larges secteurs de Gurnah ne sont ni des approches acceptables au regard des principes de conservation contemporains (qui exigent que les modifications se bornent exclusivement à celles qui sont indispensables pour répondre à des besoins fonctionnels élémentaires, et ceci, uniquement là où cela peut se faire sans perte pour les valeurs patrimoniales), ni des approches respectueuses de la valeur universelle exceptionnelle du bien. Même si certains de ces lieux ne peuvent pas vraiment être qualifiés « d’antiquités », ils devraient être protégés comme étant indissociablement liés à l’évolution du site et, par conséquent, mériter les mesures de protection les plus poussées. La disparition de Gurnah, en particulier, dont les habitants ont fourni la majeure partie de la main-d’œuvre sur les fouilles à Thèbes depuis le XIXe siècle, représenterait la perte d'une localité de grande importance dans le cadre de la proposition d'inscription originale. L’évacuation des habitants de Gurnah et la réduction du village à un choix de quelques bâtiments historiques survivants (et vides) est un acte qui va à l'encontre de tous les principes de conservation. L’ICOMOS précise qu'en 1998, puis en 2001, le Bureau du Comité du patrimoine mondial avait recommandé de « lancer un programme de coopération comprenant des relevés géologiques, archéologiques et géographiques, des études cartographiques et anthropologiques et une évaluation des qualités historiques et de paysage culturel des contreforts du massif et de la présence du village de Gurnah sur le site » et « d’ajourner tout nouveau transfert de la population de Gurnah jusqu'à ce que ces études aient été effectuées ». 

c) La démolition des structures le long de l'allée des Sphinx proposée entre les temples de Louxor et de Karnak est un effort en vue de reconstruire les relations physiques passées. Toutefois, les Orientations soulignent que : « En ce qui concerne l'authenticité, la reconstruction de vestiges archéologiques ou de monuments ou de quartiers historiques n'est justifiable que dans des circonstances exceptionnelles ».

Lors de sa 30e session, le Comité du patrimoine mondial a notamment demandé à l'État partie de fournir les détails du projet de réimplantation des villageois et des nouveaux aménagements, ainsi que leurs impacts visuels et environnementaux, et de veiller à ce que « tous les plans architecturaux des nouvelles installations respectent la valeur universelle exceptionnelle du bien du patrimoine mondial ».

L’État partie a présenté le 26 janvier 2007 deux documents power point sur papier contenant un « Plan d’aménagement global pour la ville de Louxor – Plan directeur de Louxor 2030 » et une « Liste de projets exécutés et en cours sur le site archéologique de Louxor », qui décrit uniquement un sous-projet : « Projet d’abaissement du niveau de la nappe phréatique sur les temples de Karnak et de Louxor ». Ces documents sont abondamment illustrés mais ne contiennent aucun texte ou presque pouvant justifier les interventions proposées. Dans le cadre de l’Inventaire rétrospectif, l'État partie a transmis au Centre du patrimoine mondial une carte topographique et une carte cadastrale qui représentent les cinq composantes du bien, répondant ainsi à la demande du Comité. Certaines clarifications devraient encore être apportées avant de les présenter au Comité en 2008. De plus, en avril 2007, un « plan de gestion du site pilote » de Madinat Habu (l’un des temples qui composent le bien, sur la rive Ouest du Nil) a été reçu par le Centre du patrimoine mondial. Lors de la préparation du présent document, le plan n'avait pas encore été examiné par le Centre et l’ICOMOS.

La mission au Caire (29 avril-4 mai 2007) a demandé en urgence au Conseil suprême des Antiquités d’avoir la possibilité de visiter rapidement le bien afin d'évaluer les travaux exécutés depuis 2006, ce que ne reflètent pas les documents fournis par l'État partie comme mentionné précédemment. La mission a relevé les points suivants :

d) Aucun compte n'a été tenu des principales recommandations de la mission de 2006 ni des recommandations précédentes du Bureau du patrimoine mondial ;

e) Un grand nombre de maisons de Gurnah ont été détruites sans aucune étude historique ou ethnographique préalable et les habitants ont été déplacés dans un nouveau village plus au sud ;

f) Il n’y a eu aucune consultation sur le projet d’esplanade entre l'entrée du temple de Karnak et le Nil, et le nouveau centre d’accueil des visiteurs et le centre commercial ont été construits selon des critères architecturaux contestables ;

g) Le projet de destruction d'une partie de la ville de Louxor pour mettre au jour l'allée des Sphinx et en faire une « promenade » en contrebas est maintenu ;

h) La destruction du « village français » près du Nil doit avoir lieu dans les semaines à venir ;

i) Un projet de construction d'un mouillage pour des navires de croisière et diverses infrastructures est envisagé sur la rive occidentale près du nouveau pont.

La mission a eu l’occasion de traverser le nouveau centre des visiteurs à l'entrée de la vallée des Rois, financé par le Japon. Il est à noter que son espace restreint, la conception des magasins qui le jouxtent et le plan de circulation pourraient causer des problèmes lorsque des hordes de touristes y afflueront en même temps. L’autre problème porte sur l'emplacement du parc de stationnement à l'entrée du temple d’Hatshepsout à Deir el-Bahari qui gâche sérieusement la vue du temple et qu’il faudrait aménager ailleurs.

La mission a exprimé son inquiétude au regard de ces questions, en particulier la nécessité de garder à l'esprit, à tous les stades de la planification et de la conception, la valeur exceptionnelle du bien pour laquelle il a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial et de maintenir l'équilibre fondamental entre les antiquités, les couches d'histoire successives à ce jour et les communautés vivantes.

Enfin, la mission a également visité les vestiges du village en brique crue construit sur la rive occidentale par Hassan Fathi dans les années 70, qui est dans un triste état de délabrement. Ces maisons sont un témoignage exceptionnel des réalisations de l'architecte et devraient être restaurées d’urgence avant qu'elles ne s'effondrent faute d’entretien. Un projet pilote pourrait être lancé à cette fin dans l’intérêt de l'histoire de l'architecture du XXe siècle et servir d'exercice de formation aussi bien aux habitants qu’aux jeunes architectes. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 31 COM 7B.55

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-07/31.COM/7B.Add.2,

2. Rappelant la décision 30COM 7B.46, adoptée à sa 30e session (Vilnius, 2006),

3. Prend note des efforts accomplis par l'État partie pour mettre en place un schéma directeur en vue d'améliorer la vie des habitants et le séjour des touristes dans la région de Louxor;

4. Regrette que l'État partie n'ait pas tenu compte des recommandations antérieures du Comité sur les études et les évaluations d'impact à réaliser à Gurnah, ni de celles de la mission de 2006 concernant en particulier le projet d'esplanade de Karnak;

5. Encourage l'État partie à réviser son schéma directeur 2030 pour y intégrer directement l'engagement au maintien de la valeur universelle exceptionnelle du bien dans tous les projets, notamment:

a) la demande urgente d'une consultation internationale concernant l'esplanade devant le temple de Karnak, l'allée des Sphinxet Gurnah;

b) l'abandon du projet de construction d'un débarcadère pour les bateaux de croisière sur la rive occidentale du Nil, près du nouveau pont, et le fait de limiter ces aménagements à la rive orientale;

c) la réalisation d'études appropriées sur la rive occidentale avant de finaliser la délimitation de la tranchée d'assèchement;

d) la diffusion d'informations pertinentes sur les projets prévus dans le périmètre du bien;

6. Prie instamment l'État partie de préparer des plans de gestion pour Karnak, Louxor et la rive occidentale, et de créer un instrument de gestion coordonnée;

7. Demande que l'État partie invite une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS sur le site pour étudier la mise en œuvre des recommandations précitées;

8. Demande également à l'État partie de soumettre un rapport d'avancement au Centre du patrimoine mondial avant le 1er février 2008, pour examen par le Comité à sa 32e session en 2008.