1.         Centre historique (vieille ville) de Tallinn (Estonie) (C 822bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1997

Critères  (ii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/822/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/822/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : fonds-en-dépôt italien 4.279 dollars EU pour une mission d’expert en décembre 2005

Missions de suivi antérieures

Une mission d’expert de l’UNESCO a été effectuée à Tallinn en décembre 2005

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Absence de plan de gestion intégrée

b) Extension de l'hôtel Viru

c) Aménagement du Bastion de Skoone

d) Construction de nouveaux édifices adossés aux remparts de la ville entre les rues Suurtüki et Rannamäe

e) Impact du transport de produits dangereux jusque dans la vieille ville

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/822/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2007

L’État partie a donné une réponse détaillée au Centre du patrimoine mondial, d’après un rapport préparé par le Service du patrimoine culturel de Tallinn et les commentaires reçus de la Commission nationale estonienne pour l'UNESCO, en date du 16 février 2007, qui tente d'examiner de façon exhaustive toutes les questions posées par le Comité au cours de sa 30e session (Vilnius, 2006).

La municipalité de Tallinn, à propos du projet d'extension de l'hôtel Viru sur 17 étages et afin de retirer ce projet du plan détaillé de la place Viru, a commandé des évaluations d'experts dans les domaines de la conservation du patrimoine, de l’urbanisme, des dispositions législatives et des impacts environnementaux. Les trois premiers dossiers ont été traités et le quatrième (impacts environnementaux) devrait être prêt pour le 8 juin 2007. Les évaluations d'experts à ce stade partagent l’inquiétude que suscite l'impact du volume de l'immeuble déjà bâti, qui abrite un centre commercial, une gare routière souterraine, et qui est relié à l'hôtel Viru et aux Grands magasins de Tallinn par des passerelles, car cela réduit l'espace public non bâti dans le centre-ville et obstrue les couloirs de vue du site du patrimoine mondial de la vieille ville. La nouvelle extension proposée donne l’impression d’aggraver encore davantage la situation et pourrait éventuellement nuire à « la zone de nature protégée du parc ». Après avoir reçu toutes les évaluations d’experts, la municipalité de Tallinn devrait prendre définitivement position sur le projet d'agrandissement de l'hôtel Viru et préparer un projet de décision pour le Conseil municipal.

L'État partie signale à propos du Bastion de Skoone et de sa future utilisation, que le Département municipal de développement de Tallinn a organisé un concours d'architecture en vue de trouver un usage public qui soit adapté à ce lieu. Un plan détaillé de la zone est en préparation et sera bientôt finalisé. Entre-temps, le Bastion est devenu propriété de la ville et quelques aménagements paysagers y ont été réalisés par la suite.

Le rapport de l'État partie fait le point sur la situation concernant le projet de construction d'une série de maisons individuelles près des remparts de la ville, entre les rues Suurtüki et Rannamäe. La municipalité de Tallinn a refusé de délivrer au promoteur Restor un permis de construire de nouvelles maisons à cet endroit, mais en 2006, la cour a jugé que le refus des autorités municipales de délivrer un permis de construire était nul et non avenu, car le projet du promoteur avait reçu toutes les autorisations requises par la loi. À l’issue des négociations entre la municipalité de Tallinn et Restor, l'un des trois bâtiments projetés sera construit, mais rien ne sera bâti à côté de la partie la plus ancienne et la plus intéressante des remparts – entre les tours de Grusbeke et de Rentern. Toutefois, un bâtiment a déjà été érigé et un autre du même type est sur le point de s’y ajouter. De plus, les membres de la Commission nationale estonienne pour l'UNESCO ont identifié un autre danger du même ordre : un projet de construction au sud-est des remparts, à Pärnu mnt 4/Müürivahe 30. Il est indiqué que ce projet (un nouvel immeuble de six étages), s'il est réalisé, aurait un impact sur la tour de Henke, adjacente aux remparts de la ville, et obstruerait les couloirs de vue sur les églises de la vieille ville.

L'État partie rend également compte des mesures adoptées pour régler le problème de l’acheminement de produits dangereux. Il note qu'il s’agit d’un vaste problème qui implique diverses juridictions. Il ajoute que cela nécessite d'amender la législation, ce qui pourrait prendre 10 à 15 ans pour être totalement résolu. L'État partie fait valoir son engagement dans le traitement de ces dossiers et rend compte des actions déjà menées en coopération avec le Ministère de l’économie et de la communication pour « rectifier les erreurs du passé », y compris la notification aux entreprises de transport implantées sur la péninsule de Paljassaare de mettre fin à leurs activités, la décision de déplacer les zones de fret de Kopli et d’Ülemiste, la nouvelle réglementation interdisant le transport de produits dangereux aux heures de pointe, les efforts menés pour enterrer toutes les cuves de stockage de carburant, l'établissement d'un plan d'ensemble de la partie nord de Tallinn à cet égard et le lancement de plusieurs études et accords avec le secteur privé en vue d’éviter à l’avenir d’acheminer des produits dangereux dans Tallinn.

En ce qui concerne la préparation d'un plan d'aménagement de la vieille ville de Tallinn, l'État partie a fait savoir que, le 25 janvier 2007, le Conseil municipal de Tallinn avait adopté une étude intitulée « Initiative d'élaboration du plan de développement de Tallinn et définition de son objectif prioritaire ». Ce plan qui doit être prêt pour le 30 novembre 2007 et mis en œuvre entre janvier 2008 et décembre 2013, est supposé trouver des mécanismes de financement appropriés et des solutions fonctionnelles et spatiales en harmonie avec le tissu historique de la vieille ville de Tallinn. Il définira également une stratégie de sauvegarde et de développement durable du site en tant qu'espace urbain authentique et holistique. L'État partie note que le processus n'a pas été perçu jusqu'à présent par l’opinion publique comme un moyen de participation satisfaisant de la population et des ONG intéressées.

L'État partie évoque aussi l'établissement d'un plan thématique « d'implantation d'immeubles de grande hauteur à Tallinn », afin de définir les principes généraux de la construction d'immeubles de grande hauteur sur le territoire de Tallinn et de désigner les quartiers de la ville où ils seront autorisés. Ce plan est actuellement examiné par différents services municipaux, dont celui du patrimoine culturel de Tallinn. La Commission nationale estonienne pour l'UNESCO a remarqué que le plan thématique était surtout axé sur « la construction d'immeubles qui tiennent davantage compte des intérêts des investisseurs privés que de la sauvegarde des couloirs de vue uniques de la vieille ville et de l'évolution de la demande de la société (moins d'immeubles élevés, plus de logements à dimension humaine) ». Le rapport de l'État partie, citant le paragraphe 172 des Orientations qui invite les États parties à informer le Comité de leurs intentions d'entreprendre ou d'autoriser, dans une zone protégée par la Convention, des restaurations importantes ou de nouvelles constructions qui pourraient modifier la valeur universelle exceptionnelle du bien, a demandé l'opinion d'experts du Centre du patrimoine mondial au sujet du plan thématique, en notant qu'il aurait souhaité recevoir des informations en retour pour le 31 mars 2007. Sur ce, le Centre du patrimoine mondial a envoyé un courrier daté du 16 mars 2007 à l'État partie en acquiesçant à cette demande et en sollicitant des exemplaires du plan thématique pour examen et retour de l’information. Au moment de rédiger le présent rapport, le plan n’étant pas parvenu au Centre du patrimoine mondial et à l’ICOMOS, aucune analyse ne peut encore être présentée au Comité.

Il convient de féliciter l'État partie pour la vue d'ensemble complète des questions présentées et l'ouverture d’esprit reflétée dans les efforts accomplis pour inclure l'expression des points de vue officiels des agences gouvernementales et de celles qui pouvaient émettre des avis contraires. Toutefois, de nombreux points restent encore à régler, comme les évaluations professionnelles de l'agrandissement de l'hôtel Viru (rapport d'impact environnemental attendu pour le 8 juin 2007), la réponse à l’initiative du plan d'aménagement de la vieille ville et l'étude du plan thématique relatif à la construction d'immeubles de grande hauteur.

Le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS se déclarent satisfaits de la manière dont l'État partie s’est occupé du projet d'extension de l'hôtel Viru, de la revitalisation du Bastion de Skoone, de la réduction des risques associés au transport de produits dangereux jusqu’au centre-ville, de la préparation d’un plan de développement quinquennal (2008-2013) et de la soumission d’une proposition de plan thématique pour examen, afin de contrôler l'implantation des structures de grande hauteur, et tous deux attendent avec intérêt les futurs rapports d'avancement.

Cependant, le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS sont très préoccupés du résultat des actions menées, s’agissant de la construction de logements dans la partie des remparts située entre les rues Suurtüki et Rannamäe, et soulignent que la décision judiciaire de soutenir le promoteur n'a pas correctement pris en compte l'inscription au patrimoine mondial de la Vieille ville de Tallinn, qui oblige l'État partie à protéger la valeur universelle exceptionnelle du bien inscrit. Soit le tribunal n’a pas tenu compte de ces obligations, soit la Ville de Tallinn n'a pas su les intégrer dans ses propres mécanismes de planification. Si le promoteur Restor a véritablement satisfait à « toutes les conditions requises par la loi », la Ville de Tallinn et l'État partie n'ont pas su créer un cadre de planification entièrement sécurisé pour l'examen des projets d'aménagement reflétant les engagements du patrimoine mondial.

Le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS notent que la décision de justice devrait être mise en cause car elle n'est pas conforme aux obligations découlant de la Convention du patrimoine mondial de 1972. De plus, la Ville de Tallinn devrait s'assurer que les mécanismes de planification municipale donnent la possibilité de rejeter les propositions de planification qui entament la valeur universelle exceptionnelle du bien du patrimoine mondial. Pour ce qui est de faire du plan de gestion intégrée du bien et de sa zone tampon un cadre à long terme pour la prise de décision, il est indiqué que cette demande du Comité n'a encore pas été traitée par l'État partie. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 31 COM 7B.95

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC-07/31.COM/7B.Add,
  2. Rappelant la décision 30 COM 7B.84, adoptée à sa 30e session (Vilnius, 2006),
  3. Félicite l'État partie de ses efforts pour donner une vue d'ensemble exhaustive de toutes les questions soulevées par le Comité lors de sa 30e session (Vilnius, 2006) ;
  4. Engage fortement l'État partie à préparer un plan de gestion complet pour le bien et sa zone tampon, demandé au paragraphe 4 de la décision 30 COM 7B.84 ;
  5. Demande d’urgence à l'État partie de mettre en cause la décision de justice autorisant la construction de nouveaux édifices dans la partie des remparts située entre les rues Suurtüki et Rannamäe, sur la base des obligations contractées à travers la ratification de la Convention du patrimoine mondial ;
  6. Prie instamment la Ville de Tallinn d’interrompre tout nouveau projet de construction et de modifier ses mécanismes de planification municipale,  de sorte que les propositions de                          planification qui pourraient entamer la valeur universelle exceptionnelle du bien du patrimoine mondial soient rejetées ;
  7. Demande aussi à l'État partie de fournir un rapport d'avancement au Centre du patrimoine mondial avant le 1er février 2008, en réponse à la demande précitée, pour examen par le Comité à sa 32e session en 2008.