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Les sites à fossiles néandertaliens de Wallonie

Date de soumission : 03/04/2019
Critères: (iii)(vi)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Délégation Permanente de la Belgique auprès de l'OCDE et de l'UNESCO
État, province ou région :
Wallonie, Province de Liège et Province de Namur
Ref.: 6398
Avertissement

Les Listes indicatives des États parties sont publiées par le Centre du patrimoine mondial sur son site Internet et/ou dans les documents de travail afin de garantir la transparence et un accès aux informations et de faciliter l'harmonisation des Listes indicatives au niveau régional et sur le plan thématique.

Le contenu de chaque Liste indicative relève de la responsabilité exclusive de l'État partie concerné. La publication des Listes indicatives ne saurait être interprétée comme exprimant une prise de position de la part du Comité du patrimoine mondial, du Centre du patrimoine mondial ou du Secrétariat de l'UNESCO concernant le statut juridique d'un pays, d'un territoire, d'une ville, d'une zone ou de leurs frontières.

Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les États parties les ont soumis.

Description

Latitude et longitude, ou coordonnées UTM :
Grotte Schmerling à Flémalle (Province de Liège) : N50,592194 - E5,409043 
Grotte Scladina à Andenne (Province de Namur) : N50,485766  – E5,026237 
Grotte de Goyet à Gesves (Province de Namur) : N50,446026 – E5,013761 
Grotte de l’Homme de Spy à Jemeppe-sur-Sambre (Province de Namur) : N50,480355 – E4,674643 

La Wallonie présente une densité exceptionnelle de sites néandertaliens parmi lesquels 8 ont, à ce jour, livré des fossiles humains dûment diagnostiqués et/ou datés.  Ils constituent la concentration la plus septentrionale de Néandertaliens en Europe et plusieurs d’entre eux ont apporté une contribution historique majeure au développement de la Paléoanthropologie et de la Préhistoire. Ces sites sont des témoins exceptionnels de l’évolution des sciences historiques et de la pensée occidentale. Ils ont contribué de manière significative à l’histoire de la reconnaissance de l’homme de Néandertal et de la culture néandertalienne ainsi qu’à l’invention et la construction de la Préhistoire.

La grotte Schmerling à Flémalle

La grotte Schmerling fait partie d’un ensemble de cavités fréquemment dénommé « grottes d’Engis » qui s’ouvre dans un petit vallon adjacent à la vallée de la Meuse dont il est distant d’environ 750 mètres. Ces grottes sont aujourd’hui perchées dans une falaise mais à l’origine, on pouvait y accéder par une pente plus ou moins douce. L’exploitation d’une carrière d’alun a créé un vaste et profond vallon devant les cavités.

Cette grotte marque les débuts de l’histoire de la connaissance et de la reconnaissance de l’homme de Neandertal.  En effet, en 1829-1830, Philippe-Charles Schmerling découvre deux calottes crâniennes : celle d’un adulte (Engis 1) et celle d’un enfant décédé à l’âge de 3 ans (Engis 2).  Ce dernier auquel sont associés des fragments de maxillaire et quelques dents isolées a été identifié comme néandertalien par Charles Fraipont, 100 ans après sa découverte.  Cette attribution a été confirmée plus récemment par une analyse ADN.

La grotte Schmerling est un des sites emblématiques de l’histoire de la Paléontologie et de la Préhistoire car c’est là que furent exhumés les premiers ossements néandertaliens, qui sont également les tous premiers ossements humains fossiles jamais mis au jour dans des conditions scientifiques relativement acceptables. Ils permirent à Philippe-Charles Schmerling d’affirmer la contemporanéité de l’homme et de la faune « antédiluvienne » et d’établir le lien entre ces hommes fossiles et les productions lithiques.

La grotte Schmerling est classée comme site par arrêté royal du 26 octobre 1978 et figure sur la liste du patrimoine immobilier exceptionnel de Wallonie arrêtée par le Gouvernement wallon le 6 octobre 2016.

La grotte Scladina à Andenne

La grotte Scladina se situe sur la rive droite du Fond des Vaux, affluent de la rive droite de la Meuse. C’est une vaste cavité de plus de 40 m de long sur 6, à 15 m de large, connectée à plusieurs autres grottes. Le gisement a été découvert en 1971 et les fouilles sont toujours en cours. La séquence sédimentaire est très épaisse et constitue une des stratigraphies les plus complètes pour les derniers 130 millénaires dans les grottes de Belgique. Elle contribue à une meilleure connaissance des changements climatiques et environnementaux qu’ont connus les Néandertaliens.

En 1993, l’hémi-mandibule droite d’un enfant néandertalien de 8 ans est découverte, suivie de l’hémi-mandibule gauche en 1996, d’un fragment du maxillaire droit ainsi que des dents du même sujet.  Il s’agit de la plus riche découverte de fossiles néandertaliens en Belgique depuis celle de Spy en 1886.  L’enfant de Sclayn a livré un des ADN humains les plus anciens du monde (100.000 ans).  Scladina permet de mieux comprendre l’alimentation, les techniques et la morphologie des Néandertaliens dans leur contexte environnemental.

La grotte Scladina est classée comme site par arrêté ministériel du 19 avril 1996 et figure sur la liste du patrimoine immobilier exceptionnel de Wallonie arrêtée par le Gouvernement wallon le 6 octobre 2016.

La grotte de Goyet à Gesves

La grotte de Goyet se situe sur la rive droite du Samson, un affluent de la rive droite de la Meuse.  Le massif de Goyet comprend 3 sites préhistoriques : le site classique qui englobe une vaste terrasse où s’ouvrent 7 entrées de grottes, l’Abri supérieur et le Trou du Moulin.

De nombreuses fouilles ont été entreprises à de multiples reprises au cours du XIXème siècle. C’est au XXIème siècle que les restes de 6 Néandertaliens ont été découverts lors du réexamen des collections anciennes conservées à l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique. L’étude a révélé de nombreuses traces de boucherie et d’utilisation d’ossements humains ; ce qui place Goyet parmi la petite dizaine de sites européens où le cannibalisme est attesté. Les premiers résultats de l’étude ADN, toujours en cours, livrent des résultats exceptionnels, qui font de Goyet aujourd’hui un site de référence pour l’étude des Néandertaliens.

Les grottes de Goyet sont classées comme site par arrêté royal du 1 octobre 1976.

La grotte de l’homme de Spy à Jemeppe-sur-Sambre

La grotte de Spy se situe sur la rive gauche de l’Orneau, affluent de la rive gauche de la Sambre.  Il s’agit d’une petite grotte précédée d’une vaste terrasse.  De nombreuses fouilles ont été réalisées sur le site à partir de 1879 mais les plus connues sont celles menées en 1885-1886 par une équipe interdisciplinaire composée de Marcel de Puydt, Maximin Lohest et Julien Fraipont qui ont mis aux jours deux squelettes néandertaliens.  Cette découverte a eu un fort impact sur le développement de la Paléoanthropologie car c’est la première découverte de fossiles néandertaliens combinant un contexte stratigraphique, l’association avec des espèces animales disparues et la présence de matériel archéologique.  Les observations réalisées dans ces différents domaines lors de la découverte reconnaissent incontestablement les Néandertaliens comme être humains fossiles et les associent à la culture moustérienne.

La grotte de l’homme de Spy est classée par arrêté royal du 30 septembre 1981 et figure sur la liste du patrimoine immobilier exceptionnel de Wallonie arrêtée par le Gouvernement wallon le 6 octobre 2016.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionnelle

La proposition s’inscrit dans la continuité des travaux menés par un groupe d’experts internationaux sous la coordination du Centre du Patrimoine mondial et dont les conclusions ont été publiées dans le Cahier n°29 de juillet 2011 : « HEADS : Human Evolution : Adaptations, Dispersions and Social Developments (World Heritage Thematic Programm) ».  Elle complète le continuum historique entamé avec les inscriptions de l’ensemble des grottes de Gorham (Royaume-Uni) en 2016 et des sites de l’évolution humaine du Mont Carmel (Israël) en  2012. Les sites sélectionnés sont des jalons qui retracent l’histoire de la connaissance de l’Homme de Neandertal durant le dernier interglaciaire et la dernière glaciation. Ils retracent l’histoire des découvertes, depuis les premiers fossiles mis au jour, en passant par la reconnaissance de ce type humain particulier, jusqu’aux découvertes les plus récentes. Ils constituent donc des lieux de rencontre exceptionnels entre science et culture, les études scientifiques amenant à une connaissance toujours plus fine des Néandertaliens et de leur mode de vie. Ils ont contribué à la genèse et au développement de la Préhistoire et de la Paléoanthropologie et contribuent toujours au développement de la pensée scientifique dans ces disciplines et dans d’autres qui leur sont liées : génétique, paléoclimatologie, paléontologie ou encore géologie.  Ils ont également contribué au développement de l’interdisciplinarité.

Critère (iii) Les sites à fossiles néandertaliens de Wallonie portent un témoignage exceptionnel, voire unique, de la civilisation aujourd’hui disparue des Néandertaliens. Les sites retenus ont tous livré des restes humains néandertaliens contribuant de manière déterminante à la connaissance de la biologie de cette population disparue, notamment son degré de parenté avec l’homme anatomiquement moderne et d’autres espèces humaines vivant à la même époque. Les Néandertaliens fournissent les premiers témoignages incontestables de pratiques sociales et culturelles en Europe.  Le matériel associé aux fossiles démontre des capacités intellectuelles similaires aux nôtres, notamment par la maîtrise de techniques élaborées : fabrication d’outils en matières diverses, procédés de taille de la pierre reflétant des entités culturelles précises.  A travers leurs séquences stratigraphiques majeures et les nombreuses données paléoenvironnementales qui en sont extraites, les sites retenus livrent un témoignage exceptionnel de la capacité des Néandertaliens à s’adapter à des contextes climatiques et écologiques très changeants.

Critère (vi) : Les sites à fossiles néandertaliens de Wallonie ont contribué de manière majeure au développement de la nouvelle discipline de la Paléoanthropologie et à la constitution de la notion de Préhistoire. Ces sites ont joué un rôle crucial dans la compréhension de l'histoire de l'humanité ainsi que dans la perception de notre propre espèce. Les Néandertaliens, qui incarnent l'idée de « l'homme des cavernes », sont profondément enracinés dans la culture populaire et la mémoire sociale occidentales.

Depuis le 19e siècle, la perception des Néandertaliens a été influencée par les contextes socio-culturels des scientifiques.  L’historiographie de ces recherches est un témoin essentiel des mentalités de la société occidentale vis-à-vis de l’acceptation difficile et progressive des notions d’évolution et d’humanité.

Ces sites reflètent des jalons importants de l'histoire de la recherche ou de la connaissance des Néandertaliens. Grâce à leur découverte, un processus de recherche continu a été mis en place, impliquant de plus en plus de disciplines de tous les domaines de la science. Ils abordent des questions d'une importance extraordinaire relatives à l'exploration de la biodiversité, à la recherche en génétique, aux changements climatiques, à la diversité culturelle, etc. Par la présence de fossiles remarquables, de témoins comportementaux, de données environnementales, d’archives de recherche et de fouilles en cours, ces sites constituent un réservoir exceptionnel pour l’analyse interdisciplinaire de la civilisation néandertalienne.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

L’ensemble des sites proposés bénéficient du plus haut degré de protection selon la réglementation de la Wallonie. Leur taille (superficie) est suffisante pour assurer la préservation des attributs et de la valeur universelle exceptionnelle. Il permet de comprendre comment l’homme de Neandertal a interagi avec son environnement. Les attributs géologiques et archéologiques sont bien préservés. L’ensemble des fouilles réalisées dans les différents sites sont largement documentées et publiées. 

Une éventuelle proposition d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial se développerait sur base sérielle, transnationale

 

Comparaison avec d’autres biens similaires

La Wallonie est riche en sites archéologiques préhistoriques.  Les connaissances actuelles ont permis d’identifier plus de 400 sites de la période néandertalienne.  Parmi ceux-ci, 8 ont livré des fossiles néandertaliens diagnostiqués ou datés.  Une sélection a été opérée entre eux sur base des critères suivant :

  • Importance des découvertes et leur contribution à la connaissance des Néandertaliens et au développement de la Paléoanthropologie et de la Préhistoire.
  • Outil de valorisation et d’interprétation.

Le tableau comparatif s’établit de la manière suivante :

Site

Date de découverte

Nature de la découverte

Importance

Classement

Valorisation 
Interprétation

Conclusion

Flémalle (grotte Schmerling)

1829

1 calotte crânienne (+ autres vestiges partiels)

+++

20/10/1978

Préhistomuseum de Ramioul

Oui

Houyet (grotte de la Naulette)

1866

Mandibule, 1 ulna, 1 dent

+++

En cours

-

Non

Gesves (grotte de Goyet)

1868

2004

Fragments crâniens et post-crâniens (au moins 3 individus)

+++

01/10/1976

Centre du visiteur

Oui

Jemeppe-sur-Sambre (grotte de l’homme de Spy)

1879

2 adultes  bien représentés et fragments d’un enfant

+++

30/091981

Centre d’interprétation

Oui

Trooz (grottes de Fonds-de-Forêt)

1830

1 fémur

1 dent

++

20/06/1949

-

Non

Couvin (grotte du Trou de l’Abîme)

1884

Dent isolée

++

07/07/1976

-

Non

Andenne (grotte Scladina)

1978 – en cours

Mandibule, maxilaire et dents d’un enfant

+++

19/04/1996

Musée

Oui

Trooz (grotte Walou)

1996-2004

Dent isolée

++

20/06/1949

-

Non


L’analyse comparative sera approfondie notamment sur base des sites identifiés dans le cadre du travail du programme thématique de l’Unesco HEADS.

Des contacts seront ainsi établis avec l’Allemagne, la Croatie, l’Espagne, la France, l’Italie.