Les témoignages matériels de la construction de l’État des Pyrénées : la Co-principauté d’Andorre (France)

France
Date de soumission : 25/01/2021
Critères: (iii)(iv)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Délégation permanente de la France auprès de l'UNESCO
État, province ou région :
Occitanie, Ariège, Foix
Ref.: 6504
Transnationale
Autres États parties participants
Andorre,Espagne

Description

Le bien transnational en série "Les témoignages matériels de la construction de l'Etat des Pyrénées : la Co-Principauté d'Andorre" est une sélection de monuments distribués dans les trois Etats qui témoignent d'une histoire et d'une réalité unique qui, sans interuption, au cours du dernier millénaire, fut tissée à trois mains par le peuple d'Andorre, les évêques d'Urgell et les comtes de Foix, puis par leurs successeurs : rois de France, dirigeants de la période révolutionnaire et de l'Empire et, finalement, les présidents de la République française. La série se compose de douze monuments (10 en Andorre, 1 en France et 1 en Espagne) de différentes périodes, du Moyen Âge au XVIe siècle, qui nous sont parvenus dans un bon état de conservation et de protection et qui possèdent, tous, un degré optimal d'authenticité et d'intégrité.

Riche de son hétérogénéité typologique, stylistique et fonctionnelle, cette série de témoignages, architecturaux et archéologiques, religieux et civils, s’accompagne d'un fonds documentaire extraordinaire. Elle enseigne, sur plus de sept cents ans, sans hiatus, de manière complète et cohérente, d’une façon authentique et complète, le processus exceptionnel de construction d'un État européen jusqu'à aujourd'hui. Sis sur le même territoire, avec les mêmes frontières, avec la même structure administrative et territoriale, cet état se fonde sur le même triangle de relations institutionnelles remontant au XIIe siècle qui, aujourd'hui, structure, encore, sa Constitution et ses institutions d’État indépendant, moderne, démocratique et social : la Coprincipauté d'Andorre.

De la ville de La Seu d’Urgell à la ville de Foix il y a, à vol d’oiseau, approximativement soixante-dix kilomètres. Deux jours et demi en marchant d’un bon pas ; aujourd’hui, à peine deux heures en voiture. Le chemin le plus direct qui reliait les deux villes, montait en longeant le Valira vers l’amont, pénétrait dans les Vallées d’Andorre, franchissait les montagnes en passant par les cols – Soldeu, Fontargent, Port del Rat – et redescendait pour rejoindre la plaine toulousaine en suivant l’Ariège vers l’aval. L’itinéraire, du nord au sud, du sud au nord, traverse les Pyrénées axiales ; ces formidables montagnes qui articulent la péninsule ibérique au reste du continent. La ligne droite qui passe par la cathédrale d'Urgell, l’Andorre et le château de Foix est pratiquement perpendiculaire à l'axe de la chaîne pyrénéenne, elle dessine une section idéale de celle-ci. Débutant à 700 d'altitude à la cathédrale d'Urgell, elle croise un agglomérat de sommets qui avoisinnent les 3000 mètres, dans lequel s'inscrit l'Andorre, puis continue jusqu'à 400 mètres au château de Foix. Cet axe illustre la totalité de la séquence géologique, géomorphologique, environnementale et climatique du contexte qui héberge la série constituant le bien. Paramètres physiques qui ont servi de catalyseurs, assuré la permanence, imprimé le caractère et donné sa physionomie au bien et à chacun des témoignages de la série.

Tout le long de cette route, éparpillés au fond des vallées, nous trouvons un ensemble d’éléments patrimoniaux de premier ordre qui témoignent d’une relation multiséculaire partagée entre l’Urgellet, l’Andorre et l’Ariège ou l’ancien comté de Foix. Pris individuellement, les monuments sont sans nul doute splendides. Mais si nous les contemplons de manière organique, en réseau, interconnectés, ils nous parlent d’une seule voix, ils témoignent et nous racontent une histoire singulière, exceptionnelle, sans précédent en Europe et dans le monde : la création politique de l’État andorran, résultat de l’équilibre entre les pouvoirs civils, le pouvoir ecclésiastique et le contrepoids nécessaire de communautés locales modestes mais bien organisées. Les scènes de ce processus, parfaitement visibles aujourd’hui, sont les tesselles d’une mosaïque vivante. Ce sont des témoignages du passé qui ont bâti un présent unique dans l’histoire européenne et mondiale et qui se projettent dans l’avenir, en intégrant des structures nées il y a plus de sept cents ans, elles-mêmes héritières de relations, étroites et ininterrompues, entre les communautés des vallées de l’Ariège, de l’Andorre et de l’Urgellet nées d’un legs commun très lointain, présent sans interruptions ni discontinuités ni dans le temps ni dans l’espace.

Nom(s) de l’élément/des éléments constitutif(s)

Élément

Coordonnées

(Lambert III Sud)

Altitude (snm)

Superfície proposée

pour inscription (m2)

Église de Sant Joan de Caselles

540149.260, 30378.365

1540

132,37

Église de Sant Romà de les Bons

538413.636, 26843.771

1326

69,91

Église de Sant Martí de la Cortinada

532758.961, 31096.253

1341

237,88

Église de Sant Climent de Pal

529225.111, 27722.058

1560

112,43

Casa de la Vall

532907.380, 23312.249

1032

411,77

Église de Santa Coloma

531002.511, 21947.393

978

132,25

Église de Sant Serni de Nagol

531266.931, 19207.736

1137

7.332,76

Église de Sant Miquel d’Engolasters

536196.223, 23816.415

1489

1.236,00

Zone archéologique du Roc d’Enclar

530681.433, 22103.169

1188

77,00

Zone archéologique de la Roureda de la Margineda

530670.011, 21565.110

984

77,62

Château de Foix

536196.223, 23816.415

399

10.142,00

L’ensemble de la cathédrale de la Seu d’Urgell

527933.141, 6830.071

692

4.911,56

Description de l’élément/des éléments constitutif(s)

L'ensemble des monuments d'Andorre (Canillo, Encamp, Ordino, La Massana, Andorra la Vella, Sant Julià de Lòria, Escaldes-Engordany, Principauté d'Andorre)

Les monuments localisés en territoire andorran qui font partie de la présente proposition de bien en série transnational, constituent un ensemble historique bâti entre les VIIIe et XVIe siècles, dont la fondation et l’évolution sont représentatives de la transformation des institutions et des collectivités qui dirigent et configurent la Coprincipauté d’Andorre depuis l’époque médiévale.

Les huit églises romanes, bâties entre les VIIIe et XIIe siècles représentent un héritage exceptionnel du Moyen Âge, une période que caractérisent une très intense activité et un développement très important, aussi bien au niveau de l’ordre politique, que de l’insertion du pays dans un contexte géopolitique plus général, des transformations sociales et économiques et de la consolidation de l’implantation territoriale des communautés villageoises. À une période où les structures d’habitat se construisaient encore avec des matériaux périssables, et où les noyaux villageois n’étaient pas encore suffisamment consolidés du point de vue urbanistique, l’église devenait un véritable centre névralgique perdurable de la communauté, aussi bien de par sa fonction de centre liturgique, que dans son rôle d’espace social avec, en outre, des fonctions à caractère civil, vu qu’il s’agissait du lieu de réunion de la communauté regroupée en assemblée. De la même façon, la configuration de ce réseau d’églises jalonnait le territoire d’une manière à la fois physique et symbolique. Souvent à l’écart des noyaux d’habitat, et érigées en des endroits prééminents, sur de petits promontoires ou au pied des voies principales, tous des lieux très visibles, elles devenaient des références du paysage, comme s’il s’agissait de phares représentant chacune des communautés paysannes qui habitaient les vallées d’Andorre.

Ces édifices, payés pour la plupart par l’effort collectif des communautés locales, participent d’un courant stylistique d’une vaste portée géographique, l’art roman, tout en ayant, en même temps, leur propre personnalité. Ce style roman est configuré et participe des divers styles qui surgissent en Europe occidentale et qui s’étendent à travers tout l’Occident en des vagues successives. Les décorations de bandes et d’arcatures aveugles d’origine nettement nord italienne qui sont présentes dans la quasi-totalité des édifices, constituent un exemple clair de ce syncrétisme stylistique ; ou encore les réminiscences byzantines que l’on retrouve dans la peinture murale ou sur bois (comme à Sant Romà de Vila) et les clochers à base circulaire (comme celui de Santa Coloma ou de Sant Vicenç d’Enclar).

D'un point de vue architectural, le modèle standard qui exprime le moment de maturité de l'évolution du style est celui d'un petit bâtiment, à l'ornementation sobre, conforme aux principes esthétiques de l'art conceptuel, abstrait et spirituel du roman. Quant à l'intérieur, il y a quelques décorations picturales avec une gamme très riche de couleurs et de représentations qui convergent dans la figure de la divinité - développée par des maîtres anonymes, disciples des grands peintres médiévaux catalans - à laquelle s'ajoute une imagerie d'une grande beauté, objets liturgiques et mobilier. Ce caractère fonctionnel et austère des églises deviendra une caractéristique qui durera dans le temps, au-delà de la période médiévale.

Cet ensemble est complété par deux sites archéologiques, le Roc d’Enclar et la Roureda de la Margineda, topographiquement proches l’un de l’autre, et par une construction civile. Ensemble, ils complètent ce tour d'horizon de la période médiévale, de l'évolution de la société andorrane et de la permanence et de la vitalité, sans discontinuités, de l’exceptionnel triangle de relations, de forces, de privilèges et d’intérêts, durant l’époque moderne et contemporaine.

Sant Joan de Caselles (Paroisse de Canillo)

Bien que l’on en ignore exactement la date de construction, le bâtiment original pourrait être antérieur au XIe siècle et à la diffusion du style lombard, que l’on peut apprécier au niveau du clocher-tour, exempt à l’angle nord-est de l’église. Il s’agit d’une église isolée, qui possède deux porches s’appuyant sur les murs nord et ouest. À cet endroit se trouvait une grande nécropole médiévale (datant vraisemblablement des VIIIe-XIIe siècles et qui était la plus grande en Andorre) qui fut l’objet de fouilles en 1988. L’étude anthropologique des vestiges qui furent trouvés nous renseigne sur les conditions de vie de cette population, sur son alimentation, sur les activités qu’elle menait à terme, voire sur la violence dont elle était parfois victime.

À l’intérieur sont conservées deux œuvres majeures du patrimoine andorran : la décoration murale romane originale, qui consiste en une combinaison de peinture murale avec un Christ en stuc (un exemple unique en Andorre) et un retable datant du XVe siècle consacré à saint Jean l’Évangéliste, un chef-d'œuvre de l’art du retable andorran moderne ( ? le XV e siècle, c’est encore le Moyen Âge). Il ne faut pas oublier non plus la situation de l’église, isolée sur un petit promontoire sur le bord même de l’ancien grand-chemin (camí ral) devenu aujourd’hui la route générale CG2, le principal axe routier qui, aujourd’hui encore, relie le diocèse d’Urgell et le pays de Foix.

Sant Romà de les Bons (Paroisse d’Encamp)

Il s’agit d’une église de petites dimensions consacrée en 1164 par l’évêque Roger Bernat (probablement un fils du comte de Foix). Elle possède un porche, qui s’appuie sur la façade principale et qui est orienté à l’ouest, construit à la fin du XVIe siècle et avec deux meurtrières ouvertes dans le mur orienté au nord. C’est vraisemblablement à cette même période que fut modifiée l’entrée, qui conserve encore une archivolte décorée de motifs en dent de scie de l’époque romane. Dans l’abside, une reproduction des peintures murales romanes originales, déposées actuellement au Museu Nacional d’Art de Catalunya, à Barcelone. Sur les murs intérieurs ont été conservées des fresques originales datant des XVe-XVIe siècles, inspirées du Livre de l’Apocalypse et qui représentent certains corps nus. C’est la raison qui fit qu’en 1785, les jugeant indécentes, l’évêque Joan García de Montenegro publia un décret ordonnant de les cacher. Parmi le mobilier, un retable datant du XVIe siècle dédié à saint Romain d'Antioche, et un Christ processionnel baroque.

Au-delà de l’évolution du monument au fil du temps, il convient de remarquer son agrandissement fonctionnel, tout en ajoutant un aspect défensif à l’activité religieuse (unique exemple dans le pays), avec l’inclusion de meurtrières dans le porche, portant la date de 1588. Cette phase trouve son corollaire dans divers éléments de l'environnement du bien, notamment avec la Torre dels Moros qui, de par ses caractéristiques poliorcétiques, illustre une réaction défensive à l'instabilité produite par les conflits entre la France et l'Espagne à la fin du XVIe siècle.

Sant Martí de la Cortinada (Paroisse d’Ordino)

L’édifice original, bâti entre les Xe-XIIe siècles, subit une profonde modification à l’époque moderne. De l’édifice original il ne reste plus que le clocher-tour de style lombard, qui s’appuie sur le mur ouest, et une partie de l’abside avec une décoration picturale murale à l’intérieur, dont le thème principal est l’iconographie de saint Martin de Tours, une œuvre de l’artiste connu comme le Maître de La Cortinada. Provenant de l’église il y a un Christ en bois polychrome et, toujours à l’intérieur, quatre retables de style baroque. En rapport avec ce caractère civil et représentatif des églises, on remarquera également la présence de quatre bancs qui étaient destinés aux réunions du conseil du Quart (division administrative jadis des paroisses). Deux de ces bancs possèdent des dossiers rabattables pour mettre les deux bancs face à face et faciliter ainsi les rencontres et les conversations. Ils servaient également à garder les documents de la Corporation locale.

Les mutations modernes de cette église à l’origine romane consacrée à saint Martin de Tours en font, en définitive, un échantillon des influences transpyrénéennes médiévales et l’un des témoignages matériels les plus importants de l’expansion économique qui se produisit à l’ombre des privilèges obtenus par la société andorrane. En même temps, une partie de son mobilier intérieur, parmi lequel sont à noter les grilles de fer forgé et le carillon , est l’une des meilleures preuves de la dimension sociale et politique que ces édifices avaient au sein des communautés, en tant que siège des réunions du quart ou des personnes responsables des sacristies.

Sant Climent de Pal (Paroisse de la Massana)

Malgré les réformes qu’elle subit à l’époque moderne modifiant la hauteur générale et l’abside, l’église, très certainement bâtie entre le XIe et le XIIe siècle, conserve encore une bonne partie des murs originaux. On retiendra tout spécialement le clocher-tour de style lombard, avec un troisième étage possédant des fenêtres doubles géminées, cas unique en Andorre. De la période médiévale est conservée une statue du XIIe siècle représentant la Vierge des Remèdes, deux croix processionnelles en bois, des fonts baptismaux et un bénitier en granit, probablement utilisé pour y stocker de l’huile. Sont également conservés un retable du XVIIIe siècle, des peintures murales de tradition gothique représentant des motifs végétaux et, comme à Sant Martí de La Cortinada, une grille en fer forgé qui témoignage de l’importance qu’eut en Andorre la fabrication du fer entre le XVIIe et le XIXe siècle. À l’extérieur une autre grille, particulièrement intéressante, est également conservée provenant du cimetière et que l’on a datée comme étant du XIIe-XIIIe siècles. Des fouilles archéologiques récentes, ont montré que ce site d’inhumation fut utilisé depuis le XIe siècle.

Fondée entre le XIe et le XIIe siècle, l’église et le noyau du village de Pal configurent un type d’organisation rurale différenciée d’autres cas tels Nagol, Sant Joan de Caselles ou Sant Miquel d’Engolasters, avec une grande intégration des deux éléments, un fait qui prouve les particularités de la manière dont les différentes communautés andorranes se configuraient et s’organisaient sur leur territoire.

Casa de la Vall (Paroisse d’Andorra la Vella)

Unique exemplaire en Andorre d’une maison seigneuriale du XVIe siècle, organisée en trois travées, avec trois étages et des éléments défensifs, tels tours, poivrières et mâchicoulis, témoignages de l’instabilité du moment, comme c’était également le cas pour les meurtrières du porche de Sant Romà de Les Bons et, aussi, pour la tour défensive proche dite des maures (Torre dels Moros). À l’intérieur se trouve une petite chapelle et à l’extérieur un clocher-tour annexe. L’édifice fut construit en 1580, à la demande d’Antoni Busquets et, à partir de 1702 il devint le siège du Consell de la Terra (Conseil de la Terre), qui avait été reconnu en 1419 et précurseur de l’actuel Consell General (Conseil Général), organe législatif supérieur de l’Andorre qui a maintenu sa continuité jusqu’à aujourd’hui. Actuellement s’y tiennent les réunions des séances parlementaires dites traditionnelles, c’est-à-dire la séance constitutive de chaque législature et le Conseil de la Saint-Thomas, le 21 décembre, où les 28 Consellers Generals (Conseillers Généraux, Parlementaires) revêtent leurs habits traditionnels. Les autres séances se tiennent au nouveau siège, construit à côté de la Casa de la Vall et inauguré en 2011.

Ce témoin monumental représente l’institution clé, tout le long de sept siècles, de l’organisation et de l’évolution politique de l’Andorre, des relations que ses habitants entretenaient avec leurs coprinces, de sa continuité historique et de son indépendance. Mis à part le fait d’être le siège du Conseil, l’édifice accueillit également l’administration de la justice, entre 1962 et 2000, au rez-de-chaussée, dans un espace qui auparavant avait servi d’étables. À ce même niveau se trouvaient également les salles dites Cúria Gran et Cúria Petita, réservées à la justice civile et qui remplacèrent les anciens cachots. Au premier étage, ou étage noble, il y a la salle du Conseil où se trouve l’armoire dite des sept clefs, un meuble utilisé jadis pour conserver les documents historiques de l’Andorre, avec sept serrures et une clé pour chaque paroisse, et une chapelle dédiée à Sant Ermengol (documentée depuis 1774). S’y trouvent aussi, le bureau du président du Conseil, c’est-à-dire le Syndic, la cuisine et la salle des pas perdus, où les parlementaires se retrouvaient lorsque le Conseil n’était pas réuni et où est conservé un cycle de peintures murales du XVIe siècle sur la Passion du Christ. Au troisième étage il y avait une grande salle et plusieurs chambres pour les Conseillers venus d’autres paroisses et qui devaient passer la nuit pour assister aux réunions successives qui se tenaient.

Santa Coloma (Paroisse d’Andorre la Vieille)

Il s’agit de l’une des églises parmi les plus particulières de l’Andorre, du fait de ses dimensions et de sa typologie. Du point de vue du style, il s’agit d’un édifice préroman avec une abside sur base carrée, vraisemblablement bâti avant le Xe siècle auquel, aux environs du XIIe siècle, fut ajouté un clocher-tour de style lombard qui présente la particularité d’être à base circulaire, un aspect très peu habituel dans les Pyrénées et qui pourrait être en rapport avec les campanili italiens de cette période ou, plus près dans l’espace, avec le cas du clocher du monastère de Sant Serni de Tavèrnoles. Cette transformation de l’époque romane fut complétée également par la construction d’un porche sur le côté sud. À l’intérieur une partie des peintures murales originales est conservée, attribuées à l’artiste baptisé Maître de Santa Coloma. La majeure partie des peintures fut, malheureusement, arrachée des murs de l’église durant la décennie des années 1930 et vendue à des antiquaires de Barcelone. Commença alors, pour ces peintures, un périple à travers l’Europe qui s’acheva au Musée d’État Prussien de la Culture de Berlin. En 2007, finalement, elles furent récupérées par le gouvernement andorran et rendues au pays. On retiendra également une sculpture en bois polychrome représentant la Vierge des Remèdes et un retable baroque datant de 1741 consacré à Santa Coloma (sainte Colombe). À ses caractéristiques architecturales, il faut ajouter le fait qu’il s’agit d’une église singulière. Une construction si précoce, si nous la comparons au reste (hormis le cas de Sant Vicenç), et le fait que le village qui lui est associé soit le seul à avoir un hagiotoponyme, influent sur ce fait différentiel. Même si les données que nous possédons ne sont pas suffisamment précises, on ne peut pas exclure qu’il s’agisse d’une fondation mise en place par un pouvoir extérieur, peut-être l’évêque, et que, dans ce cas, il ne s’agirait pas d’un temple promu par les communautés locales, comme cela semblerait être le cas en principe, pour les autres églises de cette période en territoire andorran.

Cet édifice marquerait la contreposition tangible entre les deux pouvoirs féodaux souvent affrontés et leur capacité à influer directement sur la conformation du paysage physique et mental du territoire andorran.

Sant Serni de Nagol (Paroisse de Sant Julià de Lòria)

Église consacrée en 1055 par l’évêque Guillem Guifré, elle est de petites dimensions et possède un porche qui s’appuie sur le mur sud, probablement de l’époque moderne ou du bas Moyen Âge. L’abside et la zone proche conservent des peintures murales de la fin du XIe et du XIIe siècles, de style archaïsant, influencées par les enluminures des Beatus. À l’intérieur sont également conservés une croix épineuse et des fonts baptismaux, tous deux de la période romane, et un retable dédié à saint Sernin et datant de la première moitié du XVIe siècle. Il est intéressant de signaler qu’à l’intérieur de l’autel fut trouvée une lipsanothèque contenant des reliques et le document de l’acte de consécration. Un document qui nous permet de comprendre l’importance qu’eurent les communautés locales dans la construction et la configuration du réseau d’églises en Andorre.

Il est également intéressant, dans ce cas, de souligner la situation de ce temple par rapport à l’espace, c’est-à-dire juste au pied d’une voie qui, bien que secondaire, n’en était pas moins le passage permettant d’accéder aux hameaux de Nagol, Serra, Llumeneres et Certers, agglomérations qu’elle desservait, et érigée en un endroit bien en évidence qui la rendait visible depuis de nombreux endroits de la paroisse de Sant Julià de Lòria.

Sant Miquel d’Engolasters (Paroisse d’Escaldes-Engordany)

L’église, qui pourrait avoir été bâtie avant la diffusion de l’art roman, fut remodelée aux environs du XIIe siècle avec la construction de l’abside et du clocher-tour de style lombard qui s’appuie sur le mur nord. Sur la façade sud se situe un porche, vraisemblablement ajouté plus tard, sans doute à l’époque moderne. À l’intérieur, dans la zone de l’abside, se trouve la reproduction des peintures originales actuellement déposées au Museu Nacional d’Art de Catalunya (MNAC, Barcelone).

Une fois de plus, on se doit de remarquer la localisation de cette église, en un endroit prééminent, sur le bord même du plateau d’Engolasters et dans une volonté manifeste de la rendre visible depuis le fond de la vallée d’où, aujourd’hui encore, on peut contempler son clocher svelte qui contraste avec les dimensions réduites de la nef. Associé à un noyau d'habitat pérenne, abandonné par la suite, il montre de manière très authentique les ententes locales qui couvrirent les vallées de chapelles à l'époque médiévale. Aujourd'hui, symbole dans le paysage malgré le développement urbain des trente dernières années, l'église de Sant Miquel témoigne de la volonté des communautés d'adoucir le territoire avec ces constructions.

Roc d’Enclar (Parròquia d’Andorra la Vella)

Il s’agit d’un site qui connut des occupations humaines récurrentes depuis la préhistoire jusqu’à la fin du XIXe siècle, mais où il faut souligner un établissement, vraisemblablement à caractère militaire , datant de l’Antiquité tardive, et la construction d’un château par le comte d’Urgell, entre les VIIIe et IXe siècles. Cet aspect sera un élément clé, puisque ce château, situé à l’origine au sommet du rocher jouera un rôle fondamental comme symbole du pouvoir féodal et de l’exercice du contrôle exogène en Andorre. Le promontoire rocheux était le site du château de Sant Vicenç, documenté en 952 et construit sur les structures d'un castrum de la fin de l'Antiquité, qui avec des modifications et quelques interruptions a été occupé jusqu'à la fin du XIIIe siècle.

Le château, bâti par le comte d’Urgell, fut tout d’abord remis au vicomte de Castellbó en vertu d’un accord pour le reconstruire en 1190, puis revint finalement au comte de Foix. Nous savons également que dans le deuxième paréage de 1288, la première clause fait allusion à la demande présentée par l’évêque pour que le comte de Foix mette fin à la construction de la forteresse ou château qu’il était en train de bâtir sur le podio de Sant Vicenç. L’endroit, fut donc l’un des chevaux de bataille entre le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique pour s’emparer du contrôle des vallées, et devint, au dernier moment, l’un des éléments clé dans la lutte entre l’évêque d’Urgell et le comte de Foix, ce dernier ayant l’intention de l’occuper de nouveau sans le consentement du premier. Dans ce sens, le château de Sant Vicenç, et la lutte née autour de lui, met en scène l’empreinte des acteurs qui s’affrontèrent pour exercer un contrôle effectif sur les vallées ; son abandon définitif inaugurerait le nouveau statu quo, le début du statut juridique et constitutionnel qui devrait régir l’avenir de l’Andorre en tant que pays avec deux coprinces.

On remarquera également l’église de Sant Vicenç, bâtie approximativement au début du VIIIe siècle, en coïncidence vraisemblablement avec l’organisation du château comtal. Il s’agit de la plus ancienne église en Andorre, de tradition préromane et avec un clocher-tour à base circulaire, unique en Andorre avec celui de Santa Coloma. Deux nécropoles furent découvertes près de l’édifice ; l’une datant des Ve-VIIe siècles, et l’autre des VIIIe-Xe siècles, celle-ci rattachée au temple. Établissement à caractère militaire depuis la période de l’Antiquité tardive, le Roc d’Enclar témoigne de la précocité de la volonté de contrôler la vallée par un pouvoir exogène et, en même temps, sa destruction, forcée par le deuxième paréage, en fait un lieu remarquable de l’entente féodale à l’origine des débuts de l’État andorran.

Roureda de la Margineda (Paroisse d’Andorre la Vieille)

Il s’agit là d’un site complexe, avec quelques occupations très floues datant de l’Âge du Bronze et de la période de l’Antiquité tardive, mais remarquable compte tenu d’une série d’édifices que nous pouvons situer à cheval entre le plein et le bas Moyen Âge, très certainement entre le XIIe siècle et un moment avancé du XIVe siècle. Tout porte à croire qu’il s’agirait d’un noyau d’habitat formé par quatre ou cinq maisons, chacune disposant de plusieurs pièces, auxquelles on ne peut attribuer clairement une fonction qu’au foyer et à la cuisine. Avec les vestiges du Camp de Perot, il s’agit de la preuve évidente la plus ancienne d’un établissement médiéval concentré, construit essentiellement en pierre et avec des structures s’y appuyant et qui est, de surcroît, le plus grand et le plus intéressant. Mis à part l’architecture et l’urbanisme naissant que l’on peut observer, il faut mentionner également tout le matériel archéologique découvert qui nous donne une image très intéressante de la vie quotidienne de ses habitants. Outre un lot très important de céramiques de typologies et de provenances diverses, on remarquera l’ensemble d’objets métalliques, parmi lesquels des éléments d’ornements personnels (aiguilles, fibules, boucles de ceinture, rasoirs, etc.), des ustensiles ayant trait à diverses activités (faux, serpes, fers à cheval, ciseaux, clés, etc.) et, plus rarement, quelques armes (pointes de lance et de flèches, couteaux, morceaux d’épées) qui nous renseignent sur la vie quotidienne des communautés des Vallées et sur certains de leurs devoirs.

Dans ce sens, il faut rappeler que, selon l’une des clauses de la Concorde signée avec l’évêque d’Urgell en 1176, les communautés andorranes étaient tenues de contribuer à l’host de l’évêque avec un membre de la famille militairement parfaitement équipé et un devoir similaire incombait également aux chefs de famille lorsqu'ils devaient défendre leurs vallées à la demande des conseils (sometent).

Unique établissement civil médiéval conservé, il s’agit d’un échantillon singulier de la vie quotidienne entre le XIIe siècle et un moment avancé du XIVe, lorsque les communautés conduisirent tout d’abord la résistance et, finalement, s’adaptèrent au nouveau cadre politique et économique né des Paréages.

Cette série de biens nous permet de saisir la réalité et l’évolution historique du territoire andorran. Dans leur propre singularité, tous les éléments qui configurent cet ensemble de premier ordre sont représentatifs de tout ce processus historique. En tant que jalon territorial et marqueur culturel exceptionnel sur le paysage, les églises jouent un rôle particulièrement important comme symbole et métaphore des communautés locales, de leur effort et de leur organisation qui, en dernier ressort se traduira par la Casa de la Vall (La Maison des Vallées). Elles expliquent les relations entre ces communautés locales et, d’une part, les pouvoirs juridictionnels des évêques d’Urgell et, d’autre part, les comtes de Foix, plus tard les rois de France, les gouvernants révolutionnaires, l’empereur et les présidents de la République jusqu’à aujourd’hui. Elles caractérisent également la manière de vivre de ces gens, leurs croyances, leurs activités, voire leurs inégalités internes. L’ensemble architectural est complété par l’étude de ses cimetières, de ses espaces d’habitat et des ustensiles qui les accompagnèrent, leur vie durant, comme nous pouvons le constater à la Roureda de La Margineda. Cette lecture, néanmoins, serait incomplète sans le contrepoint de ces pouvoirs qui se disputèrent le contrôle effectif du territoire, et qui, à la longue, jouèrent un rôle essentiel dans la configuration du statut institutionnel et juridique de l’Andorre. La structure administrative des six paroisses, peut-être l’église de Santa Coloma et, sans aucun doute, le château d’Enclar sont le témoignage tangible que le temps nous a légué de ces pouvoirs exogènes, situés au sud et au nord de l’Andorre, et qui ont entretenu une lutte récurrente, comme le prouve le château de Sant Vicenç. Ces éléments, avec les symboles de pouvoirs situés à Foix et à La Seu d’Urgell, montrent un aspect important de cette transformation que complètent les éléments significatifs de la société civile andorrane qui, durant des siècles, a œuvré pour conduire ses institutions médiévales jusqu’au XXIe siècle.

Le monument en France (Foix, Ariège, Occitanie)

Le château de Foix

Dressé sur un piton calcaire au confluent de l’Arget et de l’Ariège, le château commande, vers l’aval de l’Ariège, le débouché sur la plaine de Toulouse tandis que vers l’amont, il commande la route du sud-est vers l’Andorre et la Catalogne par la Seu d’Urgell. Bâti en un site défensif remarquable qui constituait une position jugée inexpugnable, le château de Foix a pu n’être d’abord qu’une simple tour de guet ou un donjon unique à l’abri de sa muraille, dominant l’abbaye de Saint-Volusien fondée au IXe siècle et placée sous l’invocation de Volusien, martyr, évêque de Tours.

L’histoire de cette forteresse ne débute dans les textes qu’avec celle des comtes de Foix. C’est en 1002 que Roger le Vieux, comte de Carcassonne, laissa à Bernard Roger, l’un de ses trois fils, la terre et le château de Foix et d’autres «pays » qui formeront le comté de Foix. Ainsi naissait l’histoire d’un comté qui allait devenir un des trois sommets du triangle historique unique dont témoignent toujours la cathédrale de la Seu d’Urgell, les monuments andorrans et le château de Foix lui-même.   

Les premiers comtes s’attachèrent à fixer les limites de leur comté tout en menant un habile jeu diplomatique dans la lutte que menaient les comtes de Toulouse et de Barcelone pour la domination du Midi languedocien.

C’est le comte Raimond Roger (1188-1223) qui fut le premier à intervenir au sud des Pyrénées ; il le fit d’abord violemment dans le cadre des conflits qui opposaient depuis longtemps l’évêque d’Urgell aux vicomtes de Castellbó et dont un des enjeux étaient, déjà, les vallées andorranes puis il introduisit sa dynastie en Catalogne par le mariage de son fils avec l’héritière de Castellbó. Il avait toléré le développement du catharisme dans ses états et il eut à affronter la croisade qui s’abattit sur le Midi. Aux côtés du comte de Toulouse, lui-même puis son fils Roger Bernard II (1223-1241) furent l’âme de la résistance languedocienne. Roger IV (1241-1265) puis Roger Bernard III (1265-1302) consolidèrent leur comté après la tourmente de la croisade contre les Albigeois tout en laissant le comté de Foix devenir le refuge privilégié des hérétiques. Malgré son engagement contre les armées croisées puis royales, malgré le soupçon d’hérésie qui l’a toujours entourée, la famille de Foix fut la seule à survivre à la conquête royale du Languedoc. Bien plus, c‘est au cœur de cette tourmente qu’elle poursuivit son extraordinaire ascension. Déjà vicomtes de Castellbó et coseigneurs d’Andorre, ils ne cessèrent d’étendre leur emprise en Catalogne. Parallèlement, le mariage en 1257 de Roger Bernard III et de Marguerite, héritière du Béarn, les plaçait au premier plan des Pyrénées du nord.

Le château de Foix était devenu le siège d’une puissante dynastie et l’édifice reflétait cette évolution. Les constructions primitives furent complétées à la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe par une deuxième tour carrée et un corps de logis central. En témoigne la représentation du château qui est portée sur les sceaux de tous les comtes, de Raimond Roger à Roger Bernard III. À l'austère forteresse militaire de l'an mil avait ainsi succédé peu à peu un château plus spacieux et plus commode pour accueillir le comte, sa famille et sa garnison.

Roger Bernard III fut le comte le plus turbulent; il s’opposa au roi de France Philippe III le Hardi qui, venu en personne en 1272 à la tête de l’ost de France, investit puis saisit le château de Foix. Emprisonné, le comte retrouva son château en 1277 sans perdre ni biens ni puissance. Poursuivant la politique d’expansion de ses ancêtres outre-Pyrénées, il s’opposa aussi au roi d’Aragon, ce qui lui valut d’autres années de prison. L’héritage de Béarn fut effectif en 1290 ; il accrut grandement la puissance de la maison de Foix, il déclencha aussi une véritable guerre de cent ans avec la maison d’Armagnac qui contestait la succession. Désormais les comtes de Foix résidèrent le plus souvent en Béarn.

C’est Roger Bernard III qui signa en 1278 avec l’évêque d’Urgel le premier Paréage d’Andorre mettant fin à des décennies de conflits. Un second paréage vint éclaircir en 1288 quelques points restés obscurs. Ces actes réglementaient l’exercice des droits seigneuriaux sur l’Andorre par l’évêque d’Urgell et le comte de Foix. Le « paréage d’Andorre » est considéré comme l’acte fondateur du système politique andorran. Un paréage, c’est-à-dire une coseigneurie à parts égales, était chose commune au XIIIe siècle et permit souvent de régler des situations conflictuelles. L’exceptionnalité de celui-ci est qu’il survivra aux pratiques médiévales, aux régimes seigneuriaux et deviendra un fait institutionnel unique à l’échelle mondiale.

À vrai dire, l’acte de 1278 n’était pas vraiment un « paréage », terme qui implique une égalité des droits entre les coseigneurs, puisque le comte de Foix devait prêter hommage à l’évêque d’Urgell, ainsi reconnu comme seigneur supérieur. Mais, du côté de Foix, on oublia rapidement cet hommage et, bien vite, on ne parla plus que de coseigneurs.

Bien mieux, du côté de Foix toujours, on s’appliqua à faire oublier toute dépendance. La Catalogne dans son ensemble dépendait de la Couronne d’Aragon et le comte de Foix était vassal du roi de France. L’Andorre pouvait-elle dépendre des deux ? En fait, le jeune Gaston Fébus appliqua à l’Andorre ce qu’il était en train d’établir pour le Béarn, c’est-à-dire la notion -tout à fait inouïe en son temps - de souveraineté. En 1346, il fit faire en Andorre une enquête qui précisait le partage des droits seigneuriaux, mais surtout qui établissait que les vallées ne relevaient que du comte et de l’évêque et de nul autre, ce que les archivistes des comtes de Foix traduisirent, plus tard peut-être, par la formule : « le comte et l’évêque sont seigneurs souverains des vallées ».

C’est ce qui explique en premier lieu que le Paréage d’Andorre survécut à tous les aléas de l’histoire de la frontière pyrénéenne et que les vallées andorranes ne furent jamais absorbées par un royaume ou par l’autre et mieux encore, que dans un continent européen en mouvement permanent, avec désintégrations, annexions, fusions, remaniements frontaliers et territoriaux ou disparitions et naissances d’états, le territoire de l’Andorre et ses frontières sont demeurés intacts.

Gaston III dit Fébus (1343-1391) fut assurément le plus illustre des comtes de Foix . Il mena une politique de risque soigneusement calculée et réussit à tenir ses états hors des combats de la Guerre de Cent Ans. En 1362 il gagna la bataille de Launac contre le comte d’Armagnac qu’il emprisonna dans le château de Foix et qui dut payer une énorme rançon. Il refusa de prêter l’hommage tant au roi de France qu’au roi d’Angleterre, proclamant le Béarn souverain. Puissant, vaillant, il fut un administrateur rigoureux, sachant faire argent de tout et dépensant cet argent à bon escient pour la défense de son pays autant que pour l’affirmation de sa gloire. Intelligent, cultivé, charmeur, il aimait les livres, la musique et la chasse ; grand lettré, il écrivit lui-même des chansons et, surtout le Livre de la Chasse et le Livre des Oraisons. Sa vie familiale fut dramatique; il chassa son épouse Agnès de Navarre et, en 1380, il tua de sa main son propre fils Gaston qui avait comploté contre lui.

Les premiers Foix-Béarn continuèrent d’aménager le château de Foix, entretenant l’aspect défensif autant qu’améliorant les parties habitées ; en témoignent notamment les salles de la tour du milieu avec ses culs-de-lampe sculptées et les clefs de voûte aux armes d’Aliénor de Comminges, la mère de Gaston Fébus. La transformation la plus importante fut la construction, au début du XVe siècle, d’une troisième tour, la Tour Ronde. Par ses dimensions, par l’aménagement de vastes fenêtres à meneaux, de cheminées et de latrines à chaque étage, cette tour impressionnante témoignait de la puissance et de l’opulence des comtes de Foix tout en conservant sa fonction défensive. C’est en haut de la Tour Ronde que se trouvaient conservées les archives du comté, y compris celles de l’exercice de la coseigneurie d’Andorre. La Tour Ronde a été bâtie comme symbole de la puissance comtale et, tout en haut, on gardait jalousement les outils de cette puissance.

La Tour Ronde domine la cité comtale, elle s’impose à elle. La ville s’est enroulée autour du rocher qui porte son château et, du plus haut de la tour, on peut toujours voir ses rues étroites et tortueuses, ses passages couverts, l’antique abbatiale Saint-Volusien, ses places, ses maisons à colombage, son « Pont Vieux » qui lui font conserver aujourd’hui encore son aspect médiéval, garantissent des abords cohérents au château et octroient à l’ensemble une valeur patrimoniale remarquable, forte en authenticité et intégrité.  

C’est du haut de la tour ronde aussi qu’on voit s’étendre ce qui fut le comté de Foix, la vallée de l’Ariège s’élargissant vers la plaine toulousaine au nord, se rétrécissant entre les montagnes au sud et, tout au fond les montagnes d’Andorre. C’est de là-haut qu’on peut embrasser d’un coup d’œil la route millénaire qui franchit les Pyrénées et, tout au fond, le petit territoire entouré des plus hauts sommets que, depuis 1278, comtes de Foix, rois de France, Empereurs des Français puis présidents de la République française partagent avec les évêques d’Urgell par la grâce d’un statut politique unique.

Le château fut peu à peu délaissé par les comtes, qui poursuivaient leur exceptionnelle destinée, devenant en 1479, par mariage, rois de Navarre. La coseigneurie d’Andorre suivit le sort du comté de Foix et donc de la famille de Foix-Béarn-Navarre. Au XVIe siècle, Jeanne d’Albret, comtesse de Foix, reine de Navarre et co-seigneuresse d’Andorre, épousa Antoine de Bourbon, proche parent du roi de France. Leur fils, Henri III, roi de Navarre, comte de Foix et coseigneur d’Andorre, résida longtemps à la Cour des Valois avant de mener les armées du parti protestant dans la tourmente des guerres de religion ; il y apprit l’art de la diplomatie et de la guerre mais aussi les arts des muses. Bien qu’il ait consacré sa vie à ce destin national, il fit jusqu’en 1579 des séjours réguliers dans ses états pyrénéens, y compris dans le comté de Foix. Il restait proche de certains de ses vassaux dont Jacques de Villemur-Pailhès qui avait été gouverneur du pays de Foix ; le château de Foix abrite actuellement un magnifique lit provenant du château de Pailhès et dont la tradition veut qu’Henri de Navarre y ait couché. Henri de Navarre devint roi de France en 1589 sous le nom d’Henri IV et il restera dans la mémoire française comme le plus populaire des rois. Et c’est ainsi que les rois de France devinrent coseigneurs d’Andorre.

On dit que, au XVIIe siècle, le château de Foix servit de carrière de pierres aux habitants de la ville. Toutefois, lieu emblématique du pouvoir du gouverneur et siège de la garnison royale, il fut sauvé de la démolition des châteaux susceptibles de devenir places-fortes rebelles ordonnée par le roi à partir de 1629. Louis XIII en l’épargnant se souvenait que son père avait été comte de Foix avant d’être roi de France.

Jusqu’à la Révolution, le château de Foix, bâtiment royal, fut le siège du gouverneur du pays, et le lieu des casernes et prisons et la Tour Ronde abritait toujours les archives du comté de Foix et de la part fuxéenne de l’administration de l’Andorre.

A la Révolution, de propriété de la Couronne le château devint propriété de l’État en 1790, puis de la ville de Foix en 1811 et enfin du Département de l’Ariège en 1834. Il continua à servir de prison ; il devint maison d’arrêt durant le XIXe siècle et l’allure générale de l’édifice s’en trouva modifiée par des ajouts et des remaniements de constructions avec portes pénitentiaires et barreaux aux fenêtres.

En 1840, le château de Foix a été classé Monument Historique, figurant ainsi sur la première liste des édifices classés de la France, instaurée par Prosper Mérimée; mais ce n’est qu’en 1864 que la prison fut transférée dans de nouveaux bâtiments construits dans les faubourgs de la ville. C’est après près de neuf siècles d’une utilisation ininterrompue comme lieu de pouvoir et d’exercice de l’autorité que le château de Foix devenait ainsi un élément du patrimoine national. À partir de 1885, la restauration du château fut menée sous la direction de l’architecte Paul Boeswilwald. Elle redonna au château une allure médiévale en supprimant les constructions de l'époque moderne, tout en ajoutant quelques crénelages sur les lices et courtines.

Ni pris par la force, ni jamais abandonné, le château des comtes de Foix abrite actuellement les collections « Musée de France », principalement orientées vers l’archéologie médiévale, et les collections historiques du Musée départemental de l’Ariège installé en 1950. Depuis 2019, un nouveau centre d’interprétation, réalisation du Conseil départemental de l’Ariège, occupe le « palais du gouverneur », élevé au XVIIIe siècle sur des constructions anciennes appartenant à l’ensemble castral.

Le château de Foix reste toujours, sur le versant nord des Pyrénées, le témoin d’un fait historique sans pareil, millénaire et vivant, le témoin de pierre de relations ininterrompues entre Foix, l’Andorre et La Seu d’Urgell.

Depuis ce jour solennel du 8 septembre de 1278 qui vit, au Turó de la Seu Vella de Lleida, le comte et l’évêque signer le paréage, seize comtes de Foix, huit rois de France, deux empereurs des Français et vingt-cinq présidents de la République française ont assuré - et le dernier l’assure encore - l’héritage de Roger Bernard III de Foix en partageant avec 56 évêques d’Urgell l’administration d’un petit état de montagne dans des limites jamais modifiées avec le titre aujourd’hui reconnu de « coprince d’Andorre». Le château de Foix reste toujours, sur le versant nord des Pyrénées, le témoignage et le symbole, authentiques et intègres, d’un parcours historique unique, ininterrompu et toujours vivant.

Le monument en Espagne (La Seu d’Urgell, Alt Urgell, Catalogne)

L’ensemble de la cathédrale de la Seu d’Urgell

Du haut d’une histoire ininterrompue de près d’un millénaire, la cathédrale romane Santa Maria de la Seu d’Urgell est l’un des monuments les plus paradigmatiques de Catalogne et des Pyrénées. Progressivement, l’église s’inscrivit dans un ensemble monumental qui a évolué au cours des siècles. La diversité des usages et des fonctions qui étaient attribués au bâtiment principal ont configuré l’ensemble actuel, : au-delà de la cathédrale, se sont ajoutés l'église de saint Michel, datant du XIe siècle, le bâtiment du Décanat, construit à la fin du Moyen Âge, l'église de La Piété, du XVIe siècle, et l'ensemble de la sacristie et de la salle capitulaire, fait réalisé au XVIIe siècle. Le tout s'articule autour du cloître roman du XIIe siècle. Par conséquent, l’ensemble est le témoignage matériel d'un parcours historique, administratif, politique et stylistique de près de mille ans.

L'existence de cet ensemble répond, en premier lieu, au choix d’un emplacement central de dans la plaine de l'Urgellet, sise à proximité de la confluence des eaux du Segre et du Valira – ce dernier marquant la voie de communication principale entre le diocèse d'Urgell et le comté de Foix par les vallées d’Andorre. C’était l’endroit idoine pour implanter un siège épiscopal qui avait des prétentions pyrénéennes affirmées. Ce siège diocésain, dont le premier évêque connu est renseigné en 531, a été fondé sur un site sur lequel n’a été identifié aucun vestige urbain d'époque romaine, fait inhabituel dans le schéma classique mis en évidence pour les implantations épiscopales de l'ancienne province de la Tarragonaise. En ce sens, on peut affirmer que l’actuel diocèse d'Urgell est la première entité administrative des Pyrénées. Son territoire se développa parallèlement à la ligne de crête axiale et à l'époque de son extension maximale il atteignit la vallée de Gistau, dans les Pyrénées centrales aragonaises.

Mis en contexte, géographiquement, le siège d'Urgell occupe une position relativement excentrique dans son territoire, à l'est, à la jonction du chemin du Segre, qui relie Lleida et la plaine de Roussillon, mais aussi au nœud des routes provenant de la Catalogne centrale qui, par Andorre, ouvraient le versant nord des Pyrénées. Cette réalité précoce atteste un rôle certain des vallées andorranes dans le choix de l’emplacement primitif du siège épiscopal qui, à la fin du VIIIe siècle, connut une première éclosion intellectuelle consécutive à la polémique autour de la question de l'adoptianisme entretenue entre l'évêque Félix d'Urgell et les principaux théologiens liés à la cour carolingienne. Controverse qui constitue la première hérésie de l'Occident européen depuis la chute de l'Empire romain. Cette affaire est la première manifestation qui éclaire les délicates relations politiques entre un évêché à vocation charnière et frontalière, en l'occurrence entre l'ancien monde wisigothique, auquel s’est substitué l'émirat de Cordoue depuis le début du VIIIe siècle, et le monde carolingien qui prenait le relais. Cette transition, dans laquelle fut pleinement impliqué l’évêque Félix et la cathédrale Santa Maria d'Urgell qui hébergea ces événements fut traumatique. Le débat religieux qui réunissait les principales autorités de l'intelligentsia européenne de l'époque, tel que Alcuin d'York, Théodulf d'Orléans, Paul d'Aquilée ou Beatus de Liébana, eut de profondes conséquences politiques.

L’histoire du diocèse couvre près de mille cinq cents ans au cours desquels quatre cathédrales se sont succédées. Elles ont symbolisé le siège diocésain et, au long des siècles, elles répondirent aux besoins des fidèles. Mille cinq cents ans sur le même site. Ce temps long illustre la continuité du pouvoir épiscopal qui alliait la religion aux aspects seigneuriaux, administratifs et politiques et une histoire qui nous est délivrée, sans aucune interruption, à travers la réalité andorrane.

La plus ancienne des quatre cathédrales édifiées sur ce site correspond au temple wisigoth primitif du VIe siècle qui fut détruit en 793 lors d'une razzia andalouse. Si la détermination de son emplacement a soulevé diverses controverses parmi les chercheurs, de récentes fouilles archéologiques viennent renforcer l'hypothèse d’une implantation sur le site occupé par l'actuelle cathédrale.

Documentée depuis 840, la deuxième cathédrale correspond au temple reconstruit sous la domination carolingienne, après le raid de 793. Justement, mis à part les débats historiographiques autour de sa chronologie, l'acte de consécration de cette église réunit pour la première fois les six paroisses médiévales d'Andorre dans le même document. Notons que ce sont celles qui existent actuellement et elles désignent, encore, les communautés et leurs contexte administratif, illustrant ainsi la continuité et la vitalité de l'organisation coordonnée des communautés andorranes acquises dès le Haut Moyen Âge. La troisième cathédrale, édifiée à l'époque de l’évêque Ermengol d'Urgell (1010-1035), fut consacrée en 1040 par son successeur, Eribau. Enfin, la quatrième cathédrale fut construite à l’initiative d’Ot d’Urgell au XIIe siècle et correspond à l’ensemble architectural actuel.

Bien que peu de vestiges de l’ouvrage commandé par l'évêque Ermengol nous soient parvenus, il est à préciser que ce fut la première cathédrale de la série construite dans un style roman. Un roman ancien illustré par la conception et les parements mis en œuvres dans l'église de Sant Miquel, seule survivante du projet initial, qui est le plus vieux bâtiment conservé à La Seu d'Urgell. L'œuvre léguée par Ermengol est étroitement liée à la réforme du chapitre de la cathédrale qu’il promut en 1010 en s’inspirant des courants réformistes qui naissaient dans la chrétienté occidentale. Cela se traduisit par l'intégration de l’église dans l’ensemble constitué de diverses dépendances communes - cloître, réfectoire, dortoir et petites chapelles, comme celle de saint Michel - qui répondaient aux nouveaux besoins du chapitre régulier et qui, en substance, sont demeurés jusqu'à aujourd'hui.

Quatre-vingts ans ne s’étaient pas écoulés depuis la consécration de 1040, lorsque l'évêque Ot d’Urgell formula la nécessité de restaurer l’église d’Ermengol. Il entreprit la construction de la nouvelle cathédrale qui perdura jusqu’à nos jours. Le projet débuta dans les premières années du XIIe siècle et dura tout au long du siècle, jusqu'au sac dirigé par le comte de Foix en 1196, qui interrompit les travaux peu avant leur achèvement.

La cathédrale du XIIe siècle répond à une entreprise de construction tout à fait unique. Pour aucun autre siège catalan contemporain une rénovation aussi radicale ne fut engagée. Pour des raisons tout à fait différentes, à cette époque, vers 1200, seuls les sièges de Tortosa et de Lleida initièrent un programme cohérent de nouvelle édification sur les vestiges d’anciennes mosquées récemment intégrées à la domination chrétienne. Dans le contexte de la Réforme grégorienne, les dimensions, jusqu'ici inconnues dans son aire géographique, la volonté stylistique exprimée par la profusion de détails et la sélection minutieuse des matériaux indiquent une forte volonté de montrer le prestige et la puissance atteintes par l'église d'Urgell et témoignent de la capacité de la mitre à mobiliser des efforts et des ressources économiques. Une implication dont les paroisses andorranes ne furent pas absentes puisqu’une partie des revenus des fidèles andorrans furent canalisés vers le projet urgelitain au travers de leurs chapelles.

Parallèlement, au cours du XIIe siècle, la projection de la domination féodale de l'Église s'accéléra. L'absentéisme progressif des comtes d'Urgell de leurs domaines pyrénéens favorisa l'implication du clergé et des évêques dans l'administration du territoire. Ainsi ils devinrent de puissants agents féodaux qui concurrençaient les principaux représentants de la noblesse séculière locale : les vicomtes de Castellbò. Suite à l'achat des Vallées par l’évêque Pere Berenguer au comte d'Urgell en 1133, la mitre renforça ses liens avec l’Andorre, les capacités féodales de l'Église d'Urgell augmentaient d’autant les finances et cela facilitait leur emploie pour les travaux de la cathédrale. La juridiction des évêques d'Urgell sur l’Andorre débuta par l’achat de ce droit, mais il n’est que l’aboutissement d’un long processus d'accumulation de pouvoir qui avait débuté lors de l'acquisition des alleux comtaux des paroisses d'Andorre la vieille, d'Ordino et de Sant Julià de Lòria en 988. L'Église d'Urgell établissait les bases de la domination exercée par celui qui deviendrait, plus tard, le coprince épiscopal des Vallées.

Le volume des ressources investies dans la construction de la nouvelle cathédrale se reflète dans un ouvrage à grandes prétentions, dans lequel culmine le plein roman catalan, avec une virtuosité décorative et un programme sculptural qui le différencient des constructions plus modestes du XIe siècle. De ce point de vue, le langage artistique évolué employé dérive du premier roman mais il fut enrichi grâce au développement de l'appareil iconographique et par l’introduction d’une série d'améliorations techniques - dans la sculpture de la pierre, entre autres - et par l’inclusion de courants venus d'autres régions européennes, notamment de l'Italie centrale et du nord, et la région rhénane. Les lions sur la façade, l'alternance chromatique des décorations murales qui guide la conception initiale de l’église et, surtout, la galerie sise au sommet de l'abside reflètent la vigueur des échanges entretenus par la Seu d'Urgell avec d'autres régions européennes, notamment lors des tractations qui cherchaient la reconnaissance papale, mais aussi par sa situation à la confluence des routes de pèlerinage ou, dès le XIIIe siècle, par les sympathisants de l’hérésie cathare qui s’exilaient pour fuir le sud de la France et la répression de l’Inquisition. Ces influences extérieures coexistèrent avec des apports locaux, illustré par les apports de Ramon Lambard qui fut le maître d'œuvre des phases de construction les plus avancées. Originaire du Coll de Nargó, ville proche de La Seu d'Urgell, son intervention fut décisive dans la planification des voûtes et de la clôture de l’ensemble, éléments qui sont inscrits dans son contrat signé en 1175, le seul de cette chronologie connu en Catalogne.

La mise à sac perpétrée par comte Ramon Roger de Foix à la fin du XIIe siècle interrompit brusquement les travaux de la cathédrale Santa Maria d’Urgell. D’un versant à l’autre de la chaîne de montagnes, les relations entre la maison comtale de Foix et les domaines d'Urgell allaient se renforçant, spécialement, dés le milieu du XIIe siècle, par le biais du mariage de Dolça de Foix avec le comte Ermengol VII et l'investiture de son frère, Bernat Roger, comme évêque d'Urgell. Cependant le caractère violent de cet épisode introduisit les ferments des tensions qui marquèrent les relations seigneuriales postérieures marquées par l'intérêt croissant des comtes de Foix pour les hautes vallées qui servaient de lien entre les terres de Foix et celles d'Urgell, c’est à dire les vallées d'Andorre. Cette volonté fut le préambule nécessaire à l'établissement du paréage de 1278, qui fut l'acte juridique qui donna sa nature particulière au système de co-seigneurie andorran, qui caractérise depuis lors le régime politique des Vallées.

La continuité de la violence armée au cours des siècles de l'ère moderne a forcé l'incorporation de nouveaux espaces et d'éléments défensifs pour lutter contre les bandits et les huguenots. A cette époque, entre les XVe et XVIe siècles, pour résister à un siège, ont été construites la barbacane et toute l'enceinte de la partie supérieure de la nef nord. De même, l'évolution des formes de piété, les transformations des modes de vie canoniques de la fin du Moyen Âge et l'accroissement des complexités administratives du diocèse d'Urgell ont favorisé des interventions sur certains espaces sis aux abords du cloître qui furent modifiés ou remplacés par d'autres mieux adaptés aux temps nouveaux. Citons pour mémoire l’édifice du décanat, l'église de la Renaissance dédiée à la Piété, la sacristie, mais aussi, la nouvelle salle capitulaire et les archives de la cathédrale.

D’autre part, les nouveautés dans les conceptions esthétiques introduites à la Renaissance ont suscité un plus grand intérêt pour l'urbanisme et ont conduit à la démolition des bâtiments construits devant la façade ouest de la cathédrale afin d'améliorer la perception des perspectives permettant la contemplation de l’ensemble dans toute son intégrité. Cette décision, prise en 1555, apporte un premier témoignage de la gestion urbaine de l'environnement de la cathédrale fondée sur des critères quasi patrimoniaux. Sur notre territoire, à une époque aussi précoce que le XVIe siècle, ces visées rendent ce fait exceptionnel.

Presque en parallèle, la réforme catholique du XVIe siècle et l'enrichissement de la liturgie et de l'expression de la foi impliquèrent une nouvelle exposition ornementale et la construction de nouveaux espaces sacrés, ainsi que la redéfinition des anciens lieux. Dans ce contexte historique, furent construites la sacristie et les chapelles, actuellement disparues de Sant Ermengol et de sa Sainteté. L'incorporation de divers ajouts s’accéléra et ils modifièrent progressivement l'apparence de l'ensemble en agrégeant de nouveaux éléments, quasiment jamais en substitution de l’ancien. Dans la même dynamique, au XVIIIe siècle, un projet de reconstruction de la cathédrale romane fut conçu à partir d'un projet architectural nettement néoclassique, mais il ne fut jamais exécuté.

Au début du XXe siècle, les premières propositions de restauration de la cathédrale de La Seu d’Urgell ont été formulées dans le feu de la revalorisation idéologique et esthétique du fait médiéval. Dans ses grandes lignes le projet qui guida la restauration globale du monument fut celui du célèbre architecte moderniste Josep Puig i Cadafalch, l'une des figures les plus prestigieuses de cette époque dans l'étude de l'architecture romane dans le monde et qui a dirigé les travaux de restauration de la cathédrale qui ont commencé en 1918. Il faut considérer le projet de restauration de Josep Puig i Cadafalch, qui proposait fondamentalement un retour à une pureté médiévale idéalisée du bâtiment, comme un autre épisode de l'adaptation de la cathédrale à de nouvelles fonctions et tendances esthétiques semblables à celles qui eurent lieu depuis sa construction mais dans ce cas, elles furent guidées par des critères historicistes pleinement cohérents avec les grands courants politiques et culturels de l'époque.

À partir des années 1920, le processus de restauration fut ralenti jusqu'au déclenchement de la guerre civile, qui interrompit les travaux jusqu'en 1951, date à laquelle ils reprirent, d’abord sous la direction des architectes Alejandro Ferrant, puis sous celle de Francisco Pons Sorolla. C’est à ce moment-là que la cathédrale de La Seu d’Urgell acquit enfin son aspect actuel.

À partir de 1994, suite à l'élaboration du plan directeur de la cathédrale de Santa Maria d'Urgell commandé par l'évêché, le conseil municipal de La Seu d'Urgell et la Generalitat de Catalogne, les critères scientifiques et techniques, ainsi que l'utilisation de matériaux traditionnels ont été intégrés en tant que valeurs actives dans les interventions successives conduites sur l'ensemble monumental. Le plan directeur de l'architecte Lluís Maria Vidal-Arderiu devrait coordonner toutes les futures interventions sur l’église d'un point de vue constructif, fonctionnel, liturgique et culturel. Les actions les plus significatives de cette dernière étape ont débuté par celles qu’il a lui-même engagé entre 1996 et 1999. Cette phase a continué jusqu'à la dernière intervention de conservation préventive et d'entretien réalisée au cours des années 2016 et 2017 qui fut financée par le gouvernement espagnol dans le cadre du Plan national des cathédrales, dont fait partie la cathédrale de La Seu d'Urgell.

Le complexe de la cathédrale de Santa Maria d'Urgell est donc un témoignage singulier de cette trame évolutive, complexe, matérielle et immatérielle, qui concentre en un seul lieu des siècles de pouvoir ecclésiastique, politique et administratif, un pouvoir séculier et religieux, articulé autour de la figure de l'évêque qui était tout à la fois chef de l'État andorran et guide spirituel du diocèse d'Urgell qui intégrait les paroisses andorranes. En ce sens, comme elle l'était depuis le Moyen Âge, la cathédrale d'Urgell illustre une réalité historique, actuelle mais aussi future.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionnelle

Tout au long du dernier millénaire, au cœur des Pyrénées, des constructions ont été érigées qui, de Foix, en France, jusqu’à La Seu d’Urgell, en Espagne, en traversant la Principauté d’Andorre d’une extrémité à l’autre, sont le témoignage d’une histoire et d’une réalité uniques, tissées de manière ininterrompue, à trois mains, entre le peuple de l’Andorre, les évêques d’Urgell et les comtes de Foix, puis avec les rois de France, plus tard avec les dirigeants de la période révolutionnaire et de l’Empire et, jusqu’à aujourd’hui, avec les divers présidents de la République française.

Riche dans son hétérogénéité typologique, stylistique et fonctionnelle, cette série de témoignages, architecturaux et archéologiques, religieux et civils, raconte, d’une manière complète et cohérente, sans discontinuités, de manière authentique et intégrale, accompagnée d’un extraordinaire fonds documentaire, le processus exceptionnel de la construction d’un État européen sur plus de sept cents ans, jusqu’à nos jours, sur un même territoire, avec les mêmes frontières, avec la même structure administrative et territoriale, avec le même triangle de relations institutionnelles surgi du XIIe siècle et qui, aujourd’hui, continue de structurer la Constitution et les institutions d’un État indépendant, moderne, démocratique et social : la Coprincipauté d’Andorre.

Réalité unique au monde, éloge de l’équilibre entre la tradition et la modernité, la gestation, la conception, l’évolution et la survie de ce qui est aujourd’hui le 184e État des Nations Unies, l’Andorre représente un exemple extraordinaire et singulier de la valeur et de la force de la parole, de l’accord et de l’entente séculaire entre interlocuteurs aux dimensions, aux caractéristiques et aux forces radicalement inégales et avec souvent des intérêts opposés ou divergents. Elle représente un havre de paix, de libertés, de bon voisinage et d’hospitalité et, de ce point de vue, une référence exceptionnelle dans un monde troublé et violenté.

Ce bien en série continue, aujourd’hui encore, avec ses douze éléments, dont la majorité conservent les fonctions primitives pour lesquelles ils furent construits, à marquer et à expliquer un paysage historique et géographique cohérent, lisible et compréhensible. Il continue également, à travers ces douze phares érigés au cœur des Pyrénées, à raconter une histoire et une réalité singulières, fruit de la conviction, de la ténacité et de l’entendement humain. Une réalité que son exceptionnalité rend presque incroyable. C’est ce que disait l’espagnol Fernando de los Ríos Urruti, en 1920, lorsqu’il affirmait : « L’Andorre est un pays imaginaire dont on n’ose presque pas affirmer l’existence réelle ». Son contemporain français, Max Gibert, soutenait cet argument en disant : « L’Andorre est un fait exceptionnel ». Le bien en série transnational proposé, continue à en témoigner tous les jours.

Critère (iii) : Répartis sur trois territoires, actuellement trois États limitrophes, démocratiques et indépendants : l’Andorre, l’Espagne et la France, les douze éléments du bien en série constituent un témoignage exceptionnel de mille ans de l’histoire européenne, depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours. Ils sont le témoignage unique, à l’échelle mondiale, de la gestation, de la constitution, du développement et de la survivance, sans discontinuités, avec des limites territoriales invariables et une organisation et des structures politiques perdurables, d’un État démocratique, neutre, pacifique et indépendant, au cœur même d’une Europe qui a connu de continuelles transformations territoriales et politiques, des confrontations militaires et des troubles de tous ordres.

Ce lieu de mémoire historique exceptionnel illustre, d’une manière singulière, la relation entre les petites communautés rurales communales, en territoire et en population, et les grands pouvoirs féodaux ; plus tard entre celles-ci et la royauté et plus récemment entre celles-ci et deux grands États démocratiques et modernes. Il illustre, d’une manière très spécifique, la force extraordinaire de la parole, de la négociation et de l’accord comme unique arme de résolution de conflits, de dépassement de difficultés, de survivance collective d’entente, de construction d’un État indépendant, libre et démocratique et d’établissement de forts liens de bon voisinage entre trois États, trois territoires et trois communautés aux dimensions et aux pouvoirs si différents. C’est ainsi que l’ensemble des éléments qui constituent ce bien en série transnational, de Foix à La Seu d’Urgell en passant par l’Andorre, s’élève au rang d’exemple unique de capacité de conciliation et d’harmonisation d’intérêts, de volontés et d’aspirations diverses, et d’éloge de la diplomatie et de la paix, particulièrement intéressants pour tous les peuples et toutes les cultures du monde.

Les douze éléments de ce bien en série sont le témoignage de la naissance et de l’évolution de l’unique État des Pyrénées, oasis de paix, d’accueil et d’hospitalité, sans interruptions le long des siècles, surtout durant les périodes les plus sanglantes de l’histoire européenne, exemple exceptionnel du triomphe de la conviction, de l’effort et de la persévérance d’une minuscule et modeste communauté montagnarde dans un territoire exigu et exigeant, face à deux colossales puissances, territoriales, politiques, économiques et militaires voisines. Cette relation, extraordinairement réussie, dans la paix et la parole, dans l’équilibre et la modération, s’avère être un paradigme exceptionnel dans l’histoire de l’Europe et dans l’histoire universelle. C’est illustratif et paradigmatique, à l’échelle mondiale, que l’on parle, au XXIe siècle, de l’« Andorra Model », de « The Andorra Solution » ou d’« Andorra-like », pour tenter de résoudre le sanglant conflit du Cachemire, qualifié par beaucoup comme l’endroit le plus dangereux de la planète, avec le modèle du minuscule pays des Pyrénées dont l’histoire est la plus pacifique du monde. Ce même modèle est également présent dans les propositions de résolution des conflits du Haut-Karabagh, dans les républiques d’Abkhazie ou d’Ossétie du Sud ou dans la recherche d’une solution pour le statut définitif de la ville de Jérusalem, ce qui permet de manifester la grande importance universelle du bien.

Critère (iv) : L’ensemble des éléments en série qui constituent ce bien reflète, de manière ininterrompue et complète, une période longue de mille ans, depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours. D’une importance primordiale dans l’histoire du monde en général et de l’Europe en particulier, il exprime aussi bien à travers une impeccable chronologie que moyennant une riche présence stylistique, typologique et symbolique ; des aspects auxquels chaque élément contribue et se distingue d’une manière déterminante et irremplaçable, en composant un ensemble si exceptionnel dans la diversité et l’hétérogénéité que dans l’unité, et aussi dans sa densité, son originalité et sa force narrative.

Ce bien en série, à cheval sur trois collectivités territoriales et politiques voisines et différentes, surgit au cœur même des Pyrénées, l’une des chaînes de montagne parmi les plus importantes et les plus mythiques d’Europe et, en même temps et durant des siècles, l’un des recoins les plus impénétrables, humbles et âpres du continent européen. Il est le témoin et en même temps raconte, à travers la série de constructions et de sites archéologiques et des biens meubles inséparables qui leurs sont associés, l’extraordinaire capacité qu’ont des communautés minuscules et enclavées pour assimiler les courants artistiques, mais aussi religieux et politiques européens, interprétés ici à l’échelle locale et humaine, dans un langage singulier, formel et expressif en même temps que sobre, essentiel et sensible.

Répartis le long d’un tracé perpendiculaire à la ligne axiale des Pyrénées de moins de soixante-dix kilomètres entre ses deux éléments extrêmes – le château de Foix au nord et l’ensemble cathédral de La Seu d’Urgell au sud – les douze éléments sont situés dans le paysage, sans faire la moindre concession au hasard, chacun d’eux en des points stratégiques, à une altitude allant de 1 560 m (Sant Climent de Pal) à 399 m (château de Foix), devenant, en même temps, aussi bien des marqueurs et des références que les phares d’un paysage historique et symbolique dont ils deviennent générateurs et témoignages séculaires. L’extraordinaire et incomparable entrecroisement et tressage de relations millénaires et permanentes entre les trois communautés et les pouvoirs qui les construisirent, confère à cet ensemble l’exceptionnalité testimoniale et représentative d’un processus et d’un résultat uniques dans l’histoire, à travers douze monuments architecturaux qui, d’une manière presque incroyable, ont su et pu faire parvenir jusqu’à présent, avec toute leur qualité matérielle, leur force et leur vitalité, les contenus, l’esprit, le symbolisme, voire même, dans la plupart des cas, les usages et les fonctions pour lesquels ils furent bâtis.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

Les monuments situés en Andorre

Authenticité

Les monuments présentés conservent un haut degré d’authenticité. Les édifices, inscrits dans leur environnement, témoignent de la volonté des communautés de marquer leur territoire et, en même temps, de créer un lieu qui les identifie. La préservation de la lecture de l’interrelation avec les voies de communication régionales qui reliaient la cathédrale de La Seu d’Urgell et le château de Foix, comme c’est le cas à La Cortinada, avec Sant Martí, ou à Canillo, avec Sant Joan de Caselles, ou leur implantation en des endroits prééminents par rapport au paysage rural ou aux établissements historiques, renforce, davantage encore, cette authenticité séculaire.

Le témoignage architectural se conjugue avec le décor intérieur et participe de son authenticité. Parfois, dans certains cas, les éléments médiévaux ont été préservés, tels, entre autres, les fragments de peinture murale ou les sculptures romanes sur bois. Dans tous les monuments, la décoration baroque et moderne est toujours en place, témoignant de la continuité et de la vitalité que la collectivité locale entretenait avec ses monuments. Ces éléments montrent clairement la notion de transmission et de permanence historique que symbolisent ces lieux.

Leur architecture, les diverses étapes décoratives et les biens meubles qu’ils conservent (mobilier, vêtements liturgiques, objets sacrés, etc.) sont, en même temps, des témoignages tangibles et de précieuses sources d’information sur leur naissance et leur histoire.

À l’exception des deux sites qui présentent un terminus post quem quant à leur utilisation originale, pour tous les autres, les diverses phases architecturales et l’évolution des collections documentent des dynamiques historiques longues, initiées à l’époque médiévale, qui ont perduré jusqu’au monde contemporain. Tous ces changements contribuent à la signification et au symbolisme des monuments.

La constante préoccupation pour les maintenir vivants apparaît également dans les archives. Des textes fondateurs, en passant par les procès-verbaux et les comptes des différents sacristains ou encore les notes des visites pastorales, les fonds documentaires conservés dans les archives illustrent les divers changements historiques, ordinaires ou extraordinaires, et font foi du lien profond qui unissait les communautés locales à ces centres. Cela devient plus évident encore avec le Consell General, au sein duquel, depuis sa création, les représentants de chaque paroisse préservaient et nourrissaient continuellement ce legs documentaire qui n’était accessible qu’avec le consentement de tous les membres (armoire aux six – plus tard sept – clés). Les collectivités locales et leurs espaces de représentation illustrés par chaque chapelle, se réunissaient au sein du Consell de la Terra pour émettre la voix de l’Andorre et défendre les intérêts des Vallées.

En ce qui concerne la documentation de référence, sur laquelle se fonde la présente proposition, elle est nombreuse et diverse comme l’est également la production historiographique relative à la coseigneurie andorrane et à son évolution. Les mille ans de parcours historique de ce bien en série transnational comptent sur un important ensemble de documents et de recherches, en quantité et d’une qualité extraordinaires, qui garantissent la fiabilité et la rigueur des sources qui documentent et expliquent chacun des éléments de ce bien en série et qui, surtout, permettent d’en vérifier et confirmer son caractère exceptionnel.

Depuis les premiers documents conservés dans les archives capitulaires de La Seu d’Urgell, qui décrivent et documentent la présence de l’évêché d’Urgell et ses droits sur les communautés paysannes fondés sur l’action des autorités civiles locales, les documents sur la consolidation des relations s’enchaînent. Citons pour exemple l’échange signé en 988 par le comte Borrell, l’évêque Sala et les chanoines d’Urgell de divers alleux et propriétés, dont parmi eux les Vallées d’Andorre avec les villes d’Andorra, Santa Coloma, Lòria et Ordino, l’acceptation de la seigneurie épiscopale par les représentants des différentes paroisses andorranes en 1162 et les stratégies politiques et matrimoniales des familles Caboet, Castellbò et, finalement de Foix, en 1202, avec la reconnaissance du vasselage en faveur de l’évêque d’Urgell, en 1241. Ajoutons encore, les documents conservés à l’Arxiu Nacional d’Andorra (Archives Nationales de l’Andorre) comme le Paréage de 1278, relatif aux droits et à la façon de les exercer sur les andorrans par les évêques d’Urgell et par les comtes de Foix, ou la légitimation et la reconnaissance par l’évêque d’Urgell du Consell de la Terra, en 1419, qui consolidait son structure plus ancienne connue au moins depuis 1289.

La production historiographique qui analyse le processus de construction du régime institutionnel et politique de la coprincipauté d’Andorre est remarquable et commence au XVIIIe siècle avec le Manual digest de Fiter i Rossell (1748) et se poursuit avec les recherches d’historiens et de juristes, tels Brutails (1891), Baudon de Mony (1896), Pasquier (1919), Valls i Taberner (1920), Baraut (1972) et, plus récemment, des chercheurs comme Viader (2003).

Integrité

Certains des monuments – tels Sant Joan de Caselles, Santa Coloma, Sant Miquel d’Engolasters, le Roc d’Enclar ou la Roureda de La Margineda – ont conservé pratiquement intacte leur structure primitive originale médiévale. D’autres – comme Sant Romà de Les Bons ou Sant Serni de Nagol – ont fait l’objet d’évolutions légères qui n’empêchent pas de reconnaître parfaitement la fondation et la structure médiévale, auxquelles ont été intégrées des réformes postérieures (de l’époque moderne) ; d’autres encore – comme Sant Martí de La Cortinada ou Sant Climent de Pal – qui connaîtront plusieurs phases de modifications plus substantielles au fil des années, sont les témoins des principaux moments historiques de la Coprincipauté. Il existe des exemples, finalement, érigés et bâtis dans une phase ultérieure, durant l’époque moderne, à vocation civile ou défensive – comme la Casa de la Vall – qui donnent une vision plus claire de l’évolution historique de la Coprincipauté, d’un point de vue architectural, social et politique.

Sant Joan de Caselles, Sant Romà de Les Bons, Sant Climent de Pal, Santa Coloma, Sant Serni de Nagol et Sant Miquel d’Engolasters ont conservé intacte leur structure primitive d’origine médiévale. Pour d’autres, comme Sant Martí de La Cortinada et la Casa de la Vall, les biens intègrent diverses phases de modification, menées à terme durant l’époque moderne ou en des périodes ultérieures, qui sont des témoignages sur les principaux moments historiques de la Principauté. Plus ou moins importantes, selon les cas, ces modifications contribuent à l’intégrité de la série, dans le sens où elles sont le produit de nécessités directement associées à l’utilisation originale des biens et sont un échantillon représentatif de l’évolution historique du processus de configuration de la Principauté d’Andorre.

Hormis les deux sites archéologiques, les différents monuments conservent, aujourd’hui encore, la fonction pour laquelle ils furent conçus, associée à la sacralité du lieu ou à son rôle de centre politique. Aux actes religieux ponctuels et aux rassemblements et pèlerinages pour fêter le saint patron local à Sant Miquel d’Engolasters, Sant Romà de Les Bons, Sant Serni de Nagol ou Sant Joan de Caselles, viennent s’ajouter les actes religieux plus réguliers qui ont lieu à Santa Coloma, à Sant Martí de La Cortinada et à Sant Climent de Pal où sont célébrées des messes chaque dimanche et/ou les jours fériés ou dates significatives, comme par exemple les festivités du saint patron ou la fête patronale (Festa Major). La protection et l’entretien du monument, assurés par l’État, se conjuguent avec le rôle des curés, et en certains endroits avec le rôle des quarts, qui maintiennent la fonction liturgique traditionnelle.

Au XXe siècle, la systématisation de l’entretien et des restaurations ponctuelles, qui servirent parfois à corriger une intervention passée peu opportune, et pour lesquelles la préférence a toujours été donnée à l’utilisation de matériaux traditionnels et aux critères modernes de conservation et de restauration de monuments, conservèrent l’intégrité des biens et, par contrecoup, préservèrent leurs valeurs esthétiques et historiques.

Les chapelles abandonnèrent leur rôle principal de jadis comme lieux de célébration de réunions politiques, quand les communautés et les voisinages se réunissaient pour traiter de la chose publique. Par contre, à l’occasion de dates importantes, par exemple la Fête patronale, ou lors de célébrations spéciales (mariages, enterrements etc.) elles continuent à jouer un rôle important au niveau de la cohésion sociale des différents voisinages et elles renouvellent et perpétuent leur fonction de socialisation, de refondation et d’intégration. Comme au moment de leur fondation, elles sont le symbole d’appartenance à la communauté locale et une référence identitaire.

À la Casa de la Vall, la fonction politique héritée du Consell de la Terra, et qui avait commencée durant les siècles du Moyen Âge tardif, perdure encore de nos jours. La création du nouveau siège du Consell General (2011) transféra l’activité parlementaire ordinaire, mais les réunions des conseils dits traditionnels se sont maintenues dans la salle du Consell à la Casa de la Vall. Certains actes, plus protocolaires et traditionnels, s’y tiennent encore, tels la signature du livre d’or ou encore la présentation officielle des parlementaires élus par le peuple qui est, d’ailleurs, immortalisée par une photographie prise sur les marches de l’escalier conduisant au pigeonnier.

D’autre part, le contexte des monuments, inséparable de leur histoire, est encore présent et facile à identifier. À Pal, à Les Bons, à Andorra la Vella et à Santa Coloma les monuments religieux sont associés aux noyaux historiques qui ont maintenu un tissu urbain et une architecture traditionnelle qui se distingue parfaitement. À Sant Serni de Nagol, Sant Joan de Caselles, Engolasters, La Margineda et au Roc d’Enclar la connexion a été conservée avec les chemins traditionnels qui les unissent aux voisinages et les interconnecte avec les régions proches, et en particulier avec La Seu d’Urgell et Foix. Malgré les modifications contemporaines, la relation directe avec l’environnement rural et/ou naturel a été conservée, et la relation entre les monuments et l’environnement, qui a conservé les traits essentiels qui intègrent la signification des biens et sustentent l’authenticité du lieu, est parfaitement lisible.

En tout cas, aussi bien les volumes, les matériaux, les finitions que la doctrine patrimoniale utilisée pour leur entretien et évaluation, font que les biens andorrans proposés pour faire partie de cette candidature transnationale en série s’inscrivent dans un continuum historique cohérent. L’ensemble est représentatif des diverses phases historiques qui ont marqué les relations avec les deux coprinces, avec le pays de Foix et avec l’Alt Urgell, et il illustre la capacité d’adaptation de la communauté face aux bouleversements qui affectèrent son environnement. Des commotions féodales initiales à la formation des royaumes de France et d’Espagne et, ultérieurement, l’apparition des États-nation, le maintien de la tradition héritée de la période médiévale a été la clé pour préserver l’autonomie des Vallées d’Andorre et de sa population. Les biens andorrans de cette proposition de candidature en série transnationale témoignent de ce legs exceptionnel et chaque élément en particulier, et l’ensemble en général, confèrent à l’ensemble une grande authenticité évolutive. Tous sont des témoignages véridiques qui illustrent la genèse et l’évolution des diverses institutions qui ont fini par configurer, à travers ce triangle historique Andorre, Foix, La Seu d’Urgell, l’Andorre du XXIe siècle. Des témoignages qui continuent aujourd'hui à être diffusés avec le caractère ouvert au public de tous les monuments sélectionnés qui reçoivent de nombreuses visites.

Le monument situé en Espagne

L’ensemble de la cathédrale de la Seu d’Urgell

Authenticité

La cathédrale de La Seu d’Urgell, avec tous les temples et les dépendances qui configurent l’ensemble cathédral est, comme on peut l’apprécier aujourd’hui encore, le résultat d’une longue évolution qui, sans altérer en essence l’authenticité du temple roman du XIIe siècle, l’a enrichi à travers l’incorporation progressive de nouvelles structures et d’éléments intégrés harmonieusement à l’ensemble qui permettent de lire l’évolution historique d’un monument lequel, derrière une simplicité apparente, dissimule une profonde complexité au niveau de sa construction. Aujourd'hui, la cathédrale de La Seu d’Urgell, clairement délimitée, dans un environnement historique protégé, perpétue avec précision et certitude le lieu où se dressaient les cathédrales qui l’ont précédée et conserve la forme et la conception modelées au fil des siècles.

Cette authenticité est cautionnée par une documentation très diverse, d’une qualité extraordinaire et scientifiquement crédible, qui témoigne des origines et de l’évolution de la cathédrale tout le long de son histoire. La première référence explicite de la cathédrale est localisée dans le Cartulaire de la Cathédrale de la Seu d’Urgell conservé aux archives capitulaires de la Seu d’Urgell qui s’accompagne d’un second cartulaire, celui de l’Ouvrage de la Cathédrale de la Seu d’Urgell. Même si le premier cartulaire réunit une documentation particulièrement intéressante pour connaître la cathédrale, comme la copie du contrat du maître d’œuvre Ramon Lambard, signé en 1175, concernant la fin des travaux des couvertures du temple ;, c’est quand même le deuxième cartulaire qui a une relation plus immédiate avec les travaux de la cathédrale du XIIe siècle, vu qu’il rassemble, essentiellement, les donations faites par les fidèles pour la construction du temple. Parmi les autres documents de l’époque déposés aux archives capitulaires de La Seu d’Urgell, on retiendra le Fonds général de parchemins et le Fonds Caboet-Castellbò, avec deux Cahiers des griefs rédigés par l’évêque d’Urgell entre 1230 et 1240 approximativement, et dans lesquels il est fait mention du pillage de la cathédrale de La Seu d’Urgell par le comte Raimond Roger de Foix vers 1195/1196. Le Fonds d’actes de consécration est lui aussi important, avec, entre autres, l’acte de consécration de la cathédrale de La Seu d’Urgell, qui malgré la date portée de 819, est considéré comme un document qui aurait été falsifié vers la fin du Xe ou début du XIe siècle. Cet acte ou dotalia inclut une série d’informations très intéressantes sur la cathédrale durant les années à cheval sur l’an 1000, ainsi que la première liste réunissant le nom de toutes les paroisses andorranes dans un même document. Les six qui existaient à l’époque - Canillo, Encamp, Ordino, La Massana, Andorre la Vieille et Sant Julià – avant que ne soit créée la septième paroisse en 1978, Escaldes-Engordany, fruit de la division de celle d’Andorre la Vieille.

Un document essentiel pour comprendre l'évolution spécifique des Vallées d'Andorre est le Paréage signé au Turó de la Seu Vella à Lérida en 1278, établi par le comte Roger Bernat III de Foix et l'évêque d'Urgell Pere d'Urtx pour clore le conflit ouvert pour le domaine d'Andorre entre les évêques et les vicomtes de Castellbò et leurs successeurs, les comtes de Foix. Il est à noter que les archives capitulaires d'Urgell conservent le document dit Second Paréage, un document de 1288 où, suite à une série de mésententes entre l'évêque et le comte, les pactes inclus dans le premier Paréage de 1278 furent à nouveau ratifiés.

Ces documentations, qui attestent de l’authenticité du monument, sont conservées pour la plupart aux Archives capitulaires et diocésaines de La Seu d’Urgell, une installation, au début, intimement liée à la cathédrale puisque c’est là qu’étaient conservées les archives du chapitre des chanoines de La Seu d’Urgell, dans un coffre en pierre avec un couvercle en bois que l’on peut toujours observer dans le cloître de la cathédrale. Transférées au XVIIIe siècle dans une salle du nouvel édifice de la sacristie, adossé au chevet de la cathédrale, les Archives capitulaires de La Seu d’Urgell constituent le principal domaine de la sauvegarde de la mémoire de la totalité de l’ensemble. De nos jours, les Archives continuent d'exercer leurs fonctions de garde et de stockage de la documentation produite par le Chapitre et l'Évêché, dans des dépendances modernes, situées à côté de la cathédrale, qui garantissent toutes les mesures de protection et de conservation de cet extraordinaire patrimoine documentaire.

La documentation des Archives capitulaires d'Urgell, écrite exclusivement en latin au cours des premiers siècles, montre également la continuité de la langue catalane depuis son apparition comme langue écrite. En ce sens, il convient de noter que les Archives contiennent le plus ancien fragment littéraire conservé écrit en catalan, daté entre 1120 et 1130. La généralisation de la langue catalane dans la documentation écrite n'a eu lieu que dans les temps modernes, mais les parchemins préservés à la Seu, datant de la fin des XIIe et XIIIe siècles, en donnent déjà témoignage.

En ce qui concerne la documentation de l’époque moderne des Archives capitulaires, on retiendra essentiellement les Actes du Chapitre et les Livres des Conseils Capitulaires. D’une période plus récente, les Archives diocésaines de La Seu d’Urgell conservent les plans de la cathédrale des XVIIIe, XIXe et XXe siècles, ainsi que plusieurs projets de restauration qui correspondent aux diverses interventions faites ou projetées au XXe siècle.

L'historiographie a montré, tout au long du XXe siècle, le caractère remarquable du monument et le lien étroit qu’il entretient avec la documentation conservée aux archives du Chapitre et du diocèse d'Urgell. En ce sens, de nombreuses études académiques soutiennent également l'authenticité du bâtiment, tant d'un point de vue historique et documentaire que d'un point de vue archéologique. Les fouilles archéologiques qui ont été effectuées dans le cloître et celles qui ont eut lieu récemment sur la façade nord du bâtiment ont mis en évidence l’existence de vestiges du VIe siècle.

La cathédrale de La Seu d’Urgell est un monument vivant qui a conservé ses usages et sa fonction cultuelle originelle du VIe siècle. En ce sens, le culte liturgique qui y est actuellement célébré se déroule à l'occasion des messes, de l'administration des sacrements et des principales célébrations. Celles-ci peuvent être liées au temps liturgique (Avent, Noël, Carême et Pâques, y compris la fête du Corpus Christi), ou faire référence aux saints et aux expressions les plus populaires de la foi et de la tradition, telles que la bénédiction de saint Antoine et les messes de fête de saint Ot, saint Ermengol et saint Sébastien. La liturgie s’est modifiée au fil des siècles en fonction de l'évolution idéologique qui a construit la foi et la spiritualité du territoire. Elle a une implication sociale importante, incarnée dans des célébrations ou des cérémonies religieuses spécifiques à fort impact communautaire, principalement les baptêmes, les communions, les mariages ou les funérailles, qui impliquent de larges pans du tissu social de la ville, de son environnement régional et d’Andorre.

Depuis le milieu du XXe siècle, ces usages liturgiques traditionnels ont commencé à se combiner avec d'autres usages à vocation culturelle, touristique et patrimoniale. Ponctuellement dans un premier temps, puis ils se sont consolidés en suivant une trajectoire de plus en plus claire, définie et continue au fur et à mesure que l'intérêt général pour la connaissance du monument principal de La Seu d'Urgell s'est développé.

À partir de 1950, de nouveaux usages culturels ont été incorporés pour répondre aux nouvelles sensibilités sociales ; l'évêché soutient une initiative citoyenne autour de la patrimonialisation de l'art sacré qui a favorisé l'ouverture du musée diocésain d'Urgell en 1957. Une installation dans laquelle sont conservés et exposés comme pièces majeures, les biens meubles provenant de la cathédrale, principalement des bijoux liturgiques, des sarcophages d'anciens évêques, des fragments de peinture murale, des tissus et des vêtements et des retables. De plus, les principaux manuscrits des archives capitulaires y sont montrés : le Beatus de La Seu d'Urgell (Xe siècle), le Missel de Galceran de Vilanova (XIVe-XVe siècles), et la bulle du Pape Sylvestre II (XIe siècle), entre autres. Les locaux du nouveau musée diocésain d'Urgell, initialement ouvert dans l'église de La Pietat, ont été agrandis entre 1981 et 1988 dans le bâtiment du doyen, ce qui a contribué à la revalorisation de ces deux espaces du complexe de la cathédrale qui, au fil du temps, étaient restés vides de contenu. En 2015, les installations du Musée diocésain ont accueilli un total de 25 400 visiteurs.

De même, le complexe de la cathédrale favorise la diffusion du contenu historique et patrimonial de la cathédrale et du musée, avec un impact particulier sur le public scolaire. La cathédrale accueille également régulièrement de grands événements culturels. Certains concerts du Festival estival de musique ancienne des Pyrénées y ont lieu et, depuis 1957, le Retable de Sant Ermengol y est organisé, une représentation théâtrale basée sur la vie de l'évêque Ermengol d'Urgell, constructeur de la cathédrale du XIe siècle et saint patron de La Seu d'Urgell. Récemment, à partir de 2011, le Cant de la Sibil·la a été récupéré. Il s’agit d’un drame liturgique chanté qui prédit l'arrivée du Messie et la fin du monde qui est inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2010. Dans le cas spécifique de La Seu d'Urgell, l'interprétation du Cant de la Sibil·la est basée sur une partition originale de la version chantée jusqu'en 1536 conservée aux archives capitulaires.

Un nouveau projet de musée est en cours de conception dans le complexe de la cathédrale, afin de moderniser la muséographie et de mieux mettre en valeur les collections exposées, y compris les œuvres du trésor de la cathédrale. D'autre part, la proposition muséale veut centrer le discours sur la cathédrale comme élément structurant de l'ensemble, tant du point de vue architectural, que patrimonial ou culturel. Pour cela, le projet conçoit un espace d'interprétation qui devrait permettre au visiteur de comprendre le bâtiment actuel et de connaître son évolution historique. L’ouverture de l’infrastructure est prévue pour 2024.

Integrité

Le cycle constructif du temple roman du XIIe siècle s’acheva par le pillage de la cathédrale par le comte Raimond Roger de Foix, peu avant l’an 1200. Les graves répercussions de cet événement sur les capacités économiques de l’Église d’Urgell et les nécessités liées à la réparation des destructions de la guerre mirent fin au caractère unitaire des travaux de la cathédrale de style roman. La situation du temple resta figée à ce moment historique, sans possibilité de nouveaux apports constructifs importants durant la période médiévale. Malgré tout, l’Église d’Urgell eut encore la capacité de restaurer une bonne partie du mobilier détruit. Parmi les réalisations menées à terme en ce début du XIIIe siècle, figure la nouvelle sculpture sur bois de la Mare de Déu d’Urgell (Vierge d’Urgell) qui, avec quelques modifications subies durant les siècles de l’époque moderne, est celle qui domine actuellement le grand autel de la cathédrale. Précisons qu’au niveau populaire, la Vierge d’Urgell est appelée Mare de Déu d’Andorra (Vierge de l’Andorre), suite à une légende, documentée depuis au moins 1516, selon laquelle cette sculpture aurait été transportée en Andorre pour la protéger des Sarrasins, du temps de l’empereur Louis le Pieux. Bien que cette légende ne s’adapte nullement à la réalité de la sculpture sur bois de la Vierge, exécutée au XIIIe siècle, elle n’en est pas moins un indicateur important des étroites relations entre La Seu d’Urgell et l’Andorre qui se traduisent, dans ce cas, par la connexion andorrane de la Vierge présidant le grand autel de la cathédrale d’Urgell.

Parallèlement, à partir de l’interruption des travaux de la cathédrale faits conformément aux règles de l’art roman, l’ajout de nouveaux espaces et de nouvelles dépendances, comme les restaurations et les réparations plus ou moins périodiques qui, parfois, finirent par dissimuler et cacher l’ouvrage roman original selon de nouveaux goûts, de nouvelles fonctions et de nouveaux besoins, représentèrent, d’une part, une rupture avec la conception unitaire du temple roman mais, d’autre part, conservèrent l’ensemble comme un édifice vivant, avec une utilisation ininterrompue et en constante évolution et adaptation aux usages de chaque moment historique.

Le projet de restauration de Josep Puig i Cadafalch qui proposait, essentiellement, un retour à une prétendue pureté médiévale de l’édifice, doit être considéré comme un chapitre de plus de l’adaptation du bâtiment aux nouvelles fonctions et goûts esthétiques que l’édifice avait expérimentée dès le moment même de sa construction, dirigé, dans ce cas, par des modèles historicistes tout à fait cohérents avec les grands courants politiques et culturels du moment. En 1918 commencèrent les travaux de restauration qui, dépouillèrent l’intérieur de la cathédrale des ajouts baroques et néoclassiques, et introduisirent un petit chœur en bois dans le presbytère, de nouvelles orgues et la tribune située au pied du temple, avec un certain arrière-goût néo roman, tout comme les grilles des fenêtres.

En ce qui concerne ces interventions et les projets de réforme rédigés à partir du début du XXe siècle, il faut mettre en exergue que leur auteur, l’architecte catalan Josep Puig i Cadafalch, référent mondial au niveau de l’étude de l’architecture romane et sa restauration, représente une valeur ajoutée indubitable pour la cathédrale, la garantie de la qualité de l’intervention et la consolidation d’une méthodologie scientifique pour les futures interventions. Le projet intégral de Puig i Cadafalch a créé école.

À la fin du XXe siècle, avec l'élaboration du plan directeur de la cathédrale commandé, en 1994, par l'évêché, le conseil municipal de La Seu d'Urgell et la Generalitat de Catalunya à l'architecte Lluís Maria Vidal-Arderiu, les interventions sur le monument se sont poursuivies en suivant des critères scientifiques et techniques, en employant des matériaux traditionnels et ils ont été exécutés par des professionnels et des spécialistes de la restauration architecturale du patrimoine. Ce plan directeur coordonne toutes les interventions nécessaires d'un point de vue constructif, fonctionnel, liturgique et culturel. Les actions les plus significatives de cette dernière étape ont été les campagnes de travaux des années 1996 et 1999 et, la dernière, de conservation préventive et d'entretien, réalisée entre 2016 et 2017 grâce au financement du gouvernement espagnol, dans le cadre du Plan National des Cathédrales, qui intègre la cathédrale de La Seu d'Urgell. Ce Plan National émane de la loi 16/1985 sur le patrimoine historique espagnol. C’est un instrument multidisciplinaire de gestion globale à l'échelle de l'État, auquel participent diverses administrations et diverses entités publiques et privées. Sa vocation est la promotion de la connaissance et la mise en place de programmes d’actions de conservation préventive, d’interventions de restauration et d’actions de diffusion, dont le but est de protéger les biens culturels et d’en permettre l'accès et la jouissance à la société.

L'ensemble cathédral de La Seu d'Urgell continue de conserver aujourd'hui, avec un état de qualité extraordinaire, tous les éléments immobiliers, mobiliers et documentaires. Ils confirment l'intégrité de cet ensemble et permettent au plus grand nombre une lecture complète et intégrale d'un point de vue historique, stylistique et symbolique, grâce à un accès public gratuit, des visites guidées, des espaces muséaux et des publications. Aujourd'hui comme hier, la cathédrale, siège du diocèse d'Urgell, est l'expression matérielle de l'un des trois sommets d'un triangle historique exceptionnel.

Le monument situé en France

Le Château de Foix

Authenticité et Intégrité

La documentation écrite

L’histoire de l’Andorre est très bien documentée. Conséquence –ou reflet- du statut des vallées, elle l’est triplement. Du côté français, les fonds d’archives concernant l’Andorre sont très importants et multiples. Les sources documentaires disponibles sont hautement fiables et crédibles, témoignant de l’authenticité historique, matérielle et symbolique du monument.

Archives départementales de l’Ariège: Les Archives des comtes de Foix ont été primitivement conservées dans le château de Foix. Quand les comtes établirent leur résidence en Béarn, les archives centrales de la famille furent conservées là, à Orthez puis à Pau. Les archives de gestion du comté de Foix continuèrent d’être conservées dans le château de Foix et elles furent transférées dans une salle particulièrement aménagée dans la Tour Ronde lorsque celle-ci fut construite, au XV°siècle. Les archives résultant de l’exercice de la coseigneurie d’Andorre en faisaient partie. Un incendie a détruit le chartrier de Foix en 1803. Il reste heureusement un inventaire très détaillé, pièce à pièce, de son contenu (A.D.Ariège, E 6-7).

L’administration de l’Andorre étant liée à celle du comté de Foix, tous les fonds d’archives concernant l’administration du comté de Foix contiennent des documents concernant l’Andorre : archives des États de Foix, du gouvernement de Foix, archives provenant de l’intendance de Roussillon (A.D.Ariège, série C).

Après la Révolution française, le co-prince français fut représenté par le Préfet du département de l’Ariège. Les archives de l’Ariège conservent l’ensemble de ses dossiers de 1805 à 1882, date du transfert de l’administration de l’Andorre au Préfet des Pyrénées-Orientales, qui font l’objet d’une sous-série particulière et unique dans les archives françaises (sous-série 1 Z). Ils concernent le statut de l’Andorre, le personnel administratif, les viguiers, le paiement de la questia au co-prince français, les affaires politiques, le respect de la neutralité de l’Andorre et l’accueil de réfugiés pendant les périodes de guerre, les mouvements insurrectionnels en Andorre, la surveillance et la délimitation de la frontière, les douanes, les travaux publics, l’instruction publique (dont l’accueil d’élèves andorrans dans les lycées français), l’exercice de la justice. Les archives de la Préfecture de l’Ariège (séries M, K, O) contiennent aussi des dossiers concernant la frontière avec l’Andorre (surveillance des passages, transhumance) ainsi que les archives des administrations départementales de l’État (Douanes, Postes et télécommunications, travaux publics, Eaux et Forêts, affaires militaires). Les archives de la Maison d’arrêt de Foix contiennent les registres d’écrou des prisonniers andorrans (série Y).

Les archives communales ont été déposées aux Archives départementales : les archives des communes limitrophes ou très proches (Mérens, l’Hospitalet, Aston, Gestiès, Lercoul, Siguer, Auzat, Ax-les-Thermes) contiennent des pièces relatives aux relations frontalières, au pacage sur la Soulane d’Andorre et au fonctionnement des lies et passeries.

Des fonds d’archives privées: Papiers Deloume : dossiers concernant les institutions, l’administration, la fiscalité, la criminalité, les mouvements de réforme de l’Andorre au XIXe siècle (1 J 28-29). Papiers Félix Pasquier, archiviste de l’Ariège de 1874 à 1895 : dossiers sur l’Andorre (1 J 30). Mémoire sur les vallées d’Andorre par Moreau, inspecteur des Douanes de l’Ariège, an I (1792-1793) (1 J 47).

Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques : Archives centrales de la famille de Foix, Moyen Âge et XVIe siècle : même si les documents de gestion étaient conservés à Foix, les plus importants (confirmation de privilèges, octroi de nouveaux, relations avec l’évêque, etc…) se trouvaient aussi dans les archives des comtes.

Archives départementales des Pyrénées-Orientales : Fonds de l’intendance de Roussillon de la quelle dépendait le Comté de Foix, et donc l’Andorre, de 1716 à 1784 ( série C).

Fonds de la Préfecture des Pyrénées-Orientales depuis le transfert de l’administration de l’Andorre au Préfet de ce département (1882).

Archives nationales: Pièces retirées des archives du château de Foix au XVIIe siècle : les pièces les plus anciennes (XIIe-XIIIe siècles) concernant les relations entre les comtes de Foix et la Catalogne, dont l’Andorre (J 332-334, 877-880). Affaires concernant le Pays de Foix, dont les droits français sur l’Andorre et l’affaire de la Soulane, 1518-1790 (H1 714-7225). Administration française des vallées d’Andorre, relations commerciales et douanières, échanges scolaires (série F). Faits insurrectionnels en Andorre, 1881-1883 (BB24 873, 885). Autres affaires judicaires, 1855-1923 (BB18 59, BL).

Service historique de l’Armée: En particulier série M : Mémoires et reconnaissances. Frontière des Pyrénées, projet de réunion de vallées espagnoles.

Archives du Ministère des Affaires étrangères et Bibliothèque nationale: Collection Doat : copie d’actes concernant le Midi de la France, notamment Comtés d’Urgel et de Vich, 1284-1428 (vol.161-163), titres et mémoires concernant plusieurs dynasties comtales » dont les comtes de Foix, vicomtes de Béarn, rois de Navarre, 960-1612 (vol.165-240).

Le monument

Depuis les grands travaux de restauration engagés par Paul Boeswildwald à partir de 1881 qui ont abouti à la démolition des édifices carcéraux édifiés dans le premier quart du XIXe siècle, de nombreux architectes se sont penchés sur les problématiques de restauration de cet ensemble exceptionnel. Exceptionnel en effet, car préservé de l’abandon et d’une possible destruction par la succession des usages depuis le Moyen Age jusqu’à nos jours : après avoir été la résidence des comtes de Foix, il fut tour à tour siège du gouverneur de province, garnison, prison, dépôt de mendicité et enfin musée. Les hommes de l’art qui ont porté la responsabilité des travaux sur ce site, depuis Jules Kaehrling en 1930 jusqu’à Axel Letellier en 2019, étaient tous architectes en chef des monuments historiques, ou architectes du patrimoine, comme l’impose la législation française pour les travaux engagés sur des édifices classés au titre des monuments historiques. Cet impératif a permis pendant près de 90 ans d’opérations successives sur l’édifice de garantir la mise en œuvre de chantiers conduits dans le respect des méthodes de conservation et de restauration des monuments patrimoniaux, tant en ce qui concerne l’approche méthodologique que sur les techniques mises en œuvre et les matériaux utilisés. En fait, seules les parties hautes ont été remaniées notamment lors des travaux menés au XIXe siècle mais la grande majorité des élévations sont celles du Moyen Age depuis que les bâtiments carcéraux ont été détruits. Ces usages carcéraux aussi bien que ceux de résidence des comtes ont logiquement disparu au profit, cependant, de l’usage patrimonial exclusif ce qui concourt bien entendu à sa conservation et à sa valorisation.

Les travaux les plus récents sur le château de Foix ont ainsi été engagés en 2018 après une minutieuse étude de diagnostic réalisée en 2016 qui avait permis de dresser un état des lieux sanitaire des structures et des voies d’accès et de proposer un protocole de conservation ainsi qu’une estimation et un phasage des travaux à réaliser.

Sur les quatre phases déterminées par le diagnostic les deux premières ont été réalisées sous la conduite de l’architecte du patrimoine Axel Letellier. La première tranche concernait les zones présentant des défauts graves de structure qui nécessitaient une intervention urgente, (reprise des corbeaux de la tour ronde, reprise du mur d’enceinte extérieure ouest, étanchéité de la terrasse sur la salle des gardes). La seconde tranche terminée en juin 2019 concernait des zones où une consolidation était nécessaire mais sans caractère d’urgence (essentiellement sur des murs d’enceintes et de soutènements et sur la poudrière au nord-est). Les deux dernières phases seront mises en œuvre dans les années à venir, il s’agit de travaux de pérennisation de zones sans pathologies de structure, mais nécessitant des travaux d’entretien et enfin, pour la phase IV, une opération globale de mise en valeur du site par l’amélioration du confort de circulation et de sécurité des visiteurs (amélioration des chemins, poses de garde-corps…)

En parallèle, le Conseil départemental de l'Ariège conduit depuis plusieurs décennies une politique volontariste de restauration et de mise en valeur de ses sites touristiques et de ses monuments, considérant le patrimoine comme un outil fondamental de promotion du territoire et un facteur de préservation de la culture ariégeoise. Subsistent toujours autour du château de Foix l’esprit et l’impression du lieu et du monument, car celui-ci continue d’être le symbole de la ville et de ses habitants, comme en témoignent nombre de marques ou logos de produits locaux ou enseignes commerciales.

La politique patrimoniale du département s'est construite autour d'équipements structurants répartis sur l'ensemble du territoire dont l'exploitation est confiée au Service d'exploitation des sites touristiques de l'Ariège (SESTA) et dont la gestion scientifique est assurée par la Conservation départementale.

Le château de Foix, monument emblématique du département, a bénéficié, parallèlement aux travaux de restauration des structures, d'un remaniement complet de l’offre muséographique. C’est la restitution en 2016 des locaux de l'ancien tribunal de Foix par le Ministère de la justice (autrefois palais des gouverneurs du comté), qui a permis d'envisager ce projet ambitieux et la possibilité de créer un véritable espace muséal, dans un lieu particulièrement adapté en pied de site.

Ainsi depuis le 6 juillet 2019 le site du château de Foix propose, dans le respect de son intégrité et de son authenticité, un nouvel outil culturel et touristique pour le département, autour de l’histoire des Comtes et du Comté de Foix. Le projet a permis d’améliorer la qualité de l'offre culturelle en combinant la visite du château et du musée attenant. Cette nouvelle configuration a permis d'accroître la fréquentation, d'assurer la satisfaction des visiteurs et de concourir au développement local, culturel et touristique du territoire. La qualité des équipements, des contenus et de la programmation culturelle renforce la notoriété du château pour en faire une destination incontournable, un outil d'attractivité pour le territoire en termes d'excursions et de séjours. Le site offre désormais un accueil qualitatif et favorise un élargissement des publics du château (enfants, adolescents, adultes, scolaires, érudits et publics étrangers notamment) et a permis de porter le temps de visite à 4h30 au lieu des 1h30 avant restructuration. Le montant total de l'investissement s’est élevé à près de 8 M € financés par l'Europe, l'État, la Région Occitanie et le Conseil Départemental de l'Ariège. La création récente d'une AVAP (Aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine) dans la ville de Foix incluant le château de Foix, ainsi que l'amélioration de l'accessibilité et de la connectivité avec le centre historique, contribueront à la mise en valeur du site et garantiront une préservation de qualité à long terme.

Aujourd’hui, le château de Foix, ayant préservé son authenticité et son intégrité, apporte, sur le versant atlantique des Pyrénées, sa contribution à un témoignage unique sur une tradition de relations politiques et territoriales exceptionnelles, séculaires et toujours vivantes. Les interventions sur le château et ses abords garantissent toujours et depuis longtemps le respect de l’authenticité et de l’intégrité de l’ensemble patrimonial.

Justification de la sélection de l’élément/des éléments constitutif(s) en relation avec la future proposition d’inscription dans son ensemble

La sélection de ce bien en série a été faite pour permettre de retracer, lire et comprendre de manière complète et claire l'exceptionnalité de la Co-Principauté d'Andorre. Les piliers monumentaux qui constituent cette mosaïque séculaire unique sont au nombre de trois : le château des comtes de Foix, à Foix, en Ariège, France, l’ensemble cathédral de La Seu d’Urgell, à La Seu d’Urgell, dans la région dite du Alt Urgell, en Catalogne, Espagne et l’ensemble des constructions religieuses et civiles en territoire andorran, c’est-à-dire Sant Joan de Caselles, dans la paroisse de Canillo ; Sant Romà de Les Bons, dans la paroisse d’Encamp ; Sant Martí de La Cortinada, à Ordino ; Sant Climent de Pal, dans la paroisse de La Massana; l’église de Santa Coloma, le site archéologique de la Roureda de La Margineda, celui du Roc d’Enclar avec l’église de Sant Vicenç et la Casa de la Vall, dans la paroisse d’Andorra la Vella ; L’église de Sant Serni de Nagol, dans la paroisse de Sant Julià de Lòria ; et l’église de Sant Miquel d’Engolasters, dans la paroisse d’Escaldes-Engordany.

La sélection des douze monuments répond, tout d’abord, au critère selon lequel tous contribuent significativement à la Valeur universelle exceptionnelle du bien en série ; ensuite, au fait que chacun d’eux présente un degré d’authenticité et d’intégrité suffisant, des paramètres de conservation, d’entretien et d’usage appropriés et que tous, dans les cadres juridiques respectifs des trois États, bénéficient d’un cadre légal de protection satisfaisant. Nous estimons que l’ensemble constitue un bien complet, cohérent et approprié.

Ces douze témoignages patrimoniaux ont tous en commun le dépôt de l’extraordinaire charge historique, une dimension esthétique et artistique d’une énorme valeur et, au-delà de la situation centrale qu’ils occupent dans le patrimoine et dans l’imaginaire collectif des communautés respectives, le fait de constituer, tous ensemble, le récit matériel complet d’une réalité historique, politique et territoriale exceptionnelle qui dépasse le cadre Pyrénéen et national des trois États.

Il convient de souligner la diversité et l’hétérogénéité des éléments sélectionnés. D’une cathédrale à un château, en passant par de petites églises aux caractéristiques très diverses, par deux sites archéologiques, pour arriver à une maison bourgeoise pyrénéenne transformée en l’un des parlements les plus anciens des États européens (elle a fêté les 600 ans de sa reconnaissance officielle, en 2019). Ce choix, divers et hétérogène, est tout à fait cohérent avec une longue période historique et avec trois groupes protagonistes aux origines, aux profils, aux caractéristiques et aux trajectoires très différents. Loin de représenter une faiblesse, ces deux caractéristiques enrichissent et singularisent le bien en série.

La série sélectionnée permet d’identifier, par un ensemble de témoignages matériels très anciens et divers, tous les éléments constitutifs de l'identité andorrane. Elle illustre des relations singulières entre les pouvoirs établis à La Seu d'Urgell, Foix et Andorre, reconnus comme référents par les communautés respectives qu’elles protégent, au plus haut niveau, en tant que patrimoine des trois États respectifs. Témoins du caractère pérenne et dynamique de l'histoire andorrane, ils constituent l'aspect concret et visuel de ce qui fut et est encore l'État des Pyrénées : la coprincipauté d'Andorre.

Comparaison avec d’autres biens similaires

Le fait exceptionnel dont témoignent les monuments de cette série multinationale constitue, très probablement, un cas unique dans l’histoire universelle, aussi bien de par ses caractéristiques, le profil des protagonistes, le processus, sa vitalité et son dynamisme, qu’en raison de sa persistance et de son ajustage au monde moderne. C’est pourquoi la comparaison avec d’autres biens, qu’ils soient inscrits ou non, en particulier des biens en série transnationaux, n’est pas si évidente.

Le domaine pyrénéen est, vraisemblablement, celui qui donne la clé de cette singularité unique. L’échelle du domaine européen permet d’en vérifier le parcours presque impossible et invraisemblable. Par contre, dans le domaine mondial, des genèses, des processus et des contextes historiques, géographiques, sociaux et culturels complètement différents tendent à déformer ou à transformer en peu raisonnable toute tentative de comparaison. La région géoculturelle européenne est donc le cadre principal dans lequel l'analyse comparative est menée sans exclure un traçage général dans d'autres parties de la planète. Parmi les biens examinés dans la région géoculturelle européenne, quatre sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial.

Les Pyrénées. Communautés et organisations politiques

Durant le Moyen Âge, les communautés locales des vallées pyrénéennes, constituées en organismes dotés d’une personnalité publique et institutionnelle, furent des entités politiques très unies et puissantes qui, souvent, surent s’imposer et évoluer pour survivre à la pression des pouvoirs seigneuriaux. Les processus de mise en place du système féodal tout le long de la chaîne montagneuse connurent des dynamiques particulières, dans un équilibre instable et créatif entre les anciennes coutumes pré-féodales et la consolidation de formes de représentation collective capables de négocier des pactes et des privilèges avec les seigneurs, de plus en plus puissants. La survie du modèle andorran dans le temps, consolidé à la fin du XIIIe siècle, est le plus vigoureux témoignage de processus historiques singuliers, où le cadre montagnard fut un facteur déterminant. Dans le reste des Pyrénées, l’absorption des institutions de gouvernement local (avec les exceptions andorrane, et en moindre mesure aranaise) fut un processus qui alla de pair avec l’assimilation des juridictions territoriales dans le cadre de la définition d’entités étatiques centralisées.

Ainsi, de nombreuses vallées pyrénéennes avaient leurs formes locales de gouvernement, toujours subordonnées aux juridictions seigneuriales, qui souvent recevaient le même nom de Consell General que nous retrouvons en Andorre. Le cas le plus paradigmatique est celui des vallées d’Aneu, qui étaient intégrées dans le comté de Pallars mais qui étaient représentées par un Consell General avec de larges compétences. On retrouvait également des institutions similaires à la Vall Ferrera – sous la juridiction du comte de Pallars et du vicomté de Castellbò – et dans la vallée du Carol, en Cerdagne, de juridiction royale.

Certains aspects de l’histoire particulière du Val d’Aran (633 km2, 10.000 h, 2014) rappellent celle de l’Andorre. Durant le haut Moyen Âge ce fut un territoire que se disputaient trois comtés : le Pallars, Ribagorce et Comminges. Ce ne fut qu’en 1175, qu’en vertu d’un traité dit de Protection (Emparança en catalan, Amparanza en espagnol), le roi Alphonse le Chaste incorpora le Val d’Aran à la couronne d’Aragon. Après une période de troubles politiques, avec le retour à l’obéissance à Aragon durant le règne de Jacques II fut signée la Quérimonia de 1313 qui confirmait les privilèges accordés aux habitants du Val et en accordait également de nouveaux. Dès lors – avec quelques interruptions ponctuelles – le Val d’Aran demeurera lié à la Couronne catalano-aragonaise puis, plus tard, à la Couronne espagnole. L’organisation politique et historique du Val d’Aran possède quelques concomitances avec l’andorrane. Ainsi les terçons seraient les équivalents des paroisses, qui choisissaient les conseillers qui constituaient le Conselh Generau, une institution représentative que n’abolira pas le Décret de Nova Planta et qui se maintiendra jusqu’en 1834. En 2015, le Parlement de la Catalogne approuva la loi du régime spécial d’Aran, qui dépasse l’ancienne assignation régionale. Le nouveau texte légal souligne sa singularité territoriale et accorde davantage de compétences au Conselh Generau.

Tout le long des Pyrénées, aussi bien pour des raisons orographiques que pour la gestion des ressources naturelles, un ensemble d’organisations politiques a historiquement existé, généralement liées à une vallée ou, plus sporadiquement, à un territoire unitaire du point de vue juridictionnel. La gestion des forêts ou des pâturages, entre autres, donna naissance à ces institutions qui n’ont survécu que dans des cas ponctuels et concrets. La plus significative de celles qui existent encore aujourd’hui est, sans aucun doute, le Consell General d’Andorra, successeur du Consell de la Terra réglé en 1419, qui actuellement est le parlement démocratique d’un État souverain, le 184e des Nations Unies, depuis 1993.

Il s’agissait d’institutions représentatives d’un territoire délimité, formées par les chefs de famille (caps de casa) ou par leurs représentants, à différents niveaux hiérarchiques. Les Consells Generals ou Assemblées Générales étaient souvent formés par des représentants de regroupements géographiques plus petits, comme les terçons aranais, les parròquies andorranes, les quarts en Cerdagne, les quarters de la vicomté de Castellbò ou du marquisat de Pallars, les denes de la vallée de Barravés ou les vics des vallées du Béarn, qui représentaient en même temps les communautés strictement locales, organisées à travers leurs chefs de famille ou voisins, représentants de la « casa » ou « hostau », en tant qu’ensemble familial plus ou moins large.

En marge de la politique internationale des grands États, ces organisations veillaient aux intérêts propres des communautés qu’elles représentaient, et scellaient des accords entre elles pour la gestion du commerce, de l’exploitation des ressources et également pour la relation avec les communautés voisines. Il s’agit des célèbres accords de lies et passeries, qui témoignent d’une grande relation entre les communautés humaines des deux côtés de la chaîne, au-delà des frontières et des intérêts étatiques qui se sont progressivement forgés au fil des siècles.

Sans prétendre réaliser ici un inventaire de ces organisations, il est significatif d’observer comme elles s’étendent systématiquement partout dans les Pyrénées. C’est le cas du Consell General de la Vallée de Ribes, du Sindicat de la Terre de Cerdagne, du Consell de la Terra d’Andorre, du Consell General du Vicomté de Castellbò, du Consell General du Marquisat de Pallars, du Conselh Generau d’Aran, du Consell General de Ribagorce, de la Junta General de la Vallée de Baztán, ou des organisations similaires du Donezan, de la vallée de Barravés, de la vallée de Roncal (Navarre) ou de la vallée de Campan (Bigorre), parmi de nombreux autres.

La singularité, et en même temps l’importance, du fait andorran qui transcende l’univers pyrénéen, réside dans la survie jusqu’à nos jours de structures territoriales, de pouvoir local et d’organes de gouvernement n’ayant connu aucune rupture, au-delà de l’adaptation aux temps nouveaux. L'extraordinaire équilibre et la permanence, séculaire et ininterrompu, d'une relation triangulaire fondée sur trois protagonistes si différents en termes de pouvoir et de territorialité, aux profils si divers est exceptionnelle. De nos jours, elle persiste et est portée, par un évêque, un président d'une république laïque et par le peuple d'un micro-État souverain et indépendant.

Si dans les Pyrénées il y a eu, à l’origine, de nombreux cas similaires, voire des cas qui ont persisté dans le temps plus ou moins sans interruption en subissant des altérations plus ou moins considérables, comme pour le Val d'Aran mentionné plus haut, il est clair qu'aucun n'a pu maintenir jusqu’à nos jours la même organisation politique, ni le même territoire, ni conserver les mêmes acteurs. Ils ne sont pas devenus sujets de droits internationaux, souverains, indépendants, intégrants de l'Organisation des Nations Unies. Il est évident qu'il n'y a pas de biens comparables dans les Pyrénées et que le bien en série présenté est l’unique et exceptionnel exemple de l'univers pyrénéen.

La région géoculturelle européenne

C'est dans cette grande et ancienne région, sur le «vieux continent», que l'analyse comparative prend tout son sens et se manifeste de manière cohérente. La survie séculaire des micro-États est une manifestation géopolitique essentiellement européenne. Il existe, certes, des pays très petits – généralement des îles ou des archipels – dans les Caraïbes, en Asie ou en Océanie. Il s’agit, généralement, de vestiges postcoloniaux fortement conditionnés par la géographie et l’isolement. Les micro-États européens, au contraire, sont des survivances de réalités politiques préalables à la création et à la consolidation des grands États. Ils sont en quelque sorte les témoins du «vieux continent», de son histoire et de ses nombreux et très importants bouleversements territoriaux qui l'ont affecté de bout en bout. Les micro-États n’ont pas été étrangers à l’histoire du continent : à l’époque des traités de Westphalie (1648), dans le Saint-Empire romain germanique, il existait près de 300 territoires exerçant un notable degré de souveraineté, avec trois configurations politiques de base : ville libre d'empire (freie und Reichsstädte), États soumis à une souveraineté d’origine nobiliaire (un prince, un comte, un duc, etc.) et des territoires où l’autorité séculière était ecclésiastique (un archevêque, un évêque ou un abbé). Au début du XVIIIe siècle, il y avait dans la péninsule italique une trentaine d’entités politiques indépendantes. Cette mosaïque de petites entités étatiques disparut presque totalement avec les processus d’unification de la deuxième moitié du XVIIIe et du XIXe siècle. Certaines, toutefois, purent survivre au passage du temps et aux grandes transformations politiques et territoriales des époques moderne et contemporaine européennes et sont parvenues jusqu’à aujourd’hui, comme des États indépendants, avec des caractéristiques politiques et territoriales diverses et comme témoins de processus et de solutions singuliers.

Sans la condition d’État, voire sans un territoire propre, parfois bénéficiant d’une sorte de reconnaissance, mais pas forcément, des raretés singulières nous sont parvenues comme la République monastique du Mont-Athos (336 km2, 2.262 hab.), en Grèce, ou l’ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, ce dernier connu comme l’Ordre de Malte. Le Mont Athos est une "montagne sacrée" située sur la péninsule du même nom, dont le statut juridique actuel s'établit au cours des deux premières décennies du XXe siècle, bien que sa proclamation en tant que territoire monastique apparaît d’abord dans une bulle de fin du IXe siècle, puis comme état monastique autogéré, dans un parchemin du Xe siècle. C'est une province grecque autonome, sous la pleine souveraineté de la Grèce, composée d’une vingtaine de monastères ; elle relève de deux juridictions, pour l’administratif elle dépend du ministère grec des Affaires étrangères et pour le spirituel du patriarche œcuménique de Constantinople. Elle a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial en 1988. Quant à l'Ordre de Malte, né dans le cadre des croisades au XIe siècle, il est actuellement basé sur sa Constitution de 1961. C'est un sujet particulier du droit international qui possède des liens institutionnalisés avec le Saint-Siège, sans territoire ni population, mais avec une organisation institutionnelle qui comprend les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et une représentation permanente à l'ONU.

D’autres aspects de souveraineté partagée sont également en vigueur, tels les enclavements et les condominiums ou ce que l’on nomme micro-états. Dans le premier cas, la particularité réside essentiellement dans le fait qu'il s'agit de territoires appartenant à un État et situés dans ceux d'un État voisin, ce qui n'altère pas leur souveraineté. Le cas le plus proche d'Andorre serait Llívia, une enclave espagnole d'un peu plus de 13 km2 et de seulement 1 500 habitants, située dans le département français des Pyrénées Orientales. Des cas comme celui-ci existent parmi d'autres États européens comme entre la Suisse et l'Italie ou entre la Suisse et l'Allemagne. En ce qui concerne les condominiums, les territoires de souveraineté partagée, le cas le plus proche d’Andorre dans les Pyrénées et du domaine géographique de notre candidature est celui de l’Île des Faisans, sur la Bidassoa, près d’Hendaye. Cette île de 0,68 km2 n’a pas de population et est, alternativement, administrée par la France et l’Espagne, six mois chacune, et ce, depuis le traité des Pyrénées en 1659 qui y fut signé par Philippe IV et Louis XIV. Ce traité qui conserva également intacte la frontière de l’Andorre. Les micro-nations sont un cas encore plus spécial. Ce sont des communautés qui revendiquent ou s’autoproclament États libres et souverains sur la base de situations et d'arguments divers, même s'ils ne sont pas reconnus par la suite. Actuellement, il existe plusieurs cas en Europe. La Principauté de Seeland (400 m2 et une population probable de trente habitants), déclarée nation en 1975, sur une ancienne plateforme militaire britannique dans les eaux internationales au large de la côte est du Royaume-Uni, en serait l'exemple le plus pittoresque. La République libre de Liberland, entre la Croatie et la Serbie, déclarée en 2015 sur des territoires issus du démembrement de l'ex-Yougoslavie et apparemment non revendiquée par aucun État, serait un autre exemple curieux.

Nous pourrions encore repasser d’autres formules en vigueur comme, par exemple, les Dépendances de la Couronne britannique que peut illustrer, en Europe, l’Île de Man qui a, en outre, la particularité d’avoir instauré, en 979, le Tynwald, considéré comme le parlement démocratique à l’existence ininterrompue le plus ancien au monde. Les îles anglo-normandes (195 km2, 170 000 hab.) bénéficient du même modèle. Situées au large des côtes normandes, elle battent leur monnaie et délivrent leurs passeports. Au sud de la péninsule ibérique Gibraltar (6,85 km2, 33140 hab.), territoire britannique d'outre-mer depuis le traité d'Utrecht de 1713, bénéficie d'un statut particulier au regard du droit international et constitue un cas unique dans le l'Europe d'aujourd'hui. Toujours en Europe, des archipels, tels que les îles Féroé (1399 km2, 52154 hab.) sous souveraineté du Danemark ou les îles Åland (1580 km2 et 30 000 hab.) sous souveraineté finlandaise, bénéficient d'autonomies individuelles et disposent d'importantes organisations institutionnelles, qui, pour les îles Åland, va jusqu’à l’attribution d’un statut singulier d'État libre associé.

Il est incontestable que l'Europe présente encore aujourd'hui une série de cas particuliers concernant les organisations politiques. Certains, comme le bien en série qui s'étend de La Seu d'Urgell à Foix en passant par Andorre, partagent des origines médiévales. C’est le cas du Mont Athos, de l'Ordre de Malte ou de l'île de Man avec, pour ce dernier, des institutions anciennes, comme pour le Tynland. D’autres, tel que l'Ordre de Malte, sont sujets de droit international, même s’ils n’ont ni territoire ni population. D'autres encore ont émergé plus tard : Gibraltar ou plus récemment, en plein XXIe siècle, celui, plus ou moins cohérent, de la soi-disant République libre de Liberland. Bien que certains partagent une longévité séculaire significative, il est clair que ni les trois premiers cas mentionnés, ni celui de l'état monastique du Mont Athos, pour lequel il y a aussi une dualité entre une juridiction civile et religieuse tenues par la Grèce et par Constantinople, ne s’approcherait du cas d'Andorre et n’est assimilable à la série proposée. Les différences sont incontestables et importantes. De fait, aucun de ces territoires n'est membre des Nations Unies ou ne jouit d’une reconnaissance comme État, il ne pourrait, par conséquent, pas substituer le bien sériel présenté.

Dans la région géoculturelle européenne - considérée comme le territoire couvert par les États membres du Conseil de l'Europe et l'État observateur du Vatican - dans laquelle se trouve le bien en série pyrénéen, comme cela a déjà été souligné, il existe une série de petits États, qui reçoivent habituellement le nom de micro-États en acceptant le caractère générique et polysémique de ce terme, qui sont arrivés jusqu'à nos jours en suivant des itinéraires historiques divers et qui possèdent des statuts juridiques différents, au rang desquels se trouve la coprincipauté d'Andorre. Pour cette analyse sont considérés comme micro-États ceux qui ne dépassent pas 500 km2 ou 100.000 habitants. Mis à part la Principauté d'Andorre, y sont inclus la Principauté de Liechtenstein, la Principauté de Monaco - les trois seules principautés d'Europe, la République de Saint-Marin et l'État de la Cité du Vatican. Malte, un État insulaire, a la superficie comparable mais sa population quadruple le seuil fixé pour l’analyse. De même, ceux qui sont qualifiés de petits États dépassent le seuil considéré pour définir les micro-États puisque leur superficie et leur population sont nettement supérieurs à ceux-ci, comme par exemple le Luxembourg (2 586 km2, 602 000 hab.).

L’État de la Cité du Vatican (0,44 km2 et des bâtiments et des lieux qui bénéficient du droit d’extraterritorialité, 800 hab.) malgré population limitée, cet état unique représente plus d'un milliard de catholiques dans le monde. Observateur permanent de l’ONU, c’est le dernier vestige des États pontificaux, un ensemble hétérogène de territoires dans le centre et au nord de la péninsule italique, placés sous l’autorité séculière du Pape entre 751 et 1870, lorsque Garibaldi s’empara de Rome. En 1929 les 44 hectares du Vatican se constituèrent en État, conformément aux accords du Latran signés entre Mussolini et Pie XI. C'est une cité-état enclavée dans la ville de Rome, Dans un contexte géographique entièrement urbain, cernée par le territoire italien, c’est le plus petit État du monde. En quelque sorte, il peut être considéré comme une monarchie élective et un État théocratique. Son chef d'État est le Pape de l'Église catholique et le fait qu'il soit ecclésiastique ne se retrouve nulle part ailleurs dans le monde, sauf pour un autre État : la coprincipauté d'Andorre, où un évêque, celui d'Urgell, partage le statut de chef de l'État d'Andorre avec le président de la République française. L’État du Vatican fut inclus dans la Liste du Patrimoine mondial en 1992.

La République de Saint-Marin (61 km2, 31000 hab.), membre de l'ONU depuis 1992, est une cité-État qui cherche ses racines historiques au début du IVe siècle et qui, dans un contexte géographique dominé par les Apennins, est une île de souveraineté médiévale entourée de l'état italien. Une première reconnaissance en tant que commune libre date de 1291. Cependant, il fallut plusieurs reconnaissances au cours des siècles durant lesquels son existence fut menacée d'occupations étrangères, parfois réussies, parfois frustrées, et malgré les résistances locales continues les changements territoriaux se succédèrent jusqu'à la seconde moitié du XVe siècle. En 1463 son territoire se limitait à la montagne de Titano (739 mètres d'altitude) et elle connût de nouvelles invasions jusqu'au XVIIIe siècle. Au cours de ce siècle, Napoléon, qui dominait l'Italie et en même temps fut fasciné par ce petit État, décida de préserver cette république de l'invasion et proposa même un accès à la mer que les saint-marinais déclinèrent. Saint-Marin a approuvé, en 1600, une constitution dont les principes vertébraux sont toujours en vigueur, ce qui lui confère la considération de constitution la plus ancienne au monde. Dès la fin du XIXe siècle, une modernisation des institutions débuta qui mena, à la fin du XXe siècle, à l’intégration de cette république aux Nations Unies, en tant qu'État membre. Le centre historique de Saint-Marin fait partie du Patrimoine mondial depuis 2008.

À la frontière entre la Suisse et l’Autriche, États avec lesquels il partage sa frontière, le Liechtenstein (160 km2, 37.000 hab.) est membre de l’ONU depuis 1990. Il fut l’une des principautés du Saint-Empire romain germanique à partir de 1719 lorsque Charles VI lui concéda ce statut qui en faisait un nouveau État de l’Empire Romain Germanique. En 1866 le Liechtenstein devint un État pleinement indépendant, la Confédération germanique qui avait succédé au Saint-Empire romain germanique s’effondrant après l’occupation française. Suite à la confrontation austro-prussienne qui se solda par la défaite de l'Empire autrichien, le traité de Prague du 23 août 1866 préserva la Principauté. Après la Première Guerre mondiale, lors de l'effondrement de l'Empire autrichien, la Principauté du Liechtenstein a renforcé ses relations avec la Confédération helvétique, qui assuma sa politique diplomatique jusqu’au point d'affaiblir temporairement l'indépendance et la souveraineté complètes de la Principauté. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, son adhésion en tant qu'État membre des Nations Unies a définitivement consolidé son statut avec une Constitution rédigée en 1921 qui est toujours en vigueur.

La Principauté de Monaco (2,02 km2 / 37.831 habitants ; membre de l’ONU, 1993) colonie génoise fondée en 1215, ville-État, enclavée entre la France et la mer Méditerranée, elle est située sur un promontoire rocheux, sis aux confins des contreforts des Alpes. L’enclave fut acquise à la couronne d’Aragon en 1419 par les Grimaldi qui y était présents depuis la fin du XIIIe siècle. Ils devinrent, alors, la dynastie dominante comme vassaux des rois de France. C’est la plus ancienne dynastie en exercice d'Europe. Monaco a connu de nombreux bouleversements politiques et territoriaux, passant d'un territoire de 24 km2 jusqu'en 1847 aux 2 km2 actuels. Entre les XVIe et XIXe siècles, la Principauté dut assumer trois protectorats : celui de l'Espagne, celui de la France, puis celui de la Sardaigne. Lors de la Révolution, en 1793, Monaco fut occupé et annexé par les français, jusqu’en 1814 date à laquelle les Grimaldi reprirent le trône, cette fois-ci comme protectorat du royaume de Sardaigne. Après une parenthèse durant laquelle il fut un protectorat français, Monaco obtint sa pleine souveraineté en 1861. Au début du XXe siècle, une nouvelle organisation constitutionnelle a permis à la monarchie absolue de Monaco de devenir une monarchie constitutionnelle. En 1911 fut approuvée sa constitution, qui stipule que la France se charge de sa défense. Le XXe siècle a également vu la consolidation de l'influence politique de la France qui s’impliquait dans diverses matières ayant trait à la Principauté et qui fut partie intégrante de la révision constitutionnelle de 1962. À la fin du XXe siècle, l'entrée aux Nations Unies confirme le statut international et l’émancipation monégasque.

L’île de Malte (316 km2; 428.000 habitants ; membre de l’ONU, 1964), est un petit archipel situé au centre de la Méditerranée qui fit partie de la couronne d’Aragon jusqu’en 1409. Elle fut cédée par l’empereur Charles V à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Après l’occupation française, du temps de Napoléon, l’île fit partie de l’Empire Britannique dont elle se sépara, pour devenir indépendante en 1964, même si les Britanniques ont continué à maintenir le contrôle des ports, des aéroports, des bureaux de poste et de la radio et de la télévision. La reine du Royaume-Uni est restée la souveraine de Malte. Ce n'est qu'en mars 1979 que les Britanniques quittent l'île et que Malte acquiert une souveraineté pleine et effective. La capitale de Malte, la ville fortifiée de La Valette, a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial en 1980.

Les micro-États analysés présentent des différences importantes entre eux. Le Vatican est un cas si particulier, tant par sa taille que par sa mission, qu'il est difficile de l’inclure dans une comparaison raisonnable, car il ne présente aucune autre similitude significative. Malte, par son caractère marin d’archipel, sans frontières terrestres avec d’autres États voisins est loin du modèle montagnard et ne présente pas de similitudes significatives. Parmi les trois autres micro-États, le Liechtenstein et Monaco coïncident avec l'Andorre pour ce qui est de leur dénomination, tous les trois sont des principautés. Dans le premier cas elle est née et a grandi grâce à d'illustres familles nobles et, dans le second, cela fut le fait de la dynastie nobiliaire des Grimaldi, ces cas sont radicalement différents du cas andorran conduit par ses communautés rurales. Les origines multiséculaires et médiévales coïncident dans tous les cas et tous nous sont parvenus en conservant la structure de leur organisation politique originelle tout en les adaptant aux temps nouveaux. Un seul des trois, le Liechtenstein, borde deux États voisins, tandis que Monaco et Saint-Marin sont respectivement entourés par le territoire français et italien, à l'exception notable de la façade méditerranéenne dans le cas de Monaco. Tous trois sont des sujets de droit international et des membres des Nations Unies. Le territoire de chacun de ces trois États a subi des changements majeurs et ils ont, tous les trois, connu des invasions répétées, des annexions ou d'autres formes de domination telles que les protectorats. Ces caractéristiques sont radicalement différentes du cas du bien en série présenté qui n'a jamais été envahi ou annexé, ni n'a participé à des guerres avec des tiers, constituant une oasis de paix singulière. Aucun des cas examinés et comparés ne présente le rapport séculaire de pouvoirs à trois parties qui identifie le bien en série. En aucun cas, la singularité de la coprincipauté, avec deux chefs d'État aux profils aussi diffèrent qu'un évêque et un président de république siégeant hors du territoire duquel ils sont chefs d'État, ne se répète et c’est aussi le seul pour lequel les témoignages matériels fondamentaux qui témoignent de cette réalité sont distribués dans trois états différents.

Il est évident que tous les cas examinés, dont quatre sont inscrits sur la Liste du Patrimoine mondial, diffèrent sensiblement, certains très fortement, de l’objet de cette proposition. Bien que la genèse de plusieurs de ces cas puisse se situer au Moyen Âge, même en tenant compte des variations historiques, le triangle de pouvoir, permanent et invariable, construit sur trois acteurs, trois territoires et trois unités administratives, Foix, Andorre, La Seu d'Urgell, ne se répète pas. De même, ne sont pas représentées dans l’échantillon des aspects importants comme l'invariabilité de la frontière, la netteté du tracé, la permanence et la vitalité qui caractérisent l’essence de ces institutions au fil des siècles, la neutralité multiséculaire. La qualité extraordinaire des témoignages et la documentation qui s’y associe expliquent ce fait singulier. Ce bien en série transnational est le meilleur témoignage d'un fait historique unique et exceptionnel qui constitue, aussi, un modèle de paix, de compréhension et de dialogue.

Autres endroits du monde. Disparités importantes

Il est évident qu’en Afrique, en Amérique, en Asie ou en Océanie il existe un nombre important de petits États membres de l’ONU. Presque une douzaine d’entre eux ont moins de 500 km2. En élargissant le groupe aux moins de 1000 km2, nous approcherions la vingtaine. Nonobstant, loin de notre contexte historico-culturel, les genèses et les réalités nous montrent d’importantes disparités qui rendent peu pertinente et peu raisonnable toute comparaison. Parler des Seychelles, d’Antigua-et-Barbuda, des Maldives, des Palaos, de Singapour, voire même de Bahreïn, c’est parler, par exemple, de 115 îles pour les Seychelles, ou de 5.600.000 habitants sur seulement 719 km2 pour Singapour. Le colonialisme de différents États coloniaux est souvent, à des périodes différentes, dans la grande majorité des cas, à l’origine de leur actuelle entité, ce qui représente des processus historiques ou des valeurs tout à fait divergents du bien qui est proposé. Leur réalité politique, sociale et économique, est aujourd’hui totalement différente de celle qui nous occupe.