Paysage Culturel et Industriel Fray Bentos

Date of Submission: 01/02/2010
Criteria: (ii)(iv)(v)
Category: Cultural
Submitted by:
Délégation permanente de l’Uruguay
State, Province or Region:
Ville de Fray Bentos, Département de Río Negro.
Ref.: 5496
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Disclaimer

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Property names are listed in the language in which they have been submitted by the State Party

Description

Coordonnées:

Usine Industrielle : S33 07 11 W58 20 05

Quartier Anglo: S33 07 13 W58 19 48

 

Le nom PAYSAGE CULTUREL ET INDUSTRIEL FRAY BENTOS découle de la compréhension de l'ensemble d'éléments géographiques, des situations d'occupation humaine et d'utilisation du territoire, de la mise en place de systèmes d'exploitation commerciale et industrielle des ressources de la terre, et de l'influence des grands mouvements migratoires européens, le tout conformant un système complexe et vaste, qui a éprouvé une importante interaction entre la géographie et l'homme. Cet impact socio-économique, basé presque exclusivement sur l'intention d'exploiter industriellement la viande et sur la fertilité des terres -qui les rendait aptes à l'agriculture-, se met parfaitement en évidence dans l'endroit choisi. Nous pouvons prouver, à l'aide de documents, qu'il s'agit d'un exemple authentique et représentatif de toutes les situations relevées dans la vaste région du Bajo Río Uruguay.  

Ce Système Patrimonial Industriel est emplacé dans une région qui se trouve entre deux des fleuves les plus importants du pays: le Río Negro au Sud et le Río Uruguay à l'Ouest, dont l'existence -ainsi que celle de leurs affluents- a assuré un arrossement généreux à des terres fertiles, qui ont été historiquement destinées à l'élevage de bétail et à l'agriculture. Depuis le XVIIIème siècle, cette région porte le nom de Rincón de las Gallinas (Coin des Poules). 

Du point de vue topographique, et en tant que colonne vertébrale de cette région, nous trouvons la Cuchilla de Haedo (Colline de Haedo), formée par des terres connues internationalement sous le nom de Terrenos Fray Bentos (terres calcaires âgées de 30 millions d'années). Elles s'arrêtent sur la ligne du Río Uruguay et y dessinent de séduisantes silhouettes de barrancas (ravins) et de dénivellements caractéristiques de cette topographie, qui constituent des défenses naturelles, idéales à la formation de rades ou des criques, ainsi que de ports d'eaux profondes entre elles.

Ce système patrimonial local de grande qualité possède, outre les bénéfices géographiques susnommés, de riches antécédents historiques, reliés à l'utilisation et à l'occupation du territoire régional pendant les derniers trois cent ans, grâce à l'aménagement des ressources du Río Uruguay et de son bassin, où se trouvent les champs les plus fertiles du pays, avec des ports naturels qui encouragent la mise en place d'entreprises commerciales et industrielles.

Hernandarias (gouverneur de Buenos Aires) dans le début du XVIIe siècle transformé les territoires de la bande nord du Rio de la Plata dans un sujet très contesté de bétail.

Les circonstances politiques et sociales du Río de la Plata vers la moitié du XIXème. siècle ont favorisé tout particulièrement l'installation de petites et moyennes entreprises d'exploitation appelées saladeros, ce qui a encouragé l'emplacement des gens et la fondation de villages, surtout dans le voisinage des ports. 

Les bateaux qui naviguaient le Río Uruguay et qui reliaient la région à la ville de Buenos Aires faisaient stratégiquement escale à Fray Bentos, fondée en 1859. Cette ville  a vu augmenter sa hiérarchie dans ce contexte social, culturel, commercial, économique et politique au long de plus d'un siècle.

Dans ce contexte, la région de Fray Bentos a été choisie par deux des principales entreprises dont nous venons de faire référence : l'établissement M'BOPICUÁ, consacré depuis 1875 à la mise en boîte de la viande en conserve, et tout particulièrement la LIEBIG'S EXTRACT OF MEAT COMPANY, intégrée par des capitaux belges et britanniques. Cette dernière, établie en 1863, a été le patron de la croissance commerciale et industrielle de la région, de l'occupation des terres (estancias), de l'amélioration des races ovines et bovines, du professionnalisme du transport et de l'introduction de techniques de l'Europe et des États-Unis vers tout le bassin du Río de la Plata, étant donné qu'elle a élargi ses activités vers le Sud du Brésil, le Paraguay, l'Argentine et l'Uruguay.

Du point de vue local, c'est-á-dire au coeur de ce que nous définissons notre PAYSAGE CULTUREL ET INDUSTRIEL FRAY BENTOS, l'entreprise est devenue ce qu'on a appelé « la grande cuisine du monde », mais elle a aussi eu une grande influence sociale, car elle a fondé une des rares et, peut-être, la plus importante company town en Uruguay (à présent le Quartier Anglo). Elle a aussi encouragé un mouvement immigratoire frappant, qui a eu comme conséquence la présence à Fray Bentos de travailleurs provenant de presque soixante pays du monde.

Cet ensemble architectonique, bâti en 1887, a conservé de nombreux éléments primitifs et -à voir les maisons des ouvriers, les bâtiments utilitaires ou consacrés à l'administration, ainsi qu'en analysant d'autres exemples de manifestations sociales, culturelles ou industrielles-, on peut le considérer un vrai exemple de greffe de structures européennes, propres de l'èpoque de l'après-révolution industrielle.

En particulier, et en ce qui concerne le mouvement commercial et industriel, on peut reconnaître en première instance la présence des Allemands et, ensuite, celle des Anglais. Toutes deux ont laissé une trace ineffaçable dans la région, et on peut trouver à présent des exemples qui font partie d'un paysage culturel complexe, difficile à analyser, qui mêle la géographie humaine aux résultats d'un système d'utilisation intensive et extensive des produits appelés -à ce moment-là- « fruits du pays ».

Restant l'industrie en mains privées et en fonctionnement jusqu'à la fin de la décennie de 1970, ainsi que dépendant d'un trust britannique relié à l'industrie de cycle complet de la viande, lesdites conditions et situations se sont prolongées jusqu'à une date relativement tardive. Celles-ci appartenaient à un mode d'exploitation qui a caractérisé toute une époque et lui a laissé son empreinte, celle de l'Uruguay exportateur, en faisant référence à son importante influence sur l'alimentation européenne pendant plus de 130 ans.

Justification of Outstanding Universal Value

Ce PAYSAGE CULTUREL ET INDUSTRIEL FRAY BENTOS compose, donc, un ensemble intéressant de biens culturels naturels et de produits de l'activité humaine, le tout indissolublement mélangé par leur propre interaction, devenant un vrai exemple d'évolution d'une société à travers le temps, en s'adaptant, se conditionnant ou se trouvant limité par les opportunités physiques d'une terre de qualité et hiérarchie exceptionnelles. Grâce à l'usage et à l'utilisation continuelle de la part de l'homme tant des ressources que du support géographique de la région (rivière, ports, chemins, etc.), le paysage industriel ne s'est pas fossilisé mais, au contraire, il est un exemple évident d'un paysage culturel en évolution, vivant, latent et toujours changeant sous l'influence de ces facteurs et de sa situation géographique -sans aucun doute stratégique- au Cône Sud sudaméricain.

Bien que cette même raison puisse servir à l'appui d'autres exemples à d'autres régions, ce qui s'est passé à Fray Bentos autour du phénomène commercial et industriel de l'exploitation de l'industrie de la viande entre 1863 et 1979, peut être considéré une série d'éléments constitutifs reliés intimement au développement de la société contemporaine occidentale et, plus concrètement, à la croissance et à l'affermissement socio-économique des pays du Río de la Plata, l'Uruguay et l'Argentine.

Le Paysage Culturel et Industriel Fray Bentos garde les traits et les caractéristiques de la conduite commerciale et industrielle de l'expansionisme industriel et commercial qui s'était développé lors l'une des plus précoces manifestations de  l'incorporation de l'Uruguay au marché capitaliste mondial, en ce qui concerne l'utilisation intensive et extensive des ressources du terrain de la région du Río de la Plata. Les techniques utilisées, ainsi que la philosophie commerciale et patronale, ont modelé -pour le meilleur ou pour le pire- la façon d'utiliser ces ressources, en établissant des notions et des règles, dont beaucoup sont encore utilisées.

Sans aucun doute, certaines décisions politiques et administratives des gouvernements nationaux de l'Argentine et de l'Uruguay ont été conditionnées par les politiques particulières des entreprises, et une grande partie de l'histoire sociale, du comportement des ouvriers et des syndicats, des rapports entre les entreprises et leurs travailleurs, etc., ont été affectés par ce fait.

Les "forces sociales, économiques et culturelles" auxquelles fait référence le numéro 47 de l'Annexe III des Directives Pratiques pour l'application de la Convention du Patrimoine Mondial ont eu, dans le cas de notre société locale et nationale, une influence indéniable sur les rapports entre la communauté et les entreprises. Une société actuelle est née, modelée par ces influences, ce qui justifie, au moins dans le cas de l'Uruguay, de reconnaître l'un des exemples les plus clairs et évidents que nous puissions avoir sur cette époque-là.

Statements of authenticity and/or integrity

Les éléments patrimoniaux du système -et tout particulièrement les éléments architectoniques- mettent en évidence une telle homogénéité qu'ils représentent un vrai témoignage de tout ce que la Liebig's Company et l'Usine Frigorifique ANGLO ont créé à l'époque, et sauvegardent en grande partie leur imposante présence et l'impact auquel nous avons fait référence auparavant.

 La région du Bajo Río Uruguay constitue le meilleur résumé de renseignements sur le comportement de l'industrie alimentaire, à une époque où de nouveaux parcours pour toute la civilisation occidentale étaient en train de se dessiner. Dans cette région du monde, Fray Bentos et le « paysage culturel et industriel » que nous proposons, possèdent tous les éléments qui ont caractérisé ce schèma multinationale d'utilisation des ressources de la terre.

DÉCLARATIONS D'AUTHENTICITÉ ET/OU D'INTÉGRITÉ

Si la notion d'"authenticité" renfermait l'idée du maintien de la vigueur et de la présence des éléments et des valeurs qui ont conformé l'endroit que nous identifions aujourd'hui comme le « PAYSAGE CULTUREL ET INDUSTRIEL FRAY BENTOS », nous devrions accepter qu'il s'agit d'une oeuvre qui a mis en rapport l'homme et la nature et que, par ce fait, elle est devenue un être vivant, en évolution permanente. Dans le cas qui nous occupe, il s'agit d'un exemple de l'évolution de l'homme en ce qui concerne l'utilisation intensive d'un espace géographique en vue de profiter de ses ressources pour améliorer ses conditions de vie (l'élaboration d'aliments et le profit économique des activités commerciales et industrielles connexes).    

Difficile -sinon impossible- de conserver un paysage dans un état absolument authentique ou, au moins, dans des conditions historiquement comparables aux originelles, à cause de ses modifications et de son dynamisme. Cependant, dans le cas qui nous occupe, l'AUTHENTICITÉ peut être vérifiée par le rapport permanent entre tous les éléments qui intégrent la région et qui se conservent toujours. Á voie d'exemple : le Río Uruguay, sa navigabilité et les ports de profondeur qui se conservent encore indemnes ; la proximité et le rapport avec les établissements ruraux (estancias) par la voie du tourisme culturel ; la conservation des unités et des volumes architectoniques qui ont été bâtis pour héberger l'activité commerciale et industrielle dont il s'agit.

L'un des éléments évidemment impossible à conserver a été l'activité commerciale et industrielle qui a fait naître cet entourage, mais la sauvegarde de beaucoup de ces élements nous rassurent sur la récupération de leurs valeurs principales.

Les activités d'organisation de ce patrimoine industriel, de son classement, de sa préservation et de sa mise en valeur en vue de son exhibition, menées à bout par la Municipalité de Río Negro à l'aide du Musée de la Révolution Industrielle, dont le projet est en exécution depuis 1990 sans interruption, contribuent à vérifier son authenticité et son intégrité.

La transformation de quelques espaces de l'ancienne industrie en musée a rendu possible le rachat du patrimoine industriel et l'a mis à la disposition des 11.000 personnes qui le visitent chaque année.

En outre, une activité de conservation et d'interprétation technico-scientifique du reste des documents a été mise en exécution.

Madame Sue Millar, docteur, Professeur Agrégée d'Administration du Patrimoine National á l'Institut Ironbridge, au Musée Gorge, en Angleterre, a été invitée en 1988 par l'Ambassade du Royaume Uni en Uruguay, le Ministère du Tourisme et le Ministère de la Culture de l'Uruguay. Dans un rapport en détail qu'elle a présenté sur  « Le patrimoine industriel en Uruguay. Son potentiel en vue de l'éducation et du tourisme »  elle reconnaissait : « Le patrimoine industriel uruguayen reste toujours intact. En dépit du fait que les bureaux et l'usine à Fray Bentos restent vides, les machines, le mobilier et les outils, et même les flacons du laboratoire de Chimie et l'archive des plans, sont encore lá... du point de vue anglais, la qualité des machines et du génie anglais exportés en Uruguay est surprenante; il est étonnant de constater, par ces exemples, l'influence de l'adresse des ingénieurs anglais et des modèles d'organisation d'entreprises sur la croissance de l'activité industrielle et commerciale en Uruguay, ainsi qu'à d'autres pays sudaméricains... »

Lorsqu'il état encore Président du TICCIH (The International Committee for the Conservation of the Industrial Heritage), le docteur espagnol Eusebi Casanelles a déclaré sur Fray Bentos ce qui suit : « Je suis de l'avis que le patrimoine industriel à Fray Bentos est remarquable par de différentes raisons. La première, parce que je ne crois pas qu'il y ait au monde un autre endroit comme celui-là, consacré de la façon qu'il l'est à la conservation du patrimoine industriel. Après, parce que nous y trouvons pratiquement toutes les qualités qu'un patrimoine industriel doit avoir. Premièrement l'authenticité, parce que presque tout se trouve tel qu'il l'était lorsque l'entreprise était en activité ; deuxièmement, parce qu'il y a un cadre légal de protection ; et, troisièmement, parce qu'une activité de gestion s'y développe, indispensable dans un tel endroit. »    

 

Le docteur  Francais, Loic Mènanteau, Chercheur au CNRS, GÉOLITTOMER LETG UMR 6554-CNRS ; Université de Nantes, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, a déclaré sur Fray Bentos ce qui suit : «Constituant un des éléments majeurs du patrimoine industriel, non seulement des pays du Río de la Plata, mais de toute l'Amérique du Sud, le site possède une valeur universelle parce qu'il a joué un rôle essentiel dans les échanges entre les continents américain et européen.

Ses produits, comme le Corned beef et le bouillon Oxo, étaient connus dans toute l'Europe de l'Ouest  et consommés lors d'événements historiques majeurs comme les guerres franco-prussienne en 1870-1871 ou des Boers en 1900 et surtout durant la première guerre mondiale 1914-1918 (100 millions de cubes OXO). 

De son port en eaux profondes bordant le fleuve Uruguay, qui détermine la frontière entre deux pays du MERCOSUR, l'Argentine et l'Uruguay, les navires partaient directement pour l'Europe où les ports d'Anvers (Belgique) et de Londres (Royaume-Uni) étaient considérés comme les plus grands dépôts de l'usine Liebig. 

Autre relation, peu connue, de cette relation transatlantique, l'utilisation par le saladero, qui a précédé le frigorifique ANGLO, de sel marin provenant de la baie de Cadix (Espagne). Ce rôle intercontinental, associé aux valeurs patrimoniales du site, industrielle et paysagère, justifie amplement son inclusion par l'UNESCO dans la liste indicative des sites au titre des paysages culturels. 

Un symbole de cette valeur universelle, faisant partie du patrimoine immatériel, est l'édition en une dizaine de langues, de 1872 à 1975, de 1871 séries de chromos Liebig (de 6 ou 12 cartes) touchant à tous les sujets et constituant une véritable encyclopédie pédagogique, de portée mondiale."

Nos jugements de valeur en ce qui concerne ce patrimoine culturel, ainsi que la crédibilité en nos sources d'information, constituent des éléments qui attestent de notre certitude sur l'authenticité de cet ensemble patrimonial. Toutes les dimensions sociales, culturelles et scientifiques, ainsi que celles concernant les valeurs techniques et technologiques, ont été élaborées à l'aide de sources d'information parfaitement vérifiables et sont, essentiellement, le résultat de recherches spécifiques.

Quant à l'authenticité de ce Paysage Culturel, le docteur E. Casanelles est venu à l'appui de nos propres conceptions, en ajoutant ; « ... La valeur du patrimoine industriel n'est pas une valeur esthétique ; c'est un témoignage d'une manière de travailler, d'une manière de vivre à une certaine place. Dans ce sens, Fray Bentos est un endroit où l'on peut racheter un témoignage de ces manières de vivre, surtout ici, dans ce coin du monde. Encore ici -et ceci est devenu de plus en plus important pour l'UNESCO- il s'agit du rapport de l'homme avec son paysage. »

 

ATTRIBUTS IMPORTANTS D'AUTHENTICITÉ ET D'INTÉGRITÉ

  • Édifices, bâtiments, volumes architectoniques.
  • Plans d'utilisation-gestion du territoire.
  • Conservation de secteurs d'usines, dont quelques uns avec des traits presque inchangés.
  • Conservation sans modifications d'un Secteur de l'Administration (Bureau Central).
  • Conservation du Bureau des Ingénieurs contenant 10.000 plans originaux.
  • Conservation des matériaux, des ustensiles, des outils et des objets utilisés au Laboratoire de Chimie.
  • Conservation de secteurs de l'ancien quartier ouvrier, très représentatifs du logement ouvrier-industriel par leurs formes, leurs styles et leurs dessins.
  • Conservation de la géographie de l'environnement: les barrancas (ravins), le port, les prairies.
  • Conservation d'espaces de récréation: le terrain de golf.

Comparison with other similar properties

La comparaison s'avère très difficile puisque chaque entreprise industrielle (telle que celle dont il s'agit) se trouve conditionnée par des facteurs divers, dont le territoire même et les réalités sociales, culturelles et économiques de l'èpoque où elle s'est développée.

Nonobstant, nous avons choisi DEUX EXEMPLES qui peuvent nous offrir un regard comparatif quant à :

a)  L'indéniable conditionnement de la géographie qui soutient le paysage.

b) Les marchés ouverts pour les matières premières manufacturées à des moments spécifiques.

c)  L'importance de l'élection du territoire où leurs entreprises allaient se développer, de la part des investisseurs.

d)  L'introduction de technologie européenne en Amérique du Sud en vue d'utiliser les ressources locales et de les exporter.

e) La génération de nouvelles manières de gérer les entreprises commerciales et industrielles, ainsi qu'un traitement différent du territoire et de l'utilisation de ses ressources.

Pour essayer une comparaison, LE PREMIER EXEMPLE est L'USINE COLÓN, emplacée au VILLAGE LIEBIG, situé à la République Argentine, sur la côte du Río Uruguay (le même fleuve où se trouve Fray Bentos). (Coordonnées : Sud 32º 09' 20" - Ouest 58º 11' 18")

Ses commencements se remontent jusqu'au dernier quart du XIXème siècle, peu de temps après le général Urquiza ait fondé le Village Colon, actuelle ville capitale du département. Autour d'une petite maison de salaisons, propriété de monsieur Apolinario Benítez, une agglomération précaire s'est originée, précurseur de la ville actuelle. Le nouveau propriétaire de la maison de salaisons, Juan O'Connor, l'a exploitée pendant quelques années et l'a vendue après à la Société Argentine des Viandes Ltd., jusqu´à ce que la LIEBIG'S EXTRACT OF MEAT & COMPANY l'a acquise, lui a changé le nom par celui d'« Usine Colón », et l'a consacrée à la production d'« extrait de viande » et de « corned beef » (viande en boîte).  

La Liebig's Company s'est bénéficiée de moments favorables, grâce à des exemptions fiscales en Argentine, et bientôt la production a été pareille et -à certains périodes-, même supérieure à celle de Fray Bentos.

Vers 1910, l'expansion de la Liebig's Company était impressionnante; elle possédait rien qu'en Argentine vingt-cinq estancias1 avec 44.000 hectares de terres dans les provinces d'Entre Ríos, Corrientes et Misiones, et des installations de dernière génération.

Outre le fait que l'Usine Colón soit une branche de la Liebig's Company, elle peut être comparée à celle de Fray Bentos parce que, là aussi, une particulière attention a été prêtée au terrain ; haut, ayant accès à un port naturel sur le Rìo Uruguay et proche de terres d'excellente qualité pour l'élevage. Évidemment, entre les deux entreprises il y eut de rapports administratifs intimes ; les cadres de Colón étaient pourvus en Fray Bentos, ainsi que de la main d'oeuvre, lorsque il y en avait besoin. La provision de bétail des champs argentins se faisait surtout au moyen de transport fluvial depuis Colón.

Cependant il y a eu quelques différences dans certains aspects. À la company town de Fray Bentos (bâtie en 1877), les pratiques de rapport humain que s'y sont établies n'ont jamais laissé entrevoir aucune intention de séparer les classes sociales, à l'exception logique du fait que les terres panoramiques donnant sur la rivière ont été destinées aux chalets des cadres, mais sans que ceux-ci aient éprouvé aucun rejet pour avoir aux alentours les maisons modestes des ouvriers. Au contraire, à Colón, une franche séparation du territoire s'est produite. La manga (le chemin par lequel le bétail entre à l'abatoir) a été placée en tant que ligne divisoire entre la zone contiguë au fleuve, pleine de beaux panoramas et occupée par les maisons des cadres -y inclu leur terrain de golf-, et le village des ouvriers. Celui-ci était composé de vrais « quartiers cachés », construits en forme de pomme, avec les façades des maisons donnant sur une grande cour intérieure, et n'étant reliés à l'extérieur que par deux étroits sentiers. Le magasin de ramos generales, la poste et, bien entendu, l'intérieur de l'usine, étaient les seuls espaces où les voisins pouvaient entrer en rapport entre eux.  

Une deuxième comparaison peut être établie par rapport à un autre endroit qui ne se trouve pas nécessairement dans la même région. Il s'agit de l'USINE FRIGORIFIQUE DE PUERTO BORIES (au Chilie ; Coordonnées Sud 51º 41' 37,83" - Ouest 72º 32' 5,38"), installée à 4 kilomètres de distance de Puerto Natales2.

Il s'agit de l'usine frigorifique plus importante de la XIIème région du Chilie pendant plus de 60 années, une entreprise qui a donné du travail au début du siècle à la plupart des habitants de la naissante Natales.

L'élevage du bétail ovin a attiré de grands investisseurs anglais, qui sont arrivés à la Patagonie pour organiser l'abatage et l'exportation des milliers de moutons qui peuplaient les terres de la région australe du Chilie et de l'Argentine, à l'aide de la plus grande entreprise patagonique, fondée en 1893 et appelée Sociedad Explotadora de Tierra del Fuego (Société d'exploitation de Tierra del Fuego).

En 1915, l'Usine Frigorifique Bories -le plus grand complexe industriel- a fait son début. Ses installations incluaient de vastes espaces pour manufacturer les animaux abatus. L'abatoir, les secteurs pour travailler la graise, d'immenses conservatoires frigorifiques en bois, un casino, des bureaux, des machines à vapeur, le tout relié par un complexe réseau de chemins de fer par lesquels tout allait et venait.

Du point de vue strictement productif, l'Usine Frigorifique Bories était un complexe qui incluait le frigorifique, la conservation des viandes, l'usine pour élaborer l'extrait de viande, la tannerie, les sécheries de peaux, la scierie, l'usine pour fabriquer des briques, et un chemin de fer qui reliait l'usine à Puerto Natales. Un corps de pompiers privé, un bureau de douanes et même quelques installations pour la police fonctionnaient à l'intérieur de son  enceinte.

Au cours des premières années, une moyenne de 300.000 animaux par an y étaient abatus. Deux grands navires à vapeur arrivaient au port pour emporter des cargaisons de viande, de laine et de graisse. On appelait ces bateaux caponeros et laneros, respectivement. La technologie utilisée étaient les grandes machines à vapeur, le dernier cri de la mode technique à l'époque, chargées de réfrigérer toute la production à 20 degrès Celsius en dessous de zéro.  

En 1970, l'établissement a cessé de fonctionner en tant qu'industrie et, dès 1999 et grâce à ses caractéristiques, il a été considéré Patrimoine Historique National du Chilie.

Mateo Martinic, écrivain et historiographe, Prix National d'Histoire et directeur de l'Institut de la Patagonie, souligne l'existence en 1914 de deux plantes de puissance appartenant à l'ancienne usine industrielle de Puerto Bories, électrique l'une et motrice l'autre. Il considère cet établissement industriel « un magnifique échantillon de machinerie industrielle de l'époque, qui peut être admirée en tous ses details et qui continue à fonctionner pour les touristes comme un musée d'emplacement industriel ».

Ceci dit, nous allons préciser certaines raisons par lesquelles nous avons considéré intéressant de comparer l'usine de Puerto Bores à l'établissement industriel de Fray Bentos.

  • Il s'agit d'une entreprise industrielle avec les mêmes caractéristiques que l'ancienne Usine Frigorifique ANGLO à Fray Bentos, étant donné que celle-ci était un établissement consacré à l'abatage de bétail pour la consommation, et qu'elle était soutenue par des investisseurs d'origine britannique.
  • Il s'agit aussi d'un exemple identique quant à l'emplacement de l'usine près des endroits de production des matières premières (ovins) et d'un port d'outre-mer. Elle était conditionnée par le territoire ; elle en profitait les bénéfices et affrontait les difficultés que celui-ci pouvait lui poser.
  • Cette entreprise, elle aussi, a dû mettre en place un système de logement ouvrier près de l'usine.
  • L'histoire des rapports avec les travailleurs contient aussi des affrontements entre la classe dirigeante et la classe ouvrière, qui ont marqué dans l'histoire nationale.
  • La Sociedad Explotadora de Tierra del Fuego, fondée en 1893, est devenue l'entreprise d'élevage la plus importante au Sud du Chilie et de l'Argentine, en contrôlant presque trois millions d'hectares, de même que la Liebig's Company et l'Usine Frigorifique ANGLO ont été des présences transcendentales de l'industrie de la viande au Río de la Plata.
  • .      Il est intéressant de comparer -en analysant les lignes de production de chaque usine frigorifique- les différences et les similarités des systèmes d'abatage de bêtes à laine utilisés dans le Río de la Plata et à Puerto Bories à la Patagonie chilienne.

 


[1]  Estancias en Entre Rios: "Santa María", "Palmar", "Jubileo", "Santa Margarita", "Santa Elena", "La Invernada", "San Enrique", "San Miguel", "San Juan", "San Luis" et "Rabón". Estancias dans la province de Corrientes: "Ita-Caabó", "Rincón del Ombú", "La Merced", "Garruchos", "Rovira", "Esperanza", "Curuzú Laurel", "Estrella", "Santa Julia", "Rincón de las Mercedes", "Pozo Cuadrado", "Garabatá", "La Pepita" et "El Tabaco".

[2] Puerto Natales est une ville chilienne située à l'extrême austral du pays, sur les marges du Canal Señoret, entre le Golfe Almirante Montt et le Seno de Última Esperanza, à la XIIème. Région de Magallanes et de l'Antarctique Chilienne. Elle est la capitale de la commune de Natales et de la province de Última Esperanza, ainsi baptisée par le navigateur Juan Ladrillero qui l'a cataloguée, lors l'un de ses voyages, comme son "dernier espoir" de découvrir l' Étroit de Magallanes depuis le Nord jusqu'au Sud. Finalement, ses désirs se sont vus frustrés dans cette contrée parce qu'il se dirigea au Sud par le fiord -auquel lui-même donnerait plus tard le nom de Fiord Obstruction- et n'a pas trouvé l'Étroit de Magallanes. Emplacée à 247 kilomètres au Nord de Punta Arenas, la capitale régionale; à 48 Km de la ville argentine de Río Turbio et à 256 Km de la capitale de la province de Santa Cruz en Argentine, Río Gallegos. Elle est considérée la porte d'entrée au célèbre parc naturel de Las Torres del Paine.