La Grotte ornée Chauvet-Pont d'Arc

Date of Submission: 29/06/2007
Criteria: (i)(iii)
Category: Cultural
Submitted by:
Délégation permanente de la France auprès de l'UNESCO
State, Province or Region:
France, Région Rhône-Alpes, Département de l'Ardèche
Coordinates: N44 24 E04 24
Ref.: 5160
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Description

La grotte Chauvet-Pont d'Arc: les premières images ... dans leur site naturel.

La grotte Chauvet-Pont d'Arc a été découverte le 18 décembre 1994 par trois spéléologues amateurs (Jean-Marie CHAUVET, Eliette BRUNEL et Christian HILLAIRE) dans le cirque d'Estre, méandre abandonné de la rivière Ardèche suite à la formation du Pont d'Arc. Celte découverte a bouleversé le monde de l'archéologie et de l'histoire de l'art, en raison de l'originalité du bestiaire, de la qualité esthétique, des techniques employées et de l'ancienneté des œuvres: avec une première phase de fréquentation humaine datée de 30 à 32 000 ans, la grotte Chauvet-Pont d' Arc est la cavité ornée la plus ancienne actuellement connue au monde.

Les dessins

Plus de 420 figurations ont été observées, et leur datation permet de les attribuer à la première civilisation d'Homo Sapiens Sapiens en Europe, l'Aurignacien. Cette culture n'était connue dans le domaine de l'art pariétal que par des dessins assez frutres : or les œuvres do la grotte Chauvet-Pont d'Arc présentent une qualité esthétique, un naturalisme et une recherche de relief aboutis, révolutionnant la notion de progression linéaire du talent artistique qui prévalait jusqu'à leur découverte.

Le bestiaire est très original : l4 espèces différentes sont représentées, parmi lesquelles une majorité d'animaux dangereux (ours, rhinocéros, mammouths, félins dont la seule panthère actuellement connue de l'art pariétal préhistorique). Les autres cavités ornées connues (notamment en Dordogne) sont surtout constituées de figurations des grands herbivores, et les animaux dangereux y sont rares.

Enfin, dans la grotte Chauvet se trouve la représentation la plus ancienne connue à ce jour du bas d'un corps féminin.

Les techniques artistiques employées sont étonnantes et complexes :

-les dessins sont organisés en grands panneaux, les parois participent à la mise en place des compositions d'ensemble ;

- les parois sont préalablement préparées par raclage ;

- l'estompe, inconnue auparavant, est courante dans la grotte Chauvet-Pont d'Arc: les volumes corporels des animaux sont particulièrement bien rendus ;

- les animaux sont juxtaposés dans une première recherche de la perspective, et de véritables scènes sont dépeintes : combat de rhinocéros, comportement de pré-accouplement de félins, lions en chasse ;

- la réalisation des œuvres fait appel à plusieurs techniques : principalement de l'ocre rouge dans la première partie de la cavité, fusain et gravures ensuite; certains dessins réunissent même ces techniques (surgravage du dessin noir pour souligner des détails corporels) ;

- pour la première fois au monde, à Chauvet a été mise en évidence une méthode originale de formation de points par l'apposition des paumes de mains ocrées sur les parois : l'étude de ces paumes a permis d' «identifier» deux artistes différents (une femme ou adolescent et un homme). Grâce à une particularité de la main de l'homme, il est possible de la retrouver ailleurs er de suivre son cheminement dans la cavité.

La géologie de la cavité

La grotte Chauvet est aussi une cavité exceptionnelle du point de vue géologique : des volumes importants (développement de plus de 400 mètres, vastes salles dont celle des Bauges: 40 x 60 mètres), hauteur des plafonds allant jusqu'à 17 mètres (salle Hillaire), des concrétions splendides (colonnes, draperies, gours, disques et planchers concrétionnés), avec des couleurs très riches (du blanc le plus pur au rouge profond), et un régime noyé de la cavité qui a permis la formation d'une multitude de pendants calcaires et de coupoles.

La richesse archéologique

La grotte Chauvet-Pont d'Arc comporte une multitude d'ossements et de traces liées à la fréquentation de la cavité :

- animaux: fréquentation assidue de l'ours des cavernes (plus de 180 crânes), bauges d'hibernation, griffades ... et la piste d'ours la plus longue connue au monde à ce jour. D'autres espèces sont représentées: ossements et empreintes de loup et bouquetin, notamment.

- hommes : des empreintes de pied d'un adolescent ont été découvertes dans l'argile au plus profond de la cavité, ainsi que de l'outillage lithique or une pointe de sagaie. Les datations effectuées au carbone 14 sur des prélèvements sur les dessins, dans des foyers et des mouchages de torche, ont permis de distinguer deux périodes principales de fréquentation humaine: une première vers 30 000/32 000 ans, une autre vers 25 000/27 000 ans avant nos jours.

Le site naturel, écrin de la grotte

Monumentale arche de pierre de 54 mètres de hauteur, naturellement creusée par la rivière Ardèche, située dans l'axe exact et à quelques dizaines de mètres seulement de l'entrée de la grotte Chauvet, le Pont d'Arc est tout autant une curiosité géologique extraordinaire qu'un signal visuel incontournable.

Un phénomène géologique aux proportions impressionnantes

Le Pont d'Arc se présente comme une porte d'entrée naturelle du site des gorges de l'Ardèche. Ce phénomène géologique est rare, mais pas unique en France ni dans le monde. On recensa sur le seul territoire français une douzaine d'arches de pierre aux proportions remarquables, mais ces autres cas sont néanmoins loin d'avoir les proportions du Pont d'Arc, qui est le plus monumental d'entre eux : mis à part le Baous del Biel dans le Causse Méjean, qui surplombe le sol à 20 mètres de hauteur et sur quelques 15 mètres de largeur, les arches naturelles françaises ne dépassent pas 10 mètres de haut et de large tandis que le Pont d'Arc enjambe la rivière à 54 mètres de hauteur et sur 59 mètres de largeur...

Les arches calcaires comme le Pont d'Arc ne sont pas fréquentes : en France la plupart des ponts naturels creusés par l'eau et le vent présentent une formation en gypse, dolomie voire granit.

Par ailleurs, le Pont d'Arc est le seul cas en France d'arche de pierre surplombant une rivière encore en activité : et une activité non des moindres, 1'Ardèche ayant pour caractéristique d'avoir des débits spectaculairement élevés (lors de la crue exceptionnelle de 1890, le débit de l'Ardèche fut estimé à plus de 7 000 m3/s au plus fort... à titre de comparaison le débit moyen du Rhône est de 1 800 m3 à l'embouchure).

D'autres arches monumentales aux proportions majestueuses existent dans le monde : arche de Jericoacoara (Brésil), arche des Kerguelen (partiellement détruite), pierre creuse de la vallée de Klostertal (Autriche), pont naturel de la baie d'Islands (Nouvelle-Zélande), pont naturel de Thaïlande, pont naturel d'Hiroshima (Japon), et bien sûr les dizaines d'arches fines d'Arches National Park, dans l'Utah (USA). Mais sauf information contraire il semble que seul le Punte del Inca, en Argentine, surplombe un écoulement d'eau permanent comme le Pont d'Arc : on peut donc considérer que seuls deux cas au monde présentent de telles caractéristiques.

Un paysage connu des Aurignaciens ?

L'arche de pierre est le produit du travail de l'eau qui, après avoir taillé dans le calcaire un méandre sinueux, a fini par creuser dans l'axe le plus direct d'écoulement et donc par abandonner le tracé de l'ancien méandre, désormais couvert de vigne. Cette action souterraine est également à l'origine de la formation des nombreuses autres cavités du site des gorges de l'Ardèche.

Evidemment, la question se pose de savoir si les hommes de la préhistoire, et en particulier ceux qui ont orné les parois de la grotte Chauvet, ont connu le même spectacle naturel. Les recherches menées par l'équipe: qui se consacre à Chauvet ont permis de répondre par l'affirmative: « L'étude des alluvions déposées au cours du quaternaire par l'Ardèche et celle des dépôts de versants permettent d'avancer que le relief contemporain des occupations humaines de la grotte Chauvet avait acquis pour 1'essentiel les caractères actuels (...) Cette reconstruction permet d'écrire que le Pont d'Arc existait déjà au paléolithique supérieur et que les hommes ont du voir régulièrement le méandre du cirque d'Estre envahi par les crues de l'Ardèche. »¹

Que les Aurignaciens aient sans aucun doute vu le Pont d'Arc comme nous le voyons aujourd'hui est une chose, qu'ils aient délibérément choisi d'occuper une cavité située juste en face de ce Pont en est une autre, plus délicate à avancer scientifiquement. Les chercheurs s'accordent à faire l'hypothèse que la présence du Pont n'est sans doute pas étrangère au choix de la grotte Chauvet, pour plusieurs raisons matérielles : il s'agissait alors du seul point de passage de la rivière à pied sec, et ses proportions imposantes en  faisaient un signal visuel impossible à ignorer pour des hommes remontant sur les bords de la rivière Ardèche en venant de la vallée du Rhône.

¹Source : La grotte Chauvet, l'art des origines, sous la direction de J. Clottes, pp. 16-1 7.

Statements of authenticity and/or integrity

Déclarations d'authenticité et/ou d'intégrité

-Les datations au carbone 14 d'échantillons pris sur deux rhinocéros et un bison tracés au charbon ont donné un résultat compris entre 30 340 et 32 41 0 avant le présent ; compte-tenu des marges statistiques, cela signifie que ces peintures ont été faites à une date très ancienne, autour de 31 000 ans avant le présent, dans un intervalle de 1300 ans. La datation (26 120 +ou- 400) d'un mouchage de torche superposé à la calcite couvrant un dessin, prouve que l'on doit écarter l'hypothèse de visiteurs solutréens ou magdaléniens qui auraient ramassé sur le sol des charbons aurignaciens et les auraient utilisés pour tracer leurs dessins plusieurs milliers d'années après le passage des premiers occupants de la caverne.

- L'effondrement du porche d'entrée de la grotte, il y a 20 000 ans environ, a permis la conservation des vestiges dans un état de fraîcheur et de conservation stupéfiants ; dès les premières investigations s'est imposée l'obligation de maintenir les exceptionnelles conditions physiques qui ont permis la conservation des œuvres et des sols préhistoriques : contrôles bactériologiques réguliers par le Laboratoire de recherche des Monuments Historiques, suivi climatologique de la cavité par le CNRS (Laboratoire souterrain de Moulis), avec 11 stations de mesure réparties sur l'ensemble de la grotte et indiquant en permanence la température de l'air et de la roche, l'hygrométrie, le taux de gaz carbonique et la pression atmosphérique.

-La grotte est dotée d'un système de fermeture blindée avec digicode, d'une surveillance vidéo et audio permanente. Un protocole complexe est requis avant toute entrée : les rares visiteurs sont soumis à la signature d'une convention de comportement, doivent revêtir une combinaison et des chaussures n'ayant pas été en contact avec l'extérieur pour éviter au maximum les échanges biologiques avec la cavité.

-La grotte et le site naturel sont classés Monument Historique et au titre des sites (ministères de la Culture et de l'Ecologie) ; la grotte est fermée au grand public ; les terrains de la grotte appartiennent à l'Etat.

-La sanctuarisation de la grotte s'accompagne de moyens considérables d'étude et de conservation, mis au service d'un projet de mise en valeur, porté conjointement par l'Etat, la Région Rhône-Alpes et le Département de l'Ardèche, et destiné à transmettre au grand public les valeurs inestimables des œuvres de Chauvet-Punt d'Arc (fac-similé et centre d'interprétation)

Comparison with other similar properties

Comparaison avec des biens similaires :

La comparaison entre le site de la grotte Chauvet-Pont d'Arc et les autres biens culturels d'art rupestre inscrits sur la Liste du patrimoine mondial (en particulier Lascaux, bien français inscrit en 1979, critères C(i) et C (iii), et Altamira, bien espagnol inscrit en 1985, mêmes critères) permet de mesurer l'exceptionnelle singularité de ce site.

1) Une singularité liée à l'ancienneté :

-les représentations de Chauvet-Pont d'Arc sont les plus anciennes connues dans le monde à ce jour : pour donner une idée du «vertige temporel» qui saisit le visiteur actuel de la grotte, il faut considérer qu'autant de temps s'est écoulé entre Lascaux et nous (environ 15 000 ans) . . . qu'entre Chauvet et Lascaux (encore l5 000 ans !) ;

-dans la grotte Chauvet-Pont d'Arc se trouvent les plus anciennes traces laissées par un individu de notre espèce : cheminement d'un enfant et vestiges au sol (foyers, sagaie...) ;

2) Une singularité liée à l'état de conservation :

-les œuvres préhistoriques de la grotte Chauvet-Pont d'Arc sont les mieux conservées du monde connues à ce jour : grâce à l'obstruction naturelle de la cavité survenue par éboulement il y a 20 000 ans environ, et grâce à la décision prise de fermer immédiatement l'accès de la grotte au grand public, ces œuvres et leur écrin naturel n'ont jamais subi de dégradation ou de modification liées à l'ouverture à l'air ou à la fréquentation ;

- le paysage naturel autour de la grotte est resté sensiblement le même aujourd'hui qu'il y a 32 000 ans : il est aujourd'hui possible de dire que, à l'exception de la végétation, les artistes aurignaciens de Chauvet-Pont d'Arc ont regardé le même méandre abandonné de l'Ardèche, le même pont de pierre monumental enjambant la rivière, que nous aujourd'hui...Ce qui n'est pas le cas dans d'autres sites comme Lascaux, dont le site naturel d'implantation (la vallée de la Vézère) a beaucoup changé depuis que les œuvres préhistoriques ont été réalisées, ou comme Altamira, dont le paysage alentour de vallée ouverte est nettement moins saisissant et plus évolutif que celui, très clos et abrupt, qui entoure Chauvet-Pont d'Arc ;

3) Une singularité liée à la richesse géologique, artistique et paléontologique du site :

- le bestiaire de Chauvet-Pont d'Arc est de loin le plus important de toutes les grottes ornées connues au monde : en originalité (bestiaire composé à 68% par des animaux dangereux et des espèces considérées comme rares, voire exceptionnelles dans les grottes ornées), en nombre d'espèces représentées (14, dont la seule panthère de l'art pariétal connue au monde), en variété et qualité de la recherche stylistique (estompe, scènes exceptionnelles représentant le comportement animal -combat do rhinocéros, troupe de lions en chasse...-, simulation du mouvement...) ;

- dans la grotte Chauvet-Pont d'Arc se trouve la plus longue piste d'ours des cavernes connue à ce jour, ainsi que des empreintes de bouquetin et de loup.