Le Tata (palais fortifié) du Sultan Sénoussi, les grottes de Kaga-Kpoungouvou, la ville de Ndélé

Date of Submission: 11/04/2006
Category: Cultural
Submitted by:
Direction du Patrimoine Culturel, Bangui, République Centrafricaine
State, Province or Region:
Préfecture de Bamingui-Bangoran,
Sous-préfecture de Ndélé,
Commune de Dar : El-Kouti,
Village / quartier :  Ndélé
Coordinates: N 08° 24' E 20° 39’
Ref.: 4004
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Property names are listed in the language in which they have been submitted by the State Party

Description

Cet ensemble de trois sites comprend :

  • Le Tata, palais fortifié du Sultan Sénoussi.
  • Les grottes de Kaga-Kpoungouvou.
  • La ville de Ndélé.

L'ensemble de ces biens représente l'histoire associée au plein épanouissement du Sultanat du Dar-El-Kouti vers la fin du XVIIIème et début du XIXème. La Centrafrique a longtemps été un point de passage pour les migrations qui ont balayé le continent : celle des populations du haut Nil et surtout celle des Bantous.

En effet, après les différentes périodes qui marquèrent le pays :  du IXème siècle (première structure étatique connue est le royaume du Kanem), XVème et XVIème siècle (le royaume de Bornou), XVIIIéme siècle ( l'essor de la traite atlantique), du XVIIIème  et au XIXème  siècle (la migration des Zandés par l'émergence d'un royaume dans le haut Oubangui et le Bahr al-Ghazal) et XIXème siècle (le rêve impérial et un nouvel État, inféodé au Ouaddaï : le Dar el-Kouti), l'un des fils du Sultan Baguirmi, Sénoussi, s'enrichit dans le commerce, après s'être bâti une nouvelle capitale sur le plateau de Ndélé en 1896.

Après son intronisation, le Sultan Sénoussi, de son palais fortifié  le Tata,  envoyait razzier les esclaves aux quatre coins de la région de Ndélé et même au-delà. Certaines populations autochtones, pour échapper aux chasseurs d'esclaves, transformèrent les grottes de Kaga-Kpoungouvou en lieux de refuge et de résistance.

La ville de Ndélé était devenue le séjour préféré des commerçants  et des aventuriers de toute  la sous région venus notamment du Sila, de Sokoto, du Fezzan, du Ouaddaï et de Kano. Elle s'est véritablement créée après le démentelement et l'assassinat du Sultan Sénoussi le 12 janvier 1911 par les troupes coloniales françaises. Libérés, les anciens esclaves et les anciens bourreaux se sont partagés  la plaine du Méagoulou et ont ainsi formé des quatiers en fonction des tribus. Aujourd'hui, beaucoup de ces quartiers portent leur nom.

1. Le Tata, Palais fortifié du Sultan Sénoussi

Le Tata, Palais fortifié occupe  une plate forme au dessus de la colline surplombant la ville de Ndélé. Il constitue un haut lieu de mémoire.

C'est en effet à partir de ce plateau que le Sultan Sénoussi ravitaillait les marchés d'Afrique du Nord en esclaves. Le Tata, Palais fortifié était un lieu de brassage de civilisations et de cultures.

Le Tata, est limité au nord-ouest par une chaîne de collines, au sud et sud-est par la rivière de Ndélé en amont appelée Méagoulou. Il est ainsi protégé par des remparts.

Ce Palais est construit sur une terrasse bordée par un plateau. L'entrée est sécurisée par une ouverture naturelle de 6m de large, constituée d'un bloc rocheux en piton de 25m de long sur 12m de large.

A l'intérieur du Tata et à l'arrière plan, se trouve la Résidence principale du Sultan Sénoussi avec dans le voisinage immédiat la demeure du personnel, celle de sa première épouse Oum Diwan  et enfin celle des autres femmes. Un peu plus loin et au nord de la Résidence principale, se situe les habitations des fils du Sultan, Djemel-Eddine et Kamoun. 

Au premier plan et en guise de rempart à la Résidence principale, sont construites vers le sud-ouest les habitations de Allah Djaba qui était l'un des principaux lieutenant du Sultan et celles de sont fils aîné Adoum.  Au nord-est se trouvent celles des artisans tel que : Faki Issa, des chefs Banda,  des forgerons  comme par exemple le Chef Gbagga Yanda qui était un grand forgeron et armurier de cette époque. On y trouve également dans le site du Tata  le quartier des descendants des Djellaba.

A l'ouest, se situe la résidence de Mercuri, résident français qui vivait  auprès du Sultan Sénoussi.

Enfin au nord-ouest, se trouve le champ de tir qui est relié par un couloir de la chambre d'exécution et de castration des eunuques.

Sur une partie du plateau qui borde la terrasse, sont installés quelques villages composés de mélange de groupes ethniques tels que : des Bazinguers Krech, Kara, Rounga, etc. Enfin, sur une autre partie de plaine se sont installées quelques familles musulmanes et d'autres populations telles que : les Banda, Sara, Rounga, Ndouka, Djémé, etc.

Du point de vue de la technique de construction du Palais, le complexe du bien est caractérisé   par :

-  un mur épais de 0,80 m d'épaisseur, de 4 à 5 m de hauteur et en maçonnerie, de moellons hourdés, sans doute avec un mortier de terre mélangé avec la bouse d'âne, du fiel de bœuf et de la paille.

- les murs de certaines résidences en briques coniques, sont l'œuvre d'une technique de construction exceptionnelle.

2. Les grottes de Kaga-Kpoungouvou

Les grottes de Kaga Kpoungouvou sont des lieux de refuge et de résistance des populations Gbagga afin d'échapper aux esclavagistes du Sultan Sénoussi. Ces populations s'y cachaient en obstruant les issues avec de grosses dalles.

Kaga-Kpoungouvou est située à environ 40 km de Bamingui en allant vers Ndélé , entre les villages Dangavo et Bangoran. C'est l'un des inselbergs granitiques qui s'étend entre le Bamingui et le Bangoran. C'est imposant relief graniteux d'envirron 314m de circonférence a eu hauteur estimée à 50m.  Plusieurs ouvertures sont perceptibles sur les flancs de la colline. La principale  est orientée est/sud-est. La luxurante végétation qui se trouve aux alentours  fait de Kaga-Kpoungouvou un lieu de repos préféré par les animaux.

Aussi, la présence de nombreux tessons de poterie à l'entrée de l'une de ces grottes atteste d'une présence humaine effective durant cette période de la « traite orientale ».

Kaga kpoungouvou constitue également une beauté naturelle exceptionnelle, environnementale et historique.

3. La ville de Ndélé

L'origine de la ville de Ndélé comporte deux versions populaires qui s'affrontent depuis la fin du siècle dernier. En effet, la version Ndouka affirme qu'après la réconciliation intervenue entre le sultan du Ouaddaï et le sultan Senoussi, ce dernier, de sa cachette, aurait demandé aux grands chefs Ndouka de lui prospecter un site sécurisé où il pourra installer sa nouvelle capitale, l'ancienne étant trop à la portée de frappes du Ouaddaï. C'est ainsi que le choix a été porté sur le plateau de Ndélé. Ndélé signifierait, selon la version Ndouka, « la maison de la prostituée », en d'autres termes, un lieu attractif.

Les Banda, premiers occupants du site, se disent être les autochtones de Ndélé. Ayant accordé  l'hospitalité au Sultan lors de la menace que le Ouaddaï faisait peser sur lui, il aurait finalement décidé de pactiser avec eux et par conséquent de demeurer parmi eux. Ndélé, d'après la version banda, découlerait de ‘'Kaga Endé'' (Rocher des Hirondelles) où Senoussi se serait retranché.

Libérée après l'assassinat du Sultan Sénoussi par les Français en 1911, la ville de Ndélé est aujourd'hui une ville moderne et conserve toujours les stigmates du Sultanat. Elle a conservé les quartiers habités par les descendants des commerçants des esclaves  (Djellaba, Bornou, Hausa) ; les descendants d'esclaves (Banda, Ndouka, Djémé, Sara, Rounga, Mandja, etc.). De ce fait, le Bamingui-Bangoran en général et la ville de Ndélé en particulier se présentent comme un véritable melting-pot, un lieu de brassage et d'assimilation des divers éléments démographiques et culturels qu'il faut mettre en parallèle avec les lieux de résistance comme Kaga-Kpoungouvou.

Statements of authenticity and/or integrity

a) Le Tata, Palais fortifié du Sultan Sénoussi

Remontant au XVIIIe siècle, les vestiges du Tata du Sultan Sénoussi sont encore remarquables. Certains murs construits avec des briques de forme conique résistent encore aux intempéries.

Malgré les facteurs d'origine naturel affectant le site à savoir : création intempestive des champs, racines des arbres et des arbustes qui occasionnent l'écroulement des murs, le Tata a gardé sa configuration d'origine et reste intègre  à son environnement.

b) Les grottes du Kaga kpoungouvou           

Situé dans la réserve de faune du Bamingui-Bangoran, le site de Kaga kpoungouvou bénéficie des mesures de conservations liées à cette réserve. En effet, il est strictement interdit à toute personne d'y poursuivre les animaux, de les effrayer ou de les chasser ; d'y couper des arbres ou d'y concasser des cailloux. Ceci permet donc au site de garder son authenticité et son intégrité.

Sensibles aux phénomènes naturels et climatiques de dégradation des sites, les municipalités ont pour objectif  d'entreprendre des actions  de protection et de conservation du site.

c) La ville de Ndélé

Aujourd'hui, la ville de Ndélé garde encore des quartiers dont l'histoire reste liée au règne du sultan Sénoussi, comme susmentionné.

Aussi, on y retrouve  les quartiers des descendants d'anciens esclaves qui aujourd'hui font vivre le site. En effet, les habitants y font des rituels pour mettre la ville à l'abri des calamités naturels. Ils ont  également matérialisé par des amas de pierres les éléments qui permettent de reconstituer la mémoire : lieu où le Sultan Sénoussi est tombé pendant la bataille, lieu où son fils Adoum est décédé, etc.

Le site a été recensé par l'UNESCO dans le cadre du projet : Tourisme culturel sur route de l'esclave.

Comparison with other similar properties

Le Tata, Palais fortifié du Sultan Sénoussi, aux dires de l'explorateur français Auguste Chevalier, était semblable à ceux des sultans de Ségou et de Sikasso. Mais celui de Sénoussi est placé au centre d'un grand trafic international. A partir de  Ndélé, le Sultan  Sénoussi ravitaillait les marchés à esclaves du Soudan, de l'Egypte et des pays du Moyen-Orient. Les multiples nationalités signalées à Ndélé durant la période de plein épanouissement du Dar-El-Kouti, sont autant de témoignages.

Cet ensemble peut également être comparé à l'île de Gorée qui symbolise le trafic transocéanique des esclaves noirs. Si Gorée est une implantation européenne et tournée vers l'occident, le Tata de Sénoussi et ses éléments complémentaires marquent une autre dimension de la même « traite négrière » mais tournée vers l'Orient. Si le premier c'est-à-dire l'île de Gorée est bien connue, le second (le Tata du Sultan  Sénoussi) l'est relativement moins.