Le 22 mars 2012, un rapport conjoint sur l’état de conservation du bien avait été soumis par les États parties du Costa Rica et du Panama. Le Comité avait demandé aux États parties d’inviter une mission de suivi réactif en temps utile pour qu’un rapport puisse être fourni à sa 36e session (décision 35 COM 7B.29). Bien qu’une invitation ait été reçue de la part de l’État partie du Costa Rica, aucune n’est parvenue de la part de l’État partie du Panama. C’est pour cette raison qu’aucune mission n’a eu lieu.
a) Coopération transfrontière
Les États parties expliquent que la structure de la coopération transnationale est en place depuis plusieurs années, ayant été initiée par un accord officiel de coopération transfrontière en 1992. Aux termes de cet accord, plusieurs commissions techniques sectorielles binationales ont été créées, dont l’une chargée des ressources naturelles. Il a été créé une unité dépendant de cette dernière commission et intitulée l’Unité technique exécutive binationale chargée du fonctionnement du Parc international La Amistad (UTEB-PILA), qui assume le travail pratique de la coordination transfrontière pour les questions relatives au bien. Cette unité s’est réunie deux fois par an depuis 2009, le plus récemment en novembre 2011. Au cours de ces réunions, elle a réalisé diverses activités opérationnelles et dans le domaine de la planification de la gestion. Quatre missions conjointes de suivi sur le terrain ont lieu chaque année, pour lesquelles des gardes du parc des deux États parties effectuent des patrouilles près de la zone frontalière internationale du bien.
b) Progrès concernant l’évaluation environnementale stratégique (EES) transfrontalière du barrage
Les deux États parties signalent que l’EES a été lancée en juin 2011 avec le soutien du Fonds pour l'environnement mondial (FEM). Ils indiquent qu’un premier projet d’évaluation a été terminé et devrait être examiné lors d’un atelier avec la participation des multiples parties prenantes dans les premiers mois de 2012, suivi d’une révision interne effectuée par les deux États parties, et que ceci devrait se terminer prochainement.
c) Barrages hydro-électriques
L’État partie du Costa Rica précise qu’au total 32 projets de barrages hydro-électriques ont été proposés au fil des ans pour les bassins versants dont les eaux proviennent du bien. Quatre de ces barrages sont opérationnels, l’un est en construction, cinq font l’objet d’une étude de faisabilité et les autres sont encore au stade de la conception, rien n’indiquant à l’heure actuelle qu’ils seront construits ultérieurement. Un seul d’entre eux est situé à l’intérieur de bien, bien que l’État partie rappelle qu’il a été construit avant l’établissement du parc et bien avant son inscription sur la Liste du patrimoine mondial.
L’État partie du Panama indique qu’au moment de la décision du Comité du patrimoine mondial en 2010 (décision 34 COM 7B.32) demandant l’interruption de la construction du barrage Changuinola 75 (CHAN 75), 60% des travaux étaient déjà réalisés. Il explique que le projet bénéficie d’une évaluation approuvée de l’impact environnemental et d’une résolution de septembre 2010 de l’autorité nationale des services publics déclarant le projet d’intérêt public et à caractère urgent. S’agissant du projet de Bonyic, l’État partie se réfère à une série d’obligations contractuelles et de résolutions du gouvernement, dont l’une concernant l’approbation d’une évaluation de l’impact environnemental de catégorie III en 2005. Se fondant sur ce qui précède, l’État partie du Panama fait valoir qu’il est tenu d’achever ces barrages et ne peut uniquement résilier les contrats qu’en cas de guerre, de troubles graves de l'ordre public ou d’intérêt social à caractère urgent et qu’ en pareil cas, il devrait dédommager le concessionnaire du projet. Il ajoute que l’évaluation environnementale stratégique des barrages hydroélectriques situés le long de la zone transfrontière du bien n’est pas encore terminée et qu’avant la conclusion de cette évaluation, il est prématuré de déterminer la menace que ces projets font peser sur le bien.
Bien que les projets de construction de barrages hydroélectriques ne soient pas aussi importants dans la partie costaricienne du bien que cela avait été envisagé à l’origine, des inquiétudes subsistent quant au risque potentiel que la valeur universelle exceptionnelle soit compromise par des projets existants. L’IUCN a reçu des rapports selon lesquels le barrage CHAN-75 avait été achevé sans installations pour le passage des poissions, malgré les appels réitérés du Comité pour la mise en place de mesures d’atténuation. Des informations reçues par le Centre du patrimoine mondial et l’IUCN confirment que ceci aura probablement, à court terme, un grave impact négatif sur l’assemblage unique d’espèces de poissons et crevettes diadromes vivant dans la majorité de la partie caribéenne du bien qui est située au Panama, ce qui devrait, à son tour, produire des effets en cascade sur la biodiversité et les écosystèmes du bien qui dépendent de ces espèces. Par ailleurs, l’IUCN a reçu des rapports concernant l’augmentation des pressions dues à la chasse et autres utilisations des ressources par des communautés autochtones, déplacées suite à la construction du CHAN-75. Alors qu’elles ne sont pas installées actuellement à l’intérieur du bien, ces communautés ont été obligées de s’établir beaucoup plus près des limites du bien et il est signalé que certaines terres sont complètement déboisées jusqu’à ces limites.
d) Concessions minières à l’intérieur ou près du bien (Costa Rica)
L’État partie du Costa Rica a indiqué que les demandes de permis d’exploitation minière, principalement sur le territoire du peuple autochtone Bribi à proximité du bien, ont toutes été rejetées, à l’exception de trois qui sont laissées en suspens jusqu’à l’établissement de critères clairs pour la déclaration d’impact environnemental. L’État partie rappelle que seule l’assemblée législative nationale du Costa Rica est habilitée à approuver de telles demandes et qu’elle n’a accédé à aucune demande de ce type dans l’histoire contemporaine du pays.
e) Route traversant le bien de Boquete à Bocas del Toro (Panama)
L’État partie du Panama indique que, bien que cette route ait été proposée dans le plan stratégique national du gouvernement pour 2010-2014, aucune action n’a été entreprise à cet égard jusqu’à présent, ni non plus une demande d’évaluation de l’impact environnemental, laquelle devrait obligatoirement précéder une décision de lancer le projet de la route.
f) Présence de bétail et intégration de terrains privés dans le bien
L’État partie du Costa Rica rapporte qu’aucun changement n’est intervenu en ce qui concerne la présence de bétail à l’intérieur du bien et précise que moins de 1% du bien est affecté par le bétail ou tout autre type d’occupation du sol incompatible. Il écarte ce problème en le qualifiant de marginal et de petite taille, avec des effets seulement très localisés, et n’offre pas de réponse à la demande du Comité d’élaborer et de mettre en œuvre un plan conjoint avec le Panama pour contrôler et gérer le bétail au sein du bien, en intégrant les terrains privés dans le bien d'ici 2018 (décision 32 COM 7B.35), ni à sa demande ultérieure d’assurer le retrait complet du bétail du bien (décision 35 COM 7B.39). Il ajoute qu’en raison de la crise financière mondiale, aucun progrès n’a été réalisé en matière d’intégration de terrains privés dans le bien. L’État partie du Panama rappelle que la présence de bétail sur de petites exploitations à l’intérieur du parc avait été signalée dans sa proposition d’inscription initiale (1990), ajoutant que la résolution portant création du parc national la Amistad exigeait que ces terrains soient ajustés au plan d’occupation des sols qui devait être établi par l’agence de gestion du parc, bien qu’aucune indication ne soit donnée sur la teneur éventuelle d’un tel plan. L’État partie précise que de petits propriétaires terrines sont établis à l’intérieur du bien, près de sa limite sud-orientale. Ces exploitations et la présence de bétail ont été reconnues dans l’évaluation de l’IUCN (1990). L’IUCN a également indiqué dans son évaluation que du bétail était conduit dans la partie méridionale du bien et y était occasionnellement regroupé. L’État partie du Panama rapporte qu’un vol assurant le suivi, effectué en octobre 2011 au-dessus de la partie sud-orientale du bien où la mission de 2008 avait observé un pacage extensif de bétail, n’a fourni aucune preuve de pacage de bétail.