1.         Parc national du Niokolo-Koba (Sénégal) (N 153)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1981

Critères  (x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   2007-présent

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/153/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1982-2004)
Montant total approuvé : 147 125 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/153/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Missions de suivi UNESCO/IUCN en 2001 et 2007

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Capture et délocalistion de la faune;

b) Construction de route.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/153/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2007

Du 21 au 27 janvier 2007, une mission menée conjointement par l'UNESCO et L'IUCN a visité le bien, comme demandé par le Comité lors de sa 30e session (Vilnius, 2006). L'Etat partie n'a pas soumis de rapport complémentaire mais a fourni tous les documents et informations nécessaires à l'équipe de la mission, qu'il a, par ailleurs, accompagnée.

La mission a passé en revue les menaces suivantes, ayant des conséquences sur l'état de conservation du bien:

a) Braconnage et impact sur la faune

La mission a remarqué que la menace la plus importante sur la valeur universelle exceptionnelle du site est le braconnage commercial visant au commerce de la viande de brousse. La mission a passé en revue les résultats d'un recensement détaillé de la faune, mené en 2006 par l'African Parks Foundation (APF). Ce recensement faisait état de braconnage sur tout le bien et mettait à jour une baisse dramatique des populations des espèces phares entre 1990 et 2006. Les populations de bubales, de buffles, de cobes, de cobes de Defassa, et de hippotragues ont toutes baissé de 90% par rapport au recensement de 1990/91. Le nombre d'éléphants estimé à des centaines, lors de l'inscription du site sur la Liste du patrimoine mondial, a baissé de 66% pour atteindre un maximum de 10 individus. La population d’élands de Derby, dont le parc accueille la seule population viable de son espèce occidentale, semble être stable et est estimée à environ 171 animaux, bien que ce chiffre ne soit pas très fiable, car il n'est basé que sur une simple observation d'un troupeau de 67 animaux.

b) Exploitation forestière illégale du palmier Borassus et d'autres arbres

Le Borassus est un arbre très précieux, fournissant un bois résistant, du vin de palme, et des produits extraits de son fruit et des fibres de ses feuilles. L'arbre est abondament exploité dans le parc, ce qui a des conséquences sur l'habitat traditionnel du parc. Le retour à une situation normale sera difficile car la régénération de l'arbre dépend des éléphants, espèce animale en voie d’extinction

c) Pâturage des animaux domestiques

Lors du recensement, 6.000 animaux domestiques (bétail, moutons, et chèvres) ont été comptés, dépassant en nombre les 2.115 ongulés sauvages de moyenne et grande tailles. Le pâturage des animaux domestiques, la présence des gardiens de troupeaux et leurs conséquences sur la nature représentent une grave menace pour l'intégrité du site.

d) Dégradation de l'habitat

La dégradation de l'habitat est la principale conséquence de l'utilisation du feu par les braconniers et les gardiens de troupeaux, ceci conduisant à une dégradation des zones forestières. Les prairies inondées de façon saisonnière, qui sont un apport en eau au cours de la saison sèche, sont en péril à cause de leur envahissement par des buissons, car le nombre de grands mammifères, nécessaires pour empêcher la croissance des arbres, est insuffisant. L'envahissement par l'agriculture reste limité mais peut être observé dans certaines zones le long de la périphérie du parc, là où les frontières n'ont pas été bornées.

e) Construction d'un barrage

Le barrage envisagé sur la rivière Gambie, à Mako, à quelques kilomètres en amont du site, menace les prairies inondées de façon saisonnière nécessaires au maintien de la faune durant la saison sèche. Le barrage aurait aussi des conséquences sur les dynamiques saisonnières de répartition de la faune, la rivière devenant alors intraversable, suite au flux constant créé par le barrage.

f) Construction de routes

Le développement de deux routes a des conséquences sur le parc. La route de Tambacounda à Kedougou, qui a été améliorée au milieu des années 90, coupe en deux le site, créant ainsi une barrière pour la faune et un accès facile pour les braconniers. Une route alternative, au nord du parc, qui avait été proposée lors de la 15e session du Bureau en 1991, n'a malheureusement pas été réalisée.

Lors de sa 30e session (Vilnius, 2006), le Comité a aussi demandé des précisions concernant le projet de route reliant Medina Gounas au Sénégal à Koundara en Guinée. La mission a été informée que l' EIE a été réalisée et que le tracé choisi est en dehors des frontières du parc. La mission considère donc que cette route, qui est actuellement en construction, ne représente plus une menace principale pour le parc.

La mission a aussi étudié l’exploitation du site. Elle a noté que les critères très stricts d’exploitation du bien, mis en place lors de l'inscription sur la Liste du patrimoine mondial, n'ont pas été maintenus, malgré les efforts du Département des Parcs Nationaux et la récente aide financière des bailleurs de fonds. La localisation du parc près des frontières internationales, l'insécurité dans la région et la prolifération des armes automatiques au cours des années 80 et 90 ont eu pour conséquence une pression soutenue et continuelle des braconniers à une époque où les budgets des parcs et le nombre de personnels étaient réduits. En outre, le parc n'a pas encore acquis la confiance et le soutien des populations locales, beaucoup d'entre elles ayant été chassées des territoires du parc lors de sa création, et se sentant encore rejetées. Pendant de nombreuses années, il y eu une détérioration progressive des infrastructures du parc, du personnel retiré des postes de sécurité cruciaux, et une détérioration générale de la qualité de l’exploitation.

Une étape importante a été la récente proposition faite par l'Etat parti à l'ONG, basée aux Pays Bas, The African Parks Foundation (APF) de signer un accord de partenariat visant à la conservation du site. Suite à une estimation approfondie des besoins, l’APF a soumis une proposition visant à la création d'une nouvelle Fondation autonome qui superviserait le parc sur la base d'un contrat de 25 ans.

Les discussions et l'identification des sources de financement sont en cours et ont déjà conduit à la mise en place d'un plan triennal de réhabilitation d'urgence. Cependant, un financement supplémentaire et suffisant reste à trouver.

Entre temps, le Département des Parcs Nationaux a entrepris d'importantes modifications dans son exploitation du parc, au niveau local. Le nombre de personnel a doublé au cours des 3 dernières années, les employés ont été redéployés sur le terrain, les salaires et les budgets opérationnels ont été augmentés, et plusieurs nouveaux véhicules ont été mis en place avec des patrouilles anti-braconnage.

La mission a conclu que l'intégrité du bien a subi un grave préjudice depuis son inscription à la Liste du patrimoine mondial. A moins que des mesures de soutien ne soient prises très vite, une dégradation supplémentaire entraînerait une perte irréversible des valeurs pour les quelles le site a été inscrit. La mission en a donc conclu que le site devrait être inscrit sur la Liste du patrimoine mondial enpéril.

La mission a par ailleurs proposé une série de mesures correctives urgentes visant à protéger le bien, incluant des actions urgentes à mettre en œuvre au cours des 12 prochains mois et le développement et la mise en place d’un plan d’action d’urgence de 3 ans. Ces mesures sont inclues dans le Projet de décision. La mission considère que si ces actions sont mises en œuvre le sauvetage des valeurs sera en bonne voie d’ici 5 ans, et, propose donc les indicateurs suivants de sauvetage :

(i) une réduction de 90% du nombre de signes d’activité humaine dans le parc

(ii) une extension de la zone dans laquelle on trouve des signes de la présence d’ongulés, de 34% actuellement à 85% de la surface du parc

(iii) une augmentation du nombre de toutes les espèces de grands ongulés au cours des 3 années à venir

(iv) une réduction des distances de fuite des animaux le long de certaines portions de routes dans le parc

L’Etat partie a, dans un courrier du 27 mars 2007, confirmé son accord avec l’inscription du site sur la Liste du patrimoine mondial en danger.

En outre, l’IUCN et le Centre du patrimoine mondialont appris en février 2007 par la presse internationale que l’Etat partie a signé un accord de prospection minière avec Arcelor Mittal pour une exploitation dans la région de Faleme, région dans laquelle se situe le site. Il est demandé à l’Etat partie de fournir des informations sur ses projets miniers dans la région, en particulier sur la localisation des sites de prospection, d’exploration et d’exploitation autour du parc.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Néant

Décision adoptée: 31 COM 7B.1

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-07/31.COM/7B;

2. Rappelant la décision 30 COM 7B.1, adoptée lors de la 30e session (Vilnius, 2006);

3. Prend note avec la plus grande inquiétude de la dégradation du bien et des menaces imminentes sur sa valeur universelle exceptionnelle, en particulier en ce qui concerne les populations mammifères dont le nombre baisse gravement, les problèmes d'exploitation actuels, et les conséquences du projet de construction d'un nouveau barrage sur la rivière Gambie à quelques kilomètres en amont du parc;

4. Encourage l'initiative entreprise par l'État partie et l'African Parks Foundation visant à entamer des discussions sur un partenariat public/privé pour la conservation du site;

5. Prie instamment l'État partie de développer et d'entamer la mise en oeuvre d'un plan d'action d'urgence pour faire face aux menaces urgentes à la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien. Le plan d'action développé par l'African Parks Foundation est une base excellente pour ce plan;

6. Prie aussi instamment l'État partie de mettre en oeuvre dans les 12 prochains mois les mesures correctives suivantes:

     a) Mise en place de dispositions urgentes pour arrêter le braconnage, en utilisant l'avion du Département des Parcs Nationaux et une aide au sol fournie par une «force de frappe» mobile,

     b) Fournir rapidement au personnel nouvellement recruté une formation centrée sur les procédures de sécurité du parc et sur une «orientation» générale vers des propositions de gestion intégrée,

     c) Faire un état et un marquage des frontières du parc,

     d) Etudier les diverses possibilités d'exploration de forage des puits en dehors du parc afin de minimiser les mouvements illégaux de cheptel et de populations locales à l'intérieur du parc à la recherche d'eau,

     e) Mettre en place un moratoire à long terme sur la chasse au grand éland, ainsi qu'un système de quotas de chasse dans les zones tampons autour du parc, basés sur des statistiques tirées d'un recensement fiable de la population animale,

     f) Modifier le programme de surveillance écologique du parc pour le recentrer sur un nombre limité d'indicateurs et de repères qui peuvent être mesurés en terme de rentabilité;

7. Demande par ailleurs à l'État partie de mettre en place les mesures d'urgence supplémentaires suivantes:

     a) Accorder, dans le cadre national de la politique, des projets, et du budget, la priorité à la conservation du bien, et prendre des mesures efficaces afin de solliciter l'aide des donateurs pour l'exploitation du parc,

     b) Développer des plans de survie des espèces pour l'éland de Derby, l'éléphant, le bubale et le chimpanzé ainsi que pour d'autres espèces menacées et ce, en étroite collaboration avec des experts internationaux, dont les membres compétents en la matière de la Commission de la Survie des Espèces de l'UICN,

     c) Développer la coopération au-delà des limites du parc et les mesures visant à protéger les zones tampons et les zones de «corridors écologiques» en dehors du parc,

     d) Mettre à jour le plan d'exploitation élaboré en 2000 et le mettre en place;

8. Demande instamment à l'État partie de reconsidérer ses projets de construction d'un nouveau barrage sur la rivière Gambie à Mako, et d'envisager d'autres alternatives, car le barrage pourrait endommager le régime hydrologique du bien et conduire ainsi à la perte de sa valeur universelle exceptionnelle;

9. Engage l'État partie à présenter de toute urgence une demande d'aide internationale afin d'entreprendre quelques unes des actions correctives ci-dessus mentionnées;

10. Fait appel aux donateurs internationaux afin qu'ils fournissent des fonds pour la mise en œuvre du plan d'action d'urgence, en cours de développement par l'État partie et l'African Parks Foundation;

11. Demande également à l'État partie de fournir au Centre du patrimoine mondial, avant le 1er février 2008, un rapport sur l'état de conservation du site, un projet de déclaration de valeur universelle exceptionnelle, un projet de déclaration de l'état de conservation souhaité, sur les progrès de la mise en œuvre du plan d'action d'urgence et des mesures correctives susmentionnées, ainsi que des informations sur la situation du barrage envisagé sur la rivière Gambie, et enfin, sur les possibles activités minières dans la région, pour examen par le Comité lors de sa 32e session, en 2008;

12. Décide d'inscrire le Niokolo Koba (Sénégal) sur la Liste du patrimoine mondial en péril;

13. Note également, que toute nouvelle extinction importante de faune sauvage du bien, ainsi que la construction du barrage de Mako sans dispositions palliatives pour en limiter l'impact sur le régime hydrologique et sur les cycles hydrologiques du parc pourraient entraîner la perte de la valeur universelle exceptionnelle et pourraient conduire à un retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial.

 

Décision adoptée: 31 COM 8C.1

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Faisant suite à l'examen des rapports sur l'état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial (WHC-07/31.COM/7B, WHC-07/31.COM/7B.Add ; WHC-07/31.COM/7B.Add.2) et des propositions d'inscription sur la Liste du patrimoine mondial (WHC-07/31.COM/8B et WHC-07/31.COM/8B.Add.Rev),

2. Décide d'inscrire le bien suivant sur la Liste du patrimoine mondial en péril :

 

Décision adoptée: 31 COM 8C.11

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Faisant suite à l'examen des rapports sur l'état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial (WHC-07/31.COM/7B, WHC-07/31.COM/7B.Add; WHC-07/31.COM/7B.Add.2) et des propositions d'inscription sur la Liste du patrimoine mondial (WHC-07/31.COM/8B et WHC-07/31.COM/8B.Add.Rev),

2. Décide d'inscrire le bien suivant sur la Liste du patrimoine mondial en péril: