Le Centre du patrimoine mondial a reçu le rapport de conservation annuel de l’Etat partie en janvier 2007, qui expose en détail les actions effectuées et les progrès accomplis sur recommandation du Comité du patrimoine mondial à sa 30e session (Vilnius, 2006). Ceux-ci vont du travail continu qui tend à contrôler l’augmentation du niveau de l’eau sur le site à la liquidation de la végétation qui a poussé à la suite de l’accroissement de l’humidité. Il décrit les travaux de fouilles, de conservation et les interventions de restauration afin d’ouvrir de nouvelles zones au public au Velarde Palace, et les actions pour la gestion du site, y inclus la création d’une nouvelle unité de mise en oeuvre et les réponses aux préoccupations liées à la sécurité et aux occupations illégales.
Lors d’une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM en février 2007, il a été observé une variété de phénomènes de déclin et de processus qui, tous les deux, sont dus aux facteurs naturels et culturels qui pourraient menacer la valeur universelle exceptionnelle, l’authenticité ainsi que l’intégrité du bien. Comme constaté au moment de l’inscription, l’architecture de terre du site est extrêmement fragile et, pour cette raison, un entretien systématique et continu est nécessaire pour répondre à ces conditions dans leur ensemble.
L’état de conservation varie selon le secteur ; l’impact est plus grand dans les zones adjacentes aux communautés et il conduit aux décharges d’ordures, à la destruction des restes des activités illégales etc. Une raison supplémentaire est que les restes de l’époque préhispanique ne sont pas des palaces ou des complexes cérémoniaux, mais plutôt ce qui a été appelé architecture intermédiaire. Dans la zone nucléaire, les phénomènes de déclin sont le résultat des conditions climatiques mais également du manque de continuité entre la conservation et les interventions d’entretien. Il faudrait définir les priorités et adhérer aux critères d’intervention, selon les prescriptions, conformément à la signification du site et en respectant les principes internationaux.
Les fouilles archéologiques devraient être davantage limitées afin de répondre, premièrement, aux préoccupations liées à la conservation, et par la suite aux lignes de conduite prioritaires prescrites dans le plan de gestion dans lequel une approche holistique envers les fouilles, la conservation et la présentation de secteurs a été définie, suivant la disponibilité de ressources techniques et financières.
Bien qu’un travail considérable ait été réalisé afin d’abaisser le niveau de l’eau, la recherche est toujours nécessaire afin de comprendre l’hydrologie sur le site et les systèmes associés à son comportement de façon à ce qu’une approche proactive, plutôt que réactive, soit mise en œuvre dans l’avenir. Les agriculteurs utilisent des champs qui sont des terres gagnées sur le site, une pratique qui apporte une variété de problèmes à la stabilité des vestiges archéologiques. Parmi eux, une humidité constante engendrée par l’irrigation qui touche tous les vestiges archéologiques qui se trouvent au-dessous et au-dessus de la surface. L’irrigation engendre également le besoin de création de canaux et de canalisations, et la majorité de ceux-ci sont simplement percés à travers les murs préhistoriques en adobe, ce qui détruit d’autres vestiges archéologiques.
Paradoxalement, l’eau provenant d’un récent projet d’irrigation (Chavi Mochic) créé dans l’intérêt des zones de Chan Chan, encourage l’utilisation de la zone protégée par la population locale, ce qui a des conséquences négatives sur la conservation du site.
L’élévation du niveau de l’eau est supposée être due au projet d’eau Chavi Mochic, bien que les techniciens de cette agence l’attribuent à des causes différentes et ont proposé de réaliser une étude technique sur le comportement de l’eau afin de déterminer la vraie source des variations du niveau de la nappe phréatique. Décharger de grandes quantités d’ordures à l’intérieur de la zone protégée est une habitude répandue parmi la population locale. En résumé, il est évident que la problématique de destruction de cette zone protégée, clairement indiquée dans le plan directeur (2000), n’a pas considérablement changé et le récent projet d’eau Chavi Mochic a eu un impact négatif sur le site. Un système de contrôle est urgent, tout comme des actions coordonnées pour les initiatives de développement régional.
Les projets ou les propositions de développement majeurs, y inclus celui de construction d’un nouveau musée du site, continuent de poser une menace considérable pour le site. L’expansion urbaine se rapproche du bien et de nouvelles constructions sont situées très près des frontières du bien. Nouvelles infrastructures comme une fabrique d’aliments pour animaux, qui a un impact sur l’intégrité du paysage et qui engendre la pollution, pourraient avoir des conséquences sur le site. Une réglementation urgente s’impose aux nouveaux permis de construire et aux autres usages dans la zone tampon. La coopération avec les municipalités concernées devrait être une priorité pour la nouvelle unité de gestion créée.
La mission a également permis de souligner les problèmes causés par le grand nombre de routes entourant le site. Il y a au moins dix manières de rejoindre les zones du site, la principale étant l’autoroute Trujillo-Huanchaco qui coupe le site en deux. Cette situation incite la population locale à s’installer le long de ces routes. Il serait important de sélectionner un nombre minimal de routes et de limiter l’utilisation des autres aux visites publiques du site (de les utiliser donc comme des routes de visite). La construction d’une bretelle de contournement pourrait résoudre le problème et aider à retrouver l’intégrité du bien.
Le renforcement de la capacité institutionnelle pour la mise en œuvre du plan de gestion est une ligne de conduite critique. A ce jour, il n’y a aucune équipe formelle professionnelle en mesure de prendre des décisions et travaillant à plein temps sur le site. Il y a également un manque d’identification des priorités dans la mise en œuvre des actions et certaines d’entre elles continuent d’avoir une motivation politique. La formation et la capacité de développement sont cruciales pour la mise en place durable et à long terme du plan de gestion, mais également pour promouvoir la valeur des efforts investis.
Bien que des progrès significatifs aient été faits, il reste toujours beaucoup d’activités qui nécessitent une mise en œuvre afin de contribuer progressivement à la réduction des problèmes de déclin, à accroître la sensibilisation sur les besoins du site et accroître la coopération publique et privée dans les tentatives de conservation du bien du patrimoine mondial.