1.         Parc national d'Iguaçu (Brésil) (N 355)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1986

Critères  (vii)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   1999-2001

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/355/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/355/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : environ 50 .000 dollars EU au titre du Programme brésilien du patrimoine mondial pour la biodiversité, afin de planifier la lutte contre l’incendie.

Missions de suivi antérieures

Mars 1999: mission UICN; avril 2008: mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / UICN.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Projet d’aménagements de barrages hydroélectriques;

b) Pression pour rouvrir une route illégale;

c) Exploitation forestière et chasse illégales;

d) Aménagements non coordonnés;

e) Absence de coopération transfrontalière;

f) Absence de financement durable;

g) Problèmes liés à l'utilisation publique du bien;

h) Absence de plan général d'utilisation publique.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/355/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2012

Un rapport succinct sur l’état de conservation a été transmis au Centre du patrimoine mondial par l’État partie le 4 mai 2012, comme demandé par la décision 34 COM 7B.31 (Brasilia, 2010). Les informations présentées ci-après dans ce rapport proviennent du rapport sur l’état de conservation soumis par le Brésil ainsi que du rapport soumis par l’État partie d’Argentine le 31 janvier 2012, auquel il a également été demandé de rendre compte des activités conjointes avec l’État partie du Brésil relatives au bien du patrimoine mondial du parc national d’Iguazu. Un projet de Déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle a été adressé au Centre du patrimoine mondial en juin 2011 et est actuellement examiné par l’UICN.

a) Coopération transfrontalière et coordination de la gestion

La décision 34 COM 7B.31 encourageait la soumission d’un accord signé entre les États parties du Brésil et d’Argentine couvrant la gestion commune du parc national d’Iguaçu (Brésil) et parc national d’Iguazú (Argentine). L’État partie indiquait en 2010 que cet accord était sur le point d’être finalisé. De même, le Comité a demandé aux deux États parties (décision 34 COM 7B.30 dans le cas de l’Argentine) de le tenir informé des progrès accomplis à l’égard de la révision conjointe des plans de gestion des deux biens. L’État partie du Brésil a fait parvenir un exemplaire d’un addenda binational apporté en 2008 à un accord de coopération binationale existant datant de 1996, intitulé « Développement des capacités de gestion des zones protégées » signé par les ministres des Affaires étrangères respectifs en février 2008. L’addenda n’est pas spécifique à la coopération Iguaçu / Iguazú mais générique pour les deux réseaux nationaux de zones protégées et n’est pas l’accord mentionné dans son rapport sur l’état de conservation 2010. L’État partie indique qu’en vertu de cet addenda, des réunions ont eu lieu entre les agences respectives de gestion des biens du patrimoine mondial en 2010, bien qu’aucune information ne soit communiquée sur les objectifs ni les résultats de ces réunions. Le rapport sur l’état de conservation de l’État partie d’Argentine ne mentionne pas ces réunions ni l’accord de 2008. Sur la base des informations fournies, il est clair qu’aucun cadre intergouvernemental spécifique à ces biens n’a encore été élaboré et que la coopération reste à confirmer.

b) Barrages hydroélectriques et autres projets d’aménagements

L’État partie rapporte ne pas encore être parvenu à une quelconque conclusion concernant les variations du niveau des eaux sur les valeurs esthétiques et sur la biodiversité. Toutefois, il précise que la coopération avec l’opérateur national des barrages hydroélectriques a permis de réduire les variations les plus extrêmes des flux d’eau. Une information corroborée par les résultats du rapport détaillé remis par l’État partie d’Argentine.

L’État partie rapporte avoir exclu l’installation d’un héliport dans les limites du bien et que l’ancien héliport a été fermé et est désormais envahi par la végétation.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent qu’à la 31e session du Comité (Christchurch, 2007), l’État partie avait annoncé sa décision de refuser le permis de construire au projet de barrage hydroélectrique de Baixo Iguaçu dans le voisinage et en amont du bien. Ils rappellent que le projet d’aménagement, comme détaillé dans le rapport de l’État partie au Comité à sa 30e session (Vilnius, 2006), incluait la construction d’infrastructures connexes à 150 mètres du bien, avec des travaux de terrassement en bordure même de la limite, et l’implantation d’un canal de drainage dans les limites du bien. De récents rapports de presse suggèrent que la compagnie d’énergie Neoenergia, qui s’est vu octroyer une concession pour ce projet en 2008, s’attend à ce qu’elle devienne opérationnelle d’ici 2015. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN, grandement préoccupés par les impacts négatifs potentiels (directs, indirects et cumulés) de ce projet sur la valeur universelle exceptionnelle du bien et rappellent que la Déclaration d’impact environnemental (DIE) pour ce projet indiquait que 62% des espèces de poissons présentes sur le site du barrage étaient endémiques de la rivière Iguaçu, et que trois espèces étaient menacées. Le Centre du patrimoine mondial a adressé une lettre à l’État partie le 6 mai 2009 pour demander plus d’informations sur cette question.

c) Création d’un corps de gardes professionnels

Le rapport de la mission de suivi réactif de 2008 préconisait la création d’un corps de gardes qualifiés pour le parc spécialement formés aux problèmes de conservation. L’État partie a rapporté en 2010 que les efforts à cet égard ont rencontré la résistance de la police militaire et des pompiers tenus de participer. Le Comité a demandé par sa décision 34 COM 7B.31 que l’État partie constitue un corps de gardes qualifiés spécialement formés aux problèmes de conservation pour traiter les menaces qui pèsent actuellement sur le bien. Aucun avancement n’a été rapporté.

d) Projets de construction d’une route traversant le bien

En 1999, le Comité a inscrit le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril en raison de la construction de la route Estrada do Colono non autorisée traversant le centre du bien. Les mesures rapidement prises par l’État partie ont permis de faire cesser les activités de construction de la route et le bien a été retiré de la Liste du patrimoine mondial en péril en 2001. Des pressions sont toujours exercées par des intérêts locaux pour rétablir cette route. Aussi récemment que fin 2011, des rapports de presse indiquaient qu’un membre du congrès local tenait des audiences publiques pour recueillir le soutien de la communauté et relancer ce projet et qu’un comité avait été formé parmi les législateurs de l’état de Parana pour discuter des options.

e) Autres problèmes de conservation – espèces invasives

L’État partie d’Argentine signale dans son rapport que la présence d’espèces aquatiques introduites représente une menace pour la biodiversité et les écosystèmes riverains du parc national d’Iguazú en Argentine. Un effort concerté de la part des deux États parties sera nécessaire pour traiter cette menace sur les deux biens.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN continuent de souligner la valeur ajoutée qui pourrait être apportée à la gestion par une coordination systématique des efforts en la matière des deux côtés de la rivière Iguaçu / Iguazú. Bien que les deux États parties aient coopéré sporadiquement sur des problèmes ponctuels au fil des ans, la conclusion d’un accord-cadre formel pour une coordination plus systématique des efforts reste difficile à atteindre. De même, malgré les demandes répétées pour garantir la mise en place d’un corps de gardes professionnels et formés, l’absence continue de tout progrès apparent demande à être traitée.

Suite à de nouvelles discussions au niveau du gouvernement d’état sur la possible réouverture de la route Estrada do Colono, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN insistent sur le fait que le Comité devrait rester préoccupé par la perspective d’une route passant par le centre du bien, dans la mesure où de telles routes entraînent souvent une intensification de l’abattage illégal, du braconnage et du commerce illicite d’espèces sauvages en facilitant l’accès des hommes à des zones auparavant inaccessibles. Ces ouvertures facilitent également le déplacement des espèces invasives au sein du bien, perturbant l’écosystème. Il est également important de tenir compte du fait que les routes peuvent devenir d’importantes barrières à la circulation de certaines espèces, se traduisant dans les faits par la création de deux parcelles plus petites et moins résistantes aux stress environnementaux comme le changement climatique. L’État partie devrait être invité à suivre étroitement cette situation et à tenir le Centre du patrimoine mondial informé de toute évolution.

Les rapports sur l’intérêt à nouveau accordé au projet de barrage hydroélectrique de Baixo Iguaçu sont également une cause de grande inquiétude. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN soulignent qu’une décision approuvant le projet constituerait un danger potentiel manifeste pour la valeur universelle exceptionnelle du bien conformément au paragraphe 180 des Orientations.

Décision adoptée: 36 COM 7B.29

Le Comité du patrimoine mondial,

1.   Ayant examiné le document WHC-12/36.COM/7B.Add,

2.   Rappelant la décision 34 COM 7B.31, adoptée à sa 34e session (Brasilia, 2010) et rappelant les recommandations du rapport de la mission de suivi réactif de 2008;

3.   Regrette que peu de progrès aient été accomplis dans la formalisation et l’exécution de la coopération transfrontalière avec le bien du patrimoine mondial voisin du parc national d’Iguazú en Argentine, même s’il a été informé par l’État partie à sa 34e session que la signature d’un tel accord était imminente;

4.   Réitère sa demande à l’État partie du Brésil, en coopération avec l’État partie d’Argentine, de formaliser la coopération transfrontalière au moyen d’instruments internationaux appropriés, en vertu desquels la coopération relative au site peut être structurée, mise en œuvre et suivie;

5.   Note avec une grande inquiétude que le projet de barrage hydroélectrique de Baixo Iguaçu et la réouverture de la route Estrada do Colono qui traverse le bien semblent de nouveau activement envisagés, et rappelle à l’État partie que, conformément au paragraphe 172 des Orientations, toute intention d’entreprendre ou autoriser des travaux d’aménagement susceptibles d’avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien doit être communiquée au Centre du patrimoine mondial;

6.   Prie l’État partie de s’engager de manière permanente à ne pas autoriser la construction du projet de barrage hydroélectrique de Baixo Iguaçu, ni de tout autre projet hydroélectrique susceptibles d’avoir un impact négatif sur la valeur universelle exceptionnelle du bien;

7.   Note également les préoccupations exprimées par l’État partie d’Argentine sur les menaces naissantes causées par la présence d’espèces allogènes dans le bien du côté argentin, et demande aux États parties du Brésil et d’Argentine de s’engager dans un effort concerté pour veiller à ce que cette question reçoive le niveau approprié d’attention gestionnaire;

8.   Demande également à l’État partie de garantir la création d’un corps de gardes qualifiés spécifiquement formés aux problèmes de conservation pour traiter les défis de gestion auxquels le bien est actuellement confronté;

9.   Demande en outre à l’État partie, en coopération avec l’État partie d’Argentine, de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2014, un rapport conjoint unique sur l’état de conservation du bien, accordant une attention spéciale aux avancements réalisés en matière de coopération, ainsi que sur les progrès accomplis dans la création d’un corps de gardes professionnels permanent, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 38e session en 2014.