1.         Ville historique de Zabid (Yémen) (C 611)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1993

Critères  (ii)(iv)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   2000-présent

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril

La situation actuelle ne permet pas de formuler des repères pour ce bien.

Mesures correctives identifiées

Telles que définies par les rapports et décisions précédents du Comité :

a) Mettre fin aux constructions illégales et faire cesser les infractions les plus importantes, notamment dans les espaces publics, afin de revenir au schéma urbain originel ;

b) Dresser l’inventaire des bâtiments de la ville historique ;

c) Achever le plan de conservation urbaine et le plan d’action de revitalisation socio-économique ;

d) Veiller à l’adoption et à la mise en œuvre de la réglementation urbaine pour le centre historique.

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/611/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1994-2004)
Montant total approuvé : 159 167 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/611/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : 7 200 dollars EU du fonds en dépôt italien.

Missions de suivi antérieures

2002 et 2003 : expertise internationale ; décembre 2004 : Centre du patrimoine mondial ; janvier 2007 : mission conjointe ICOMOS/Centre du patrimoine mondial.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Sérieuse détérioration du patrimoine de la ville. En particulier, près de 40 % des maisons de la ville ont été remplacés par des immeubles en béton et l’on constate une dégradation de nombreuses autres maisons, ainsi que de l’ancien souk. De grandes parties des espaces libres de la ville ont été privatisées illégalement ou de manière non officielle et plus de 30 % ont fait l’objet de constructions.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/611/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2007

Un rapport sur l’état de conservation a été reçu de l’État partie en février 2007. Il indique qu’en décembre 2006, en réponse à des inquiétudes exprimées en haut lieu, une réunion spéciale du gouvernement a été organisée et un décret ministériel a été publié demandant à divers ministères et au GOPHCY de mettre en place un programme de travail. En février 2007, le Fonds de développement social s’est vu accorder 85 000 dollars EU pour un projet pilote de subventions destinées à soutenir la réhabilitation et la restauration. Par ailleurs, l’agence allemande de développement GTZ est en train de mettre en œuvre un projet d’aménagement urbain à Zabid. Le budget global prévu pour ce projet est d’environ 2 millions de dollars EU pour les trois prochaines années. Il prévoit une enveloppe pour le plan de conservation et une pour un programme de subventions à la restauration des maisons, à l’instar de ce qui a été fait à Shibam.

Une mission ICOMOS/Centre du patrimoine mondial a eu lieu en janvier 2007. Elle a confirmé le déclin de la ville, ainsi que l’insuffisance du système de conservation en place, avec plus de 50 % des bâtiments à l’intérieur des remparts de la ville actuellement construits en béton. Le manque d’entretien effectif ainsi que la mauvaise qualité et le caractère anarchique des constructions de bâtiments modernes ne laissent pas espérer un renversement de la situation.

La mission rapporte qu’aucun progrès n’a été fait en matière d’amélioration du cadre juridique et administratif, car Zabid ne semble pas être une des priorités du programme gouvernemental. L’organisme chargé de la préservation des villes historiques yéménites (GOPHCY) est insuffisamment doté en effectifs, n’a pas l’autorité nécessaire et ne semble pas être bien soutenu par les conseils locaux et régionaux. Le Projet préliminaire de conservation urbaine produit rapidement comme document de détermination du champ de l’étude en 2002 n’a été ni achevé ni intégré dans le plan d’aménagement urbain ; il n’a pas non plus été transmis aux autorités locales. Aucuns travaux de conservation n’ont été effectués par le GOPHCY en 2006.

Élément positif, quelques riches propriétaires prennent soin de leurs maisons en stuc richement décorées et le souk a été débarrassé d’une partie de ses détritus. Le Fonds de développement social a récemment financé des projets de restauration des portes principales de la ville et de la mosquée Al-Ashaer.

Zabid n’est plus considérée comme un centre économique et de ce fait ne dispose plus des services nécessaires. Les ordures ne sont plus enlevées de façon systématique et il n’y a pas de structure générale pour fournir des services aux maisons. Tous ces facteurs, combinés à la construction anarchique et incontrôlée d’immeubles neufs, offrent un tableau peu attrayant pour les touristes pour lesquels aucune disposition raisonnable n’a été prise. Un nouveau programme de dallage est toutefois en cours d’élaboration et sera mis en œuvre en même temps que le système de drainage des eaux pluviales grâce à une aide du Fonds de développement social. Un projet pilote devrait démarrer au milieu de l’année 2007.

Une étude technique rapide effectuée par la mission conclut que les maisons traditionnelles sont bien construites et adaptées à la vie moderne, mais les savoir-faire traditionnels font défaut et l’absence d’entretien et de services commence à se faire sentir sur l’intégrité des structures.

Les vues de la ville sont maintenant dominées par un grand château d’eau et des pylônes avec, un peu plus bas, des immeubles de deux et trois étages en béton qui coupent la ligne des toits.

Sur l’initiative de la mission, une étude de terrain de deux semaines a été effectuée pour quantifier les bâtiments traditionnels restants. Les résultats de l’étude montrent que les bâtiments traditionnels qui restent ne représentent que 44 % du total, 46 % des bâtiments étant de nouveaux édifices construits soit au milieu des autres, soit sur des terrains vagues. Par conséquent, moins de 50 % du tissu urbain ont conservé leur authenticité. De plus, il y a un réaménagement presque total à la périphérie de la vieille ville à l’intérieur des remparts et dans la zone tampon supposée. Dans le centre de la ville, on trouve quelques enclaves de bâtiments traditionnels, mais les ruines s’étendent et on observe une dégradation générale des espaces libres.

 

Conclusions :

La mission a conclu qu’en raison des dégradations observées, du manque de conservation, de l’absence de transfert des compétences et de la multiplication des constructions inopportunes, la ville est en train de perdre les valeurs pour lesquelles elle a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial. Elle conclut en outre qu’à moins d’arrêter immédiatement et d’inverser le processus, il convient d’envisager le retrait de Zabid de la Liste du patrimoine mondial. La mission a défini le champ d’application et le contenu d’un plan d’action d’urgence, qui est en fait un plan de sauvetage.

Ce Plan d’action d’urgence détaille ce qui doit être entrepris, par qui et dans quel délai. Il couvre la protection juridique, les comités intergouvernementaux, la participation des acteurs locaux, des projets chiffrés, le renforcement des capacités, les ressources nécessaires et la fourniture des documents de conservation pertinents en arabe. Des objectifs à moyen et plus long termes sont également définis, ce qui correspond en fait à un plan de gestion/conservation.

L’ICOMOS a examiné le rapport de la mission. S’il se félicite du Plan d’action d’urgence, il se dit préoccupé par le fait que ce plan coûtera extrêmement cher et qu’il ne voit pas actuellement comment les fonds nécessaires pourraient être réunis. Il s’inquiète également de ce que l’intégrité générale de la ville est menacée et l’authenticité préservée dans quelques bâtiments isolés et non dans les caractéristiques du tissu urbain. Zabid est une ville dotée d’un ensemble d’édifices traditionnels et de un ou deux édifices plus imposants. Elle tire donc sa valeur universelle exceptionnelle de son ensemble de structures urbaines, plutôt que du caractère exceptionnel de ses édifices.

Même s’il était possible de trouver des fonds pour le plan de sauvetage et de le mener à bonne fin, Zabid ne présenterait probablement plus les qualités qui lui ont valu d’être inscrite. L’ICOMOS en vient, à regret, à la conclusion qu’il faut envisager de retirer Zabid de la Liste du patrimoine mondial. Mais le Centre du patrimoine mondial estime qu’il conviendrait d’évaluer les résultats de la première année du Plan d’action d’urgence recommandé. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 31 COM 7A.19

  Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC-07/31.COM/7A,
  2. Rappelant la décision 30 COM 7A.21, adoptée à sa 30e session (Vilnius, 2006),
  3. Regrette que les principales recommandations faites par le Comité du patrimoine mondial à ses 29e (Durban, 2005) et 30e (Vilnius, 2006) sessions et, notamment l'achèvement d'un plan de conservation urbaine et d'un plan de revitalisation socio-économique, n'aient pas été suivies d'effet;
  4. Note avec une vive inquiétude le déclin progressif de la ville, l'absence de cadre de conservation, la perte probable d'au moins 50% du tissu urbain traditionnel à l'intérieur des remparts de la ville, l'absence d'entretien effectif, ainsi que la qualité médiocre et le caractère anarchique des constructions modernes;
  5. Prie instamment l'État partie de réfléchir au mode d'application du plan d'action urgent défini par la mission et, en particulier, à la manière dont peuvent être exécutées les activités envisagées pour la première année:

    a) Cadre juridique et institutionnel approprié mis en place en un an :

    (i) Republication du décret ministériel N°425 - 2006,

    (ii) Affectation de crédits suffisants par le gouvernement au GOPHCY de Sana'a et Zabid pour stabiliser la dégradation du patrimoine mondial,

    (iii) Mise au point de la législation sur la protection du patrimoine,

    (iv) Achèvement et traduction en arabe du projet de plan de conservation. Production d'une version courte pour large diffusion.

    b) Dégradation matérielle immédiatement stoppée et inversée en l'espace de deux ans :

    (i) Coup d'arrêt mis aux nouvelles constructions de mauvaise qualité et à la dégradation progressive des biens du patrimoine protégés,

    (ii) Approbation des entreprises et des spécialistes chargés d'effectuer les travaux de conservation d'urgence,

    (iii) Plan d'amélioration de l'architecture intérieure approprié : salles de bain et cuisines, infrastructure et climatisation,

    (iv) Conception adéquate des nouvelles maisons construites à Zabid,

    (v) Début des travaux de démolition des murs en béton élevés le long des rues et autres espaces publics, et remplacés par des murs en brique,

    (vi) Calendrier de mesures chiffrées et programmées à moyen et à long terme,

    (vii) Règles et dispositions auxquelles doivent souscrire les habitants et les propriétaires

    (viii) Adoption du plan d'urbanisme de Zabid.

  6. Demande au Centre du patrimoine mondial de contacter l'Agence allemande de Développement pour expliquer la valeur universelle exceptionnelle du bien et favoriser la protection de ces valeurs dans le plan d'urbanisme;

  7. Appelle les États parties à la Convention, notamment ceux de la région, à envisager un financement extrabudgétaire pour mettre en œuvre un plan d'urgence qui assure le maintien de la valeur universelle exceptionnelle du bien;

  8. Demande à l'État partie, en concertation avec le Centre du patrimoine mondial et l'ICOMOS, d'établir un projet de déclaration de valeur universelle exceptionnelle mentionnant les conditions d'intégrité et d'authenticité, pour examen par le Comité à sa 32e session en 2008;

  9. Demande aussi à l'État partie, en concertation avec le Centre du patrimoine mondial et l'ICOMOS, d'établir un projet de déclaration sur l'état de conservation souhaité pour le bien, fondé sur sa valeur universelle exceptionnelle;

  10. Demande en outre à l'État partie de soumettre avant le 1er février 2008 un rapport d'avancement sur la mise en œuvre des activités susmentionnées, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 32e session en 2008;

  11. Décide de maintenir la ville historique de Zabid (Yémen) sur la Liste du patrimoine mondial en péril pendant encore deux ans, à condition que l'État partie rende régulièrement compte des progrès accomplis dans la mise en œuvre des activités énumérées au paragraphe 5 ci-dessus. Les rapports de l'État partie seront soumis chaque année à l'examen du Comité. Le Comité envisagera la possibilité de retirer finalement le bien de la Liste du patrimoine mondial à sa 33e session en 2009.

Décision adoptée: 31 COM 8C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Faisant suite à l'examen des rapports sur l'état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC-07/31.COM/7A et WHC-07/31.COM/7A.Add, WHC-07/31.COM/7A.Add.2 et WHC-07/31.COM/7A.Add.3),

2. Décide de maintenir les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril: