1.         Volcans du Kamchatka (Fédération de Russie) (N 765bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1996

Critères  (vii)(viii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/765/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/765/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

1997 : mission d'information de l’UICN ; 2004 : mission conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN ; 2007 : mission conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Pêche au saumon illégale ;

b) Extraction minière d'or ;

c) Gazoduc ;

d) Installation d'une centrale électrique géothermique ;

e) Incendies de forêt ;

f) Modification des limites du bien ;

g) Construction de la route Esso-Palana. 

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/765/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2012

Le 14 mars 2012, un rapport sur l’état de conservation du bien a été soumis par l’État partie. Ce rapport ne fournit d’informations que sur les quatre éléments constitutifs du bien gérés par les autorités régionales (Nalychevo, Kamchatka méridional, Bystrinsky et Kluchevskoy), qui forment ensemble le Parc naturel du Kamchatka, mais il ne fournit aucune donnée sur les deux éléments gérés par l’État fédéral – la Réserve naturelle intégrale de Kronotsky et le Sanctuaire de faune sauvage du Kamchatka méridional. Les informations fournies sont les suivantes :

a) Protection juridique et gestion

L’État partie rappelle que le Parc naturel du Kamchatka a été créé en 2009 et qu’il comprend quatre des six aires protégées composant ce bien en série. L’État partie précise que malgré le fait que l’organisme budgétaire public régional ait déjà assumé le contrôle des quatre Parcs naturels, un Parc naturel commun n’a pas encore été officiellement créé. Il indique toutefois que la réglementation du Parc naturel du Kamchatka est actuellement étudiée par l’administration du kraï (subdivision administrative) du Kamchatka. L’État partie indique par ailleurs qu’à la suite de la révision des limites en 2010, la superficie totale des quatre Parcs naturels est de 2 513 658 ha, soit beaucoup moins que la superficie totale de 2 526 150 ha de ces éléments tels qu’inscrits actuellement sur la Liste du patrimoine mondial. Aucune demande de révision des limites n’a été soumise, aucun exemplaire du projet de réglementation ni de carte actuelle du bien n’ont été fournis par l’État partie, comme demandé dans la décision 34 COM 7B.23. L’État partie n’a pas non plus rendu compte de l’avancement de la promulgation d’une loi nationale sur la gestion de tous les biens naturels du patrimoine mondial sur son territoire, comme le suggérait la décision 34 COM 7B.23.

Le rapport de l’État partie indique que la coordination de la gestion des quatre Parcs naturels régionaux avance, mais les informations à cet égard sur l’ensemble du bien (qui comprend aussi deux autres aires protégées administrées au plan fédéral) ne sont pas fournies. Comme les problèmes de gestion, gouvernance et juridiction ont été jugés par la mission de suivi de 2007 être les causes sous-jacentes de la plupart des pressions directes sur le bien, l’absence d’informations sur l’avancement de la mise en œuvre des recommandations de la mission de 2007 laisse supposer que la valeur universelle exceptionnelle et l’intégrité du bien – concernant notamment les critères (ix) et (x) – restent des motifs de préoccupation.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN signalent en outre que la nouvelle loi fédérale n° 365-FZ datée du 30 novembre 2011, a sensiblement affaibli le régime de protection des Réserves naturelles intégrales, en y rendant possible la construction d’infrastructures touristiques de grande envergure. Ils considèrent que ce problème doit être traité au niveau fédéral car cela affecte le régime de protection de tous les biens naturels du patrimoine mondial en Fédération de Russie.

Effectifs et budget du bien

L’État partie indique que le nombre total des effectifs des quatre Parcs naturels est resté constant (37 personnes) depuis 2009. Le budget s’est accru d’environ 20 % pour atteindre 32,32 millions de roubles (1,1 million de dollars EU) entre 2010 et 2011, essentiellement à cause de l’inflation annuelle et à l’augmentation du coût des salaires. L’État partie ajoute que les 20 gardes forestiers des quatre Parcs naturels ont augmenté le nombre de leurs opérations sur le terrain de 182 à 988 entre 2010 et 2011, ont constaté plus de deux fois plus d’infractions et ont presque quadruplé le montant des amendes imposées au cours de cette période. L’État partie ne donne pas de nouvelles informations sur l’attribution de ressources de la Réserve naturelle intégrale de Kronotskiy ou du Sanctuaire de faune sauvage du Kamchatka méridional qui sont les deux autres aires protégées de ce bien en série.

Le nombre indiqué des effectifs actuels des Parcs naturels est pour l’essentiel le même qu’en 2007 (36) et reste donc insuffisant pour une telle superficie (une personne pour 68 000 ha). L’allocation budgétaire pour les Parcs naturels a été de 20 % plus importante en 2011 qu’en 2007, mais comme cela est surtout dû à l’inflation et aux augmentations de salaires, il reste toujours une grande lacune de financement. Tout cela montre que la capacité de l’administration, maintenant commune, ne s’est que peu améliorée depuis la mission de suivi réactif de 2007. La conclusion de la mission soulignant que les Parcs naturels n’accordent pas un niveau de protection suffisant au bien reste par conséquent d’actualité.

b) Développement d’infrastructures pour la randonnée et le tourisme

L’État partie indique que le nombre de visiteurs dans les quatre Parcs naturels a augmenté de 7 %, passant à 24 290 visiteurs entre 2010 et 2011. L’État partie rend compte de la création d’un réseau d’itinéraires documentés pour le tourisme et la randonnée dans les quatre Parcs naturels. Il ajoute que le nombre de touristes est contrôlé et que les itinéraires ont été conçus pour réduire les pressions anthropiques, sans plus de détails. L’État partie ne donne aucune information sur un plan d’ensemble de gestion du tourisme dans le périmètre du bien.

La décision 34 COM 7B.23 demandait que l’État partie établisse un plan général de gestion du tourisme qui équilibrerait la valeur universelle exceptionnelle du bien avec son potentiel touristique. Les informations fournies à l’UICN font état de plans d’aménagement de six stations de ski sur quatre sites du Kamchatka, y compris tout près du bien, sur le volcan Avachinskiy, à la limite du Parc naturel de Nalychevo. Compte tenu de la proximité et de l’impact potentiel d’au moins un de ces aménagements sur la valeur universelle exceptionnelle et l’intégrité du bien, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent qu’il est encore plus urgent d’établir un plan général d’aménagement du tourisme durable.

c) Braconnage du saumon et d’autres espèces de faune sauvage

Selon l’État partie, les écosystèmes des Parcs naturels qui composent le bien sont pratiquement intacts et, dans l’ensemble, leurs biotes et leurs populations animales sont à un niveau normal moyen et ne posent pas de problèmes sérieux. Il ne fournit pas de données pour corroborer cette affirmation générale, comme par exemple des informations sur les tendances des principales populations de faune sauvage du bien depuis son inscription, comme demandé par le Comité à sa 34e session (Brasilia, 2010).

L’État partie indique que les principaux facteurs affectant la valeur universelle exceptionnelle du bien sont notamment le braconnage du saumon et du caviar (qui aurait pris beaucoup d’importance depuis dix ans), le braconnage du gibier et l’abattage illégal de bois d’œuvre, mais il ne fournit aucune statistique sur ces facteurs. L’État partie évoque une stratégie de protection de la faune sauvage dans les aires protégées, sans plus de détails, mais il ne mentionne pas les brigades interinstitutionnelles de lutte contre le braconnage présentées par la mission de suivi de 2007 comme une démarche encourageante dans la lutte contre le braconnage. Les informations données par l’État partie montrent que la chasse illégale et non durable reste sérieusement préoccupante pour le bien. Les recommandations de la mission de suivi de 2007 restent valides ; elles préconisaient d’évaluer le zonage et les procédures d’octroi de concessions, de mener une recherche de base sur les populations d’ours du Kamchatka, et d’instaurer une politique générale d’accès au bien incluant les Parcs naturels, permettant ainsi de contribuer à réduire la pression du braconnage sur le saumon.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent les conclusions de la mission de suivi de 2007 selon lesquelles certaines des espèces contribuant à la valeur universelle exceptionnelle du bien semblent avoir sensiblement diminué en nombre depuis quelques années. Des rapports reçus par l’UICN en 2010 révélaient en outre une forte diminution de la population de rennes sauvages en 2009.

d) Autres problèmes de conservation : exploitation minière et barrages hydroélectriques

Bien que l’État partie ne mentionne ni l’exploitation minière et la prospection géologique, ni l’aménagement ou la modernisation de routes et des gazoducs et les mesures palliatives nécessaires, ni les grands projets d’aménagement (dont les centrales) dans le périmètre du bien ou à proximité immédiate, ces activités restent une sérieuse menace potentielle pour le bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu des rapports concernant des plans de construction de deux centrales hydroélectriques sur la rivière Kronotskiy, dans la Réserve naturelle intégrale de Kronotskiy, actuellement aire protégée faisant partie du bien et possédant le plus haut statut de protection. Ces plans ont été discutés sur le site Web du Gouvernement du Kamchatka en novembre 2011 (http://kamkrai.com/gov/1422-vladimir-ilyuhin-energetika-hrebet-ekonomiki-kamchatskogo-kraya.html; et http://www.kamchatka.gov.ru/ ?cont=info&menu=1&menu2=0&news_id=19912). En avril 2012, des rapports sur des négociations avec des investisseurs d’une entreprise sud-coréenne concernant le financement de ce projet ont été publiés sur le même site Web. Si ces projets sont approuvés, ils risquent d’avoir un sérieux impact direct sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, notamment pour les critères (vii), (ix) et (x). Il convient d’évaluer les impacts potentiels de ces projets par une évaluation générale d’impact environnemental (EIE) incluant explicitement les effets sur la valeur universelle exceptionnelle et les conditions d’intégrité associées du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que l’approbation de projets de centrales hydroélectriques dans le périmètre du bien représenterait un danger potentiel évident pour sa valeur universelle exceptionnelle, conformément au paragraphe 180 des Orientations.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent que le Comité du patrimoine mondial exprime ses regrets que le rapport de l’État partie ne fournisse d’informations que sur les quatre éléments du bien gérés par les autorités régionales et non sur les deux éléments administrés de manière fédérative, qu’il ne mentionne pas nombre d’informations demandées dans de précédentes décisions – comme des informations détaillées sur les tendances au sein des populations de faune sauvage (dont le saumon), une carte actualisée du bien, et le cadre de gestion et la base juridique prévus pour le Parc naturel du Kamchatka. Ils prennent note avec préoccupation des informations fournies par le rapport de l’État partie sur la révision des limites de 2010, qui semble indiquer qu’environ 13 000 ha auraient été retirés des Parcs naturels.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN souhaitent attirer l’attention du Comité sur le fait qu’il reste urgent de créer une structure de gestion efficace et un plan de gestion d’ensemble pour les six aires protégées qui composent le bien, pour la révision de leurs plans de gestion respectifs et pour une protection juridique de ces aires qui forment maintenant le Parc naturel du Kamchatka. Afin de sauvegarder la valeur universelle exceptionnelle et l’intégrité du bien, il convient d’améliorer encore la dotation en effectifs, l’attribution de ressources financières et la capacité générale institutionnelle de l’administration/des administrations du bien. Ils réaffirment qu’une loi nationale sur la gestion de tous les biens naturels du patrimoine mondial en Fédération de Russie contribuerait à améliorer la gestion du bien.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent en outre que le Comité du patrimoine mondial demande à l’État partie de fournir un complément d’information sur les plans de construction de deux centrales hydroélectriques dans la Réserve naturelle intégrale de Kronotskiy, ainsi que sur le projet d’aménagement touristique sur le volcan Avachinsky, avec des doubles des évaluations d’impact environnemental correspondantes.

Enfin, à la suite de rapports signalant un déclin des populations de rennes sauvages, et en l’absence de preuves concrètes du rétablissement de ces populations, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que leur situation actuelle est très préoccupante. Ils soulignent que l’urgente nécessité d’obtenir des données détaillées sur les tendances d’évolution et sur un suivi général des espèces essentielles – dont le saumon, l’ours du Kamchatka, le renne sauvage et le mouflon des neiges – reste une condition indispensable pour la gestion prévisionnelle du bien.

Décision adoptée: 36 COM 7B.21

Le Comité du patrimoine mondial,

1.   Ayant examiné le document WHC-12/36.COM/7B.Add,

2.   Rappelant la décision 34 COM 7B.23 adoptée àsa 34e session (Brasilia, 2010),

3.   Regrette que le rapport de l’État partie ne fournisse d’informations que sur les quatre éléments du bien gérés par les autorités régionales et non sur les deux éléments administrés de manière fédérative, et qu’il ne fournisse pas d’informations détaillées sur les tendances au sein des populations de faune sauvage – dont le saumon – dans le bien, sur le cadre de gestion intégrée, sur le projet de réglementation du « Parc naturel du Kamchatka », ainsi que des informations récentes sur la mise en œuvre des recommandations de la mission de suivi réactif de 2007, et considère qu’en l’absence de ces informations, l’état de conservation actuel du bien ne peut être évalué ;

4.   Prend note avec préoccupation des rapports mentionnant des plans de construction de deux centrales hydroélectriques dans le périmètre du bien, et l’aménagement de quatre stations de ski à proximité, et demande à l’État partie de fournir des informations détaillées sur ces plans, avec des doubles des évaluations d’impact environnemental sur les projets hydroélectriques et autres projets susceptibles d’impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, avant de prendre des décisions irréversibles ;

5.   Note également que le rapport de l’État partie mentionne une révision des limites de 2010, ce qui semble indiquer qu’une certaine superficie a été supprimée des Parcs naturels, et prie instamment l’État partie de fournir des informations détaillées sur cette révision, dont une carte détaillée montrant les limites de tous les éléments constitutifs du bien ;

6.   Réitère sa demande à l’État partie de mettre totalement en œuvre les recommandations de la mission de suivi réactif de 2007, en particulier en ce qui concerne le renforcement des capacités en conservation, le plan de gestion intégrée et la structure de coordination, ainsi qu’un plan général de gestion du tourisme ;

7.   Se déclare très vivement préoccupé de la loi fédérale n° 365-FZ datée du 30 novembre 2011, qui affaiblit sensiblement le régime de protection des Réserves naturelles intégrales, et qui pourrait donc affecter la valeur universelle exceptionnelle des biens du patrimoine mondial en Fédération de Russie, et réitère également sa demande à l’État partie de prendre les mesures juridiques appropriées pour maintenir un haut niveau de protection des biens du patrimoine mondial sur son territoire, conformément au paragraphe 15(f) des Orientations ;

8.   Recommande que toutes les questions juridiques concernant les biens naturels de la Fédération de Russie – qui sont composés d’aires protégées fédérales et régionales –, soient traitées dans un cadre juridique national général de protection et de gestion des biens naturels du patrimoine mondial, afin de garantir l’accomplissement des obligations de l’État partie vis-à-vis de la Convention, et demande également à l’État partie d’organiser un atelier de haut niveau pour aider à établir ce cadre, en consultation avec le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ;

9.   Demande en outre à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2013, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien, incluant des informations détaillées sur les tendances des populations de faune sauvage dans le périmètre du bien, une carte montrant les limites actuelles du bien, un rapport d’avancement détaillé sur la mise en œuvre des recommandations de la mission de suivi réactif de 2007, ainsi que les autres documents demandés ci-dessus, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 37e session en 2013.