Le 14 mars 2012, un rapport sur l’état de conservation du bien a été soumis par l’État partie. Ce rapport ne fournit d’informations que sur les quatre éléments constitutifs du bien gérés par les autorités régionales (Nalychevo, Kamchatka méridional, Bystrinsky et Kluchevskoy), qui forment ensemble le Parc naturel du Kamchatka, mais il ne fournit aucune donnée sur les deux éléments gérés par l’État fédéral – la Réserve naturelle intégrale de Kronotsky et le Sanctuaire de faune sauvage du Kamchatka méridional. Les informations fournies sont les suivantes :
a) Protection juridique et gestion
L’État partie rappelle que le Parc naturel du Kamchatka a été créé en 2009 et qu’il comprend quatre des six aires protégées composant ce bien en série. L’État partie précise que malgré le fait que l’organisme budgétaire public régional ait déjà assumé le contrôle des quatre Parcs naturels, un Parc naturel commun n’a pas encore été officiellement créé. Il indique toutefois que la réglementation du Parc naturel du Kamchatka est actuellement étudiée par l’administration du kraï (subdivision administrative) du Kamchatka. L’État partie indique par ailleurs qu’à la suite de la révision des limites en 2010, la superficie totale des quatre Parcs naturels est de 2 513 658 ha, soit beaucoup moins que la superficie totale de 2 526 150 ha de ces éléments tels qu’inscrits actuellement sur la Liste du patrimoine mondial. Aucune demande de révision des limites n’a été soumise, aucun exemplaire du projet de réglementation ni de carte actuelle du bien n’ont été fournis par l’État partie, comme demandé dans la décision 34 COM 7B.23. L’État partie n’a pas non plus rendu compte de l’avancement de la promulgation d’une loi nationale sur la gestion de tous les biens naturels du patrimoine mondial sur son territoire, comme le suggérait la décision 34 COM 7B.23.
Le rapport de l’État partie indique que la coordination de la gestion des quatre Parcs naturels régionaux avance, mais les informations à cet égard sur l’ensemble du bien (qui comprend aussi deux autres aires protégées administrées au plan fédéral) ne sont pas fournies. Comme les problèmes de gestion, gouvernance et juridiction ont été jugés par la mission de suivi de 2007 être les causes sous-jacentes de la plupart des pressions directes sur le bien, l’absence d’informations sur l’avancement de la mise en œuvre des recommandations de la mission de 2007 laisse supposer que la valeur universelle exceptionnelle et l’intégrité du bien – concernant notamment les critères (ix) et (x) – restent des motifs de préoccupation.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN signalent en outre que la nouvelle loi fédérale n° 365-FZ datée du 30 novembre 2011, a sensiblement affaibli le régime de protection des Réserves naturelles intégrales, en y rendant possible la construction d’infrastructures touristiques de grande envergure. Ils considèrent que ce problème doit être traité au niveau fédéral car cela affecte le régime de protection de tous les biens naturels du patrimoine mondial en Fédération de Russie.
Effectifs et budget du bien
L’État partie indique que le nombre total des effectifs des quatre Parcs naturels est resté constant (37 personnes) depuis 2009. Le budget s’est accru d’environ 20 % pour atteindre 32,32 millions de roubles (1,1 million de dollars EU) entre 2010 et 2011, essentiellement à cause de l’inflation annuelle et à l’augmentation du coût des salaires. L’État partie ajoute que les 20 gardes forestiers des quatre Parcs naturels ont augmenté le nombre de leurs opérations sur le terrain de 182 à 988 entre 2010 et 2011, ont constaté plus de deux fois plus d’infractions et ont presque quadruplé le montant des amendes imposées au cours de cette période. L’État partie ne donne pas de nouvelles informations sur l’attribution de ressources de la Réserve naturelle intégrale de Kronotskiy ou du Sanctuaire de faune sauvage du Kamchatka méridional qui sont les deux autres aires protégées de ce bien en série.
Le nombre indiqué des effectifs actuels des Parcs naturels est pour l’essentiel le même qu’en 2007 (36) et reste donc insuffisant pour une telle superficie (une personne pour 68 000 ha). L’allocation budgétaire pour les Parcs naturels a été de 20 % plus importante en 2011 qu’en 2007, mais comme cela est surtout dû à l’inflation et aux augmentations de salaires, il reste toujours une grande lacune de financement. Tout cela montre que la capacité de l’administration, maintenant commune, ne s’est que peu améliorée depuis la mission de suivi réactif de 2007. La conclusion de la mission soulignant que les Parcs naturels n’accordent pas un niveau de protection suffisant au bien reste par conséquent d’actualité.
b) Développement d’infrastructures pour la randonnée et le tourisme
L’État partie indique que le nombre de visiteurs dans les quatre Parcs naturels a augmenté de 7 %, passant à 24 290 visiteurs entre 2010 et 2011. L’État partie rend compte de la création d’un réseau d’itinéraires documentés pour le tourisme et la randonnée dans les quatre Parcs naturels. Il ajoute que le nombre de touristes est contrôlé et que les itinéraires ont été conçus pour réduire les pressions anthropiques, sans plus de détails. L’État partie ne donne aucune information sur un plan d’ensemble de gestion du tourisme dans le périmètre du bien.
La décision 34 COM 7B.23 demandait que l’État partie établisse un plan général de gestion du tourisme qui équilibrerait la valeur universelle exceptionnelle du bien avec son potentiel touristique. Les informations fournies à l’UICN font état de plans d’aménagement de six stations de ski sur quatre sites du Kamchatka, y compris tout près du bien, sur le volcan Avachinskiy, à la limite du Parc naturel de Nalychevo. Compte tenu de la proximité et de l’impact potentiel d’au moins un de ces aménagements sur la valeur universelle exceptionnelle et l’intégrité du bien, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent qu’il est encore plus urgent d’établir un plan général d’aménagement du tourisme durable.
c) Braconnage du saumon et d’autres espèces de faune sauvage
Selon l’État partie, les écosystèmes des Parcs naturels qui composent le bien sont pratiquement intacts et, dans l’ensemble, leurs biotes et leurs populations animales sont à un niveau normal moyen et ne posent pas de problèmes sérieux. Il ne fournit pas de données pour corroborer cette affirmation générale, comme par exemple des informations sur les tendances des principales populations de faune sauvage du bien depuis son inscription, comme demandé par le Comité à sa 34e session (Brasilia, 2010).
L’État partie indique que les principaux facteurs affectant la valeur universelle exceptionnelle du bien sont notamment le braconnage du saumon et du caviar (qui aurait pris beaucoup d’importance depuis dix ans), le braconnage du gibier et l’abattage illégal de bois d’œuvre, mais il ne fournit aucune statistique sur ces facteurs. L’État partie évoque une stratégie de protection de la faune sauvage dans les aires protégées, sans plus de détails, mais il ne mentionne pas les brigades interinstitutionnelles de lutte contre le braconnage présentées par la mission de suivi de 2007 comme une démarche encourageante dans la lutte contre le braconnage. Les informations données par l’État partie montrent que la chasse illégale et non durable reste sérieusement préoccupante pour le bien. Les recommandations de la mission de suivi de 2007 restent valides ; elles préconisaient d’évaluer le zonage et les procédures d’octroi de concessions, de mener une recherche de base sur les populations d’ours du Kamchatka, et d’instaurer une politique générale d’accès au bien incluant les Parcs naturels, permettant ainsi de contribuer à réduire la pression du braconnage sur le saumon.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent les conclusions de la mission de suivi de 2007 selon lesquelles certaines des espèces contribuant à la valeur universelle exceptionnelle du bien semblent avoir sensiblement diminué en nombre depuis quelques années. Des rapports reçus par l’UICN en 2010 révélaient en outre une forte diminution de la population de rennes sauvages en 2009.
d) Autres problèmes de conservation : exploitation minière et barrages hydroélectriques
Bien que l’État partie ne mentionne ni l’exploitation minière et la prospection géologique, ni l’aménagement ou la modernisation de routes et des gazoducs et les mesures palliatives nécessaires, ni les grands projets d’aménagement (dont les centrales) dans le périmètre du bien ou à proximité immédiate, ces activités restent une sérieuse menace potentielle pour le bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu des rapports concernant des plans de construction de deux centrales hydroélectriques sur la rivière Kronotskiy, dans la Réserve naturelle intégrale de Kronotskiy, actuellement aire protégée faisant partie du bien et possédant le plus haut statut de protection. Ces plans ont été discutés sur le site Web du Gouvernement du Kamchatka en novembre 2011 (http://kamkrai.com/gov/1422-vladimir-ilyuhin-energetika-hrebet-ekonomiki-kamchatskogo-kraya.html; et http://www.kamchatka.gov.ru/ ?cont=info&menu=1&menu2=0&news_id=19912). En avril 2012, des rapports sur des négociations avec des investisseurs d’une entreprise sud-coréenne concernant le financement de ce projet ont été publiés sur le même site Web. Si ces projets sont approuvés, ils risquent d’avoir un sérieux impact direct sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, notamment pour les critères (vii), (ix) et (x). Il convient d’évaluer les impacts potentiels de ces projets par une évaluation générale d’impact environnemental (EIE) incluant explicitement les effets sur la valeur universelle exceptionnelle et les conditions d’intégrité associées du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que l’approbation de projets de centrales hydroélectriques dans le périmètre du bien représenterait un danger potentiel évident pour sa valeur universelle exceptionnelle, conformément au paragraphe 180 des Orientations.