Comme demandé par la décision 31 COM 7B.39, le 25 mars 2008, l'Etat partie brésilien a remis, conjointement avec l'Etat partie argentin, une invitation pour que se déroule une mission Centre du patrimoine mondial / UICN.
Du 7 au 14 avril 2007, une mission conjointe de suivi Centre du patrimoine mondial/UICN a visité le bien. L'équipe de la mission a rencontré des représentants de l'Etat partie, les diverses parties en présence, le personnel de la zone protégée et a pu visiter les deux biens. Le rapport de mission peut être consulté sur Internet à l'adresse suivante: http://whc.unesco.org/archive/2008/
La mission de suivi a estimé que la valeur universelle exceptionnelle pour laquelle le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial est maintenue, bien que matériellement détériorée et faisant face à de sérieuses menaces. Les valeurs visuelles et biologiques ont été détériorées par les sensibles variations hebdomadaires du niveau des eaux de la rivière Iguaçu et des chutes, variations résultant du barrage de Salto Caxias au Brésil. L'importance et la portée des impacts biologiques n'ont jusqu'alors pas été mesurées. Les valeurs visuelles pâtissent des infrastructures d'accueil au public tant du coté brésilien qu'argentin, et l'intégrité visuelle et sonore du cadre naturel est détériorée par les prestations destinées aux visiteurs qui répondent mieux à la demande de sensations fortes qu'à l'appréciation des valeurs du patrimoine mondial. Les menaces sont constituées par la possible construction de nouveaux barrages hydroélectriques sur les rivières Iguaçu et Parana et le développement de l'agriculture dans la Péninsule argentine, une zone à l'extérieur du périmètre des deux biens, mais qui est un corridor biologique essentiel entre eux.
a) Coopération transfrontalière
Les gestions du Parc national d'Iguaçu (Brésil) et celle du Parc national de l'Iguazú (Argentine) tireraient un grand avantage à ce qu'une structure permanente et efficace de coopération transfrontalière soit établie, en particulier dans les domaines de la protection des ressources, de la recherche et de l'utilisation publique des biens. Alors que des rencontres et une coopération informelles existent au niveau des deux parcs, l'établissement de mécanismes officiels et durables s'est avéré difficile.
b) Plan de gestion et plan d'utilisation publique mis à jour
Le plan de gestion du Parc national d'Iguaçu a besoin d'être entièrement revu. Un projet de plan d'utilisation publique datant de plusieurs années n'a jamais été ni officiellement approuvé ni mis en œuvre. Le bien argentin connaît la même situation. La mission de suivi a pris note avec satisfaction que les deux Parcs nationaux vont entreprendre des révisions, certes séparées mais coordonnées, de leurs plans de gestion, comprenant des règles d'utilisation publique et qui débuteront par des réunions non officielles. Le premier atelier commun devrait se dérouler la première semaine d'août 2008.
c) Utilisation publique
La mission a observé que malgré une gestion efficace des niveaux actuels de flux de visiteurs, le Parc doit faire face à des afflux soudains de visiteurs difficilement gérables et connait une tendance générale à la hausse du nombre de visiteurs. Une stratégie est nécessaire afin de mieux répartir ces afflux de visiteurs dans l'espace et dans le temps et de prendre en compte le nombre croissant de visiteurs. Il a par ailleurs été noté qu'aucune politique et qu'aucune règle n'ont jusqu'alors été clairement mises en place afin de traiter les impacts visuels et sonores des infrastructures d'accueil des touristes sur l'intégrité des valeurs esthétiques, ou en ce qui concerne les styles architecturaux, les perspectives visuelles sur les infrastructures d'accueil, ou le choix et l'emplacement des prestataires touristiques. Les impacts visuels et sonores des équipements et des infrastructures de sports nautiques sont particulièrement préoccupants. Il en va de même pour l'aménagement d'infrastructures empiétant sur la qualité visuelle du paysage général des chutes. La recherche par les visiteurs de sensations fortes au détriment de l'appréciation des valeurs du patrimoine mondial est une autre source de vive préoccupation.
d) Barrages hydroélectriques
La mission de suivi estime que la plus grande dégradation des qualités visuelles du bien provient de la fluctuation des niveaux d'eau s'écoulant dans les chutes, ce qui modifie sa qualité visuelle. La raison principale de cette fluctuation est la présence de barrages hydroélectriques sur la rivière Iguaçu, le plus proche du bien étant le barrage de Salto Caxias. Il est fermé le week-end, quand la demande d'énergie baisse, ce qui provoque une baisse du volume des eaux dans les chutes. Cette fermeture du barrage détériore déjà les qualités visuelles lors des visites en début de semaine, et si la saison sèche et les possibles effets du changement climatique s'ajoutent à cette situation, cela pourrait à l'avenir réduire terriblement le volume d'eau dans les chutes.
La mission a été informée que dans le cadre du Programme national de développement du Brésil, la construction d'un barrage hydroélectrique est prévue sur la rivière Iguaçu, dans un rayon de 25 kilomètres autour des chutes, en amont du barrage de Salto Caxias.
e) Biodiversité
Les données concernant un bon nombre d'espèces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial manquent. Des recherches et un partage de données entre les deux biens sont donc nécessaires pour déterminer la situation et les tendances de ces populations. La mission de suivi a pris note de l'importance de la "Péninsule argentine" qui forme un goulot d'étranglement, en fait une bande de terres privées sur le territoire argentin qui est utilisé comme corridor biologique entre les deux biens.
Par ailleurs, les accords passés entre la Police fédérale brésilienne et l'IBAMA (le Ministère brésilien de l'environnement) pour la patrouille du Parc national d'Iguaçu ont été suspendus. Les patrouilles sont désormais menées par la Police de l'état qui n'est pas particulièrement formée à l'application des lois spécifiques aux valeurs biologiques du bien.
f) Estrada do Colono
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN prennent note de la décision rendue par la Cour régionale de justice confirmant la fermeture de la route Estrada do Colono dans la partie brésilienne du bien, et qu'un appel de cette décision a été fait par le gouvernement local auprès de la Cour Suprême.