L'État partie a soumis un rapport le 15 février 2008. Ce rapport fait état d'informations sur le statut de la zone tampon et des limites, le plateau de Lagonaki, le plan de gestion, la gestion et le zonage de l'occupation des sols, le centre scientifique de la biosphère, les routes et les aménagements prévus pour les Jeux olympiques de Sochi en 2014.
Comme demandé par le Comité (Décision 31 COM 7B.32),une mission conjointe Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO / IUCN a eu lieu du 21 au 25 avril 2008. L'équipe de mission a évalué l'état de conservation de ce bien et les facteurs en affectant la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité notamment : (a) plan de gestion ; (b) législation ; (c) impacts potentiels du développement d'infrastructures touristiques pour les Jeux olympiques ; (d) autres développements en cours et envisagés, notamment à Lunnaya Poliana et sur le plateau de Lagonaki ; et (e) exploitation forestière. Le rapport de mission sera consultable en ligne à l'adresse http://whc.unesco.org/archive/2008. Les constats et inquiétudes de la mission portent sur les points suivants :
a) Absence de plan de gestion
L'État partie a signalé dans son rapport que le plan de gestion devait être achevé en 2008. Cependant, il ne couvre que la réserve de biosphère du Caucase (Kavkazskiy) et non les autres aires protégées composant le bien. Par conséquent, il est impératif qu'un plan de gestion global soit élaboré et couvre les six éléments du bien.
b) affaiblissement des contrôles et de la législation en matière de conservation
La zone tampon du bien dans la réserve de biosphère du Caucase de la République des Adygués a été établie par le décret 322 en 1996. Cependant, ce décret a été abrogé par le décret 174 en 1998. La mission a abordé les problèmes liés au statut de cette zone tampon et il s'avère urgent de rétablir sa protection légale, dans la mesure où il s'agit d'une partie du bien inscrit. Il est également nécessaire de renforcer la protection légale des secteurs du parc national de Sochi autrefois désignés comme zone tampon de la réserve de biosphère du Caucase et d'envisager par ailleurs de les désigner comme zone tampon du bien.
c) Impacts du développement d'infrastructures touristiques, notamment pour les Jeux olympiques
Bien que le rapport 2008 de l'État partie indique que les projets d'aménagement pour les Jeux olympiques de 2014 n'auront aucun effet sur le bien, la mission a constaté que des projets de développement, notamment le centre de glisse (luge & bobsleigh), le village olympique de montagne et les infrastructures afférentes affecteraient certaines zones au sein du bien, la limite du bien, ainsi que les aires d'alimentation de la faune hivernale et les couloirs de migration qu'empruntent les animaux sauvages. Le centre de glisse ainsi que les infrastructures routières d'accès, situés dans le parc national attenant de Sochi et à proximité immédiate de la limite sud du bien, affecteraient de manière négative les processus biologiques qui garantissent l'intégrité du bien et le mettrait en danger potentiel. D'autres sites d'implantation du village olympique en dehors du parc national ont été envisagés mais aucune décision n'a été prise à ce sujet.
L'IUCN et le Centre du patrimoine mondial notent d'importantes menaces pesant sur le bien, dans le secteur nord régi par la République des Adygués et près de la chaîne montagneuse de Grushevy, relatives aux aménagements pour les Jeux olympiques et à la construction d'une route et d'un pont à la limite sud. De même, de futurs projets d'aménagements routiers et touristiques endommageraient sérieusement l'intégrité du bien et en menaceraient la valeur universelle exceptionnelle.
d) Développements, en cours et envisagés, notamment à Lunnaya Polyana et sur le plateau de Lagonaki
Il est actuellement envisagé de prolonger une route vers Lunnaya Polyana dans la section nord du bien. Tandis que le décret 274 de 1997 interdit toute activité susceptible de perturber l'intégrité des monuments naturels, l'existence dans de vieux plans d'une route forestière datant des années 1920 est utilisée pour permettre la remise en état d'une route vers le Centre scientifique de la biosphère à travers le monument naturel des sources de la Pshekha et de la Pshekhashkha. La route fragmenterait l'habitat et dérangerait les populations animales si elle était prolongée et si son utilisation s'intensifiait. Conformément au paragraphe 172 des Orientations, l'État partie se doit au préalable d'informer le Comité du patrimoine mondial de son intention d'entreprendre des travaux de restauration ou de construction pouvant affecter les valeurs universelles exceptionnelles et l'intégrité du bien.
e) Exploitation forestière
Des activités illégales d'abattage ont été identifiées en plusieurs points, en corrélation avec la remise en état de l'ancienne route forestière. Des images satellite montrant une partie des zones abattues ont été remises aux autorités de l'État partie qui accompagnaient la mission.
Sur la base des menaces identifiées par la mission, des recommandations prioritaires spécifiques sont incluses dans le projet de décision.
Les autres recommandations de la mission devraient également être mises en œuvre par l'État partie pour renforcer la protection et la gestion du bien :
i) Terminer le processus de délimitation actuel du bien d'ici fin 2008 ;
ii) Finaliser et mettre en œuvre un plan de gestion pour le bien d'ici décembre 2009, afin de garantir que les six aires protégées qui composent le bien sont efficacement gérées, en vertu d'une vision et d'objectifs communs ;
iii) Renforcer la protection légale des secteurs du parc national de Sochi qui étaient autrefois désignés comme zone tampon de la réserve de biosphère du Caucase et envisager par ailleurs de les inclure dans la zone tampon du bien. L'État partie devrait soumettre une proposition de désignation de cette zone tampon pour approbation du Comité du patrimoine mondial ;
iv) Elaborer une stratégie touristique et un plan général pour traiter les impacts actuels et futurs du tourisme sur la valeur universelle exceptionnelle du bien ; tous les panneaux et publicités qui promeuvent le développement d'infrastructures de tourisme ou de ski dans le périmètre du bien devraient immédiatement être enlevés du terrain ;
v) Ne pas approuver la construction d'une route ou d'une voie ferrée, que ce soit pour les Jeux olympiques de 2014 ou non, dont le tracé envisagé doit traverser le bien ou passer à proximité immédiate ;
Si le développement se poursuit, comme envisagé dans la proposition examinée par la mission, l'impact sur la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien devra être revu. Cela pourrait faire du site un candidat potentiel à une inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril.
Enfin, outre les recommandations à l'État partie, la mission recommande qu'une déclaration de position soit adoptée, d'après l'exemple de la déclaration du Conseil international des mines et métaux de 2003 sur l'exploitation minière et les aires protégées. Le Comité du patrimoine mondial devrait demander au Comité international olympique d'élaborer des principes et des orientations pour améliorer la sauvegarde des biens du patrimoine mondial lorsque les sites des Jeux olympiques se trouvent non loin de biens du patrimoine mondial. Il devrait également inviter le Comité international olympique à y réfléchir en collaboration avec les organisations internationales compétentes, en particulier l'UICN, l'ICOMOS et l'ICCROM.