1.         Réserve de gibier de Selous (République-Unie de Tanzanie) (N 199bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1982

Critères  (ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   2014-présent

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/199/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1984-1999)
Montant total approuvé : 67 980 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/199/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

2007 : Mission Centre du patrimoine mondial / IUCN

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Voie de passage proposée pour le bétail ;

b) Braconnage ;

c) Financement insuffisant ;

d) Prospection et exploitation de minerais et d'hydrocarbures ;

e) Gestion et développement du tourisme ;

f) Projet d'aménagement potentiel de barrages. 

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/199/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2008

Du 2 au 9 juin 2007, une mission conjointe Centre du patrimoine mondial / IUCN a visité le bien. Les constatations et recommandations de cette mission ont été présentées oralement à la 31e session (Christchurch, 2007). Son rapport et ses recommandations peuvent être consultés en ligne à l'adresse http://whc.unesco.org/archive/2007.

La mission a considéré que le bien était à un stade critique de son développement et a constaté un manque de ressources financières et humaines, alors qu'en parallèle, les défis en termes de gestion augmentaient. Les importantes ressources financières apportées entre 1994 et 2004 par le Programme de retenue sur les revenus se sont taries. Le rétablissement de ce programme aiderait grandement à obtenir des revenus essentiels à la bonne gestion du bien.

Des problèmes liés au développement du tourisme ont été constatés : une évolution rapide du secteur du tourisme dans la partie septentrionale de Selous et des développements touristiques non planifiés en dehors de la réserve, aux entrées Matambwe et Mtemere, intensifient la pression sur l'infrastructure et le personnel.

La mission s'est montrée préoccupée par le manque d'informations sur les activités de chasse et s'est déclarée dans l'impossibilité de réaliser une évaluation complète de l'impact de ces activités sur l'état de conservation du bien. Le plan de gestion général ayant été approuvé, il va être important pour le Comité d'en surveiller la mise en œuvre. De sérieux retards ont été rencontrés dans la mise en œuvre de la politique relative à la faune et à la flore tanzaniennes de 1998, qui inclut d'importantes dispositions prévoyant la participation des populations locales dans la gestion des ressources sauvages. Cette politique est importante pour les communautés vivant autour de la réserve, notamment en ce qui concerne leurs moyens d'existence. La mission a par ailleurs été informée que les demandes présentées pour l'exploration de minerais et hydrocarbures n'ont pas été approuvées mais que d'autres ministères continuent de faire pression pour autoriser l'exploration dans les réserves de gibier. De plus, deux projets de barrages ont été envisagés, avec des conséquences potentielles majeures sur la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien.

La mission a élaboré un certain nombre de recommandations pour remédier à ces problèmes. Les principales recommandations ont été incluses dans la décision 31 COM 7B.3.

À l'heure où nous rédigeons ce document, nous n'avons reçu aucun rapport de l'État partie sur l'état de conservation du bien ni sur la mise en œuvre des recommandations de la mission de 2007. De plus, l'État partie n'a pas transmis l'étude d'impact environnemental pour les projets de barrages demandée depuis la 30e session.

Cependant, le Centre du patrimoine mondial et l'IUCN ont reçu des informations d'un certain nombre d'autres sources sur l'état de conservation du bien.

La chasse et le braconnage restent un souci majeur. Selon les informations reçues, le nombre de camps de tourisme et de chasse pourrait augmenter en dépit de la pression accrue sur l'infrastructure, la capacité de gestion et la planification. Un fonctionnaire de la réserve de gibier a été tué en mai 2008 par une bande vraisemblablement impliquée dans des activités de braconnage. Une enquête s'avère nécessaire pour mieux comprendre l'articulation des réseaux de braconnage et la circulation des produits braconnés.

Lors des dernières réunions de l'African Wildlife Consultative Forum (novembre 2007), forum qui réunit régulièrement les directeurs de réserves naturelles, il a été dit que la Tanzanie devait se montrer bien plus proactive dans l'élaboration de normes et standards et dans l'instauration d'un code de conduite pour la chasse, l'augmentation de la chasse aux trophées et déclin de la qualité des trophées devenant inquiétants. L'IUCN encourage l'État partie à surveiller et rendre compte du nombre de chasseurs, de leurs prises et des revenus qu'ils en tirent. À sa dernière session, le Comité a déjà demandé une autre mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/IUCN pour revoir la gestion et le fonctionnement des activités de chasse dans la réserve de gibier de Selous lors de la saison sèche 2008/2009. La mission devrait en particulier visiter le secteur de chasse sud de Selous, qui abrite la plupart des animaux et assure la grande majorité des revenus de la réserve.

Le couloir de migration Selous-Niassa est une initiative de conservation écosystémique entre les réserves de gibier de Selous et Niassa au Mozambique, les deux plus grands habitats d'éléphants au monde. L'ensemble du couloir est menacé par le braconnage pour la viande et l'ivoire, la dégradation de l'habitat en raison des feux sauvages et une expansion probable de l'agriculture. Non réprimées, ces pratiques empêcheront à terme la migration des animaux entre les deux réserves ; la maintenance du couloir est donc importante pour préserver l'intégrité du bien. Le rôle potentiel de la Convention du patrimoine mondial pour soutenir ce couloir de migration devrait être étudié lors de la mission de suivi dans les zones de chasse du bien.

Le bien n'ayant pas de déclaration de valeur universelle exceptionnelle, il est recommandé que l'État partie en élabore une en consultation avec le Centre du patrimoine mondial et l'IUCN pour servir de base au suivi ultérieur de l'état de conservation du bien. L'État partie est encouragé à consulter les groupes de spécialistes compétents de la Commission IUCN de sauvegarde des espèces pour évaluer le statut des espèces clés du bien.

L'État partie n'a fait part d'aucune précision sur le statut des projets de barrages. Selon d'autres sources, une étude environnementale stratégique aurait été entreprise en 2007 par la Banque mondiale, dans le cadre de la préparation du projet d'approvisionnement en eau et d'assainissement de Dar es Salaam. Selon cette étude, le barrage de Kidunda est l'un des deux meilleurs choix parmi les 26 options envisagées, mais “entraîne l'inondation de la réserve de gibier de Selous écologiquement sensible et nécessite que quelques habitants (300 – 400) soient délogés.” Une étude de la Banque mondiale a également fait remarquer que les coûts financiers des autres scénarios n'avaient pas encore été calculés ni le choix des options d'approvisionnement en eau fait. Le Centre du patrimoine mondial et l'IUCN demandent à l'État partie de préciser le statut et les impacts potentiels de ces projets sur les valeurs et sur l'intégrité du bien.

En ce qui concerne l'exploitation minière, l'IUCN et le Centre du patrimoine mondial ont été informés que des activités de prospection d'uranium sont actuellement réalisées à grande échelle par deux sociétés australiennes au sein du bien et du couloir de migration Selous Niassa, des équipements ayant été amenés et des camps montés. La mission de suivi de 2007 n'en a pas été informée et aucune étude d'impact environnemental ni social n'a été soumise par l'État partie. Le 30 mai, le Centre du patrimoine mondial a adressé une lettre à l'État partie, demandant des informations sur le statut et l'emplacement de ces activités de prospection.

D'autres informations ont été reçues sur un projet de rénovation de la route Tunduru-Songea vers le sud du bien. La route garantirait un accès aux terres agricoles fertiles et aux terrains riches en minerais et faciliterait également l'accès à la partie méridionale du bien. Aucune information n'a été communiquée par l'État partie sur le statut du projet routier ni sur les impacts environnementaux en résultant. La mission de suivi envisagée devra examiner ce point et les développements accessoires.

Le Centre du patrimoine mondial et l'lUCN sont très préoccupés de n'avoir reçu aucun rapport de l'État partie, étant donné la nécessité de mettre de toute urgence en œuvre les recommandations de la mission de 2007 et compte tenu des nombreux rapports sur les pressions actuelles et potentielles croissantes des divers projets de développement susmentionnés.

Concernant les problèmes liés au tourisme, à la prospection d'uranium, aux intérêts communautaires, à la gestion des visiteurs et au financement durable, l'État partie pourrait envisager d'accueillir un atelier sur le patrimoine mondial naturel en Tanzanie. Cet atelier pourrait contribuer au renforcement des capacités et à la consolidation des partenariats entre agences, ONG et gestionnaires du patrimoine mondial en Tanzanie. L'IUCN pourrait apporter l'assistance technique requise.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Néant

Décision adoptée: 32 COM 7B.3

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-08/32.COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 31 COM 7B.3, adoptée à sa 31e session (Christchurch, 2007),

3. Exprime ses plus sincères condoléances à la famille du fonctionnaire de la réserve de gibier qui a récemment été tué ;

4. Regrette que l'État partie n'ait pas soumis de rapport sur l'état de conservation du bien et sur la mise en oeuvre des recommandations de la mission de 2007 ;

5. Exprime sa plus vive inquiétude quant aux rapports reçus par le Centre du patrimoine mondial et l'UICN sur des activités de prospection d'uranium à l'intérieur du bien et dans le couloir de migration ; et réitère sa position selon laquelle l'exploitation minière est incompatible avec le statut de patrimoine mondial du bien ;

6. Prie instamment l'État partie de faire arrêter toute prospection ou autre développement minier dans le périmètre du bien et demande aux détenteurs de licence d'exploitation minière ou d'exploration couvrant le bien de respecter les normes internationales concernant l'exploitation minière dans le périmètre des biens du patrimoine mondial, comme le précise la Déclaration du Conseil international des mines et métaux sur l'exploitation minière et les aires protégées (2003) et de ne pas exercer d'activités minières au sein des biens du patrimoine mondial ;

7. Note avec inquiétude d'autres développements potentiels au sein de ou dans le voisinage du bien susceptibles d'affecter sa valeur universelle exceptionnelle et son intégrité, notamment les aménagements envisagés de barrages et la rénovation proposée de la route Tunduru-Songea et prie également l'État partie de soumettre des informations au Centre du patrimoine mondial sur le statut de ces projets et leurs impacts potentiels sur le bien, conformément au paragraphe 172 des Orientations ;

8. Prie par ailleurs l'État partie de mettre en oeuvre les recommandations de la mission de suivi de 2007 ;

9. Demande à l'État partie, en consultation avec le Centre du patrimoine mondial et l'UICN, d'élaborer un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle, incluant les conditions d'intégrité, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 33e session en 2009 ;

10. Demande également à l'État partie d'inviter une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / IUCN sur le bien comme envisagée dans la décision 31 COM 7B.3, prévue lors de la saison sèche 2008/2009, afin d'évaluer l'état de conservation du bien, notamment l'efficacité de sa gestion et l'impact des activités de chasse sur la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien ;

11. Demande en outre à l'État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2009, un rapport détaillé sur l'état de conservation du bien, incluant le statut des populations animales, l'importance de la chasse et du braconnage, le statut des projets de développement et d'exploitation minière en cours et envisagés ainsi que leurs impacts potentiels sur le bien et sur les progrès accomplis dans la mise en oeuvre des recommandations de la mission de suivi de 2007, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 33e session, en 2009.